Hommage à Ricardo Flores Magón
À contretemps, n° 34, mai 2009
Article mis en ligne le 19 mai 2010
dernière modification le 28 septembre 2014

par F.G.


Alors que, du Chiapas à Oaxaca, nous parviennent les échos toujours renouvelés de luttes inventives portées par les déshérités de cette belle terre, Ricardo Flores Magón (1873-1922), dont la mémoire perdure pourtant au creux de ces insurrections du présent, demeure largement méconnu en nos contrées. Il faut sans doute y voir un effet de la place considérable qu’occupe désormais, surtout hors Mexique, la figure d’Emiliano Zapata réinventée par le « zapatisme » contemporain.

Popularisé par Zapata, « Tierra y Libertad », ce cri de ralliement intemporel qui, d’hier à aujourd’hui, alimente l’imaginaire subversif des dépossédés, fut, en fait, introduit au Mexique par l’agitateur Ricardo Flores Magón, homme d’action et de plume dont l’anarchisme flamboyant s’enracina profondément dans l’âme mexicaine, jusqu’à puiser dans l’ancestral substrat de sa tradition indigène.

La récente publication par Libertalia [1] de onze courts textes de Ricardo Flores Magón est l’occasion de rendre l’hommage qu’il mérite à celui qui incarna, sans doute plus que tout autre, la dimension sociale et libertaire de la révolution mexicaine.

Pour ce faire, nous nous sommes adressés à l’un des meilleurs connaisseurs de langue française de Ricardo Flores Magón, David Doillon [2], qui, outre le fait d’avoir préfacé et établi la chronologie de cette édition, travaille à un ouvrage sur le « magonisme ». On lira donc, avec profit pensons-nous, la longue étude qu’il nous a transmise – « De l’anarchiste comme figure littéraire dans l’œuvre de Ricardo Flores Magón » –, dont une première version a paru dans la revue universitaire canadienne en ligne Belphégor [3].

Aux belles heures de la révolte populaire de 2006, Oaxaca insurgée se couvrit d’inscriptions diverses. L’une d’elles retrouvait l’inspiration du vieux révolutionnaire : « La révolte, c’est la vie ; la soumission, c’est la mort ». Car le temps ne change rien à l’affaire. Aujourd’hui comme hier, ou tu luttes ou tu crèves. Ailleurs comme ici.

À contretemps