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Ne nous laissons plus gouverner par la peur
Article mis en ligne le 18 juin 2024


Les prochains jours seront difficiles.
L’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale, suite à la débâcle du parti présidentiel aux élections européennes, dimanche dernier, a provoqué un état de sidération.

En prenant le risque de donner les clés de Matignon au Rassemblement national, tout en tentant de se poser en recours face aux « extrêmes », Emmanuel Macron a choisi d’aggraver la crise de la société, dans la droite ligne de sa politique anti-ouvrière, belliciste et liberticide mise en œuvre depuis 2017.

Si la constitution du Nouveau Front populaire a, dans un premier temps, suscité l’enthousiasme mesuré d’un peuple de gauche habitué aux revirements et trahisons de ses dirigeants, les contours de cet attelage hétéroclite – d’Aurélien Rousseau à Philippe Poutou, en passant par François Hollande – provoquent désormais le trouble chez ceux qui, depuis trop longtemps, votent en se bouchant le nez.

Assurément, le chemin de l’émancipation ne passera pas par cette énième coalition qui a déjà donné des gages au parti de l’ordre et se prépare à une éventuelle cohabitation avec le principal architecte de la dérive autoritaire en cours. Cela, les révolutionnaires conséquents le savent aussi bien que les jeunes et les prolétaires qui se sont abstenus – en connaissance de cause – lors du dernier scrutin.

Cependant, face au péril qui nous guette – et que d’aucuns auraient tort de minimiser –, il convient de tout mettre en œuvre pour éviter l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite ou le maintien des bourgeois macronistes qui ont frayé la voie au fascisme.

Car tout ne se vaut pas. L’atmosphère, déjà suffocante pour beaucoup au cours des dernières années, deviendrait à proprement parler irrespirable, cet été, pour la majorité d’entre nous, à commencer par les plus fragiles et les plus exposés, les « indésirables » en tous genres ou les « refoulés » par toutes les polices. Rien ne saurait justifier l’impassibilité face à la grande régression qui nous menace.

Ceux qui prendront la responsabilité de voter pour le Nouveau Front populaire, le 30 juin et le 7 juillet, doivent dès à présent imposer aux candidats et aux états-majors le respect de la décence commune dont certains ont cru pouvoir s’exonérer durant la dernière campagne. La diabolisation de Raphaël Glucksmann, chez les uns, et celle de Rima Hassan, chez les autres, témoignent autant de la vigueur de l’antisémitisme et du racisme, que du déni de réalité face aux tragédies ukrainienne et palestinienne. La crise de la gauche est aussi celle de l’humanisme et de l’internationalisme.

Quant à ceux qui, loin d’être indifférents aux développements de la situation, assumeront néanmoins leur refus de participer aux élections législatives – et le respect de quelques principes ne saurait souffrir d’aucun chantage –, il leur reviendra d’appuyer les conditions d’un dépassement, d’encourager la cristallisation d’initiatives prises à la base, et sur un terrain de classe, par les exploités qui décideront, en reprenant confiance en eux-mêmes, en brisant les carcans qui brident leur imagination, en sortant de l’isolement dans lequel le système les maintient, de ne plus être gouvernés par la peur.

L’heure est grave mais ne nous laissons pas abattre ! Les manifestations d’hier n’ont pas montré toute notre force. Loin de là. Saisissons sans plus attendre les outils à notre disposition, dans les villes et les banlieues, comme dans les villages et les régions submergés par la vague brune. Il est encore possible d’organiser la riposte dans les collectifs, les syndicats ou les bibliothèques, sur les lieux de vie et de travail.

Certes, les rancœurs se sont accumulées au gré des défaites sociales, les fractures se sont approfondies à la faveur des « guerres culturelles », la séparation s’est accélérée avec les nouvelles technologies, l’individualisme a progressé par le biais de l’idéologie sportive, tandis que l’abêtissement s’est généralisé à travers un divertissement où le ricanement cruel s’est substitué au rire généreux.

Tout n’est pas encore perdu.

C’est le grand « tous ensemble » que nous devrons construire, faute de quoi les capitalistes et les fascistes nous imposeront la guerre de tous contre tous. Tôt ou tard, nous situerons les responsabilités de chacun mais il serait malvenu de profiter de la conjoncture pour régler ses comptes, au risque d’alimenter la confusion et le désarroi.

Essayons de clarifier les enjeux à chaque étape, en partant des préoccupations des larges masses plutôt que des obsessions de la bourgeoisie – qu’elle soit progressiste ou réactionnaire. Rompons avec les exclusives et le sectarisme, poisons mortels de notre camp social. Sortons au plus vite de l’entre-soi confortable dans lequel d’aucuns ont trouvé refuge, pour de bonnes et de mauvaises raisons. Parlons une langue qui ne soit plus le signe de ralliement des bac + 5, des groupes affinitaires ou des sectes politiques.

Demain est un autre jour.

Nedjib SIDI MOUSSA

le 16 juin 2024


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