Un socialiste libertaire allemand

À contretemps, n° 48, mai 2014
jeudi 12 mars 2015
par  F.G.
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Figure de proue du mouvement anarcho-syndicaliste allemand et international du siècle dernier, Helmut Rüdiger (Frankenberg 1903-Madrid 1966) milita à la Freie Arbeiter-Union Deutschlands (FAUD) dès 1922, fut responsable de son organe de presse – Der Syndikalist – à partir de 1930, membre de la Commission administrative de la FAUD en 1932, secrétaire de l’Association internationale des travailleurs (AIT) de 1936 à 1938, conseiller politique de la Confederación Nacional del Trabajo (CNT) durant la révolution espagnole, membre de la Sveriges Arbetares Centralorganisation (SAC, Suède) de 1939 à la fin de sa vie et l’un des initiateurs de la Föderation Freiheitlicher Sozialisten (FFS) qui fut fondée en Allemagne après la guerre. C’est dans une brochure commémorative de la FFS qu’il publia, en 1951, cette intéressante étude sur Gustav Landauer. Inédite en français jusqu’à ce jour, nous la donnons ici dans une traduction de Gaël Cheptou. Précisons que toutes les notes sont du traducteur.

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Pour le socialisme d’obédience traditionnelle, qui s’inspirait principalement de Marx et de Lassalle, l’épreuve de la réalisation commença dès la fin de la Première Guerre mondiale. Partant de l’idée d’une dictature transitoire, l’aile révolutionnaire mit alors en place un système étatique de domination totale, dans lequel non seulement on supprima entièrement tous les droits et libertés démocratiques en instaurant un nouveau pouvoir de classe, mais dans lequel on en vint même à introduire l’esclavage pour des millions de sujets. Le socialisme démocratique n’échappa pas non plus à la crise. En 1914, l’internationalisme théorique de la social-démocratie européenne s’effondra comme un château de cartes. La mentalité socialiste-étatiste, qui avait fortement contribué à cet échec complet, a été soumise, au cours des trois dernières décennies, à une certaine critique dans les partis sociaux-démocrates, surtout après la faillite des mouvements socialistes lors du déchaînement de la révolution nationale-socialiste. On y reprend non seulement la critique de l’idée d’un socialisme centralement organisé mais aussi la critique des fondements spirituels du mouvement, à savoir et en particulier la référence exclusive à la conception marxienne de l’histoire. Dans les cercles sociaux-démocrates, parmi les coopérateurs, dans les groupes libéraux-progressistes intéressés par les problèmes sociaux, chez les réformateurs religieux et d’autres encore, une expression semble-t-il nouvelle apparaît parfois au cours des discussions sur les buts du mouvement social : socialisme libertaire. On ne sait pas encore ni ce que cette notion recouvre, ni ce qu’elle vise ; mais il est certain que son apparition est un symptôme de la crise que connaissent les vieux mouvements socialistes ; tout en voulant en conserver les présupposés et les buts essentiels, on souligne certains dangers du socialisme qui ont été sous-estimés par le passé et on insiste aujourd’hui plus fortement sur l’élément de liberté. Il est évident que toute élévation du niveau de vie matérielle donne plus de possibilités aux individus pour façonner leur existence comme ils l’entendent, en les libérant ainsi de la misère qui fait obstacle à la vie ; mais la véritable liberté, c’est avant tout la possibilité de prendre individuellement une part de responsabilité pour la communauté politique et l’organisation sociale, d’avoir son mot personnel à dire dans la gestion de la production et de la répartition de la richesse sociale. Cela veut dire que l’organisation du socialisme ne peut être que libertaire et qu’un socialisme politique, fidèle à l’État, centralisateur est une contradiction en soi. Les individus et les communautés primaires qu’ils forment dans leur quartier et leur métier doivent être les forces porteuses d’un nouvel ordre social ; l’homme doit être sujet ; il ne saurait être seulement objet du socialisme.

Cette conception du socialisme est, cependant, tout sauf nouvelle. Le socialisme non marxiste, en particulier les courants anarchistes et syndicalistes révolutionnaires, s’appuient depuis une centaine d’années sur ces réflexions qui émergent actuellement, de l’autre côté, dans la critique du socialisme d’État traditionnel. Il est clair que, pas plus que les autres systèmes politiques ou articles de foi sociale datant de l’époque d’avant 1914, les programmes spécifiques de ces tendances ne sauraient prétendre aujourd’hui à une validité immédiate ; mais certaines idées fondamentales du vieux socialisme antiautoritaire peuvent tout naturellement servir de base pour le développement d’un socialisme libertaire moderne.

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Gustav Landauer (né en 1870 à Karlsruhe, assassiné à Munich en 1919) incarne cette continuité. Aujourd’hui, son nom est de nouveau cité, ses idées sont discutées et il est considéré comme un des pionniers du socialisme libertaire à venir. Pourtant, on ne saurait concevoir la figure et l’œuvre de Gustav Landauer sans leur profond enracinement dans l’anarchisme historique, en particulier dans l’univers fédéraliste de Proudhon, mais aussi dans l’œuvre de Kropotkine et l’esprit de Bakounine. Gustav Landauer, qui voulait faire de « la liberté dans la plénitude de ses formes » le fondement vivant d’un ordre social d’association, réunit de la sorte l’ancien et le nouveau socialisme libertaire en une unité indivisible.

Reproche fut souvent fait à Gustav Landauer de « traîner son anarchisme comme un fardeau » et d’insister sur son appartenance au camp anarcho-socialiste alors qu’il était devenu, dans les années de maturité, très indépendant à l’égard des compagnons de sa jeunesse qu’il considérait comme des sortes d’anarcho-marxistes. Dans un article où il s’en prend au charlatanisme social-réformiste (1914), il se fait conseiller par un amical critique imaginaire de se « découper en six parties » : l’une serait un député social-démocrate ou rédacteur du Vorwärts ; une autre un théosophe entouré d’un auditoire régulier et chaleureux ; la troisième un moniste ; la quatrième un ami des colonies communautaires (Siedlung), etc. Mais aucun n’avait cette « rigueur intempestive » par laquelle Landauer, l’anarcho-socialiste, se faisait désagréablement remarquer et qu’il entendait pourtant donner – en toute connaissance de cause – à son activité révolutionnaire visant à la régénération radicale et totale de la société.

Landauer fut pendant toute sa vie un solitaire, car il voyait plus loin que les autres ; bien qu’il voulût accéder à « la communauté par la séparation », il n’avait pas peur de se retrouver au cœur des luttes quotidiennes et il agissait toujours, malgré son refus assumé de tout socialisme de classe, en lien étroit et personnel avec les masses populaires dans lesquelles il voulait éveiller l’esprit d’un socialisme libre et créateur.

Étant encore jeune homme, il entra en relation avec le mouvement socialiste et rejoignit rapidement l’opposition des « Jeunes » dans les rangs desquels il défendit les idées de l’anarchisme, surtout en tant que rédacteur du Sozialist jusqu’en 1895. Ces années d’intense agitation et de luttes énergiques furent suivies d’une décennie de réflexion et de recueillement, au cours de laquelle Landauer se familiarisa avec la philosophie et la littérature, sans pour autant interrompre ses importantes études dans le domaine social et économique ; puis il se détourna encore une fois – non sans en faire un geste de protestation – de ses compagnons d’idées de cette époque pour se consacrer encore plus passionnément au combat pour ce socialisme dans lequel devait, selon lui, s’exprimer toute aspiration à la régénération de l’esprit. La Première Guerre mondiale lui laissa à nouveau quelques années de travail spirituel pleines de souffrances, pendant lesquelles il continua d’approfondir son socialisme et sa conception de la culture ; en 1918, il quitta le Théâtre de Düsseldorf où, en tant que conseiller artistique, il avait cherché à œuvrer à l’éducation du peuple dans le sens de ses idées révolutionnaires, pour se jeter dans le tourbillon de la révolution. Dans les derniers mois, il surpassa tous ceux qui l’entouraient ; ses idées prirent leur forme la plus claire et, dans les semaines et les jours qui précédèrent sa fin atroce, son humanité agissante et constructive trouva sa plus pure expression.

La production littéraire de Landauer reflète cette évolution. Le premier Sozialist [1] – publié jusqu’en 1895 – est imprégné de l’esprit combatif de sa jeunesse ; les années 1895-1897 marquent le passage de l’agitation socialiste à l’approfondissement spirituel de la conception socialiste de la vie humaine. Au tournant du siècle, Landauer entre en relation avec la « Nouvelle Communauté » des frères Hart et les poètes du « cercle de Friedrichshagen ». Paraissent alors Skepsis und Mystik (Scepticisme et mystique) ainsi que son adaptation des sermons et écrits mystiques de Maître Eckhart, qui est peut-être le fruit le plus mûr de ces années. La Ligue socialiste est fondée en 1908 ; la même année, Landauer prononce les conférences qui seront réunies en 1911 dans l’Aufruf zum Sozialismus (Appel au socialisme) – son plus beau livre, et peut-être celui qui aura le plus de retentissement – qui, partant d’une protestation enflammée contre le socialisme marxiste, reprend certaines idées de Proudhon pour les faire aboutir à la nécessité d’un socialisme nouveau, expérimentateur et coopératif. Le troisième Sozialist débute ensuite sa parution en 1909 : c’est l’organe de Gustav Landauer, son organe à lui, une publication de haut niveau, infiniment riche et stimulante. Pendant la guerre mondiale, Landauer se tourne de nouveau vers la littérature, mais dans le seul but d’établir plus solidement l’idée d’une régénération radicale et globale de l’humanité : c’est de cette époque que datent, entre autres, les Shakespeare-Vorträge (Conférences sur Shakespeare), les Aufsätze über Hölderlin (Études sur Hölderlin) et l’émouvante confession personnelle Ein Weg deutschen Geistes (Un chemin de l’esprit allemand). Et enfin, dans les tourments de la révolution, Landauer achève sa nouvelle préface à la seconde édition – dite « édition de la Révolution » (Revolutionsausgabe) – de l’Aufruf, à laquelle le pressentiment de la mort prochaine donne une suprême gravité et sérénité.

Le marxisme apparaît aux yeux de Landauer comme « la peste de notre temps et la malédiction du mouvement socialiste ». Dans l’Aufruf, il établit un règlement de comptes passionné avec les conceptions de la vieille social-démocratie qui, depuis ce temps-là, au cours d’un processus d’auto-dissolution, ont certes beaucoup changé, pendant que le marxisme doctrinaire et totalitaire a connu, quant à lui, un renouveau chez Lénine. Landauer s’oppose à la conception selon laquelle le socialisme vient « avec la nécessité d’une loi de la nature » et qu’il serait le produit de la lutte des classes (que Landauer ne niait évidemment pas mais qu’il interprétait autrement que le marxisme). Landauer voit les racines de l’ordre social existant dans la propriété foncière, la plus-value et l’existence d’un moyen d’échange immuable [2] qui, ayant perdu son caractère de chose, est passé de l’état de serviteur à celui de maître. Le socialisme n’a pas pour tâche l’appel démagogique aux masses en tant que représentantes du cours de l’histoire tel que la science l’aurait prétendument déterminé ; c’est à tous les êtres qui veulent le socialisme que s’adresse Landauer en les invitant, par la mise en commun de la consommation, à s’engager sur la voie de la création de colonies intérieures socialistes dans lesquelles ils pourraient faire l’expérience de formes de vie socialistes. « Commencement », « réalisation », tels sont ses mots de ralliement. Dans les Trois feuilles volantes de la Ligue socialiste, il présente ces idées de manière concise pour les besoins de l’agitation, dans une langue claire et exaltante. Le socialisme, dit-il, n’est point l’étape d’une évolution qui serait donnée à l’avance ; le socialisme est « possible en tout temps et quel que soit l’état de la technique, quand un nombre suffisant d’hommes, remplis de l’esprit de justice, le veulent ».

Quand Marx regarde la lutte des classes comme le moteur de l’évolution vers le socialisme, Landauer y voit seulement la loi interne du capitalisme. La lutte des producteurs sans propriété pour leur part du produit social leur est imposée par l’ordre capitaliste lui-même ; mais jamais cette lutte ne conduit au-delà du capitalisme, jamais elle ne brise le cercle inexorable de la lutte de tous contre tous. Ce fait établi ne rend pourtant pas Landauer méprisant à l’égard du mouvement ouvrier auquel il reste toujours fidèle, sans pour autant s’identifier aux conceptions marxistes qu’il tient pour erronées. Estimant que la lutte des travailleurs dans la société capitaliste n’est au fond que la lutte qu’ils se livrent à eux-mêmes en leur qualité de consommateurs, Landauer appelle, dans ce contexte, à « sortir du capitalisme » – autant qu’il est possible de le faire – par la création d’un secteur coopératif au sein même de l’ordre existant. Les socialistes ne doivent pas se satisfaire des succès d’agitation, n’avoir en vue que le rassemblement purement politique de masses importantes en attendant la prochaine étape de l’évolution sociale ; ils doivent réaliser à chaque instant le fragment de socialisme qu’il est possible de réaliser. Si on ne fait pas tout ce qui est possible, on ne peut lancer aucun appel révolutionnaire à la transformation des conditions générales. Non seulement Landauer refuse de retarder le commencement de l’édification du socialisme jusqu’à une prochaine étape de l’évolution sociale, mais il ne veut absolument pas entendre parler du socialisme comme d’un but absolu qui, un jour, pourrait être entièrement atteint. Pour lui, tout socialisme est « socialisme en devenir » ; tout socialisme ne peut être qu’« un socialisme relatif », et chaque génération a sa propre tâche dans le cycle infini que constitue la réalisation d’un ordre de justice sociale. Landauer rejette complètement l’idée d’une révolution sociale qui ferait naître d’un coup un nouvel ordre social – et en cela, il s’opposait à la grande majorité des anarchistes et syndicalistes révolutionnaires de son temps – et se représente, quant à lui, « la révolution comme partie intégrante de nos institutions », c’est-à-dire un type de société dans lequel on procéderait périodiquement et radicalement à une égalisation sociale, comme chez les Juifs où il est dit qu’« en cette année de Jubilé, chacun de vous retournera dans sa propriété » [3].
Par contre, Landauer ne voit que « fuite du monde, désolation et désespoir » chez les révolutionnaires qui mettent toutes leurs espérances dans un grand bouleversement relégué dans un futur lointain.

« Ils font une description de leur idéal » – écrit-il à leur propos (1910) –, « ils font une description des conditions présentes, et ils se vouent à la seule œuvre qu’ils voient présentement devant leurs yeux : la préparation d’un soulèvement populaire au cours duquel – sans dictature d’aucune sorte, par la seule initiative du peuple, et même par la seule initiative de la classe ouvrière – leur idéal doit devenir réalité. Ils ont une vue claire quant à la forme imaginaire d’un futur lointain ; quant à la voie vers ce but ultime, quant aux tâches immédiates dans le présent et aux différentes possibilités pendant la révolution, il règne chez eux la plus grande confusion. [4] »


Pour Landauer, cette manière de penser ne peut s’expliquer que parce que de nombreux révolutionnaires « ont laissé s’introduire dans leur pensée des éléments importants du marxisme », qu’ils ont non seulement cessé de cultiver l’esprit coopérateur et constructif de Proudhon mais qu’ils l’ont complètement oublié.

Il est évident que, avec ces présupposés, Landauer devait rejeter le bolchevisme qu’il avait eu l’occasion de connaître pendant sa dernière période d’activité, lors de la République bavaroise de 1918-1919. À cette époque, le parti communiste de Russie n’avait pas encore pris le contrôle de la révolution des conseils, une expérience de démocratie directe révolutionnaire qui était en opposition consciente avec l’idée de la dictature de parti ; en Allemagne même, Landauer tenta de développer, à partir du mouvement des conseils, un fédéralisme socialiste inspiré de Constantin Frantz [5] et de Proudhon. Pendant les derniers mois de sa vie, tous ses efforts furent dirigés vers ce but. Il repoussa avec lucidité et détermination les formules communistes. En décembre 1918, il écrit dans une lettre :

« Un cas particulièrement inquiétant est celui des bolcheviques (les spartakistes) : de purs centralistes comme l’étaient Robespierre et les siens, qui n’aspirent à rien, à rien sauf au pouvoir ; ils préparent la voie à un régime militaire qui serait plus monstrueux encore que tout ce que le monde a vu jusqu’ici… Mais les meilleurs éléments du peuple se sont fourvoyés précisément dans leurs rangs ; les moyens radicaux attirent comme par magie, car ce qu’il y a de profondément radical dans le sens et dans le but de la nouvelle humanité, ce qu’elle a de paisible et de doux, n’a pas encore trouvé le ton bouleversant qui lui conviendrait. [6] »


Landauer voit les fondements de la « République » et du socialisme dans l’unité communale. Le seul salut possible, nous dit l’Aufruf, est dans « la renaissance des peuples à partir de l’esprit des communes ». Landauer ne se représente pas les communes comme des unités isolées, mais comme les fondements d’un véritable fédéralisme :

« La forme fondamentale de la culture socialiste, c’est l’union des communes qui s’administrent elles-mêmes et qui échangent entre elles. L’épanouissement humain… dépend maintenant de ce que l’unité de l’individu et l’unité de la famille, qui sont les seules formes d’association naturelle qui nous soient restées, se développent de nouveau pour atteindre cette unité des communes qui est la forme fondamentale de toute société. La société est une société de sociétés de sociétés ; une union d’unions d’unions ; une communauté de communautés de communautés ; une république de républiques de républiques. [7] »


Le véritable esprit communautaire trouve son expression première dans les unités de base de la société, d’où s’élève l’auto-gouvernement jusqu’aux entités supérieures qui se forment par association ; les États existants ne sont que des « succédanés de l’esprit ».

Landauer était profondément internationaliste, mais il comprenait que le socialisme – surtout s’il devait conserver, mais aussi développer, les traditions de liberté des peuples – était contraint de se rattacher, dans ses formes particulières, aux différents héritages nationaux. À cela s’ajoutait l’enracinement profond de la pensée de Landauer dans la culture classique allemande. Il chercha, par un travail intense et continu, à contribuer à la compréhension et à l’explication des grands représentants de l’esprit allemand ; avec affection, il suivit les expressions simples, silencieuses, secrètes de l’identité populaire dans la poésie et l’art. Et cela, pour faire partager ses expériences personnelles ou son savoir, et toujours dans le but de montrer en quoi l’œuvre des grands esprits témoigne d’une volonté de créer des formes plus hautes et plus belles de vie commune au sein du peuple et entre les peuples.

Souvent inspiré par l’œuvre de Kropotkine, profondément influencé par la pensée de Proudhon, Landauer manifesta également de l’intérêt pour Constantin Frantz, un fédéraliste allemand dont il essaya de renouveler les idées en les combinant avec celles du socialisme coopérateur. En novembre 1918, il entrevit la possibilité d’une Allemagne organisée sur le principe du fédéralisme socialiste :

« Je ne crois pas du tout – écrit-il dans une lettre – que, à Berlin, par égard pour l’Entente, nous ayons besoin d’un gouvernement central et d’une assemblée nationale, de style ancien avec les partis et le cirque électoral. Nous avons besoin d’un système corporatif de délégation et de constitution dans les différentes républiques. La Hesse (Hesse rhénane et Hesse-Cassel), Francfort, la Rhénanie, la Westphalie doivent se séparer de la Prusse et fonder une république autonome. Le Hanovre suivra. Après, il faudra en premier lieu que se constitue l’union des républiques d’Allemagne du Sud, du Sud-Ouest et d’Autriche. Si, ensuite, le reste de Prusse et de Brandebourg s’y rallie, et si l’organisation interne de chaque république est corporative, provinciale, avec le plus de libertés possibles au niveau des communes et des métiers, les délégués des républiques pourront alors constituer un conseil fédéral… Et ainsi le danger bolchevique ne sera plus aussi grand. Les véritables révolutionnaires d’essence spirituelle doivent suivre mon exemple et intervenir dans les conseils d’ouvriers et de soldats, au lieu de vouloir un traitement spécial de grand seigneur… La notion de travailleur doit être complétée… Ce n’est pas la dictature mais l’abolition du prolétariat qui doit être le mot d’ordre... [8] »


À l’époque, on retrouve chez lui ces idées dans de nombreux discours devant les conseils bavarois, dans des lettres, des articles, des proclamations :

« Toute continuité doit cesser avec l’ancien Reich, sinon nous aurons une dictature césaro-prolétarienne, peu importe si elle porte le nom de Scheidemann ou de Liebknecht. [9] »


Mais Landauer pressent aussi ce qui va réellement arriver :

« Avec l’aide de l’Entente, nous verrons revenir un affreux mélange d’industrie capitaliste et d’industrie sous le monopole ou sous le contrôle de l’État ; nous serons tout juste nourris et habillés par les États protecteurs dont cette industrie sera tributaire […] ; et quand – comme il est à prévoir – les conditions seront tellement insatisfaisantes pour la classe ouvrière qu’elle commencera à s’agiter, le césarisme arrivera, plus monstrueux encore que celui de Napoléon III, qu’il porte le nom de Ludendorff ou de quelqu’un d’autre. Un militaire habile, brutal, doué d’un grand sens de l’organisation et qui serait membre de la social-démocratie, a les meilleures chances, d’ici à deux ans, de devenir le dictateur de l’Allemagne. [10] »


À cette époque comme déjà dans ses activités d’avant la guerre, Landauer n’a évidemment jamais envisagé la question allemande indépendamment des problèmes de l’Europe. Il estime que l’État national est le mal absolu et qu’il doit être dépassé par un fédéralisme international. Mais cette fédération internationale est pour Landauer – lui, le révolutionnaire passé par l’école de Proudhon et de Frantz – tout autre chose qu’une union des vieux États nationaux centralisateurs : c’est une formation inédite d’un ordre plus élevé, ayant une organisation interne nouvelle. L’État est une « illusion ». « L’État et ses frontières sont les misérables produits de ce qu’on appelle le hasard de l’histoire », écrit-il ; la nation, qui est union de langue, communauté de culture, doit être délivrée de l’État ; l’union nationale de langue n’a absolument rien de politique : « Le chant populaire est la charte fondamentale de cette glorieuse union, et Goethe en est le roi. » La paix véritable n’est pas une paix entre États, mais entre les peuples ; elle se constitue par l’ouverture de relations entre les regroupements de communes et entre les associations industrielles des populations laborieuses ; et elle prend vie dans les nombreuses formes de coopération entre les communautés productives et les communautés culturelles ; les unités territoriales peuvent, elles aussi, être constituées sur une base tout autre que nationale. Avant la Première Guerre mondiale, dans son bel article sur le poème de Johann Fischart Das glückhafte Schiff (La nef fortunée) [11], Landauer développe – tout à fait dans l’esprit de Frantz – l’idée d’un « empire intermédiaire », d’une « fédération des peuples de la Méditerranée jusqu’à la mer du Nord », dont l’artère vitale aurait été le Rhin, qu’il ne considère, du reste, ni comme un « fleuve » ni comme une « frontière de l’Allemagne » : pour lui, le Rhin est une force unificatrice, capable de rassembler les peuples dans cette fédération supranationale naturelle qui, plusieurs fois au cours de l’histoire, a été étouffée dans l’œuf par la violence des hommes mais qui serait toujours possible. Tout comme Frantz, Landauer ne voit nullement dans les États nationaux, unitaires et souverains, le fondement de la fédération européenne à venir ; bien au contraire, la condition de l’unité européenne réside précisément dans leur dissolution au profit d’une nouvelle formation politique et économique, d’une tout autre nature. L’aveuglement national – même chez les socialistes d’État démocrates – et la funeste division de l’Europe en une sphère occidentale démocratique et une sphère orientale totalitaire d’État ont fait et font encore obstacle à la compréhension des idées de Landauer et de Frantz ; pourtant, il est possible que le salut des générations futures doive passer par cette voie-là.

Le socialisme de Landauer est, de par sa nature, foncièrement différent des théories qui, avant 1914, sous le nom de socialisme, ont conquis les masses ouvrières et certains éléments de la bourgeoisie. Landauer ne partage pas l’optimisme progressiste qui se manifeste autant dans les conceptions de Marx que dans les autres théories révolutionnaires ; il exige la prise de conscience de l’humain, plutôt qu’une confiance aveugle dans le développement de la technique et de la science qui, selon lui, ne peuvent avoir une fonction socialement utile que si les peuples sont animés par l’esprit qu’il faut. Ce qui lui répugne profondément, c’est ce « sentiment de lassitude rapide », cette « course à la nouveauté », cette « agitation continuelle », cette « poursuite acharnée », cette « manie-de-ne-pas-rester-en-place » que les modernistes assimilent souvent à la marche du progrès [12]. Dans l’Aufruf, au milieu de remarques sur les problèmes économiques et le rôle de la coopération, il critique l’aliénation du socialisme, ainsi que le fléau des mots ronflants et la pitoyable agitation dont on se sert pour flatter les masses ; et dans ce contexte, il cite Adalbert Stifter : « Nous voulons chercher à apercevoir la douce loi qui conduit le genre humain. [13] »

Constantin Frantz a dit une fois que le véritable révolutionnaire est souvent, de fait, un conservateur, dans la mesure où il entend préserver, voire ressusciter, des valeurs humaines menacées ou déjà disparues. Il y a de cela chez Landauer. Voilà pourquoi il veut attirer l’attention de ceux qu’il appelle à entrer en socialisme, moins sur le travail – probablement nécessaire – de destruction de l’Ancien que sur la fondation du Nouveau :

« C’est pourquoi, tâchons d’être ces rénovateurs à l’imagination prophétique, en laquelle ce qu’ils veulent créer vit déjà comme quelque chose de tout prêt et de tout naturel, comme quelque chose d’ancré dans le passé, dans la vie ancestrale et sacrée. C’est pourquoi, tâchons de détruire avant tout par ce que nous construisons de doux, de durable et de liant. [14] »


Landauer s’adresse aux membres de toutes les classes sociales « qui tout comme [lui] en ont assez » et qui ne veulent pas non plus se contenter de se retirer dans un monde intérieur où régneraient l’harmonie et la beauté, alors que l’humanité, vivant dans des conditions révoltantes, se rapproche peut-être de sa fin dernière. Dans le socialisme, tout l’esprit qui, au fil des siècles, s’est retiré au cœur des grands individus, doit « redevenir peuple ». Il ne s’agit pas, pourtant, de faire de l’économie un but absolu. Si Landauer appelle à la réalisation du socialisme, c’est pour que le regard des peuples se porte de nouveau vers des buts qui vont au-delà de la lutte pour le pain quotidien. « Notre socialisme n’a absolument rien de commun avec la satisfaction bruyante des gens repus, ou avec l’ardent désir d’une paisible idylle pastorale et d’une vie remplie qui ne serait vouée qu’à l’économie et au travail pour les besoins vitaux. Il a été beaucoup question ici d’économie ; elle est le fondement de notre vie avec les autres ; et, un jour, elle doit en être le fondement, mais de manière qu’il ne soit plus nécessaire qu’il en soit autant question », écrit-il dans la conclusion de l’Aufruf [15].

Le socialisme de Landauer est religieux dans la mesure où ce qui importe, c’est d’inciter, au nom de la haute mission de l’homme et au nom de son âme, à la fondation d’un ordre des choses économique qui le rende digne de sa destinée. « Qu’importe la vie ! », s’écrie-t-il dans l’émouvante préface à l’édition de l’Aufruf dite « de la Révolution ». Dans le même passage, il dit ce qui suit :

« Puisse la révolution apporter la renaissance ; puissent – car ce dont nous avons le plus grand besoin, ce sont des hommes neufs et purs qui s’élèvent de l’inconnu, de l’obscurité, des profondeurs –, puissent ces rénovateurs, ces purificateurs, ces sauveurs ne pas faire défaut à notre peuple […]. Puissent les peuples se remplir de cet esprit créateur qui fait vraiment naître des rapports nouveaux, de cet esprit nouveau qui prend sa source dans leur haute mission, dans les conditions nouvelles, dans les profondeurs ancestrales de l’Éternel et de l’Absolu ; puisse la révolution nous apporter cette religion de l’action, de l’amour, qui rend bienheureux, qui sauve, qui triomphe. [16] »


Pourtant, Landauer a une vision très économique et très concrète des tâches du socialisme. Le socialisme n’est pas appelé à réaliser quelque chose de parfait. « Dans l’acception extrême du mot “bien”, cela n’ira jamais bien entre individus, entre individus d’aucune sorte… Le socialisme n’a pas l’Absolu pour point de départ, ni ne vise à l’Absolu. [17] » Il ne présuppose pas que tous les hommes ou un grand nombre d’hommes aient le même avis concernant le sens de la vie humaine sur Terre. S’il en était ainsi, un ordre socialiste ne pourrait jamais voir le jour ; au vrai, le socialisme vise quelque chose de bien plus modeste. Landauer rejette énergiquement l’idée que telle vision du monde ou telle religion, qu’elle ait été transmise ou qu’elle soit nouvelle, soit une condition nécessaire pour le succès du socialisme. Dans l’Aufruf, il formule ainsi la tâche du socialisme :

« Non pas l’artificialité d’une imitation de religion, mais la réalité de la création sociale, sans la moindre atteinte à la pleine indépendance et à la plus grande diversité des individus sur le plan spirituel […]. Les images saintes de notre Église seront les institutions de l’économie raisonnable. [18] »


En cette période de transition dénuée de culture, nous ne pouvons désirer rien d’autre que « l’esprit de justice dans les choses terrestres de la vie communautaire ». Nous n’avons pas de « délire sacré » [heiligen Wahn] [19] pour lequel nous pourrions nous sacrifier ; la tâche de notre époque est plutôt la destruction du « faux délire » [falschen Wahn] et la fondation consciente et réfléchie d’une vie nouvelle dans la justice et dans la liberté. Pour Landauer, il est évident que le désir d’un monde nouveau peut, dans certaines circonstances, s’emparer complètement des peuples et aller plus loin que les buts raisonnables habituels. Il s’interroge : « Peut-on se sacrifier pour la vérité ? » Et de répondre :

« Quand elle devient victorieuse, quand elle nous renverse, quand elle se fait chant au-dessus de nos têtes et se fait drapeau devant nous, quand elle nous pousse à nous mettre en colonnes de marche, dont les parties ne sont pas plus séparées les unes des autres que ne le sont les membres d’un même corps, alors la vérité accouche toujours de la folie [ Wahn ]… [20] »


Ici résonne la foi de Gustav Landauer en la révolution :

« À certaines époques, des peuples entiers furent saisis et animés par l’esprit de la joie. Ils le furent aux époques de révolution ; mais il n’y avait pas assez de clarté dans leur échauffement ; leur brasier était trop sombre, il avait trop longtemps couvé sous la cendre ; ils voulaient quelque chose mais ne savaient pas quoi ; et les ambitieux, les politiciens, les avocats, les esprits intéressés ont de nouveau tout gâté ; et le manque d’esprit et l’avidité, qui sont propres au désir de commander, ont balayé tout ce qui voulait préparer la voie à l’esprit, tout ce qui voulait se faire peuple. [21] »


Voilà ce que disait l’Aufruf en 1911. Huit ans plus tard, Landauer prenait part à une révolution, bien qu’il reconnût dès le premier instant, « avec une amertume, à vrai dire, sans fond », le caractère sans issue de la situation ainsi que l’incapacité des masses et de leurs chefs. Il fut, durant sept mois, au cœur des événements révolutionnaires jusqu’à ce qu’il soit battu à mort par des soldats wurtembergeois dans la cour de la prison de Stadelheim.

Aujourd’hui, la vie et l’œuvre de cet homme indissociablement lié aux traditions du socialisme révolutionnaire non marxiste et auquel on a maintenant recours pour donner de nouvelles forces au socialisme démocratique, apparaissent plus que jamais actuelles et, en effet, elles méritent de retenir l’attention et d’être étudiées. Landauer fut le seul, parmi les socialistes importants de l’époque qui précéda la catastrophe mondiale de 1914, à discerner les illusions de la conception évolutionniste du socialisme matérialiste et à entrevoir les difficultés d’ordre spirituel que rencontrerait le mouvement de régénération sociale dans la seconde moitié du XXe siècle. Il exprima son refus du marxisme avec une passion qui a peut-être empêché certains militants d’aller vers lui, mais qui peut aujourd’hui, quarante ans plus tard, compte tenu de la dissolution presque totale de toutes les conceptions sociales traditionnelles et après l’échec multiple du socialisme d’État, être mieux compris qu’à son époque où il déroutait ses compagnons d’idées, même les plus proches de lui, dans le camp anarcho-socialiste.

Cet « État populaire » socialiste – considéré comme résultat final ou stade transitoire de l’évolution capitaliste poussée à ses extrêmes limites par la concentration et l’expropriation des derniers expropriateurs – qui incarnait jadis le paradis futur auquel on croyait et on aspirait, et que les socialistes voulaient de toutes leurs forces, on a cessé de le voir comme un but digne d’être atteint ; et des voix inquiètes s’élèvent pour décrire les horreurs et les atrocités, ainsi que l’avilissement de l’homme, dans les sociétés du collectivisme total qui se font de plus en plus menaçantes – comme l’a fait George Orwell, socialiste révolutionnaire d’une grande rigueur morale, dans son roman utopique 1984, qui est d’ailleurs devenu son testament.

Le socialisme voulait créer des relations solidaires entre les hommes – non pas au sens de la solidarité entre les propriétaires des moyens de production et les travailleurs salariés sans propriété, mais entre producteurs libres et égaux –, une économie qui, en somme, serait libérée du monopole de la propriété et qui garantirait à tous ceux qui sont désireux de travailler l’accès à la propriété individuelle ou collective des moyens de production et la participation aux décisions concernant leur utilisation. Le socialisme, si on considère ses buts originaux, n’a strictement rien à voir avec les projets modernes de politique sociale, qui sont censés limiter la liberté arbitraire des propriétaires des moyens de production et répartir sur une base nouvelle et selon certains critères sociaux, en faisant intervenir l’État, le produit social issu du capitalisme privé. Dans les cercles socialistes démocrates, on reconnaît aussi que la politique sociale moderne, et plus encore l’étatisation de certaines branches de l’économie, entraînent une dépendance des masses populaires à l’égard de la bureaucratie sociale, ce qui ne peut que renforcer les tendances totalitaires même dans les États qui sont démocratiques. Et on y soulève également les questions de la liberté, de l’autogestion et de la décentralisation du socialisme.

Gustav Landauer a montré la voie vers un socialisme libertaire coopérateur. Les recommandations pratiques qu’il a faites étaient déterminées par les conditions dans lesquelles il vivait et travaillait. Tout comme il a essayé d’appliquer la pensée de Proudhon, son maître, aux conditions de son époque dans le but de parvenir à de nouveaux résultats et à de nouvelles propositions, il serait grand temps aujourd’hui de réexaminer, à la suite de Landauer, les questions fondamentales que pose la réalisation du socialisme et les revendications qu’il avait formulées. Son œuvre intègre ce qu’il y a de meilleur et de plus prometteur dans cette grande et riche tradition libertaire que le marxisme a trop longtemps reléguée dans l’ombre ; la manière toute personnelle dont Landauer a justifié et interprété cet ensemble d’idées était peut-être destinée à rester incomprise en son temps ; mais elle semble appropriée pour stimuler la discussion des problèmes qui résultent de la situation politique, sociale et spirituelle après la Seconde Guerre mondiale.

Helmut RÜDIGER
[« Ein deutscher freiheitlicher Sozialist : Gustav Landauer »,
in : Gustav Landauer. Worte der Würdigung ,
Darmstadt, Verlag Die freie Gesellschaft, 1951, pp. 12-26.]
[Texte traduit de l’allemand et annoté par Gaël Cheptou.]


[1C’est ainsi qu’on distingue traditionnellement les trois séries de l’organe Der Sozialist dans l’œuvre de G. Landauer : 1892-1895 ; 1895-1899 ; 1909-1915.

[2Il est ici fait référence aux thèses de Silvio Gesell – dont Landauer s’est inspiré dans l’Aufruf zum Sozialismus – sur l’ « argent libre », « l’argent qui rouille » : un moyen d’échange qui perd naturellement de la valeur avec le temps au lieu d’en gagner, empêchant ainsi toute thésaurisation.

[3Lévitique 25:13. Cf. Gustav Landauer, Aufruf zum Sozialismus, Berlin, Verlag des Sozialistischen Bundes, 1911, p. 145.

[4G. Landauer, « Ein Brief über die anarchistischen Kommunisten », Der Sozialist, 1er novembre 1910.

[5Constantin Frantz (1817-1891), essayiste conservateur, critiqua la fondation du Reich par Bismarck sous l’égide de la Prusse et se fit le théoricien de l’État fédératif.

[6Lettre de G. Landauer à Margarete Susman, 13 décembre 1918, in : Martin Buber (éd.), Gustav Landauer. Sein Lebensgang in Briefen, Francfort/Main, Rütten & Loening, 1929, tome II, p. 336.

[7Aufruf zum Sozialismus (éd. 1911), op. cit., p. 139.

[8Lettre de G. Landauer à Margarete Susman, du 23 novembre 1918, in : Gustav Landauer. Sein Lebensgang in Briefen, op. cit,. tome II, pp. 307-308.

[9Lettre de G. Landauer à Adolf Neumann, du 25 novembre 1918 (Ibid., tome II, pp. 315-316).

[10Lettre de Gustav Landauer à Hugo Landauer, du 29 janvier 1919 (Ibid., tome II, p. 369).

[11Das glückhafte Schiff von Zürich (La nef fortunée de Zurich) (1576) : dans ce poème héroïque, l’écrivain – et traducteur de Rabelais – Johann Fischart (1546-1591) racontait le voyage par bateau de quarante Zurichois qui vinrent à Strasbourg avec une marmite remplie de bouillie de millet, qui fut débarquée encore toute brûlante, pour montrer qu’ils sauraient rapidement secourir leurs alliés en cas de besoin. L’article de G. Landauer évoquant cette histoire a paru dans le Sozialist du 15 mai 1912. Il est reproduit, dans la petite brochure Gustav Landauer – Worte der Würdigung, à la suite de l’article de H. Rüdiger dont nous donnons ici une traduction.

[12Voir par exemple Aufruf zum Sozialismus (éd. 1911), pp. 10-11.

[13Il s’agit d’un passage de la préface de A. Stifter à Bunte Steine (Pierres multicolores, 1853).

[14Aufruf zum Sozialismus (éd. 1911), p. 93.

[15Aufruf zum Sozialismus (éd. 1911), op. cit., p. 108.

[16Aufruf zum Sozialismus, Cologne, Marcan-Block Verlag, 1923, p. XVII.

[17Gustav Landauer, « Gott und der Sozialismus » (1911), in : G. Landauer, Der werdende Mensch – Aufsätze über das Leben und Schrifttum, Potsdam, Kiepenheuer, 1921, p. 33.

[18Aufruf zum Sozialismus (éd. 1911), p. 108 et p. 106.

[19Le terme allemand « Wahn » est difficile à traduire : il signifie habituellement illusion, mais aussi folie. Laissons la parole à Landauer : « Wahn ou illusion ne sont qu’un autre nom pour dire esprit ; Wahn ou illusion sont tout ce que les hommes ont de plus que manger, boire et copuler… Est Wahn toute bannière que les hommes suivent ; tout roulement de tambour qui les conduits au danger. » (G. Landauer, « Volk und Land. Dreissig sozialistische Thesen », Die Zukunft, vol. 58, 1907, pp. 56-67, ici p. 65).

[20Gustav Landauer, Rechenschaft, Cologne, Marcan-Verlag, 1924, p. 93.

[21Aufruf zum Sozialismus (éd. 1911), p. 4.