Des fois les choses se font sur un coup de tête. L’annonce d’un concert dans une ville voisine, Sergio sur les planches, l’occase à ne pas rater. L’ami Quim est d’accord pour en être. Alors on trace la route. On croit partir pour une soirée mais c’est toute une époque qui se ramène.
Il fait nuit quand on arrive à Béziers. Un panneau indique que la ville est la plus vieille de France. 2500 ans au compteur. La datation est suspecte : « En 2020, le maire de Béziers embrasse sans ciller cette thèse selon laquelle sa ville aurait été fondée par des Rhodiens avant que les Phocéens n’installent une colonie à l’emplacement de la future Marseille – conjecture faisant de sa commune la plus ancienne de France. Qui l’autorise à clamer : « Ici, vous êtes dans la plus vieille ville de France ! Les Marseillais nous le refusent envers et contre tout. Mais, à un moment donné, il y a des études, des recherches, des fouilles. Tant pis pour les Marseillais, tant mieux pour nous. » Une hypothèse jugée hautement fantaisiste par la communauté scientifique » [1]. Fantaisiste Ménard ? Pourquoi pas repenti socialiste tant qu’on y est !
Sur la gauche, au-dessus de l’Orb gonflé par les pluies, le millénaire Pont Vieux témoigne de l’immuable. On passe devant les allées Paul-Riquet où tout est désert à part quelques bagnoles. Béziers a toujours eu du glauque en elle. J’y ai vécu ado. Souvenirs de collégien d’une ville déjà dure. En 2015, j’y suis revenu en reportage pour [2]. Ménard venait de prendre la mairie et cranait en Dirty Harry biterrois. Des placards municipaux affichaient en gros plan un pistolet Beretta 92-FS, calibre 9 × 19 mm Parabellum : « Désormais, la police municipale a un nouvel ami. » Un flingot pour déclarer ouverte la guerre sociale, le message était clair !
Durant le trajet, avec Quim, on a causé violence politique. Le sujet revient entre nous comme un marronnier, en fonction de l’actu. Il y a dix ans, l’ami campait sur une certaine non-violence. Aujourd’hui il a changé et refait l’histoire : il est le premier à saluer l’action des chasseurs de skins des années 1980 et je salue le courage des copains ayant viré les fachos des ronds-points en 2018. Les nazis ont fait un lied de la mort de Horst Wessel, la députation française une minute de silence en l’honneur de Deranque. C’est un bon début et ça promet de swinguer dans nos prochaines années trente.
On se gare rue Général-Thomières, du nom d’un officier qui, en 1793, s’est battu contre les monarchies ibériques voulant venger un Louis XVI étêté. Devenu général d’Empire, Thomières calanchera sabre au clair en 1812 lors de la bataille des Arapiles en Espagne. Mais qu’importe la bio du haut bidasse : à Béziers, sa rue est moche et planquée.
Théâtre des Franciscains, on est en avance. On prend langue avec une jeune ouvreuse. Elle est épatée qu’on ait fait le trajet depuis Perpignan pour une sortie de résidence. Je lui explique que Sergio est une de mes icônes. Je suis un quinqua-groupie. Et puis Perpignan-Béziers, on change pas trop de biotope, ça reste Facholand. L’ouvreuse ne cache pas s’emmerder la life à Béziers. Heureusement, l’été y’a la plage au Cap d’Agde ou à Vias. Pour les bars, Montpellier n’est pas loin mais c’est chaud la route quand on a bu. Le problème, c’est pas l’alcool, c’est les flics, ironise Quim qui déteste la police depuis ses premiers squats toulousains.
On s’assoit au troisième rang. Au concert, faut que je sois collé à la scène pour voir les visages : les sourires complices, les tics de concentration, les grimaces hantées. Les musicos arrivent. Les membres du quatuor Debussy, le oudiste syrien Khaled Al Jaramani et Sergio. Comme de coutume, Sergio est nippé en noir et pieds nus. Toujours la même Stratocaster et sa rugueuse patine. Jeune, Sergio sautait en l’air comme un cabri et ses riffs crevaient les ventres mous. Son groupe de rock provoquait la bête qui rampait lentement – We never stand fascism anymore.
Serge Teyssot-Gay était le guitariste de Noir Désir.
Officiellement Noir Désir n’existe plus. Tout le monde sait pourquoi et on ne va pas refaire le film. Mais ne plus exister ne suffit pas ; ne pas avoir existé serait mieux. Canceller Noirdez, v’là qui a de la gueule et une certaine réalité puisque les radios se sont engagées à ne plus diffuser ses chansons. On appelle ça soigner le mal à la racine. Un jour mon fils cadet s’est retrouvé dans le camp du mal. En l’espace d’un bref échange musical, le jeune ado qu’il était est passé côté obscur de la force mâle. J’étais là, j’ai tout entendu.
Cadrons la scène : un jardin d’été avec des gens de gauche dedans. Navarro junior a quinze ou seize piges. Une adulte le questionne sur ses goûts musicaux. Il se trouve que ladite adulte est un oxymore bien actuel : quand l’extraction bourgeoise se coule dans le féminisme en vogue.
Question de l’émancipée :
– Et toi, tu écoutes quoi comme musique ?
– Noir Désir.
Et vlan, la bourde, la béance.
À côté, anticipant le bordel à venir, le daron sue à grandes gouttes. Il sait obscurément qu’après des années passées à écouter Nekfeu, PNL et Damso, son fils a lâché le rap et découvert Noirdez. Précisons qu’il l’a découvert par ses propres moyens parce qu’à la maison on n’écoute plus le groupe de rock depuis au moins sa naissance.
La bourge de gauche se redresse tel un dard et cause au minot comme s’il était un trentenaire votant Place publique :
– Tu fais donc la différence entre l’homme et l’artiste ?
Sentence ad hoc, hésitation de l’ado.
– Euh… oui.
– Eh bien, moi non.
Fin de l’échange et de la leçon.
À l’ado de macérer dans son jus trouble. De sonder, à l’aune d’un paquet de chansons, sa jeune masculinité toxique. De se demander si écouter Marlène ne revient pas à cogner symboliquement une nana jusqu’à la tuer.
Oh Marlène, c’est la haine
Qui nous a amené là
Mais Marlène, dans tes veines
Coulait l’amour des soldats
Tout ça est grotesque mais tout ça est l’époque. Car telle est la puissance de la morale, notre église à tous qui œuvre au grand partage : d’un côté les ouailles, de l’autre les impies. D’un côté les mâles déconstruits, de l’autre les bastonneurs.
Sur sa chaise, le daron essaie de refroidir son sang, mais rien n’y fait.
Sur la scène du Théâtre des Franciscains, les Debussy boys soit Christophe (premier violon), Emmanuel (deuxième violon), Vincent (alto) et Cédric (violoncelle) jouent une pièce du compositeur américain Marc Mellits. C’est plein de boucles et de motifs répétitifs. Je décolle. Quim gigote. Petit, sa mélomane de mère l’amenait régulièrement à des concerts de musique classique ; c’était une torture qu’il taisait. Il en garde des stigmates, une nervosité de l’enfance. Dans quelques minutes, il fermera les yeux et ça ira mieux. La musique le prendra.
Sur scène, à gauche, accroupi derrière son rack de pédales, Sergio semble méditer. Je l’observe souriant ou clignant des yeux. Derrière lui, Khaled est impassible et aux anges. Son oud est calé sur son ventre. Ce type a survécu à l’effondrement de la Syrie et aux milices. Une pensée parasite traverse mon cerveau : et dire que c’est Ménard-Ville qui finance un moment pareil.
FN souffrance, qu’on est bien en France.
« Les faits sont là : Noir Désir est désormais banni de la mémoire collective. L’éclat du souvenir a pâli pour produire l’étrange sentiment d’une Cité interdite. Cet effacement de la vie publique est en lui-même très étonnant, car il n’est pas jusqu’à la mémoire du métier, des institutions, des industries musicales qui trébuche et peine à retrouver son équilibre dans son effort hygiénique de bien-pensance, dans cette fuite en avant qui marque l’existence, ou plutôt la non-existence du groupe. » Ces mots font du bien, ils sont signés Luc Robène et Solveig Serre. Luc Robène est historien à la fac de Bordeaux et guitariste – au mitan des années 80, il a comblé l’éphémère départ de Sergio au sein du groupe qui s’appelait alors Noirs Désirs. Directrice de recherche au CNRS, Solveig Serre est historienne et musicologue – son champ d’investigation va de l’opéra au punk. Le couple a dirigé la récente publication de Noir Désir [3], livre collectif riche de plus d’une dizaine de témoignages. Musiciens, techniciens, chercheurs, tous parlent, tous racontent : la genèse, la débrouille, le succès. Les studios, les répètes, les concerts jusqu’à l’épuisement. L’engagement : contre l’extrême droite, en soutien au GISTI [4].
Les débuts de Noirdez sont grattés jusque dans « la chaleur intense des nuits bordelaises des années 1980 ». C’est là que tout se joue, dans la naissance d’une colère lycéenne nourrie par l’énergie punk. Au-delà, il y a l’aura de la « mythologie du rock » qui va se matérialiser dans « la frugalité du matériel, la dureté du son ou la simplicité des liens humains, dans une recherche de sens et d’appartenance au collectif ».
Pour les auteurs du livre, l’objectif est clair : il s’agit d’« archiver la mémoire », de combler un « vide mémoriel », de rendre « très humblement son histoire » à un groupe majeur du rock français. Factuel, multifocal, dévoué, il y réussit.
La musique par la bande donc, celle des potes, celle du temps long au gré duquel la formation se compose et recompose, se soude et s’éclate. Jamais apaisés, jamais tranquilles avec leur succès, les gars de Noirdez cherche le son comme d’autres le Graal. Un son qui amalgame, hurle le monde et crache ses chicots. Quand les tripes sont à l’air, faut virer les mouches et les pisse-froid.
Allez, enfouis-moi, passe-moi par-dessus tous les bords
Encore un effort, on sera de nouveau
Calmes et tranquilles, calmes et tranquilles
Tu parles.
Pourquoi Noir Désir, sujet éminemment mineur et polémique par temps de fascisation galopante et de catastrophe climatique ? Parce que l’incident entre la bourge de gauche et mon fils a réveillé quelque chose. Le soudain besoin d’une vérification. De revisiter l’énigme : le don des nues, le fantôme pendu de Cortez – ah mais où sont les mots secrets ?
Élan nostalgique. Années 1990, le monde chancelant mais ouvert, la révolution au bout des slogans ; années 2000, le dur s’annonce, vient la manif contre Le Borgne en 2002 où je rencontre ma compagne. Le vent nous porte, c’est notre bande son, le pouls de nos étreintes et de nos combats.
Ma biographie intime et politique est liée aux chansons de Noirdez. Les nœuds sont multiples et indémêlables. Je le constate et l’assume car tout ça forme une cohérence qui me remplit les moments de doute. Par exemple il me souvient d’une récente et convenue mobilisation contre les retraites où, sur la plateforme d’un camion Sud, trois jeunettes guinchent en damnées sur Le Temps des cerises version des Bordelais. Mon cœur fait boum, j’ai vingt piges et la banane qui va avec. Je prends un pote à témoin :
– Putain Noirdez !
Regard suspect et sombre du camarade qui me douche froid. À l’évidence il ne partage pas une miette de mon enthousiasme. Ma joie s’ampute et se barre en me traitant de connard. Seul sur la chaussée, une bagnole klaxonne dans mon dos. Une Austin. Sûrement celle d’Ernestine. Je délire. À moins que depuis toutes ces années elle ait enfin réussi à démarrer.
Ernestine
Les places sont chères, ici-bas
Le chant des cimes
S’atteint ou ne s’atteint pas
« Faire la différence entre l’homme et l’artiste », face à mon fils, la moralisatrice avait ressorti le mantra creux du moment.
Qu’est-ce qu’un artiste ? C’est une personne qui a des pensées, visions étranges, parfois décalées, qui s’en saisit, les met en forme et les sublime dans un exutoire poétique. Comme tout un chacun, l’artiste n’est jamais la somme de ses pensées. C’est pas moi qui le dit mais un psychiatre avec qui j’ai longuement discuté.
– M. Navarro, vous n’êtes pas vos pensées.
Il m’a fallu des années pour métaboliser l’axiome. Comprendre ce qu’il impliquait, cette étrange dissociation entre mon moi profond et ce qui virevoltait autour.
La création est une transe : au moment où j’écris ces lignes ; je les découvre apparaissant sur l’écran. Écrivant, je suis mon premier lecteur et c’est toujours une découverte.
Dans Comme une mule, François Bégaudeau commente les mystères de la création : « L’homme et l’artiste ont en commun un corps et ce n’est pas rien. Mais ce n’est pas le même corps. Au point de frottement de la voix de Bertrand et de l’ouïe de François se forme un corps tiers qui n’est ni de Bertrand ni de François. Un corps informe, vaporeux, fantomatique, et qui se remodèle au gré des notes tel un nuage au gré du vent. Quand je réécoute Tostaky avec une immuable allégresse, Cantat n’est pas dans ma chambre. Il n’était pas là non plus dans celle que j’occupais en 1992, à la survenue de ce morceau éponyme d’un album non moins puissant. (…) Cantat n’était que l’entremetteur négligeable de l’insatiable copulation entre Tostaky et moi. (…) La voix sort du ventre et justement elle en sort. Elle s’en échappe. Dans l’espace mental que l’écoute creuse dans le monde physique, elle flotte seule et sans port, comme les vers qu’elle charrie. « Diagonales perdues et les droites au hasard » n’appartient plus à Cantat, ne lui a jamais appartenu. C’est passé par lui et ça repart loin de lui, une diagonale perdue en effet, traçant au hasard des droites dans le volume que déploie, en toute autonomie, libre comme l’air qu’elle joue, portée par l’air qu’elle emplit, mue par sa seule force, la musique. »
Conclusions : chacun s’arrange avec sa conscience (et lit Céline s’il veut).
Sur la scène du Théâtre des Franciscains, on y revient, car la soirée commence à peine. Sergio et Khaled jouent Paradis perdu. C’est une balade tissée de notes lumineuses et tristes. L’oud arpège ses attaques, on dirait un essaim qui se noircit et se saborde. Khaled chante en arabe le rêve enseveli sous les décombres : « Et les chansons joyeuses sont devenues des pleurs ». Le concert a une visée pédagogique, chacune des deux formations – Interzone et le Quatuor Debussy – raconte la rencontre, l’apprivoisement mutuel et la fécondité du métissage.
Pendant deux décennies, Sergio et Khaled ont formé le duo Interzone. Dialogues filants de la guitare électrique et du oud, où tout flambe et émerveille, accouche d’arabesques rock et de polyrythmies narratives. Cinq disques au compteur, tout un monde. Le nôtre. Disloqué et disputé. Dans le troisième figure Sur la route de Homs. Avant de jouer le morceau sur scène, Khaled explique la genèse du morceau. Syrie, 2011. Le joueur d’oud a été arrêté et fiché dans un bus reliant Damas à Homs. Deux heures de route. Au bout, quoi ? La mort ? la torture ? la geôle ? Khaled ne sait pas. Pour taire l’angoisse, le musicien regarde le paysage et compose dans sa tête un motif mélodique. Ses pensées font un travail de création et de diversion. Sur scène, le musicien raconte la survie et la beauté pour brosser le triste.
Sergio n’a pas participé au livre collectif sur Noir Désir. Il a totalement coupé les ponts. C’est un artiste intègre qui vomit l’indécence et le bruit médiatique. Je le respecte. De même que les autres membres du groupe. À chacun ses serments de fidélité, ses héritages à sauver.
Quand le feu révolutionnaire déserte le champ social, les moralisateurs prennent tout l’espace. On ne change plus un monde dégueulasse qui s’autodétruit mais on l’habite avec plus de décence. C’est ainsi qu’on s’offusque en plateau et condamne les violences. De préférence celles chaudement monétisées sur le comptoir de l’opinion publique. De préférence celles portées par des stars car les stars, victimes ou bourreaux, sont avant tout des icônes dont la pureté cristallise le mal à abattre.
À titre indicatif, il n’y aura pas de buzz pour le millier de décès liés au travail en 2025. Les mains calleuses et les dos broyés manquent de cet entregent qui rend les causes œcuméniques.
« Ce qui est gênant dans la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres », récite Léo Ferré dans Préface où il tance la molle corruption des poètes. Graphomane, Léo a tout écrit, notamment le texte halluciné Des armes, que Noirdez a mis en musique.
Des armes, des chouettes, des brillantes,
Des qu’il faut nettoyer souvent pour le plaisir
Et qu’il faut caresser comme pour le plaisir
L’autre, celui qui fait rêver les communiantes
Quand j’écoute Des armes, ça me met les poils. Au nom de quelle mère morale supérieure devrais-je m’en priver ?
Je me suis longtemps demandé pourquoi cette anecdote, très secondaire, entre la bourge de gauche et mon fils m’avait à ce point travaillé.
La première hypothèse est que je m’en voulais de ne pas être intervenu pour dire à une adulte qui avait deux fois l’âge de mon minot de tenir sa bouche coite. On ne juge pas un gamin à sa playlist.
La seconde, plus sournoise, impliquait que le reproche n’était pas tant destiné au fils qu’au père. Si un ado se fourvoie à ce point dans ses goûts musicaux, c’est que ça a forcément merdé dans son éducation. Un père sensible aux violences faites aux femmes n’aurait pas décemment permis un tel dérapage de son fils. De fait, c’est la lignée mâle qui en prenait pour son grade. Peu importe si tout prouvait que le père ne s’était jamais construit en mâle dominant. Peu importe son féminisme réel : son statut de quinqua hétéro adossé au patriarcat parlait pour lui. Inutile de nier, juste faire en sorte que sa rédemption ne souffre d’aucun angle mort : le daron avait peut-être 600 disques à inspecter chez lui.
Après la discothèque viendraient les livres. Les jours du Onfray préfasciste étaient comptés. À la benne le postanarchiste de mes deux.
Le concert fini, je ne suis pas allé serrer Sergio dans mes bras. Pourtant j’aurais pu : un apéro entre public et musiciens était prévu au Théâtre des Franciscains. La jeune ouvreuse était là qui servait des drinks et Khaled expliquait la vieille histoire du oud – ce sublime luth arabe.
Avec Quim on avait la dalle ; alors on a zoné dans Béziers. Notre errance tourna court ; la ville était sans entrailles, creusée par la désertion. En attendant la commande d’un Pizzacosy, on a bu une mousse dans une brasserie dont le boucan faisait d’elle un îlot au sein d’une mer de silence. À l’étage, une vingtaine de lycéens fêtait un anniversaire. Ça piaillait criard et la musique était affreuse. La magie du oud se dissolvait et l’autotune, cette voix-machine sans chair ni âme, régnait en cerbère.
On a bâfré notre pizza sur un bout de trottoir en deux-deux, genre diable aux trousses. Avant de détaler, Quim a photographié une affiche municipale annonçant prochainement « La nuit des tapas ». Sur un visuel fait par IA, des gogos à gueule de Gaulois et des pimbêches à bonnet tendaient leur verre de vin et leur chope de bière en souriant, repus, devant des plateaux de charcutaille. Dix ans après, Ménard avait peut-être abandonné la stratégie du Beretta 92-FS.
Trop frontal.
Sébastien NAVARRO
