Écrits « anti-politiques » de Gustav Landauer

À contretemps, n° 48, mai 2014
jeudi 12 mars 2015
par  F.G.
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Les textes de Landauer que nous avons retenus pour cette seconde partie de numéro sont, nous semble-t-il, révélateurs de la démarche « anti-politique » et du style à nul autre pareil de leur auteur.

L’expression « anti-politique » convient si bien à Landauer qu’il en avait fait lui-même un de ses signes d’identité majeur, allant jusqu’à la reprendre pour indiquer sa profession dans le calendrier littéraire de Kürschner de 1901. Par « anti-politique », il faut bien sûr comprendre une disposition particulière – utopique, révolutionnaire et libertaire – à penser la nécessaire transformation sociale en dehors du cadre légal des rapports de forces admis, notamment par la très politique social-démocratie dominante de son temps. En cela, il fut à l’évidence un digne héritier de la génération des « anti-autoritaires » de la Première Internationale – qui perçurent dans le glissement progressif des marxiens vers la politique instituée une négation en marche de la dynamique auto-émancipatrice des exploités –, mais un héritier d’autant plus malcommode que, par paliers critiques successifs, son « anti-politique » n’épargna pas non plus l’anarchisme de lutte de classe, qu’il finit par juger largement contaminé par un même déterminisme historique et la paresseuse croyance à l’inéluctabilité du Grand Soir.

Incitation à l’expérimentation socialiste libertaire, régénération spirituelle, critique de la modernité : les thèmes abordés dans ces écrits « anti-politiques », la plupart publiés dans Der Sozialist, indiquent assez clairement en quoi et pourquoi l’imaginaire de Landauer fut jugé si hérétique en son temps. Nul doute, d’ailleurs, qu’il continue de l’être au vu de l’évidente distance qui sépare son œuvre critique des divers essentialismes – ouvriériste, gauchiste, subversiviste ou sociétal – autour desquels se structurent, conjointement mais contradictoirement, l’anarchisme d’aujourd’hui et une pseudo-radicalité d’époque communiant sans risque dans l’idée faible que, l’insurrection devant venir, tout ce qui ne la favoriserait pas la contrarierait.

Quant au style écrit-parlé de Landauer, cette sorte de maïeutique oratoire relevant à la fois d’une recherche du vrai dans le beau, d’une éloquente exubérance et d’une permanente jonglerie conceptuelle, on imaginera que sa restitution relève, à la fois, pour tout traducteur qui se respecte, d’un exercice de haute voltige et d’un vrai casse-tête où chaque terme doit être pesé à l’aune de la sensibilité langagière d’un auteur qui penchait plus volontiers vers le chant que vers le cri, mais sans rien masquer de ses dissonances. Cette tâche particulièrement difficile est revenue à l’ami Gaël Cheptou, fin connaisseur de l’œuvre de Landauer et subtil passeur de langue, qui a traduit les textes qui suivent [1]. Qu’il en soit fraternellement remercié.



[1À l’exception de « De Zurich à Londres » – donné dans la traduction originelle de Doris Wess-Zook –, des « Douze articles de la Ligue socialiste » – donnés dans celle de Maximilien Rubel – et des deux préfaces à l’Appel au socialisme – données dans celle de Jean-Pierre Laffitte.