Du temps que Granell avait raison
Révolution, surréalisme, anti-totalitarisme (1936-1950)
Article mis en ligne le 9 août 2021

par F.G.


■ La longue étude de Claudio Albertani que nous publions ici dans une traduction française de Christian Dubucq fut originellement publiée, en espagnol, sur le site de la Fundación Andreu Nin [1]. Créée en 1987 pour promouvoir la mémoire de la gauche antistalinienne – dont le Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM) fut, en terre ibérique et plus sûrement catalane, la principale référence –, cette entité a beaucoup œuvré au combat toujours nécessaire pour la revalorisation historique de la tradition marxiste révolutionnaire, critique ou anti-autoritaire.

Quand l’ami Claudio nous proposa ce texte, il doutait que, par sa longueur, il puisse nous convenir. C’était, d’une part, oublier que nous avons fait plus long et que, de l’autre, venant de lui et des vastes sujets qu’il aborde, ses précédentes collaborations à notre site [2] nous avaient habitués à lui réserver de l’espace. Au bout du compte et au vu de l’ample fresque intercontinentale qu’il nous livre, on se demande d’ailleurs comment il aurait pu faire plus court.

Le principal intérêt de cet essai réside sûrement dans le portrait qu’il nous livre d’une figure trop peu connue de cette dissidence internationaliste diffamée et traquée par le stalinisme. Eugenio Fernández Granell fut tout à la fois un peintre de grand talent très proche des surréalistes, un violoniste de haut niveau, un combattant de la plume et un homme d’action [3]. Son périple, que décrit minutieusement Albertani, est celui d’un révolutionnaire certes vaincu mais doté, depuis son expérience espagnole de 1936-1939, de la claire conscience des causes internes de la défaite. De l’Espagne à Porto Rico, en passant par la République dominicaine et le Guatemala, Granell ne cessa d’identifier encore et toujours ceux qui, ici et ailleurs, staliniens de haut vol ou pitoyables compagnons de route, salissaient la cause de l’émancipation ouvrière à laquelle il ne cessa de croire.

Sur fond de polémiques, de coups fourrés, d’allusions perfides, Granell et ses amis résistèrent, en effet, au prix d’un exil incessant pour certains, de leur vie pour d’autres, aux calomnies staliniennes et aux mensonges déconcertants des porte-voix et porte-couteaux du « communisme de caserne ». De grandes ombres tutélaires, comme celles de Victor Serge et de Benjamin Péret, peuplent ces pages où, malgré les avanies, l’idée lumineuse d’un autre communisme, libertaire pour le qualifier, continue d’éclairer le chemin.

À contretemps.



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