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Littérature et lutte des classes
Article mis en ligne le 6 février 2020

par F.G.

■ Ce texte de Pierre Aubéry (Le Havre, 1920 - Oakland, 2009) a été publié, en 1984, dans une livraison thématique – n° 91-92, portant le titre « Anarchies », pp. 119-124 – de la revue L’Arc. Proche des milieux syndicalistes révolutionnaires et collaborateur régulier de La Révolution prolétarienne, P. Aubéry, docker, journaliste, puis professeur de littérature dans diverses universités américaines, fut un spécialiste reconnu de la littérature dite prolétarienne.– À contretemps.


Depuis que des hommes du peuple, restés à l’écart de la culture bourgeoise, écrivent et sont conscients de l’originalité de leur discours, la littérature qu’ils produisent se veut avant tout témoignage. C’est de son authenticité qu’elle tire sa force, c’est dans le caractère unique de l’expérience, qu’elle cherche à traduire en mots, qu’elle puise sa vigueur. Elle veut être la voix des silencieux accédant, à travers elle, à la parole, à la conscience de leur aliénation du monde où ils vivent, de la division en classes antagonistes et par-là même à une sorte de dignité, ne serait-ce que celle du malheur.

La meilleure preuve de la possibilité d’une littérature de classe demeure sans doute son existence, l’ensemble d’œuvres très caractéristiques qu’elle a produites, qui ne ressemblent à aucune autre. Les images fictives que nous propose cette littérature sont également le reflet fidèle d’une certaine culture ouvrière originale et indépendante de celle de la classe dominante. L’un des plus ingénieux critiques que la bourgeoisie française ait produits ces dernières années, Roland Barthes, affirme dans ses Mythologies qu’il n’y a pas, qu’il ne saurait y avoir de culture authentiquement ouvrière sous un régime bourgeois. Ce que Roland Barthes évoque ce sont effectivement les comportements et les valeurs empruntés d’une partie non négligeable des membres des classes salariées. Mais c’en est la partie la plus mystifiée et la plus passive, celle qui n’a plus ou n’a pas encore en elle l’énergie de contester les « représentations » d’une pseudo-culture de consommation humaniste bourgeoise qui masquent mal l’absence de véritable humanité et les cruelles réalités de la lutte des classes. Vers 1930, la littérature populaire attirait la jeunesse déshéritée parce qu’elle lui permettait de prendre une conscience plus claire de la possibilité, au moins théorique, et des objectifs concrets d’une révolution prolétarienne. Ils y cherchaient moins l’évasion dans un monde de rêves et d’émotions esthétiques raffinées qu’une manière détournée de reprendre et de continuer la lutte des classes. Ils pensaient, selon le mot de Marx, qu’étudier, analyser la littérature, c’est s’entraîner à manier les armes de la critique, en attendant le moment grave et solennel de passer à la critique, par les armes, des forces oppressives et mystificatrices qui dominent la société bourgeoise. Leur littérature leur offrait, à portée de la main et à leur mesure, une éducation, un refuge et un espoir. Une éducation, en ce sens qu’ils y trouvaient une image démystificatrice du bourgeois, de l’employeur, du dirigeant, du chef – de tous ceux qui apparemment réglaient leur destin –, une image démystificatrice qui révélait leur vraie nature, leurs vrais mobiles et les dépouillait de leurs prestiges empruntés tout en les aidant à mieux comprendre les recettes de l’autorité et du pouvoir.

Roland Barthes semble tout ignorer de cette fraction du prolétariat qui refuse consciemment, volontairement, le conditionnement auquel il est soumis et qui y résiste souvent victorieusement. On y rencontre d’abord ceux qui n’ont guère accès à la consommation ni à l’usage des institutions bourgeoises : les vrais pauvres dont la culture particulière n’est pas sans analogies avec celle qui a été si bien décrite par Oscar Lewis dans ses livres sur la famille Sanchez de Mexico. On y trouve aussi les militants révolutionnaires qui refusent les valeurs, les mœurs et les blandices de la société bourgeoise pour affirmer par leurs actes, leurs engagements, leurs discours, leurs œuvres, la possibilité d’un autre type d’organisation sociale plus efficace, plus juste, plus fraternel surtout, qui encouragerait l’épanouissement de l’humanité de tous les hommes. C’est de la littérature conçue et lue au sein des foules mystérieuses et apparemment aliénées, au sein de ces multitudes de pauvres le plus souvent silencieux, où bouillonnent tant de rêves et d’espérances que nous voudrions dire quelques mots. Elle était aussi un refuge car au miroir magique de cette littérature les jeunes travailleurs découvraient l’image précise, mais agrandie, embellie, dramatisée, de leur condition même, avec ses angoisses certes, mais aussi avec son climat de chaude fraternité, sa générosité, son élan désintéressé. Enfin un espoir, car à travers ces textes se projetait une vision cohérente et convaincante du héros prolétarien, de celui qui les vengerait de toutes les humiliations subies aux mains de médiocres employeurs et de cyniques autorités, celui qui saurait faire s’épanouir dans toute sa splendeur l’humanisme prolétarien. Nous avons relu quelques-uns de ces livres où il y a une quarantaine d’années s’alimentait l’enthousiasme révolutionnaire de toute une jeunesse. Nous y avons retrouvé bien des éléments qui, encore aujourd’hui, en font une éducation, un refuge et un espoir mais aussi une image quelque peu différente, de la condition prolétarienne et du héros prolétarien, de celle dont nous avions gardé le souvenir.

La littérature réaliste et naturaliste, écrite la plupart du temps par des bourgeois, présente au lecteur le visage ridicule plutôt que l’aspect le plus redoutable de la classe dirigeante. Balzac, Stendhal, Flaubert, Zola, pour ne citer que les plus grands, dépouillent de leurs prestiges nos solennels supérieurs. Vus de près, sous le verre grossissant de la fiction, ils vont se révéler détestables capitalistes, rétrogrades dans leurs mœurs, platement conformistes dans leur conception du monde, alors que dans sa vie quotidienne l’ouvrier voit surtout dans le bourgeois celui qui commande, celui qui dicte ses conditions, celui qui exerce une fonction répressive qui impressionne l’ouvrier et l’humilie dans sa faiblesse. Des œuvres proches du peuple telles que celles de Louis Guilloux et de Jean Giono restituent fidèlement cette perception. Dans La Maison du peuple, tout comme dans Jean Le Bleu, nous voyons un petit artisan cordonnier, militant libertaire ou socialiste, perdre sa pratique dès que ses opinions et son action politiques sont connues de sa clientèle. Et pourtant il s’agit là de travailleurs indépendants, qui n’ont pas de patron et vivent grâce à une clientèle variée, même si l’élément bien-pensant y domine.

L’histoire du Dr Rébal que raconte Louis Guilloux dans La Maison du peuple illustre bien le mélange de fascination, d’admiration et de méfiance qu’éprouve l’ouvrier devant l’homme instruit, le beau parleur, à l’aise dans sa peau et dans le monde. Le Dr Rébal anime la section socialiste et sait gagner la confiance d’un groupe d’ouvriers qu’il entraîne aux élections municipales. Grâce à la proportionnelle la liste socialiste obtient assez d’élus pour pouvoir revendiquer le fauteuil de maire pour l’un des siens. Ce succès inattendu sert de pierre de touche et révèle les ambitions personnelles du Docteur qui considère que ce siège lui revient de droit. Les ouvriers n’entrent plus dans ses vues, ce qui déclenche une crise et par voie de conséquence, la dispersion de la section socialiste. Ce ne sera pas la municipalité qui construira la Maison du peuple, les autorités ne seront jamais au service du peuple, mais seulement des habiles et des puissants, quelle que soit l’étiquette politique dont elles se parent.

Chez Jack London l’oligarchie revêt un aspect beaucoup plus implacable et terrifiant. Le Talon de fer, c’est au fond l’histoire du triomphe de la répression, de l’écrasement des militants socialistes ou de leur perversion. Ce roman écrit en 1906 paraît étonnamment prophétique et moderne par sa description de la manière dont le totalitarisme se débarrasse de ses adversaires en les envoyant à l’asile psychiatrique, au bagne ou au poteau d’exécution. On voit déjà, esquissé dans ce livre, ce tournant obscur dont Victor Serge devait donner de si hallucinantes images. Jack London avait lu Nietzsche et ses patrons de combat ressemblent bien à des fauves déchaînés, perdant tout respect humain, tout contrôle devant les êtres sans défense.

Lequel d’entre nous, ayant quelque peu vécu en période de trouble ou de crise, ne reconnaît pas, en effet, le visage de la bourgeoisie amène et cultivée dans le tableau qu’en brosse Nietzsche dans La Généalogie de la morale lorsqu’elle sévit contre le prolétaire isolé, l’individu désarmé ou les peuples colonisés ? « Ces mêmes hommes qui, inter pares, sont si sévèrement tenus dans les bornes par les coutumes, la vénération, l’usage, la gratitude et plus encore par la surveillance mutuelle et la jalousie – et qui, d’autre part, dans leurs relations entre eux se montrent si ingénieux pour tout ce qui concerne les égards, l’empire sur soi-même, la délicatesse, la fidélité, l’orgueil et l’amitié ; ces mêmes hommes, lorsqu’ils sont hors de leur cercle, là où commencent les étrangers, ne valent pas beaucoup mieux que des fauves déchaînés. Alors ils jouissent pleinement de l’affranchissement de toute contrainte sociale ; ils se dédommagent dans les contrées incultes de la tension que fait subir toute longue réclusion, tout emprisonnement dans la paix de la communauté ; ils retournent à la simplicité de conscience du fauve, ils redeviennent des monstres triomphants, qui sortent peut-être d’une ignoble série de meurtres, d’incendies, de viols, d’exécutions, avec autant d’orgueil et de sérénité d’âme que s’il ne s’agissait que d’une escapade d’étudiants. »

Nietzsche, mieux que bien des romanciers, a ainsi fixé l’image de l’exploiteur telle qu’elle est perçue par le travailleur sans défense, telle qu’elle a inspiré Jack London.

Cette classe ouvrière, fière de son originalité, luttant farouchement pour l’affirmer, la préserver dans la dignité et la solidarité, nous demande-t-on souvent, a-t-elle jamais existé et surtout existe-t-elle encore dans la société de consommation ? Nous nous bornerons, dans la perspective qui est la nôtre ici, à interroger la littérature où abondent les images nous offrant une représentation cohérente et concrète de la vie ouvrière. Là encore tournons-nous vers les écrivains issus du peuple dont les œuvres firent surface entre les deux guerres.

Au sein du plus extrême dénuement nous y voyons des familles, des hommes et des enfants qui vivent intensément, qui s’entraident, qui imaginent un monde meilleur et consacrent une part importante de leur temps, de leur argent et de leur énergie à travailler à son avènement. On peut observer un frappant parallélisme entre les situations et les personnages des livres de Louis Guilloux et de Jean Giono. Dans La Maison du peuple, nous voyons une famille vivant dans une pauvreté voisine de la misère mais où les joies et les peines sont partagées par tous. Lorsque la mère du narrateur tombe malade, la grand-mère qui, dans une soupente, subsiste médiocrement par d’infimes besognes, n’hésite pas une seconde en dépit de son âge et de sa faiblesse, à venir prendre soin de toute la famille. Ces manifestations de solidarité active ne se limitent pas au cercle étroit de la parenté. Dans Jean le Bleu, nous voyons un autre cordonnier libertaire qui transforme son très modeste logis en lieu de rencontre et d’accueil pour les proscrits, les réfractaires, les trimardeurs, les malades, qui viennent frapper à sa porte. Toute la misère du monde, mais aussi tous ses espoirs semblent parfois se donner rendez-vous dans ces pauvres foyers où la lumière qui brillait n’était pas seulement celle de la grosse lampe à globe du cordonnier et où régnait un climat d’affectueuse tendresse, créé par l’élément féminin nombreux, divers, attentif à tout et à tous. Mais plus encore qu’un tableau du passé, ou qu’un reflet du présent de la condition ouvrière, ce que les jeunes militants cherchaient dans la littérature prolétarienne, entre les deux guerres, c’étaient des modèles, c’étaient des héros à imiter, pratiquant le « refus de parvenir », restant dans leur classe d’origine, dans leur milieu, au coude à coude avec les plus déshérités de leurs frères, pour mener avec eux l’incessant combat contre les employeurs, pour un peu plus de bien-être et beaucoup plus de justice et de respect de leur dignité d’hommes libres.

Cette littérature prolétarienne ne constituait pas aux yeux de ses lecteurs une fin en soi, une représentation qui émeut, amuse, détend et par-là même opère une sorte de catharsis. Elle n’était pas non plus une médiation dont on attendait qu’elle corrigeât les maux qu’elle dénonçait en faisant appel à la bonne volonté des dirigeants, à leur raison, à leur sens de la justice, ou même simplement, de l’efficacité. Les lecteurs de ce type de littérature y cherchaient avant tout un guide et une incitation à l’action. Ils les trouvaient, chez Jack London ou Victor Serge, par exemple, non sans de curieux paradoxes.

Ernest Everhard, le héros du Talon de fer, est bien un homme du peuple, mais tout ce que nous savons de lui nous est rapporté par sa femme, l’élégante, la gracieuse, la spirituelle Avis Cunningham, fille d’un célèbre professeur de l’université de Berkeley en Californie. Sa perception même d’Ernest révèle une vision bien bourgeoise de l’ouvrier, un intérêt très caractéristique pour l’exceptionnel dans cette classe, plutôt que sa norme, pour la force physique de l’ancien forgeron et les idées d’un philosophe du peuple. On peut même se demander ce qu’il reste de prolétarien chez un homme dont Avis Cunningham nous dit : « C’était un aristocrate né. » Invité à participer à divers débats avec des hommes d’Église et des hommes d’affaires, il les écrase tous par son habileté dialectique, son éloquence, son information. Plus tard, son martyre le fera apparaître comme une figure du Christ dont le sacrifice méconnu rendra possible une future rédemption de l’humanité. En réalité, dépouillée de tout élément surnaturel, de tout mystère, la passion d’Ernest n’est pas signe de contradiction, mystique passage d’un ordre de réalité à un autre, mais sanglant échec que ne justifie ni ne rachète une très vague et peu convaincante promesse – à l’intérieur même du roman – de la venue encore lointaine des temps meilleurs. Le destin d’Ernest, c’est aussi l’exaltation de la lutte, des souffrances de l’homme supérieur qui trouve son bonheur et sa joie au sein même des tourments et de la mort heureuse qu’il atteint en pleine exaltation, au cœur de l’extase dionysiaque.

À moins de considérer que plonger des peuples entiers dans une barbare ivresse de carnage ou de destruction soit le but véritable du socialisme, comme le prétendait d’ailleurs Oswald Spengler, Le Talon de fer nous apparaît surtout, aujourd’hui, comme une fresque bouleversante du martyre auquel le prolétaire – même d’exception – et avec lui les masses qui le suivent sont promis s’ils osent s’attaquer à l’ordre oppressif auquel ils sont soumis. Loin d’exalter le peuple, la force du prolétariat, il met en évidence la faiblesse du nombre devant les forces conjuguées de la délation et de quelques mitrailleuses bien placées, aux mains de mercenaires fanatisés.

Les héros de Victor Serge, pour courageux et sympathiques qu’ils soient, sont eux aussi des vaincus. Et, suprême ironie, ils sont vaincus, non pas par la répression féroce des menées révolutionnaires en régime bourgeois, mais par la victoire même d’une révolution que certains de ses artisans s’empressent de trahir, en s’érigeant en bureaucratie intolérante, autocratique et incompétente. Ce qui nous frappe surtout aujourd’hui dans les livres sombres et ardents de Victor Serge, c’est la terrible efficacité des polices politiques soviétiques, la pesanteur de la meule aveugle et stupide de la répression qui écrasait implacablement tous ceux, opposants, asociaux, malheureux, que le hasard plaçait sur son chemin.

Nous autres jeunes Français, qui étions convaincus de vivre sous le régime de la bourgeoisie la plus bête au monde, nous découvrions avec horreur, vers 1936, le triomphe en Union soviétique d’une bureaucratie policière encore plus stupide, plus bornée, mais plus implacable, parce que vivant elle-même à la frontière du dénuement, dans la terreur constante de retomber au niveau des inculpés qu’elle tourmentait sans relâche. Et nul ne résistait à ce laminoir : ni l’ancien combattant de 1917, ni l’intellectuel, ni le vieux croyant, ni le jeune enthousiaste. Tous étaient avilis, corrompus, brisés par le climat de misère, de basse délation, d’insécurité constante dans lequel le régime se plaisait à les plonger. Ce n’était pas là encore que nous pouvions trouver d’exaltantes images du héros prolétarien triomphant.

Une relecture rapide de quelques-unes de ces œuvres au contact desquelles s’enflammait, dans les années trente, notre enthousiasme révolutionnaire, nous révèle aujourd’hui leur profonde ambiguïté. La vie ouvrière, dont la générosité et le charme nous émouvaient tant, ce n’était plus déjà vraiment la nôtre. C’était celle d’une époque déjà révolue, antérieure à la Première Guerre mondiale, à un moment où l’urbanisation et l’industrialisation n’en étaient qu’à leurs débuts. Alors le gros des classes ouvrières et paysannes n’avait qu’un accès limité au marché, leur travail et leur mode de vie, surtout dans les pays à peine sortis de l’ère féodale de l’Europe de l’Est, les tenaient dans une large mesure à l’écart de la compétition et de la consommation. Demeurés hors du circuit de la société bourgeoise, ouvriers et paysans (avec bien des réserves fortement énoncées par Gorki pour ces derniers) pouvaient rester attachés à des valeurs de morale sociale, telles que l’entraide, la générosité, le refus de parvenir. Aujourd’hui qu’ils ont un accès plus large au marché, ouvriers et paysans sont contraints de conformer leur conduite aux lois qui commandent son fonctionnement. Il leur faut donc à leur tour pratiquer l’égoïsme et la compétition sans merci. En d’autres termes, la vie économique moderne qui déchaîne la guerre de chacun contre tous et de tous contre chacun, encourage l’agressivité généralisée, appauvrit la vie affective et tous les aspects désintéressés de l’existence. Elle rend aussi de plus en plus précaire et problématique l’existence de ces êtres en marge, vagabonds, hors-la-loi, colporteurs, musiciens ambulants, dont nous admirions tant l’amour de la liberté et l’inépuisable ingéniosité à échapper aux contraintes du salariat.

Plus que jamais, dans ces conditions, le recours à la littérature demeure nécessaire pour affirmer, en face de son absence de plus en plus évidente, au-delà des faux-semblants de la culture de consommation qui masque mal, derrière ses astuces rhétoriques, la déshumanisation de l’homme, la valeur d’un humanisme prolétarien à vocation universelle. Plus que jamais, ce que certains nomment avec mépris une pauvre littérature, une littérature de pauvre, mérite notre attention car elle nous parle de ce qui n’existe plus tout à fait ou n’existe pas encore. Elle nous révèle les contradictions des aspirations prolétariennes les plus généreuses. En en fixant l’image elle nous aide certainement à mieux comprendre, aujourd’hui encore, les causes des échecs passés. Aussi contribue-t-elle, malgré son inévitable retard, à nous donner une meilleure intelligence de l’histoire qui se fait au sein d’un système de production et d’échange en constante évolution, sous la pression d’un nouveau prolétariat dont la psyché collective émerge peu à peu au hasard des mouvements sociaux, tel celui de mai 1968 à Paris, et d’obscures publications.

Pierre AUBÉRY

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