Anselme Plisnier n’aimait pas attendre. J’avais été prévenu : le moindre retard, même minime, le mettait hors de lui. Or, ce jour, malgré la grande marge que je m’étais octroyée, je me perdis lamentablement dans le dédale banlieusard avant de trouver ce coin paumé où il créchait. (…)
Le château n’était qu’une ruine ; c’est comme ça qu’il les aimait, Diego. Il avait toujours eu le goût de l’effet du temps sur les pierres et sur les visages. Il était lui-même une ruine, une ruine qui tenait encore debout certes, mais dont il sentait intimement le délabrement. (…)
Grégoire était du genre exagéré en toute matière, mais en gardant la tête froide. Son extrémisme, il le cultivait tout seul, avec commentaires à l’appui, en traçant des A cerclés sur les tables salopées du bahut. Quand le cours s’achevait, à la première vibration de la sonnerie, (…)
■ Avec ce premier portrait s’ouvre une nouvelle rubrique d’À contretemps – « Passage des fantômes » (Marginalia) – où il sera question, au gré des envies et des réminiscences, de personnages singuliers dont l’histoire emprunte au réel, mais à un réel revisité par la fiction, c’est-à-dire par la (…)