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	<title>A Contretemps, Bulletin bibliographique</title>
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		<title>A Contretemps, Bulletin bibliographique</title>
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		<title>Thierry blues</title>
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&lt;p&gt;Il y a des disparitions qu'on attend car on les sait in&#233;luctables. C'&#233;tait le cas pour celle de l'ami Thierry Porr&#233;, depuis peu hospitalis&#233; dans une entit&#233; bordelaise de &#171; soins palliatifs &#187;. Le deuil commence l&#224;, dans l'attente d'une mort annonc&#233;e. Et l'esprit travaille. Sacr&#233;ment. Les souvenirs d&#233;bordent, en pagaille. C'est dans ce laps de temps que j'ai retrouv&#233;, dans ma cave &#224; r&#233;miniscences, un enregistrement que je lui avais fait, en 2003, avec la complicit&#233; de Monica Gruszka, ma (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;Marginalia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2848 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L414xH537/thierry_porre-30a52.jpg?1783323446' width='414' height='537' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2849 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://acontretemps.org/IMG/pdf/thierry_blues.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 386.8 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a des disparitions qu'on attend car on les sait in&#233;luctables. C'&#233;tait le cas pour celle de l'ami Thierry Porr&#233;, depuis peu hospitalis&#233; dans une entit&#233; bordelaise de &#171; soins palliatifs &#187;. Le deuil commence l&#224;, dans l'attente d'une mort annonc&#233;e. Et l'esprit travaille. Sacr&#233;ment. Les souvenirs d&#233;bordent, en pagaille. C'est dans ce laps de temps que j'ai retrouv&#233;, dans ma cave &#224; r&#233;miniscences, un enregistrement que je lui avais fait, en 2003, avec la complicit&#233; de Monica Gruszka, ma compagne de l'&#233;poque. Longue conversation o&#249; l'ami Thierry nous raconta, en totale connivence, son entr&#233;e en anarchie, les familles affinitaires auxquelles il adh&#233;ra, ses relations avec les vieux militants de la CGT-SR, son adh&#233;sion au Syndicat des correcteurs CGT, la fondation de l'Alliance syndicaliste, ses rapports, compliqu&#233;s mais fraternels, avec les anarchistes espagnols, l'aventure tr&#232;s prenante de Radio Libertaire. Cet entretien est l&#224;, il m&#233;rite d'&#234;tre transcrit et diffus&#233;. Il le sera, le temps venu.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Si je remonte dans ma m&#233;moire, ma rencontre r&#233;elle, tangible, avec Thierry date des ann&#233;es 1970. Elle se situe dans le cadre de nos f&#233;briles activit&#233;s respectives au sein du Syndicat CGT des correcteurs. &#192; vrai dire, on s'y sentait &#224; l'aise dans ce syndicat, mais Thierry, lui, s'y apparentait &#224; merveille. Labeurier infatigable de la cause ouvri&#232;re, syndicaliste de choc, militant appr&#233;ci&#233; pour sa bonhomie, ses qualit&#233;s humaines, son humour, il n'aspirait &#224; rien d'autre que d'&#234;tre ce qu'il &#233;tait, un soutier de la constance, toujours disponible pour les t&#226;ches les plus ingrates ou les moins valorisantes, ce qui, somme toute, &#233;tait assez rare dans cette fratrie qui r&#233;unissait, pour ce qui concerne les nombreux libertaires ou apparent&#233;s qui la fr&#233;quentaient, nombre de discoureurs et de grandes &#226;mes peu port&#233;s &#224; mettre les mains dans le cambouis. Thierry, lui, &#233;tait l'exact contraire de ces syndicalistes assur&#233;ment r&#233;volutionnaires, mais seulement de t&#234;te, envers lesquels il aimait &#224; manifester un esprit clairement frondeur. On le disait basiste, ce qu'il &#233;tait s&#251;rement, mais cela ne l'emp&#234;chait pas, quand l'enjeu l'exigeait, d'occuper des postes de direction au sein du syndicat, o&#249; il &#233;tait d'ailleurs toujours confortablement &#233;lu par une base qui s'identifiait &#224; lui. Cette aspiration &#224; &#171; ne pas parvenir &#187;, tr&#232;s ancr&#233;e dans son cas, il la g&#233;rait &#224; sa mani&#232;re, bonhomme mais ferme, quand sa bande &#8211; nous, en r&#233;sum&#233; ! &#8211; l'incitait &#224; &#171; monter au comit&#233; syndical &#187; parce que telle circonstance ou telle raison l'exigeaient. Il ronchonnait, mais s'y pliait. C'&#233;tait son c&#244;t&#233; bon soldat de la Vieille Cause. Comme membre du Syndicat des correcteurs CGT auquel il adh&#233;ra en 1973, il fut secr&#233;taire labeur, &#233;lu au comit&#233; syndical par intermittences statutaires jusqu'en 2001 et secr&#233;taire adjoint entre 1998 et 1999, quand Jacky Toublet &#233;tait alors secr&#233;taire. Il fut aussi d&#233;l&#233;gu&#233; du personnel &#224; la Sirlo (&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;) jusqu'en 2000 et, de 2001 &#224; 2004, &#224; Presse Alliance (&lt;i&gt;France-Soir&lt;/i&gt;).&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Tr&#232;s vite, lui et moi, nous sommes devenus proches. Par une sorte d'attraction affinitaire difficile &#224; caract&#233;riser, sauf &#224; remonter le temps de l'histoire, celle que nous avait l&#233;gu&#233;e nos glorieux a&#238;n&#233;s. J'&#233;tais h&#233;ritier, pour ma part, d'un imaginaire d&#233;sormais tr&#232;s ancien, celui d'un &#171; bref &#233;t&#233; de l'anarchie &#187; espagnole et je militais activement &#224; &lt;i&gt;Frente Libertario&lt;/i&gt;, une dissidence de l'exil libertaire espagnol. Thierry, lui, avait puis&#233; nombre de ses r&#233;flexes de militant anarcho-syndicaliste dans la vieille m&#233;moire des anciens compagnons de la CGT-SR : Julien Toublet (1906-1991), Georges Yvernel &#8211; dit Bouclette &#8211; (1907-1980), Aim&#233; Capelle (1910-1989), entre autres, mais aussi chez les anciens de la &lt;i&gt;R&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt; (RP) &#8211; m&#234;me s'il trouvait &#171; un peu sp&#233;ciale &#187;, tr&#232;s autocentr&#233;e pour le dire autrement, &#171; la famille de Monatte &#187;. Cet int&#233;r&#234;t pour les vieux militants et leurs parcours &#233;tait finalement rare en cette &#233;poque o&#249; la jeunesse insurg&#233;e &#8211; avant de se ranger &#8211; ne s'int&#233;ressait, pour beaucoup, qu'&#224; elle-m&#234;me. Pour Thierry comme pour moi, les secrets que d&#233;tenaient, et parfois racontaient, les vieux de la vieille nous remplissaient de joie, une joie intense, celle qui na&#238;t du sentiment de s'inscrire dans une indispensable continuit&#233; historique. Le pr&#233;sentisme, je l'avoue, n'&#233;tait pas notre excitant favori.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est sans doute pour cela que, nourris de cette longue histoire, Thierry, pour l'Alliance syndicaliste, et moi-m&#234;me, pour &lt;i&gt;Frente Libertario&lt;/i&gt;, nous f&#251;mes, avec Jacky Toublet (1940-2002) et Alain P&#233;cunia (1945-2024) notamment, tr&#232;s actifs dans l'aventure du Comit&#233; Espagne libre &#8211; organisme cofond&#233; en novembre 1973 par les deux entit&#233;s &#8211; et dont l'ambition &#233;tait d'&#233;largir au maximum la campagne en faveur de Salvador Puig Antich, condamn&#233; &#224; mort par le r&#233;gime franquiste. Je me souviens, par ailleurs, qu'au lendemain de l'ex&#233;cution des derniers prisonniers politiques du franquisme eut lieu, le 1er novembre 1975, une immense marche vers Hendaye dont le Comit&#233; Espagne libre &#233;tait l'un des coordinateurs. Thierry &#233;tait en premi&#232;re ligne. Dans l'un des cars que nous avions affr&#233;t&#233;s, il m'en reste le souvenir attendri du r&#244;le d'animateur qu'il y joua sur le long chemin du retour en poussant la chansonnette et en faisant partager sa claire passion, jamais d&#233;mentie, pour le blues, dont il &#233;tait probablement l'un des meilleurs connaisseurs en France. En atteste le succ&#232;s d'estime et de fid&#233;lit&#233; que lui apport&#232;rent, quelque quarante ann&#233;es durant, son &#233;mission parisienne &#171; Blues en libert&#233; &#187; sur Radio libertaire, devenue &#171; Blues bordelais &#187; sur &#171; La Cl&#233; des ondes &#187;. Son phras&#233;, son savoir, sa verve, son humour firent le succ&#232;s de ses deux &#233;missions qu'il pr&#233;para, chaque semaine, m&#233;ticuleusement et avec amour. Car Thierry, quand il s'engageait, pour une cause, ne faisait rien &#224; moiti&#233;. Il &#233;tait au fond l'h&#233;ritier d'une longue histoire o&#249;, contrairement &#224; ce que pr&#233;tendit un slogan de l'apr&#232;s-68, le militantisme n'&#233;tait pas le &#171; stade supr&#234;me de l'ali&#233;nation &#187;, mais la condition de l'&#233;mancipation par sa mise en pratique concr&#232;te. En r&#233;alit&#233;, il pouvait &#234;tre les deux &#224; la fois.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Chez les libertaires que nous &#233;tions, le travail syndicaliste et les corv&#233;es qu'il imposait parfois pouvaient se marier avec les passions les plus diverses. Chez Thierry, elles n'&#233;taient pas contradictoires. Elles tenaient d'un m&#234;me d&#233;sir pour la libert&#233; sans rivages. Une distribution de tracts devant une usine occup&#233;e en chantonnant du Howlin' Wolf ou du Muddy Waters, c'est apr&#232;s tout une mani&#232;re comme une autre d'op&#233;rer la synth&#232;se. Et, pour le coup, l'ami Thierry, qui s'y connaissait autant en blues qu'en histoire du mouvement ouvrier, savait que tout &#233;tait question de rythme. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
En ce jour funeste o&#249; j'appends qu'il nous a quitt&#233;s, je pense &#224; Fabienne, sa compagne, &#224; Julien et Delphine, ses enfants, et &#224; tous les amis qui, anarchistes ou/et fans de blues, ont perdu un fr&#232;re. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Salut, compagnon ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2850 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/IMG/jpg/blues-music-graphic.jpg?1783101780' width='500' height='260' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2851 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://acontretemps.org/IMG/jpg/drapeau_rouge_et_noir-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/IMG/jpg/drapeau_rouge_et_noir-2.jpg?1783101819' width='500' height='351' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En d&#233;fense de Victor Serge</title>
		<link>http://acontretemps.org/spip.php?article1186</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;Contre les lectures qui voudraient faire de Victor Serge un ren&#233;gat pass&#233; &#224; l'anticommunisme de guerre froide, il faut rappeler qu'il demeura jusqu'au bout un socialiste antistalinien, attach&#233; &#224; sauver l'id&#233;e socialiste de sa confiscation bureaucratique. Nous &#233;crivons depuis des traditions politiques et intellectuelles diff&#233;rentes. Cette diff&#233;rence n'est pas secondaire. Elle nous &#233;vite, pr&#233;cis&#233;ment, d'enfermer Victor Serge dans une interpr&#233;tation tendancieuse et de le juger &#224; partir d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2844 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://acontretemps.org/IMG/jpg/ill_une-11.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/IMG/jpg/ill_une-11.jpg?1782809206' width='500' height='771' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Contre les lectures qui voudraient faire de Victor Serge un ren&#233;gat pass&#233; &#224; l'anticommunisme de guerre froide, il faut rappeler qu'il demeura jusqu'au bout un socialiste antistalinien, attach&#233; &#224; sauver l'id&#233;e socialiste de sa confiscation bureaucratique.&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2845 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-116-e5e2d.jpg?1782809642' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2846 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://acontretemps.org/IMG/pdf/en_de_fense_de_victor_serge_albertani__.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 458.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;crivons depuis des traditions politiques et intellectuelles diff&#233;rentes. Cette diff&#233;rence n'est pas secondaire. Elle nous &#233;vite, pr&#233;cis&#233;ment, d'enfermer Victor Serge dans une interpr&#233;tation tendancieuse et de le juger &#224; partir d'un tribunal r&#233;trospectif o&#249; chaque moment de sa vie annoncerait son suppos&#233; anticommunisme final. Que l'on vienne de l'anarchisme, du trotskisme, du socialisme r&#233;volutionnaire ou d'autres courants de la gauche critique, une chose devrait rester commune : le refus de transformer une vie travers&#233;e par les combats, les d&#233;faites et la r&#233;sistance en proc&#232;s d'intention.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est pourtant ce que fait trop souvent Mitchell Abidor dans &lt;i&gt;Victor Serge : Unruly Revolutionary&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mitchell Abidor, Victor Serge : Unruly Revolutionary, Londres, Pluto Press, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le livre contient des mat&#233;riaux utiles, parfois des documents importants, et il serait absurde de le nier. Le probl&#232;me n'est pas qu'il soit s&#233;v&#232;re avec Serge. Mais son geste interpr&#233;tatif central nous para&#238;t profond&#233;ment vici&#233;. S'appuyant sur des demi-v&#233;rit&#233;s, une psychologie polici&#232;re, des omissions et des calomnies pures et simples, Abidor jette le doute sur un pr&#233;tendu manque de sinc&#233;rit&#233; et une hypocrisie ou duplicit&#233; de Serge. C'est en ce sens que nous parlons de falsification : non parce que tout serait faux, mais parce qu'un usage orient&#233; de mat&#233;riaux r&#233;els produit une image fauss&#233;e de Victor Serge. La falsification ne consiste pas toujours &#224; inventer des faits ; elle peut consister &#224; les disposer de telle mani&#232;re qu'ils ne signifient plus ce qu'ils signifiaient dans leur contexte. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le probl&#232;me d'Abidor n'est pas seulement politique, ni m&#234;me litt&#233;raire : il est aussi personnel. Apr&#232;s avoir pass&#233; des ann&#233;es &#224; &#233;tudier et traduire l'&#339;uvre de Serge, il se sent tromp&#233;, d&#233;&#231;u, presque trahi. Nous ne croyons pas qu'une bonne biographie puisse se construire sur le ressentiment. On pourrait croire que cette animosit&#233; tient &#224; l'adh&#233;sion de Serge au Parti bolchevik en 1919, lorsqu'il abandonna son anarchisme de jeunesse. Il n'en est rien. Dans son r&#233;cit de la jeunesse de Serge, il traite le mouvement anarcho-individualiste, auquel Serge a particip&#233; activement pendant une dizaine d'ann&#233;es, avec peu de sympathie. Plus grave encore, il va jusqu'&#224; laisser planer un soup&#231;on policier sur le jeune Serge : &#224; propos de l'affaire Liabeuf&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette affaire, voir ici&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il souligne que le socialiste Gustave Herv&#233; fut condamn&#233; pour des propos analogues tandis que Serge, lui, ne fut pas inqui&#233;t&#233;, tout en reconnaissant qu'aucun document policier ne permet d'expliquer cette diff&#233;rence. L'aveu d'absence de preuve n'emp&#234;che donc pas celui recherch&#233; : faire de l'absence d'archive non pas une limite de l'enqu&#234;te, mais le support d'une insinuation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mitchell Abidor, Victor Serge : Unruly Revolutionary, Londres, Pluto Press, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mais c'est sur les derni&#232;res ann&#233;es que la d&#233;monstration d'Abidor se concentre tout naturellement. Oui, le dernier Serge conna&#238;t un durcissement tr&#232;s marqu&#233; de son antistalinisme. Oui, certaines lettres, certains carnets, certains jugements donnent prise &#224; la discussion. Oui, l'exil mexicain, les violences staliniennes, la m&#233;moire des proc&#232;s de Moscou, la guerre mondiale, l'assassinat de Trotski, les d&#233;faites accumul&#233;es et l'isolement politique p&#232;sent lourdement sur ses formulations tardives. Le nier serait absurde. Mais reconna&#238;tre ce durcissement ne suffit pas &#224; donner raison &#224; Abidor. La vraie question est celle de son interpr&#233;tation. Faut-il y voir une conversion d&#233;finitive &#224; l'anticommunisme de bloc ? Nous ne le croyons pas. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il faut le r&#233;p&#233;ter : Abidor lit Serge &#224; travers sa propre lentille &#233;motionnelle &#8211; ce qu'il appelle son &#171; paradigme int&#233;rieur &#187; &#8211; et le soup&#231;onne d'insinc&#233;rit&#233;, comme si Serge exprimait des opinions qu'il ne pensait pas r&#233;ellement. L'argument central d'Abidor est que Serge serait devenu, dans ses derni&#232;res ann&#233;es, un anticommuniste int&#233;gral et parano&#239;aque &#8212; un &#171; &lt;i&gt;full-on, paranoid anti-communist&lt;/i&gt; &#187;. Cette th&#232;se repose sur un pr&#233;suppos&#233; qu'Abidor tient pour acquis et qu'il n'examine pas : l'id&#233;e que l'Union sovi&#233;tique sous Staline repr&#233;sentait encore, si d&#233;form&#233; f&#251;t-il, le projet socialiste. Fait incroyable, il accepte que l'URSS ait bel et bien &#233;t&#233; un &#201;tat communiste &#8211; ce qui, au passage, est absurde pour quelqu'un qui pr&#233;tend &#234;tre proche de la tradition anarchiste. Il va m&#234;me jusqu'&#224; la d&#233;signer comme &#171; le seul &#201;tat socialiste &#187; (&lt;i&gt;the only socialist state&lt;/i&gt;, p. 326), sans prendre s&#233;rieusement en compte l'analyse de Serge, pour qui le stalinisme repr&#233;sentait un syst&#232;me antith&#233;tique au socialisme, en derni&#232;re analyse antisocialiste et antihumain. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Heureusement, nous n'avons pas besoin de d&#233;duire les positions de Serge : elles apparaissent clairement dans ses essais et articles, notamment dans &lt;i&gt;Pour un renouvellement du socialisme&lt;/i&gt;, texte mexicain des ann&#233;es 1940 publi&#233; en fran&#231;ais dans &lt;i&gt;Masses, Socialisme et Libert&#233;&lt;/i&gt;, juin 1946. Serge y affirme que collectivisme et socialisme ont cess&#233; d'&#234;tre synonymes : &#171; Nous d&#233;couvrons en m&#234;me temps que le collectivisme n'est pas, comme on fut tent&#233; de l'admettre, synonyme de socialisme, et peut m&#234;me rev&#234;tir des formes antisocialistes d'exploitation du travail et de m&#233;pris de l'homme. &#187; La d&#233;finition du socialisme tend d&#232;s lors &#224; mettre l'accent moins sur l'organisation &#233;conomique que sur l'organisation politique et juridique, c'est-&#224;-dire sur les droits de l'homme et le probl&#232;me de la libert&#233;. Dans le manuscrit in&#233;dit &lt;i&gt;&#201;conomie dirig&#233;e et d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, tel qu'il est connu par sa traduction anglaise, Serge analyse la &#171; planification &#187; sovi&#233;tique comme sa propre antith&#232;se : non pas la r&#233;gulation consciente de la soci&#233;t&#233; par des producteurs librement associ&#233;s, telle que Marx la d&#233;finissait, mais des directives impos&#233;es d'en haut comme des oukases &#8211; humainement impossibles, jamais accomplies, une absence de plan se faisant passer pour de la planification. Il d&#233;crit l'URSS comme un syst&#232;me fonctionnant par la terreur contre sa propre classe ouvri&#232;re, sous la dictature de Staline, du secr&#233;tariat et de la police secr&#232;te. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Une lettre de Serge &#224; Ren&#233; Lefeuvre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor Serge, lettre &#224; Ren&#233; Lefeuvre, reproduite dans Victor Serge, 16 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, incluse dans l'&#233;dition de 1984 de &lt;i&gt;16 fusill&#233;s &#224; Moscou&lt;/i&gt;, montre &#233;galement un homme pr&#233;occup&#233; par l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, tr&#232;s diff&#233;rent de la caricature d'Abidor : &#171; Je comprends que le danger stalinien t'alarme. Mais il ne doit pas nous faire perdre notre vision d'ensemble. Nous ne devons pas faire le jeu d'un bloc anti-communiste, et, apr&#232;s les premiers num&#233;ros de Masses, nous avons m&#233;rit&#233; ce reproche. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il faut dire la m&#234;me chose des &lt;i&gt;Carnets&lt;/i&gt;. En septembre 1944, Serge &#233;crit que &#171; le combat est ouvert entre le PC totalitaire et la d&#233;mocratie socialiste &#187; ; il pr&#233;cise aussit&#244;t que l'opposition d&#233;cisive ne se situe plus, comme en 1917-1918, entre &#171; r&#233;volution socialiste &#187; et &#171; r&#233;action capitaliste &#187;, mais entre &#171; totalitarisme stalinien &#187; et &#171; socialisme d&#233;mocratique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor Serge, Carnets (1936-1947), &#233;d. Claudio Albertani et Claude Rioux, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
D'autant que, dans les textes des m&#234;mes ann&#233;es, Serge continue de raisonner dans une langue socialiste, ouvri&#232;re et r&#233;volutionnaire. En 1942, &#224; propos de l'Espagne, il &#233;crit que les objectifs de la r&#233;volution d&#233;mocratique &#171; ne peuvent &#234;tre atteints que par les masses socialistes &#187; et doivent &#234;tre d&#233;pass&#233;s par de grandes mesures de &#171; nationalisation impliquant le plan &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor Serge, Carnets (1936-1947), &#233;dition &#233;tablie par Claudio Albertani et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En septembre 1944 encore, m&#234;me lorsqu'il oppose le &#171; PC totalitaire &#187; &#224; la &#171; d&#233;mocratie socialiste &#187;, il formule l'alternative en termes de &#171; totalitarisme stalinien &#187; contre &#171; socialisme d&#233;mocratique &#187;, non de ralliement au lib&#233;ralisme occidental&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 554-555&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans l'entretien accord&#233; &#224; &lt;i&gt;Protean Magazine&lt;/i&gt; en d&#233;cembre 2025&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Disponible ici in : Andrew Holter, &#171; Victor Serge, Turncoat Radical ? &#187; [&#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Abidor d&#233;clare : &#171; [Serge] voulait &#234;tre un intellectuel new-yorkais. &#192; la fin de sa vie, s'il avait pu &#234;tre n'importe quoi au monde, il aurait &#233;t&#233; un intellectuel juif new-yorkais. &#187; Ce n'est pas de la biographie. C'est une projection d'Abidor. Il voit dans l'insistance de Serge sur le respect de l'individu une position antimarxiste. C'est m&#233;conna&#238;tre &#224; la fois Marx et Serge. La libert&#233; humaine et l'accomplissement de soi ne peuvent devenir possibles qu'avec l'abolition du capitalisme, qui r&#233;duit l'individu &#224; une marchandise. Rosa Luxemburg insistait sur la libert&#233; de pens&#233;e individuelle, y compris pour les adversaires. Serge aussi. Son exp&#233;rience politique ne l'a pas conduit &#224; renoncer au socialisme apr&#232;s le triomphe de Staline, mais &#224; l'enrichir d'une d&#233;claration des droits humains. Dans &#171; Pour un renouvellement du socialisme &#187;, publi&#233; dans &lt;i&gt;Masses, Socialisme et Libert&#233;&lt;/i&gt;, en juin 1946, il appelle explicitement &#224; mettre &#224; jour la pens&#233;e marxiste &#224; la lumi&#232;re de la psychologie, de la technologie moderne et des nouvelles formations sociales. C'&#233;tait un renouvellement, non un rejet. Serge s'effor&#231;ait de penser &#224; nouveaux frais le paysage de l'apr&#232;s-guerre, seul, priv&#233; de la g&#233;n&#233;ration r&#233;volutionnaire qui avait compris de l'int&#233;rieur &#224; la fois le marxisme et le stalinisme. Il pouvait en percevoir les tendances, mais il mourut au moment m&#234;me o&#249; la guerre froide prenait forme, avant que ses contours complets ne soient visibles. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Abidor accorde beaucoup d'importance au fait que Serge fut le correspondant mexicain de &lt;i&gt;The New Leader&lt;/i&gt;, qu'il traite comme la preuve d'une convergence id&#233;ologique avec la social-d&#233;mocratie de droite (p. 334). La v&#233;rit&#233; est plus simple : Serge &#233;crivait l&#224; o&#249; il pouvait &#234;tre publi&#233; et pay&#233;, car, comme nous le savons tous, il vivait de sa plume et il lui &#233;tait tr&#232;s difficile de trouver des journaux dispos&#233;s &#224; l'accueillir. &lt;i&gt;The New Leader&lt;/i&gt; permettait une pluralit&#233; de points de vue que la presse trotskiste n'acceptait pas. Dans le m&#234;me temps, Serge &#233;crivait aussi pour &lt;i&gt;Politics&lt;/i&gt;, la revue de Dwight Macdonald, d'orientation libertarienne de gauche. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Voici le Serge des derni&#232;res ann&#233;es : non pas un anticommuniste, non pas un combattant de la guerre froide, mais un r&#233;sistant, un grand &#233;crivain &#8211; Abidor ne dit pas un mot de l'importance de ses po&#232;mes et de ses romans pour comprendre la trag&#233;die d'une r&#233;volution qui se d&#233;vore elle-m&#234;me &#8211;, un dissident, un penseur socialiste cherchant &#224; renouveler une tradition dans des conditions d'adversit&#233; extr&#234;me. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Serge meurt en novembre 1947. La doctrine Truman avait &#233;t&#233; proclam&#233;e en mars ; le Congr&#232;s pour la libert&#233; de la culture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'appareil culturel de la CIA, l'architecture id&#233;ologique compl&#232;te de l'anticommunisme de guerre froide, tout cela est post&#233;rieur &#224; sa mort. Les projeter sur lui n'est pas une interpr&#233;tation : c'est un anachronisme. Il est anhistorique de supposer, comme le fait Abidor &lt;i&gt;sotto voce&lt;/i&gt; dans l'entretien cit&#233; avec &lt;i&gt;Protean&lt;/i&gt;, que Serge &#171; aurait &#187; soutenu les Am&#233;ricains au Vietnam. Apr&#232;s avoir reconnu que de tels suppos&#233;s contrefactuels sont &#171; sans int&#233;r&#234;t &#187;, Abidor en produit pourtant un lui-m&#234;me, au d&#233;triment de son propre travail. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Cinq mois avant sa mort, dans une lettre du 22 juin 1947 adress&#233;e &#224; l'&#233;crivain ukrainien Hryhory Kostiuk &#8211; qui publiait sous le nom de Podoliak &#8211;, Serge affirmait : &#171; Je demeure &#8211; in&#233;branlablement &#8211; socialiste, partisan du socialisme d&#233;mocratique. Le syst&#232;me contre lequel j'ai lutt&#233; et continue de lutter &#8211; et que vous connaissez par exp&#233;rience &#8211;, je le consid&#232;re comme une forme de totalitarisme, c'est-&#224;-dire quelque chose de nouveau, mais d'extr&#234;mement inhumain et antisocialiste. &#187; Kostiuk n'&#233;tait pas un lib&#233;ral occidental ni un anticommuniste de guerre froide : c'&#233;tait un intellectuel r&#233;volutionnaire ukrainien qui avait fait directement l'exp&#233;rience de la terreur sovi&#233;tique, et le r&#233;dacteur de la revue dans laquelle Serge avait publi&#233;. Ce n'est pas le portrait d'un homme s'installant dans l'anticommunisme de guerre froide. C'est celui d'un homme luttant pour sa survie et pour faire entendre sa voix contre l'isolement. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La recension d'an Birchall [&lt;a href=&#034;https://jacobin./2026/04/victor-serge-biography-literature-russian&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voir ici&lt;/a&gt; ]] dans &lt;i&gt;Jacobin&lt;/i&gt; doit &#234;tre distingu&#233;e du livre d'Abidor et de l'entretien avec &lt;i&gt;Protean&lt;/i&gt;. Elle est plus s&#233;rieuse, plus instruite, plus retenue. C'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi sa concession finale nous para&#238;t pr&#233;occupante. Birchall rappelle utilement que Serge apporta &#171; une contribution remarquable &#224; la politique de la gauche socialiste &#187;, mais il accepte en partie le cadrage d'Abidor lorsqu'il &#233;crit que, dans ses derni&#232;res ann&#233;es, Serge aurait vu le communisme comme l'&#171; ennemi principal &#187; (&lt;i&gt;main enemy&lt;/i&gt;). La prudence de Birchall demeure r&#233;elle : il reconna&#238;t qu'on ne peut que sp&#233;culer sur ce qu'aurait fait Serge face &#224; la Cor&#233;e ou au Vietnam. Mais une fois admise l'id&#233;e du &lt;i&gt;main enemy&lt;/i&gt;, le risque est grand de faire glisser Serge vers une identit&#233; politique que ses textes ne confirment pas. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ce point est d'autant plus frappant que Birchall avait lui-m&#234;me &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/writers/birchall/2003/xx/serge.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;soulign&#233;&lt;/a&gt;, &#224; propos de la lettre &#224; Lefeuvre, une autre direction possible. Cette lettre montre un Serge alarm&#233; par le stalinisme, mais refusant explicitement de faire le jeu d'un bloc anticommuniste. Elle oblige donc &#224; r&#233;sister aux lectures trop lin&#233;aires : Serge ne cesse pas d'&#234;tre socialiste parce qu'il fait du stalinisme un danger central. Il tente, dans des conditions tragiques, de maintenir une position r&#233;volutionnaire ind&#233;pendante entre la bureaucratie stalinienne et le camp occidental. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Abidor confond les registres, amalgame les temporalit&#233;s, substitue la rh&#233;torique de l'&#233;vidence &#224; l'analyse. La pol&#233;mique d'un proscrit n'est pas un programme. L'amertume d'un exil&#233; n'est pas une doctrine. Une phrase outranci&#232;re n'est pas une strat&#233;gie. Un homme traqu&#233; par le stalinisme &#224; Mexico, vivant dans un univers d'assassinats, de menaces et de r&#232;glements de compte, peut produire des formulations terribles. Mais on ne gagne rien &#224; transformer ces formulations en certificat d'appartenance &#224; une famille politique d&#233;finitivement constitu&#233;e. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Victor Serge fut un homme de contradictions, non un homme de reniement simple. Sa vie et son &#339;uvre n'appellent ni canonisation ni acquittement ; elles exigent mieux : qu'on les lise &#224; leur hauteur, sans les forcer &#224; entrer dans une identit&#233; terminale d&#233;j&#224; fabriqu&#233;e. R&#233;pondre au livre d'Abidor, ce n'est donc pas d&#233;fendre une image pieuse de Victor Serge. C'est refuser qu'une vie r&#233;volutionnaire soit ramen&#233;e au format &#233;triqu&#233; d'un acte d'accusation. On peut relever chez Serge des erreurs, des impasses, des glissements, parfois m&#234;me des formulations contestables. Mais il y a une diff&#233;rence entre critiquer une trajectoire et l'abaisser m&#233;thodiquement ; entre lire des contradictions et les exploiter comme des pi&#232;ces &#224; conviction ; entre faire de l'histoire et instruire un proc&#232;s. Serge a pu se tromper, h&#233;siter, se contredire. Mais ceux qui pr&#233;tendent le juger en rabattant son itin&#233;raire sur une fable de reniement ne r&#233;futent pas Serge : ils substituent &#224; la complexit&#233; d'une vie la petitesse d'un verdict. C'est l&#224; que commence la falsification. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le Serge qui se d&#233;gage de ses romans, de ses po&#232;mes et de sa correspondance n'est pas l'homme qu'Abidor d&#233;crit dans les derni&#232;res pages de son livre. C'est un homme &#233;prouv&#233; par les adversit&#233;s, qui ne crut pas &#224; ce &#171; dieu qui a failli &#187;. &#192; la diff&#233;rence des trajectoires r&#233;unies dans &lt;i&gt;Le Dieu des t&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Dieu des t&#233;n&#232;bres, traduction fran&#231;aise de The God That Failed, est un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Serge ne convertit pas la faillite du stalinisme en faillite du socialisme. Il ne renon&#231;a pas &#224; l'&#233;mancipation collective ; il chercha au contraire &#224; d&#233;gager le socialisme de sa confiscation bureaucratique et totalitaire. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est pourquoi il faut, pour finir, opposer &#224; la logique du soup&#231;on le t&#233;moignage humain d'un po&#232;te : Octavio Paz, qui rencontra Serge au Mexique en 1942, a laiss&#233; de lui un portrait qui rend d&#233;risoires les reconstructions polici&#232;res : &#171; J'ai &#233;t&#233; imm&#233;diatement attir&#233; par Serge. J'ai longuement parl&#233; avec lui et je conserve deux lettres de lui [&#8230;]. Rien n'est plus &#233;loign&#233; de la p&#233;danterie des dialecticiens que la sympathie humaine de Serge, sa simplicit&#233; et sa g&#233;n&#233;rosit&#233;. Une intelligence sensible. Malgr&#233; les souffrances, les &#233;checs, les longues ann&#233;es de discussions politiques arides, il avait su conserver son humanit&#233;. [&#8230;] Victor Serge &#233;tait pour moi l'exemple m&#234;me de la fusion de deux qualit&#233;s oppos&#233;es : l'intransigeance morale et intellectuelle avec la tol&#233;rance et la compassion.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Octavio Paz, Itinerario, Mexico, Fondo de Cultura Econ&#243;mica, 1993, pp. 75-76.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Claudio ALBERTANI,&lt;br/&gt;
Susan WEISSMAN&lt;br/&gt;
et Christian DUBUCQ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2845 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-116-e5e2d.jpg?1782809642' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Claudio Albertani&lt;/strong&gt; est historien et professeur &#224; l'Universit&#233; autonome de Mexico. Il est l'auteur de Rebeli&#243;n y anarquia. El joven Victor Serge (1890-1919) , publi&#233; en espagnol aux &#233;ditions Pepitas de Calabaza en 2025, paru en italien sous le titre Il giovane Victor Serge. Ribellione e anarchia (1890-1919) aux &#233;ditions BFS en 2024 et traduit en fran&#231;ais, sous le titre Le jeune Victor Serge. R&#233;bellion et anarchie (1890-1919) aux &#233;ditions Libertalia en 2025 . Il a &#233;tabli, avec Claude Rioux, l'&#233;dition des Carnets (1936-1947) de Victor Serge, parus chez Agone en 2012 . &lt;strong&gt;Susan Weissman&lt;/strong&gt; est professeure de science politique &#224; Saint Mary's College of California. Elle est l'autrice de Victor Serge : The Course is Set on Hope (Verso, 2001), publi&#233; en fran&#231;ais sous le titre Dissident dans la r&#233;volution. Victor Serge, une biographie politique (Syllepse, 2006) , puis de Victor Serge : A Political Biography (Verso, 2013, deuxi&#232;me &#233;dition augment&#233;e). Elle anime Beneath the Surface sur KPFK 90.7 FM Los Angeles et a particip&#233; au lancement du podcast Jacobin Radio . &lt;strong&gt;Christian Dubucq&lt;/strong&gt; est traducteur en fran&#231;ais de l'ouvrage de Claudio Albertani sur le jeune Victor Serge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mitchell Abidor, Victor Serge : Unruly Revolutionary, Londres, Pluto Press, coll. &#171; Revolutionary Lives &#187;, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette affaire, voir &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Jacques_Liabeuf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mitchell Abidor, Victor Serge : &lt;i&gt;Unruly Revolutionary&lt;/i&gt;, Londres, Pluto Press, 2025, chap. 3, &#171; Paris &#187;, p. 42, EPUB. Abidor souligne que Gustave Herv&#233; fut condamn&#233; pour des propos proches de ceux de Serge sur Liabeuf, tandis que Serge resta &#171; &lt;i&gt;undisturbed by the police&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; non inqui&#233;t&#233; par la police &#187;. Il ajoute pourtant : &#171; &lt;i&gt;There are no police records indicating why they left Serge in peace&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; Il n'existe aucun dossier de police indiquant pourquoi ils laiss&#232;rent Serge tranquille &#187;. L'absence de preuve, au lieu de suspendre le soup&#231;on, devient ici le mat&#233;riau m&#234;me de l'insinuation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor Serge, lettre &#224; Ren&#233; Lefeuvre, reproduite dans Victor Serge, &lt;i&gt;16 fusill&#233;s &#224; Moscou&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;d. Paris, Cahiers Spartacus, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor Serge, &lt;i&gt;Carnets (1936-1947)&lt;/i&gt;, &#233;d. Claudio Albertani et Claude Rioux, Marseille, Agone, 2012, pp. 554-555.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor Serge, &lt;i&gt;Carnets (1936-1947)&lt;/i&gt;, &#233;dition &#233;tablie par Claudio Albertani et Claude Rioux, Marseille, Agone, 2012, pp. 212-213.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, pp. 554-555&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://proteanmag.com/2025/12/18/victor-serge-turncoat/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Disponible ici&lt;/a&gt; in : Andrew Holter, &#171; Victor Serge, Turncoat Radical ? &#187; [&#171; Victor Serge, radical ren&#233;gat ? &#187;], entretien avec Mitchell Abidor, &lt;i&gt;Protean Magazine&lt;/i&gt;, 18 d&#233;cembre 2025. Dans cet entretien, Abidor reconna&#238;t d'abord qu'on ne peut pas savoir si Serge aurait suivi Boris Souvarine en soutenant les &#201;tats-Unis au Vietnam, puis ajoute &lt;i&gt;sotto voce : &#171; He would have &#187;&lt;/i&gt; &#8212; &#171; Il l'aurait fait &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Congr%C3%A8s_pour_la_libert%C3%A9_de_la_culture&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Congr%C3%A8s_pour_la_libert%C3%A9_de_la_culture&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Dieu des t&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt;, traduction fran&#231;aise de &lt;i&gt;The God That Failed&lt;/i&gt;, est un ouvrage collectif publi&#233; en anglais en 1949, puis en fran&#231;ais en 1950 chez Calmann-L&#233;vy. Introduit par Richard Crossman et, dans l'&#233;dition fran&#231;aise, accompagn&#233; d'une postface de Raymond Aron, il r&#233;unit les t&#233;moignages d'Arthur Koestler, Ignazio Silone, Richard Wright, Andr&#233; Gide, Louis Fischer et Stephen Spender sur leur rupture avec le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Octavio Paz, &lt;i&gt;Itinerario&lt;/i&gt;, Mexico, Fondo de Cultura Econ&#243;mica, 1993, pp. 75-76.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Contre l'oppresseur liquide</title>
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		<dc:date>2026-06-29T07:23:28Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;&#9632; Mathieu L&#201;ONARD Sobres pour la r&#233;volution Nada, 2026, 192 p. Parfois les choses se font et prennent leur sens apr&#232;s. Par exemple, apr&#232;s avoir rendu compte des bouquins d'amis aupr&#232;s desquels j'ai fait mes armes au sein du mensuel CQFD, Bruno Le Dantec et &#201;milien Bernard , v'l&#224; que s'invite dans la boucle des recensions &#224;-contretemporelles le copain Mathieu L&#233;onard, ex-membre lui aussi du pr&#233;cit&#233; mensuel de critique sociale marseillais. Rassurons notre lectorat : les anciennes ligues du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2842 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://acontretemps.org/IMG/jpg/ill_couv-9.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/IMG/jpg/ill_couv-9.jpg?1782229618' width='500' height='778' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;&#9632; Mathieu L&#201;ONARD &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Sobres pour la r&#233;volution&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Nada, 2026, 192 p. &lt;br/&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2847 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://acontretemps.org/IMG/pdf/contre_l_oppresseur_liquide_navarro_-2.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 412.5 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parfois les choses se font et prennent leur sens apr&#232;s. Par exemple, apr&#232;s avoir rendu compte des bouquins d'amis aupr&#232;s desquels j'ai fait mes armes au sein du mensuel &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, Bruno Le Dantec&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Hommage d'un fils &#187;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#201;milien Bernard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Viva Amexica &#187;.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, v'l&#224; que s'invite dans la boucle des recensions &#224;-contretemporelles le copain Mathieu L&#233;onard, ex-membre lui aussi du pr&#233;cit&#233; mensuel de critique sociale marseillais. Rassurons notre lectorat : les anciennes ligues du Chien rouge n'entendent aucunement prendre le pouvoir sur &lt;i&gt;&#192; contretemps&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mais alors comment interpr&#233;ter cet hommage indirect &#224; un canard ind&#233;pendant n&#233; en 2003 dont la devise est toujours de &#171; mordre et tenir &#187; et dont l'ADN pourrait se r&#233;sumer ainsi : &#171; souffler sur les braises &#187;. Les braises de quoi ? Des col&#232;res sociales, des refus de tout enr&#233;gimentement, des exp&#233;rimentations v&#233;cues en-dehors de la scl&#233;rose du salariat&#8230; Si &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; fut une &#233;cole, ce fut d'abord celle de l'immersion dans un journalisme sans carte de presse ni formation, job informel appris sur le tas : comment choisir et angler un sujet, retranscrire les t&#233;moignages, fabriquer un papier vivant, c'est-&#224;-dire d&#233;barrass&#233; de la foireuse &#171; objectivit&#233; &#187; journalistique, soit un mot pour les salauds, un mot pour les alternos. Parler depuis les marges pour d&#233;passer le marginal et viser l'universel, affilier les col&#232;res du pr&#233;sent &#224; celles d'hier car il n'est rien de plus fragile qu'une lutte contingente, oublieuse de ses racines&#8230;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Pour faire vivre le mensuel marseillais, il y avait des gueules. Entendre : des personnalit&#233;s enti&#232;res et bien camp&#233;es, tenues entre elles par des connivences difficiles &#224; d&#233;chiffrer. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; ce fut d'abord un continent fait de blocs taiseux et rigolards, collection de bandits au savoir livresque, instruits des pi&#232;ges de l'id&#233;ologie, insensibles aux charmes m&#233;diatiques des cadors de la lutte, fouineurs jamais blas&#233;s et donc toujours curieux, &#224; l'aff&#251;t des petites mains semant des cailloux dans les rouages de la machine. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Parmi ces gueules, l'historien Mathieu L&#233;onard participait, entre autres, &#224; la r&#233;daction des &#171; Vieux dossiers &#187;, soit autant de focus sur des r&#233;voltes pass&#233;es. Mais pas que : on l'a lu aussi auscultant le ventre de Marseille ou la col&#232;re des Gilets jaunes, feuilletonner le Rojava en lutte depuis les terres du Kurdistan, bref, &#224; l'instar de l'ensemble de la bande de la rue Consolat, se faire le relai de ce qui s'arc-boutait, &lt;i&gt;urbi et orbi&lt;/i&gt;, contre un monde toujours plus d&#233;gueulasse et pr&#233;dateur. Les meilleures choses devant se conclure, l'historien-journaliste finit par se reconvertir en vigneron dans le Vaucluse et fonder la digne cuv&#233;e &#171; Potlatch &#187;, &#171; un vin rouge &#233;labor&#233; dans la rusticit&#233;, sans intrants, sans sulfites ajout&#233;s ni levures artificielles&#8230; et sans autre myst&#232;re que celui de l'alchimie du vin. &#187; Une reconversion qui n'appela nullement l'auteur d'une excellente histoire de la Premi&#232;re Internationale &#8211; &lt;i&gt;L'&#201;mancipation des travailleurs&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mathieu L&#233;onard, L'&#201;mancipation des travailleurs : une histoire de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; &#224; renoncer &#224; faire parler les archives de la m&#233;moire sociale. Fascin&#233; par la Commune de Paris, il se demande un jour ce qui n'a pas &#233;t&#233; &#233;crit sur ces 72 jours qui &#233;branl&#232;rent l'Hexagone. Est-ce sa nouvelle vocation de vigneron qui influence alors ses recherches ou une fructueuse s&#233;rendipidit&#233; ? Quoi qu'il en soit, c'est tout en furetant du c&#244;t&#233; des barricadiers et des p&#233;troleuses de 1871 que l'historien-vigneron isole un agent actif sur lequel peu de choses ont &#233;t&#233; dites et pens&#233;es : l'alcool. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Paru en 2022, &lt;i&gt;L'Ivresse des communards&lt;/i&gt; d&#233;friche un terrain dont la richesse ne peut que surprendre tout lecteur, m&#234;me le plus averti. L'introduction annonce la couleur : &#171; Dans une certaine litt&#233;rature versaillaise, l'alcool est un outil symbolique servant &#224; discr&#233;diter la conduite d&#233;sinhib&#233;e du prol&#233;tariat qui bouleverse l'ordre social &#187;. L'ouvrage visite cette p&#233;riode hautement conflictuelle sise entre la fin du Second Empire et le d&#233;but de la Premi&#232;re Guerre mondiale. Tra&#231;ant les contours d'une sociologie infamante associant classes laborieuses et classes dangereuses ou bien &#171; vicieuses &#187;, Mathieu L&#233;onard explique comment, grossissant une arm&#233;e prol&#233;tarienne s'entassant dans les villes pour louer ses bras, le d&#233;cha&#238;nement industriel provoque en retour une s&#233;rie d'ajustements politico-sociaux de la part des autorit&#233;s qui craignent la col&#232;re de la pl&#232;be. Apr&#232;s les travaux haussmanniens cens&#233;s promouvoir une hygi&#232;ne urbaine (mais aussi permettre &#224; la troupe de mater plus efficacement les insurrections populaires), les &#233;lites s'int&#233;ressent &#224; la sant&#233; des prolos jug&#233;s trop prestes &#224; lever le coude. Rappelons &#224; titre purement contextuel que, &#224; cette &#233;poque, l'eau dite potable est toujours suspecte d'&#234;tre vectrice de maladies. En cons&#233;quence de quoi le vin, la bi&#232;re et le cidre sont consid&#233;r&#233;s comme des boissons fiables et hygi&#233;niques. Il est plus s&#251;r de siroter du rouge qui tache qu'un godet rempli &#224; la fontaine. Et nul ne peut nier que l'alcoolisme est un fl&#233;au de premier ordre. Qu'on en juge : 280 000 d&#233;bits de boisson sur le territoire en 1830, 354 000 en 1879, 482 000 en 1913, &#171; soit un d&#233;bit pour 80 habitants &#187; ! Le bar, l'estaminet, le bistrot : autant d'appellations pour un lieu ambivalent o&#249; le prolo peut liquider sa solde pour s'arsouiller mais aussi ourdir avec des camarades de lutte les plans de sa future &#233;mancipation. N'est-ce pas Balzac qui a qualifi&#233; le cabaret de &#171; parlement du peuple &#187; ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ambivalent aussi est l'alcool qui peut abrutir les vell&#233;it&#233;s r&#233;volutionnaires, remplir les caisses de l'&#201;tat et des alcooliers, mais aussi d&#233;sinhiber une col&#232;re sociale trop longtemps contenue. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Absinthes frelat&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Au chevet d'un monde ouvrier exploit&#233; dans des conditions ignobles et log&#233; dans des taudis, le monde m&#233;dical, d'essence bourgeoise, voit dans l'alcool une pathologie sociale venue nourrir la &#171; folie morale &#187; communarde. Conservateurs, les toubibs du XIXe assimilent l'alcool &#224; l'&#171; agent excitateur par excellence de toutes les perversions du c&#339;ur &#187;. Tour &#224; tour redout&#233;es et fantasm&#233;es, les libations collectives sont ces pr&#233;mices qui annoncent la tronche des puissants d&#233;coll&#233;e de leur tronc et fich&#233;e en haut d'une pique. D'o&#249; un discours prophylactique visant &#224; prot&#233;ger le corps social (et incidemment les profits de la classe dominante) de tout nouveau chambard r&#233;volutionnaire en criant haro sur la bibine. &#171; La bataille de l'hygi&#232;ne, &#233;crit Mathieu L&#233;onard, se double d'une passion militante contre la d&#233;g&#233;n&#233;rescence nationale, la &#8220;n&#233;vrose r&#233;volutionnaire&#8221;, le &lt;i&gt;morbus democraticus&lt;/i&gt; (peste d&#233;mocratique) et les exaltations de la foule. Il faut discipliner les m&#339;urs et les corps des prol&#233;taires. &#187; La sant&#233; publique naissante tient avant tout d'une &#171; biopolitique &#187; et l'hygi&#233;nisme en vogue est cet horizon permettant de prot&#233;ger la race fran&#231;aise de toute corruption. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; C&#244;t&#233; r&#233;volutionnaires, on aurait tort de penser que l'ivrognerie est trait&#233;e &#224; la l&#233;g&#232;re. On sait les d&#233;g&#226;ts commis par certains spiritueux &#8211; ah ! les ravages de la f&#233;e verte, surtout en p&#233;riode d'interdiction quand circulent des absinthes frelat&#233;es, v&#233;ritables bombes &#224; fragmentation pour l'organisme. On a vu aussi les soudards d'en face, grognards de l'ordre bourgeois imbib&#233;s jusqu'au trognon, saccager, violer et massacrer. Si la Commune s'est accompagn&#233;e d'incontournables pillages de caves (dont le plus fameux reste les 40 000 bouteilles chour&#233;es &#224; Badinguet), elle fut aussi cette s&#233;quence o&#249; furent promulgu&#233;s des arr&#234;t&#233;s municipaux ayant pour but de &#171; faire cesser les troubles li&#233;s &#224; l'ivresse &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; C'est ce fil que va tirer Mathieu L&#233;onard dans &lt;i&gt;Sobres pour la r&#233;volution&lt;/i&gt;. Contrairement &#224; ce que pourrait laisser entendre le titre, cet essai n'est en rien un plaidoyer moraliste pour l'abstinence. Il raconte comment le mouvement anarchiste, apr&#232;s les massacres de la Semaine sanglante, a su jouer de sa plasticit&#233; pour juguler ou neutraliser le p&#233;ril alcoolique. Un p&#233;ril qui n'a rien de fantasmagorique puisqu'en l'espace de trois g&#233;n&#233;rations (de 1830 &#224; 1900), la &#171; consommation pure par adulte passe de 15 &#224; 35 litres annuels &#187;. Tout comme &lt;i&gt;L'Ivresse des communards&lt;/i&gt;, le propos de &lt;i&gt;Sobres pour la r&#233;volution&lt;/i&gt; est servi par une riche iconographie parmi laquelle on notera le trait mordant du caricaturiste libertaire Jossot (1866-1951, de son vrai nom Henri Gustave Jossot) ou bien cette affiche radicale venue des rangs anarchistes espagnols pendant la r&#233;volution de 1936, l&#233;gend&#233;e ainsi : &#171; Borracho es un par&#225;sito &#8211; Elimin&#233;mosle ! &#187; L'ivrogne est un parasite &#8211; &#233;liminons-le ! &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#171; D&#233;fendre l'espace de sociabilit&#233; du cabaret comme un foyer d'humanit&#233; ou le d&#233;noncer comme un refuge d&#233;sesp&#233;r&#233; o&#249; le poison &#233;touffe la conscience, le dilemme conduit les anarchistes &#224; un d&#233;passement port&#233; par la vertu r&#233;volutionnaire et la promesse d'un monde o&#249; le bonheur rendrait l'ivresse inutile &#187;, synth&#233;tise habilement Mathieu L&#233;onard. Le n&#339;ud dialectique est l&#224; : si l'anarchisme entend briser les cha&#238;nes de l'oppression, comment consid&#233;rer l'alcoolisme sinon comme un obstacle &#224; la construction d'un esprit libre et d&#233;sentrav&#233; ? Comment construire un discours, robuste et non stigmatisant, sur l'&#233;thylisme &#224; distance des condamnations puritaines des ligues antialcooliques, du paternalisme patronal, de l'hypocrisie verbeuse des ensoutan&#233;s, de l'eug&#233;nisme racial du corps m&#233;dical ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Si la lutte contre l'alcool n'a jamais &#233;t&#233; un mot d'ordre majeur des forces libertaires, il n'en demeure pas moins que ses d&#233;g&#226;ts, collat&#233;raux et souvent mis sous le boisseau, peuvent peser lourdement dans la structuration des groupes politiques et dans la confiance &#8211; fondamentale &#8211; sur laquelle doivent pouvoir compter leurs membres. Face &#224; ce casse-t&#234;te humain et strat&#233;gique, il faut saluer le travail minutieux du camarade L&#233;onard, patient &#233;plucheur d'archives, qui nous offre un expos&#233; clair et argument&#233; des diff&#233;rentes r&#233;ponses envisag&#233;es pour juguler l'&#233;pid&#233;mie de picole. Loi s&#232;che, temp&#233;rance, prohibition, morale abst&#232;me, tout un vocabulaire aujourd'hui disparu de notre pr&#233;sent mais qui a anim&#233; il y a plus d'un si&#232;cle les forces militantes conscientes du probl&#232;me mais voulant &#233;viter, pour la plupart d'entre elles, de virer dans un rigorisme r&#233;pressif. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &lt;strong&gt;App&#233;tits sexuels du m&#226;le avin&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Plut&#244;t que de partir de sch&#233;mas rigides dispensateurs de bons et mauvais points, Mathieu L&#233;onard est all&#233; d&#233;nicher des p&#233;pites comme cette citation relev&#233;e &#224; l'&#233;poque par l'&#233;crivain Octave Mirbeau (1848-1917). Fich&#233; dans une cellule de d&#233;grisement, un ouvrier tuberculeux r&#233;sume le tragique de sa condition : &#171; Moi, &#231;a va encore parce que je me saoule, de temps en temps, et que de me saouler &#231;a me nettoie la carcasse&#8230; Mais la femme&#8230; Mais les gosses !... Ils n'ont pas toujours de quoi manger &#224; leur faim !... &#199;a, c'est vrai, que si je buvais moins, ils pourraient peut-&#234;tre manger plus !... Mais, si je buvais pas, il y a longtemps que je serai mort !... Alors, quoi faire ? ... &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pour certains, le n&#233;omalthusianisme est une r&#233;ponse. Partant du principe qu'un m&#226;le avin&#233; aura tendance &#224; exprimer lourdement ses app&#233;tits sexuels, la temp&#233;rance est vue comme un outil permettant de lutter contre la &#171; procr&#233;ation inconsciente &#187;. Le contr&#244;le des naissances, soulignons-le au passage, s'inscrit aussi dans &#171; une lutte pour l'autonomie des femmes &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Dans ce sillage, les naturiens tournent le dos &#224; la mystique du &#171; Grand soir &#187; port&#233;e par les organisations politiques et syndicalistes r&#233;volutionnaires. Si un monde nouveau, plus juste et &#233;galitaire, doit poindre, ce sera d'abord par une sanctuarisation des corps nettoy&#233;s des scories de la modernit&#233; o&#249; sont proscrits la viande, le tabac, l'alcool. Un si&#232;cle avant le v&#233;ganisme contemporain, une &#171; v&#233;ritable liturgie alimentaire &#187; trace &#171; une fronti&#232;re nette entre le pur et l'impur &#187;. &#171; L'assiette devient un champ de bataille et un manifeste pour une humanit&#233; r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e &#187;, souligne avec un brin d'ironie Mathieu L&#233;onard. Face &#224; certains exc&#232;s rigoristes, l'individualiste libertaire E. Armand, de son vrai nom Lucien Ernest Juin (1872-1962), pr&#244;ne la d&#233;tente et une main tendue vers &#201;picure : &#171; Les individualistes veulent la vie passionn&#233;e, ardente, surabondante en exp&#233;riences de toutes sortes, dionysaques ; ils ne la veulent pas r&#233;tr&#233;cie, &#233;triqu&#233;e, mesquine, pi&#232;tre. (&#8230;) Ils ne veulent pas davantage &#234;tre des &#8220;chastes&#8221; ou des &#8220;abstinents&#8221; &#8211; c'est-&#224;-dire des apeur&#233;s de la vie qui redoutent l'exp&#233;rience ou l'aventure &#8211; que des &#8220;d&#233;bauch&#233;s&#8221; ou des &#8220;ivrognes&#8221; &#8211;, c'est-&#224;-dire des d&#233;s&#233;quilibr&#233;s impuissants &#224; appr&#233;cier l'exp&#233;rience ou &#224; hasarder l'aventure. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Drogue dure ou manifestation culturelle, objet d'abrutissement individuel ou de jouissive socialisation, la passion alcoolique reste un vrai casse-t&#234;te philosophico-politique. Et la d&#233;dicace trac&#233;e en premi&#232;re page de &lt;i&gt;Sobres pour la r&#233;volution&lt;/i&gt; par le camarade historien-vigneron n'aidera en rien &#224; trier le bon grain de l'ivresse : &#171; N'oublie pas que l'alcool est la source ET la solution de tous nos probl&#232;mes. &#187; On a connu sujet de philo plus saoulant. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;S&#233;bastien NAVARRO&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;https://acontretemps.org/spip.php?article1116&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Hommage d'un fils &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;https://acontretemps.org/spip.php?article1167&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Viva Amexica &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mathieu L&#233;onard, &lt;i&gt;L'&#201;mancipation des travailleurs : une histoire de la Premi&#232;re Internationale&lt;/i&gt;, La Fabrique, 2011. Voir &#171; Aux origines de la vieille cause &#187;, la recension d'Herv&#233; Vilianac sur cet ouvrage majeur, disponible &lt;a href=&#034;https://acontretemps.org/spip.php?article420&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ng&#244; V&#259;n, &#233;loge du double front </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;Le front est haut, le nez taill&#233; long et la bouche &#233;paisse. Quelques clich&#233;s photographiques le donnent &#224; voir aux c&#244;t&#233;s d'un chat ou d'un perroquet. Coiff&#233; d'un b&#233;ret, parfois, un clope au bout des doigts. Celui qui aimait les romans chinois &#171; peupl&#233;s d'ermites mal embouch&#233;s, de rebelles et de brigands &#187; , celui qui peignait, dessinait et prisait la photo mourut &#224; Paris l'ann&#233;e du r&#233;f&#233;rendum sur le Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en et de l'embrasement des quartiers populaires. Son histoire, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique104" rel="directory"&gt;En lisi&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2826 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L300xH300/ill__une-25-12c9f.jpg?1779901270' width='300' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2825 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://acontretemps.org/IMG/pdf/ngo_van_eloge_du_double_front.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 403 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le front est haut, le nez taill&#233; long et la bouche &#233;paisse. Quelques clich&#233;s photographiques le donnent &#224; voir aux c&#244;t&#233;s d'un chat ou d'un perroquet. Coiff&#233; d'un b&#233;ret, parfois, un clope au bout des doigts. Celui qui aimait les romans chinois &#171; peupl&#233;s d'ermites mal embouch&#233;s, de rebelles et de brigands &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avant-propos de L'insomniaque, Ng&#244; V&#259;n, Au pays d'H&#233;lo&#239;se, L'insomniaque, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celui qui peignait, dessinait et prisait la photo mourut &#224; Paris l'ann&#233;e du r&#233;f&#233;rendum sur le Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en et de l'embrasement des quartiers populaires. Son histoire, si proche, se lie &#224; sa jumelle, noble de majuscule. Il avait un peu plus de quatre-vingt-dix ans et en passa pr&#232;s de soixante en France. Singulier exil que celui-ci : le natif de T&#226;n L&#244;, hameau vietnamien situ&#233; &#224; une dizaine de kilom&#232;tres de Saigon &#8211; aujourd'hui H&#244;-Chi-Minh-Ville &#8211;, v&#233;cut la plus grande partie de son existence sur le sol d'une nation dont il avait combattu la pr&#233;sence sur celui de la sienne propre. Ng&#244; V&#259;n se consid&#233;rait comme un survivant. Un rescap&#233; des grands bris du si&#232;cle des camps de concentration, du Goulag, de la montre &#224; quartz et du code-barres.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Leur France et la n&#244;tre&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Quand la b&#234;tise porte une cravate, cela ressemble au d&#233;put&#233; UMP Bruno Le Maire : &#171; On ne critique pas l'histoire fran&#231;aise &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Des paroles et des actes &#187;, 16 novembre 2015.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, avait-il lanc&#233; en 2015 sur un plateau de t&#233;l&#233;vision. Les porte-flingues du nationalisme v&#233;n&#232;rent le pass&#233; seulement s'il consent &#224; se taire &#8211; leur amertume les condamne &#224; errer dans de bien &#233;tranges vapeurs : photos sans voix et drapeaux mit&#233;s de r&#234;ves crev&#233;s. La m&#233;moire donne pourtant des couleurs &#224; l'avenir : elle fouette son sang, l'aiguille et l'aide &#224; d&#233;barbouiller la route.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ce fut, dans les ann&#233;es 1910, une enfance m&#233;fiante &#224; l'endroit des compatriotes catholiques &#8211; n'avaient-ils pas d&#233;laiss&#233; leurs rites pour v&#233;n&#233;rer un Blanc au nez pointu, droit plant&#233; sur une croix ? D'aucuns contaient que la Vierge s'&#233;tait accoupl&#233;e avec un chien pour mettre bas au Christ&#8230; Ng&#244; V&#259;n, fils de petits paysans surveillant les buffles dans les champs de rizi&#232;re et &#233;crasant le manioc au pilon, a appris le fran&#231;ais &#224; l'&#226;ge de onze ans ; il lit Rousseau, Baudelaire, le romancier Jean Richepin et l'aviateur Roland Garros &#8211;, le premier avec force &#171; exaltation &#187;. Il n'en finit pas de lire et ach&#232;te ses ouvrages d'occasion dans les bric-&#224;-brac des vendeurs chinois. Des auteurs fran&#231;ais, mais pas seulement. C'est ainsi que, page apr&#232;s page, germe en lui la r&#233;volte ; il en vient &#224; s'int&#233;resser aux cercles r&#233;volutionnaires indochinois condamn&#233;s &#224; la clandestinit&#233; et ne tarde pas &#224; cacher certaines coupures de presse dans une bo&#238;te &#224; chaussures. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les ann&#233;es 1920 touchent &#224; leur terme : en France, les communistes se sont constitu&#233;s en parti et Andr&#233; Gide d&#233;nonce l'oppression coloniale de retour du Congo ; en Russie, Staline &#233;pure les administrations et lance la collectivisation forc&#233;e des campagnes ; en Alg&#233;rie, l'&#201;toile nord-africaine est dissoute par les autorit&#233;s imp&#233;riales. H&#244; Chi Minh, qui n'est encore que Nguyen Ai Quoc mais a d&#233;j&#224; publi&#233; l'implacable &lt;i&gt;Proc&#232;s de la colonisation fran&#231;aise&lt;/i&gt;, voyage entre la Crim&#233;e et la Russie, Berlin et Paris, la Suisse et l'Italie. L'&#233;crivain fran&#231;ais L&#233;on Werth, de retour d'Asie, sort quant &#224; lui le beau &lt;i&gt;Cochinchine&lt;/i&gt;, &#233;c&#339;ur&#233; par ce qu'il vit de la &#171; mission civilisatrice &#187; &#8211; l'Empire prend du bon temps, sirotant le sang des indig&#232;nes pour sa gloire et son prestige. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Un compagnon de chambre, Ph&#249;ng, comptable de profession, raconte &#224; V&#259;n les prisons et la faim dans les plantations, la torture et les conditions de vie des coolies. En 1930, des soldats vietnamiens de la garnison de Y&#234;n B&#225;i se mutinent. Le jeune Daniel Gu&#233;rin, qui n'est pas encore le penseur communiste libertaire que l'on gagnerait &#224; conna&#238;tre si cela n'est pas le cas, se trouve alors en Indochine : le drapeau de l'ind&#233;pendance est hiss&#233; par quelques insurg&#233;s et le pouvoir fait son office, aviation &#224; l'appui &#8211; &#171; Ce qui se levait, rapportera Gu&#233;rin dans les pages de son &lt;i&gt;Autobiographie de jeunesse&lt;/i&gt;, c'&#233;tait le vent de la temp&#234;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Gu&#233;rin, Autobiographie de jeunesse, Pierre Belfond, 1971, p. 226.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Ng&#244; V&#259;n, dix-huit ans, suit au jour le jour les &#233;v&#232;nements. Bombardements, incendies, destruction de temples et d&#233;capitations : les droits de l'Homme grav&#233;s &#224; la feuille d'or. De son exil &#224; Hong Kong, H&#244; Chi Minh, fils de paysans lui aussi, rassemble les forces communistes et nationalistes au d&#233;but du mois de f&#233;vrier de la m&#234;me ann&#233;e : ainsi na&#238;t le Parti communiste vietnamien. &#171; Ouvriers, paysans, soldats, jeunes gens, &#233;l&#232;ves des &#233;coles, compatriotes opprim&#233;s et exploit&#233;s, amis, camarades&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#244; Chi Minh, Textes 1914-1969, L'Harmattan, 1990, p. 94.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, lance l'appel r&#233;dig&#233; par le leader marxiste : il importe de se battre contre l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais et la bourgeoisie autochtone. H&#244; Chi Minh salue la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise, alli&#233;e de l'imminente r&#233;volution vietnamienne, et propose dix points phares &#8211; parmi lesquels l'ind&#233;pendance totale de l'Indochine, la nationalisation des banques et des entreprises coloniales, la redistribution des plantations fran&#231;aises ou f&#233;odales aux paysans pauvres, la journ&#233;e de travail de huit heures, l'instruction g&#233;n&#233;ralis&#233;e et l'&#233;galit&#233; entre les sexes. Ng&#244; V&#259;n peste contre les &#171; civilisateurs &#187; et &#171; l'arrogante soci&#233;t&#233; coloniale &#187; qui mus&#232;le &#171; le menu peuple &#187;, &#171; les petits et les sans-grade &#187; ; il dissimule des tracts r&#233;volutionnaires dans son v&#233;lo afin de les lire &#224; ses amis paysans, tout en tentant, p&#233;niblement, de saisir &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; de Marx. &#171; L'atmosph&#232;re r&#233;pressive r&#233;gnant alors dans tout le pays &#187; ne lui laisse d'autre choix que de s'engager : &#224; d'autres, la fatalit&#233; ! Il traduit &lt;i&gt;Le Manifeste du parti communiste&lt;/i&gt; en vietnamien et publie po&#232;mes et r&#233;cits naturalistes dans des p&#233;riodiques indig&#232;nes, puis milite au sein d'une petite organisation, l'Opposition de gauche &#8211; elle se montre critique &#224; l'endroit du Parti communiste, qu'elle accuse d'all&#233;geance &#224; Moscou et de d&#233;connexion avec les masses, le peuple. &lt;br/&gt;
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&lt;strong&gt;Trotski contre Staline&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
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1935. Trotski va mourir dans cinq ans, le cr&#226;ne d&#233;fonc&#233; par un piolet dans son bureau mexicain. L'exil&#233; russe quitte alors la France pour la Norv&#232;ge. Staline, au pouvoir depuis le d&#233;c&#232;s de L&#233;nine (contre les derni&#232;res volont&#233;s de ce dernier), r&#233;gente l'URSS d'une poigne d'acier &#8211; il a &#233;cart&#233; son principal rival, ledit Trotski, porte-voix de l'Opposition de gauche, en l'expulsant de la Patrie des travailleurs au d&#233;but de l'ann&#233;e 1929. Dans son &lt;i&gt;Journal d'exil&lt;/i&gt;, r&#233;dig&#233; sur des cahiers d'&#233;colier, l'ancien chef de l'Arm&#233;e rouge fulmine contre &#171; la clique des laquais de Staline &#187;, &#171; l'esprit born&#233; &#187; de ce dernier, sa soif de vengeance, son cynisme et ses d&#233;lires bureaucratiques &#8211; Joseph Staline n'est rien d'autre que le &#171; fossoyeur du parti et de la r&#233;volution &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trotski, Journal d'exil, Folio, 2008, pp. 54, 56, 101.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le Guide consid&#232;re quant &#224; lui L&#233;on Trotski comme l'un des &#171; espions et [d]es agents du fascisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Staline, &#171; R&#233;ponse &#224; la lettre d'Ivanov &#187;, 12 f&#233;vrier 1938.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et les trotskistes comme une engeance toxique dont il faut se d&#233;barrasser sans plus tarder. Loin d'&#234;tre circonscrit &#224; la seule Russie, ce conflit s'est &#233;tendu aux quatre coins de la plan&#232;te ; Vi&#234;tnam compris. &lt;br/&gt;
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Les communistes vietnamiens se divisent donc entre une ligne &#171; officielle &#187; (celle du soutien &#224; l'URSS stalinienne) et une ligne &#171; h&#233;t&#233;rodoxe &#187;, critique, li&#233;e &#224; la contestation trotskiste du r&#233;gime. Au c&#339;ur des multiples points de divergences, autant humains qu'id&#233;ologiques, la question du cadre national. D&#232;s les ann&#233;es 1920, Staline a promu la notion de &#171; socialisme dans un seul pays &#187;, autrement dit l'id&#233;e qu'il est possible et pensable d'&#339;uvrer &#224; l'abolition du mode de production capitaliste et/ou f&#233;odal sans attendre la &#171; r&#233;volution mondiale &#187; tant souhait&#233;e par L&#233;nine. &#192; l'inverse, Trotski jure de l'absurdit&#233; d'une telle conception : les &#201;tats modernes, pris dans les filets des march&#233;s mondiaux, ne peuvent s'&#233;manciper individuellement &#8211; le combat r&#233;volutionnaire doit tourner le dos aux instincts &#171; chauvins &#187;, &#171; patriotiques &#187; et &#171; nationalistes &#187; (autant de manifestations de l'imaginaire bourgeois) &#8211; afin d'embrasser l'&#233;mancipation internationaliste et globale. En tant que militant du Komintern, H&#244; Chi Minh se range derri&#232;re l'orientation officielle et double son marxisme-l&#233;ninisme d'un discours patriotique : pour convaincre les masses indig&#232;nes de se soulever contre l'occupant fran&#231;ais, pareil levier lui semble indispensable. Mais il serait fautif de n'y voir qu'une strat&#233;gie de fa&#231;ade : l'homme aime profond&#233;ment son pays et n'est pas un partisan de la &lt;i&gt;table rase&lt;/i&gt; (l'un de ses biographes le d&#233;crira comme peu dogmatique et tr&#232;s dialecticien : pass&#233;, pr&#233;sent et futur constituaient &#224; ses yeux des temporalit&#233;s qu'il ne fallait pas chercher &#224; disjoindre &#8211; l'historien Daniel H&#233;mery rapportera, dans &lt;i&gt;H&#244; Chi Minh, de l'Indochine au Vietnam&lt;/i&gt;, qu'il n'avait, contrairement &#224; Mao, &#171; gu&#232;re la fibre th&#233;orique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel H&#233;mery, H&#244; Chi Minh, de l'Indochine au Vietnam, Gallimard, 2004, p. 140.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;). Il confie m&#234;me, en priv&#233; : &#171; Je suis un communiste mais ce qui m'importe en ce moment est l'ind&#233;pendance et la libert&#233; de mon pays, ce n'est pas le communisme. Je vous garantis personnellement que le communisme ne sera pas r&#233;alis&#233; au Vi&#234;t Nam avant une cinquantaine d'ann&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Souvenirs de Chang Fakuei &#187;, Revue hebdomadaire l'Union, 1962.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &lt;br/&gt;
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Face &#224; la position pro-sovi&#233;tique du Parti communiste, Ng&#244; V&#259;n et quelques camarades b&#226;tissent la Ligue des communistes internationalistes pour la construction de la IVe Internationale (elle sera lanc&#233;e de France, par Trotski, en 1938). Contestant les accents nationalistes du Parti et redoutant, au lendemain de l'hypoth&#233;tique mais tant voulue ind&#233;pendance, la mainmise sur le Vi&#234;tnam libre de la bourgeoisie locale, les trotskistes aspirent &#224; faire entendre une autre voix : celle d'un socialisme radical et antistalinien. Imprimerie clandestine et ron&#233;o : le groupe publie deux bulletins militants, &lt;i&gt;R&#233;volution permanente&lt;/i&gt; et L'Avant-Garde&lt;/i&gt;. La signature d'un trait&#233; d'assistance mutuelle entre l'URSS et les autorit&#233;s de la R&#233;publique fran&#231;aise les r&#233;vulse : comment la Russie, pr&#233;tendument progressiste, peut-elle pactiser avec un gouvernement colonial et bourgeois ? Une honte, voil&#224; tout. La preuve que Staline n'est pas le bienfaiteur des peuples opprim&#233;s qu'il pr&#233;tend &#234;tre. &lt;br/&gt;
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En juin 1936, la police fran&#231;aise fait irruption dans le magasin de produits m&#233;tallurgiques o&#249; travaille Ng&#244; V&#259;n. Deux mois plus tard, le pr&#233;sident du tribunal lui demande s'il escompte renverser le pouvoir en place pour y installer un r&#233;gime communiste ; notre homme de r&#233;pondre : &#171; Nous n'y avons pas encore pens&#233;. Nous luttons pour obtenir les libert&#233;s d&#233;mocratiques&#8230; &#187; C'est en prison qu'il apprend la nouvelle des proc&#232;s de Moscou : Staline vient d'organiser l'&#233;limination de seize &#233;minents membres du Parti au nom d'improbables mobiles (sabotage, terrorisme&#8230;). Ng&#244; V&#259;n partage sa r&#233;clusion avec des ind&#233;pendantistes staliniens ; il n'en dit mot mais s'en inqui&#232;te : &#171; Mille questions sans r&#233;ponse nous assaillent. &#187; Il lit Malraux et C&#233;line &#8211; &lt;i&gt;Voyage au bout de la nuit&lt;/i&gt; s'apparente &#224; quelque commotion litt&#233;raire : enfin, avoue-t-il, la po&#233;sie du monde vivant, tintant, crachant, p&#233;n&#232;tre dans les livres, enfin la langue vibrante, lucide et crue du r&#233;el trouve sa place dans l'&#233;l&#233;gance affect&#233;e des biblioth&#232;ques. Ng&#244; V&#259;n s'&#233;meut des &#171; couillons de la vie, battus, ran&#231;onn&#233;s, transpirants de toujours &#187; qui peuplent les pages du romancier fran&#231;ais &#8211; cette gouaille, il la fera pour partie sienne dans ses futurs &#233;crits autobiographiques. &lt;br/&gt;
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Le Front populaire retentit dans l'Hexagone : 1936 et ses grandioses gr&#232;ves ouvri&#232;res. Mais cela ne change rien, ou si peu, au sort des colonis&#233;s. Ng&#244; V&#259;n refuse d'appuyer ce nouveau gouvernement &#8211; les r&#233;formes ne suffisent pas ; seule une rupture r&#233;volutionnaire sera &#224; m&#234;me d'instaurer, sans main qui tremble ni cote mal taill&#233;e, la justice et l'&#233;galit&#233; entre &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; les hommes, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les races. Au Vi&#234;tnam, la contestation gagne en &#233;paisseur : les prisonniers guettent l'&#233;tincelle par-del&#224; leurs murs. En janvier 1937, ils entament une gr&#232;ve de la faim pour protester contre les mauvais traitements, la qualit&#233; de la nourriture et l'interdiction de lire la presse. Nouvelle purge en URSS : Staline fait ex&#233;cuter une dizaine de responsables communistes. V&#259;n s'interroge : &#171; Les trotskistes russes sont trait&#233;s de vip&#232;res lubriques &#224; Moscou, emprisonn&#233;s, d&#233;port&#233;s, massacr&#233;s : combien de temps les trotskistes d'Indochine &#233;chapperont-ils encore &#224; la condamnation de Staline et de ses partisans locaux ? &#187; Au m&#234;me moment, en Espagne, la guerre civile oppose le camp fasciste (les nationalistes et les franquistes, soutenus par les r&#233;gimes allemand et italien) et le camp r&#233;publicain et r&#233;volutionnaire (du gouvernement l&#233;gitime aux communistes, en passant par les anarchistes et les trotskistes). Une guerre civile &#233;clate en sus au sein de la guerre civile : Moscou exige des communistes espagnols qu'ils &#233;liminent lesdites &#171; vip&#232;res &#187;, accus&#233;es, bien s&#251;r &#224; tort, de complicit&#233;s avec l'ennemi nazi &#8211; l'&#233;crivain britannique George Orwell, engag&#233; les armes &#224; la main au sein d'une organisation marxiste non stalinienne, en fera le triste r&#233;cit dans son &lt;i&gt;Hommage &#224; la Catalogne&lt;/i&gt;. Certains trotskistes vietnamiens refusent pourtant toute division susceptible de renforcer l'adversaire (bourgeois, fasciste et colonial) : les communistes se doivent de demeurer unis en d&#233;pit des divergences. Un front stalino-trotskiste que Ng&#244; V&#259;n ne consent pas &#224; ratifier : comment s'allier avec ceux qui, en Espagne comme en Russie, appellent &#224; leur &#233;limination physique ? &lt;br/&gt;
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Entre deux feux&lt;br/&gt;
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V&#259;n est lib&#233;r&#233; au terme de deux ann&#233;es de d&#233;tention, en juin 1937. Un po&#232;te vietnamien a traduit &lt;i&gt;Retour de l'URSS&lt;/i&gt; de Gide : le texte s'arrache &#224; Saigon. L'&#233;crivain fran&#231;ais y retrace sa d&#233;sillusion : la dictature du prol&#233;tariat n'a pas &#233;mancip&#233; celui-ci et la parole est confisqu&#233;e par les autorit&#233;s staliniennes. Ng&#244; V&#259;n y trouve mati&#232;re &#224; confirmer ses craintes ; sit&#244;t sorti, il s'&#233;l&#232;ve, par voie de presse, contre les Proc&#232;s de Moscou et publie une brochure afin d'appuyer son propos. Il participe &#233;galement &#224; une gr&#232;ve d'ouvri&#232;res d'une charcuterie, traduisant leurs revendications en langue fran&#231;aise ; dockers, coolies, ouvriers d'ateliers, paysans : la r&#233;volte gronde chaque jour un peu plus en ces terres occup&#233;es. Et les trotskistes d'appeler &#224; la cr&#233;ation d'un &#171; Front ouvrier et paysan &#187;, seul &#224; m&#234;me, selon eux, d'assurer un contr&#244;le d&#233;mocratique des banques, des transports et des services postaux tout en redistribuant les terres aux plus pauvres. Ng&#244; V&#259;n est de nouveau arr&#234;t&#233;. &lt;br/&gt;
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L'Espagne tombe sous la botte franquiste. Des centaines de milliers d'Espagnols sont contraints &#224; l'exil. La France tombe sous la botte allemande. P&#233;tain appelle &#224; rendre les armes ; De Gaulle, exil&#233; &#224; Londres, exhorte &#224; poursuivre la lutte &#8211; en 1942, H&#244; Chi Minh d&#233;diera quelques vers acides au &#171; sauveur &#187; auto-proclam&#233; de la Nation : &#171; Malencontreuse, la destin&#233;e de la France ; / P&#233;tain, mar&#233;chal trop vieux, te voil&#224; putride. / &#192; genoux, t&#234;te baiss&#233;e devant les Allemands ; / [&#8230;] Tu as vendu ta patrie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#244; Chi Minh, Textes 1914-1969, op. cit., &#171; Au Mar&#233;chal P&#233;tain &#187;, p. 104.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le leader vietnamien n'a de cesse de le rappeler : il ne voue pas la moindre haine &#224; l'endroit du peuple fran&#231;ais (il consigne m&#234;me, dans des notes personnelles, que ce dernier est gentil, aimable, sociable et affable !). Ses ennemis sont l'oligarchie. C'est donc en patriote vietnamien qu'il approuve la r&#233;sistance fran&#231;aise et souhaite, pour la France comme pour son pays, l'ind&#233;pendance totale et le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Mais H&#244; Chi Minh rejette la radicalit&#233; des trotskistes, qu'il assimile probablement au &#171; gauchisme &#187; dont parla L&#233;nine dans un c&#233;l&#232;bre ouvrage qu'il traduisit justement en vietnamien : la seule mani&#232;re de vaincre, pense-t-il, est de constituer un rassemblement large et majoritaire &#8211; bourgeoisie comprise. S'il estime que son parti porte la parole des travailleurs, il n'en croit pas moins que ce seul signifiant (&#171; le prol&#233;tariat &#187;) soit &#224; m&#234;me de faire avancer la cause ind&#233;pendantiste. Et si les communistes braquent les bourgeois, ceux-ci deviendront des agents actifs du fascisme, affirme-t-il dans un communiqu&#233; dat&#233; de juillet 1939. C'est d'une plume gla&#231;ante que le futur chef d'&#201;tat vietnamien tranche la question : on ne s'allie pas avec les trotskistes, &#171; il faut les exterminer politiquement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 98&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'historien Pierre Brocheux, dans sa biographie &lt;i&gt;H&#244; Chi Minh, du r&#233;volutionnaire &#224; l'ic&#244;ne&lt;/i&gt;, &#233;crira : les &#171; accusations mutuelles &#187; entre staliniens et trotskistes vietnamiens &#171; &#233;taient aussi gratuites les unes que les autres &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 98.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (il est &#224; noter que Staline se m&#233;fiait du chef vietnamien &#8211; tenu pour un communiste des cavernes, par trop lent et mod&#233;r&#233; &#8211; et que le second pr&#233;sident de la R&#233;publique populaire de Chine le qualifiait de &#171; droitiste &#187;). &lt;br/&gt;
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Ng&#244; V&#259;n vend des galettes de riz sur le march&#233;, pour gagner sa cro&#251;te, et croise en ville un gigantesque portrait du Mar&#233;chal. &#171; Un seul chef : P&#233;tain. Un seul devoir : ob&#233;ir. Une seule devise : servir. &#187; Le ton est donn&#233; mais la guerre s'en va toucher &#224; sa fin : Hitler se tire dans la t&#234;te une balle de Walther PPK 7,65 millim&#232;tres, du fond de son bunker berlinois ; les Nord-Am&#233;ricains atomisent un Japon d&#233;j&#224; d&#233;fait pour la seule joie de bomber le torse ; l'empereur vietnamien Bao Dai abdique, en proie &#224; la perc&#233;e communiste. Le Parti se trouve &#224; pr&#233;sent aux portes du pouvoir et les trotskistes manifestent pour la formation de comit&#233;s populaires : ils r&#233;clament, tout de go, le contr&#244;le ouvrier des usines et la r&#233;partition des terres. &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt; des uns, chant&#233;e &#224; tue-t&#234;te, s'oppose aux chants nationalistes des r&#233;volutionnaires du Parti. Ng&#244; V&#259;n redoute l'emprise de ces derniers sur les revendications populaires et &#233;mancipatrices du peuple, tout comme il n'entend pas d'une bonne oreille la &#171; propagande patriotarde &#187; des partisans d'H&#244; Chi Minh (l'un de ses textes glorifie, par exemple, les &#171; anc&#234;tres h&#233;ro&#239;ques &#187;, les &#171; int&#233;r&#234;ts de la Patrie &#187; et le &#171; glorieux &#187; peuple vietnamien)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#244; Chi Minh, Textes 1914-1969, op. cit., pp. 100-101.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais la rue exulte. &#171; C'est une ru&#233;e d'esp&#233;rances &#187;, note le militant trotskiste dans son ouvrage &lt;i&gt;Au pays de la Cloche f&#234;l&#233;e&lt;/i&gt;. Les armes circulent. Premiers accrochages. H&#244; Chi Minh d&#233;clare unilat&#233;ralement l'ind&#233;pendance de son pays. Coup d'&#233;clat &#8211; et de g&#233;nie. L'appel repose en partie sur la D&#233;claration des Droits de l'Homme et du Citoyen de la R&#233;volution fran&#231;aise : H&#244; Chi Minh exige l'application stricte du tant vant&#233; universalisme fran&#231;ais &#8211; pourquoi refuser &#224; autrui ce que l'on revendique pour soi ? Il demande, en outre, &#224; ce que les autorit&#233;s fran&#231;aises reconnaissent la R&#233;publique d&#233;mocratique du Vi&#234;tnam et l'autorit&#233; de son nouveau gouvernement. La r&#233;volution sociale et expropriatrice n'est pas la priorit&#233; ; le commissaire de l'Int&#233;rieur d&#233;clare : quiconque touchera aux terres des nantis sera impitoyablement puni par le Parti. Barricades, arbres d&#233;racin&#233;s, v&#233;hicules renvers&#233;s ; soldats fran&#231;ais, civils et ind&#233;pendantistes en d&#233;cousent. Ng&#244; V&#259;n apprend que des repr&#233;sentants trotskistes viennent d'&#234;tre ex&#233;cut&#233;s par des membres du Vi&#234;t Minh, le front de r&#233;sistance cr&#233;&#233; par le Parti. Des cadavres flottent dans l'eau. Une usine est dynamit&#233;e. Des milices s'organisent et des avions de chasse tirent &#224; vue. &lt;br/&gt;
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V&#259;n int&#232;gre une unit&#233; de combattants trotskistes. &#171; Nous sympathisons avec les paysans des environs, leur expliquant que le but de notre combat [est] non seulement de chasser les Fran&#231;ais, mais &#233;galement d'en finir avec les propri&#233;taires terriens autochtones, sortir du servage les for&#231;ats des rizi&#232;res et lib&#233;rer les coolies. &#187; Il est arr&#234;t&#233; par des partisans du Vi&#234;t Minh au bord d'un fleuve alors qu'il tentait de trouver un r&#233;cepteur radio. Il parvient &#224; s'&#233;chapper puis se cache dans Saigon. Le leader trotskiste Ta Thu Th&#226;u est ex&#233;cut&#233; &#8211; H&#244; Chi Minh confiera &#224; Daniel Gu&#233;rin, &#224; Paris : &#171; Ce fut un patriote et nous le pleurons&#8230; Mais tous ceux qui ne suivent pas la ligne trac&#233;e par moi seront bris&#233;s. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Gu&#233;rin, Au service des colonis&#233;s 1930-1953, 1954, p. 22.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'adage a la clart&#233; pour m&#233;rite : on ne fait pas d'omelettes, etc. Une brutalit&#233; qui n'en tranche pas moins avec les nombreux t&#233;moignages qui existent : H&#244; Chi Minh est d&#233;crit par ceux qui le connurent comme un &#234;tre r&#233;serv&#233;, ferme sans &#234;tre fanatique, calme, concentr&#233;, organis&#233;, g&#233;n&#233;reux, tr&#232;s modeste au quotidien et dou&#233; de tact et d'humour (un lieutenant fran&#231;ais le d&#233;peignit comme gai, curieux, singuli&#232;rement sensible et &#224; l'&#233;coute ; le g&#233;n&#233;ral Salan comme &#233;nergique et d&#233;termin&#233; ; un responsable du Quai d'Orsay comme sage et perspicace ; Khrouchtchev comme un &#234;tre dont la puret&#233; le faisait ressembler &#224; un saint ou un ap&#244;tre &#8211; &#171; Un homme aussi pur que Lucifer &#187;, confia le premier pr&#233;sident de la R&#233;publique du Vi&#234;tnam lors d'un entretien). L'historien Pierre Brocheux estimera qu'H&#244; Chi Minh manqua parfois de courage, en &#171; laissant faire &#187; l'aile la plus violente du Vi&#234;t Minh. Voici donc Ng&#244; V&#259;n coinc&#233; entre deux feux : il peut &#224; tout instant tomber sous les balles des Fran&#231;ais comme des communistes orthodoxes. En novembre 1946, l'arm&#233;e de la R&#233;publique tricolore bombarde Haiphong : malgr&#233; les tentatives d&#233;sesp&#233;r&#233;es d'H&#244; Chi Minh visant &#224; r&#233;gler ce conflit par la diplomatie, la guerre d'Indochine est officiellement d&#233;clar&#233;e. &#171; Le c&#339;ur rong&#233; de m&#233;lancolie &#187;, Ng&#244; V&#259;n d&#233;cide de quitter son pays. Il d&#233;barque &#224; Marseille au printemps 1948, &#226;g&#233; de trente-six ans. &lt;br/&gt;
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&lt;strong&gt;Un rien du tout&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
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De ces ann&#233;es de luttes, Ng&#244; V&#259;n tirera une m&#233;fiance instinctive &#224; l'endroit du pouvoir et des appareils politiques centralis&#233;s. Tous les partis pr&#233;tendument &#171; ouvriers &#187; sont &#224; ses yeux des &#171; embryons d'&#201;tat &#187; &#8211; et ce dernier deviendra sa b&#234;te noire : il faut, comme le voulaient Marx et Bakounine, quoique dans des temporalit&#233;s diff&#233;rentes, &#339;uvrer au d&#233;p&#233;rissement total de la structure &#233;tatique. V&#259;n devient ouvrier d'usine &#224; Nanterre. Il faut manger. Pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es, c&#226;blage, t&#244;le, ch&#226;ssis, ailes, porti&#232;res, pince &#224; souder&#8230; L'homme-machine et les poumons us&#233;s : il d&#233;crit ses nouveaux fr&#232;res de besogne fran&#231;ais comme autant de &#171; compagnons esclaves &#187;. Il loge &#224; l'h&#244;tel &#8211; une chambre dont l'ampoule est si faible qu'il ne parvient pas &#224; lire. Il se penche sur les textes d'Engels et boit son caf&#233; au bistrot pr&#232;s de l'usine. Certains l'appellent &#171; le Chinetoque &#187;. &#171; Je me casse les reins &#224; les d&#233;monter, &#224; trimbaler de lourdes pi&#232;ces de fonte &#187;, raconte ce corps ch&#233;tif. Il n'en peut plus et d&#233;missionne. &#192; peine la guerre d'Indochine s'ach&#232;ve-t-elle qu'une autre, en Alg&#233;rie, commence : &#171; Les abattoirs fonctionnent en permanence, la mort, la mort toujours recommenc&#233;e &#187;, &#233;crit-il dans son ouvrage &lt;i&gt;Au pays d'H&#233;lo&#239;se&lt;/i&gt;. La gauche est au pouvoir et Mitterrand fera trancher quelques t&#234;tes. &lt;br/&gt;
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V&#259;n d&#233;couvre les travaux du penseur Maximilien Rubel et la relecture qu'il effectue des &#233;crits de Marx &#8211; allant jusqu'&#224; le pr&#233;senter comme un anarchiste ! Il apprend l'existence, &#224; la fin de la Premi&#232;re Guerre mondiale, d'une certaine &#171; R&#233;publique des conseils de Bavi&#232;re &#187; alliant communisme et libertarisme, et &#233;tudie la r&#233;pression des marins de Cronstadt, en 1921, par le nouveau pouvoir sovi&#233;tique. Ainsi donc, avant m&#234;me l'av&#232;nement de Staline, la glorieuse r&#233;volution d'Octobre, celle qu'il avait tant aim&#233;e, r&#233;prima des camarades sans piti&#233; aucune ! Sous les ordres de L&#233;nine et de Trotski ! Il rencontre des exil&#233;s espagnols, anciens du POUM (Parti ouvrier d'unification marxiste) ou anarchistes, et rencontre Daniel Gu&#233;rin &#8211; qui, comme essayiste, proposera de r&#233;concilier communisme et anarchisme en les purgeant de leurs impasses respectives. V&#259;n s'&#233;loigne d&#232;s lors du bolchevisme comme du trotskisme. Adieu, &#233;pith&#232;tes aux semelles de plomb ! Ismes patauds et r&#233;ducteurs ! Le Vietnamien se dira un &#171; rien du tout &#187;, un vagabond juste bon &#224; &#171; baratiner dans le d&#233;sert &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toutes les citations non r&#233;f&#233;renc&#233;es de Ng&#244; V&#259;n proviennent des deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;mancipation doit &#234;tre l'&#339;uvre des domin&#233;s eux-m&#234;mes, et non d'une avant-garde suppos&#233;ment &#233;clair&#233;e et assur&#233;ment professionnelle. En 1950, il se rend dans la Yougoslavie socialiste de Tito : sceptique, certes, mais jamais cynique. Il aide aux chantiers collectifs mais les bustes du leader ne lui disent rien qui vaille. Il demande &#224; voir un camp de r&#233;&#233;ducation : requ&#234;te rejet&#233;e. On ne l'y prendra plus. &lt;br/&gt;
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Il publie en 1968 un texte appelant &#224; l'auto-&#233;mancipation &#8211; la lutte contre tous les ma&#238;tres, qu'ils soient capitalistes ou communistes &#8211; et promeut, lors de la guerre du Vi&#234;tnam, l'alliance du prol&#233;tariat am&#233;ricain et vietnamien contre leurs gouvernements respectifs (critiquant, en passant, le soutien inconditionnel d'une partie de l'intelligentsia fran&#231;aise &#224; l'autocratique Front national de lib&#233;ration vietnamien). Le temps se pla&#238;t &#224; passer sous silence ses trop vieilles ambitions : le Parti ouvrira ses bras &#224; l'&#233;conomie de march&#233;, ajustant le grand r&#234;ve rouge aux &#171; r&#233;alit&#233;s du monde globalis&#233; &#187;. En 1997, V&#259;n s&#233;journera dans son pays d'origine apr&#232;s un demi-si&#232;cle d'exil : un communisme &#224; la sauce &lt;i&gt;joint-ventures&lt;/i&gt; et Coca-Cola. &lt;br/&gt;
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Un jour de l'ann&#233;e 2015, en banlieue parisienne. Une conf&#233;rence se tient, organis&#233;e par des militants associatifs fran&#231;ais et des repr&#233;sentants diplomatiques du Parti communiste vietnamien. Nous levons la main puis prenons la parole afin de demander de quelle mani&#232;re furent trait&#233;s les ind&#233;pendantistes trotskistes par le pouvoir communiste officiel : &#171; Avec les m&#233;thodes de l'&#233;poque&#8230; &#187;, r&#233;pond l'historien assis &#224; sa table. Un vieil homme d'origine vietnamienne nous interpelle, &#224; l'autre bout de la salle, vitup&#233;rant contre les tra&#238;tres trotskistes, tout &#171; assassins d'ouvriers &#187; qu'ils furent. &lt;br/&gt;
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Le XXe si&#232;cle eut l'atroce privil&#232;ge de nous enseigner l'humilit&#233; et la demi-teinte. Aucun courant ne peut en appeler &#224; la puret&#233;. Personne n'eut raison seul et beaucoup &#233;chou&#232;rent en m&#234;me temps : si les staliniens massacr&#232;rent les trotskistes, ces derniers ne se priv&#232;rent pas de traquer les libertaires. L'assassinat de Trotski le transfigura en h&#233;ros, archange de la R&#233;volution, corps couronn&#233; en mythe, figure incomprise en butte au totalitarisme &#8211; n'oublions pas qu'il posa, avec L&#233;nine, les pierres autoritaires de la &#171; d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187; du syst&#232;me sovi&#233;tique et put sans ciller appeler &#224; l'ex&#233;cution de l'anarchiste Voline. Si les libertaires s'enorgueillissent &#224; raison de n'avoir jamais opprim&#233; personne, leur incapacit&#233; &#224; rassembler le grand nombre pose plus de probl&#232;mes qu'elle n'en r&#233;sout. La vie de Ng&#244; V&#259;n, dans sa sublime solitude morale, n'en finit pas de nous pousser &#224; reprendre, encore et toujours, d'&#233;checs en menues victoires, la seule et sempiternelle question qui vaille lorsque l'on se refuse aux incantations autant qu'&#224; la &lt;i&gt;realpolitik&lt;/i&gt; : que faire ? &lt;br/&gt;
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Dans les pages de ses &lt;i&gt;Fragments m&#233;cr&#233;ants&lt;/i&gt;, le philosophe Daniel Bensa&#239;d &#233;crivait en 2005 : &#171; On peut soutenir la cause de ceux qui ont subi l'injustice, sans renoncer pour autant &#224; une solidarit&#233; critique. Nous sommes solidaires de Cuba contre le blocus impos&#233; par les &#201;tats-Unis. Nous ne nous sommes pas interdits pour autant de d&#233;noncer la caricature de proc&#232;s stalinien fait en 1989 &#224; Arnaldo Ochoa et aux fr&#232;res La Guardia. De m&#234;me pouvait-on porter les valises pour le FLN sans se taire devant l'assassinat d'Abane Ramdane. On peut &#234;tre, aujourd'hui, ind&#233;fectiblement solidaire des droits bafou&#233;s du peuple palestinien, sans souscrire &#224; des actions suicides et sans fermer les yeux sur la corruption bureaucratique de son appareil proto-&#233;tatique. On doit enfin &#234;tre solidaire de la r&#233;sistance irakienne &#224; l'occupation imp&#233;riale, sans oublier pour autant les crimes de Saddam Hussein et de sa dictature. [&#8230;] L'&#233;poque n'est plus aux logiques binaires du tiers exclu, qui sommaient de choisir son camp, quitte &#224; taire les crimes de Staline sous pr&#233;texte de ne pas hurler avec les loups. &#192; la longue, les autocensures sont d&#233;sastreuses. Ceux qui, en leur temps, ont combattu, souvent sur deux fronts, contre la terreur coloniale et l'exploitation capitaliste, mais aussi contre la terreur et l'exploitation bureaucratiques, ont mieux servi historiquement la cause de l'&#233;mancipation que les r&#233;alistes qui se turent, au motif de ne pas affaiblir leur camp. [&#8230;] Cette voie du double refus et du double front est &#233;troite, souvent p&#233;rilleuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Bensa&#239;d, Fragments m&#233;cr&#233;ants, Lignes, 2005.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Une politique de l'&#233;mancipation est sans doute condamn&#233;e &#224; pareil p&#233;ril. &lt;br/&gt;
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&lt;strong&gt;&#201;mile CARME&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avant-propos de L'insomniaque, Ng&#244; V&#259;n, &lt;i&gt;Au pays d'H&#233;lo&#239;se&lt;/i&gt;, L'insomniaque, 2005, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Des paroles et des actes &#187;, 16 novembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Gu&#233;rin, &lt;i&gt;Autobiographie de jeunesse&lt;/i&gt;, Pierre Belfond, 1971, p. 226.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#244; Chi Minh, &lt;i&gt;Textes 1914-1969&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 1990, p. 94.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Trotski, &lt;i&gt;Journal d'exil&lt;/i&gt;, Folio, 2008, pp. 54, 56, 101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Staline, &#171; R&#233;ponse &#224; la lettre d'Ivanov &#187;, 12 f&#233;vrier 1938.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel H&#233;mery, &lt;i&gt;H&#244; Chi Minh, de l'Indochine au Vietnam&lt;/i&gt;, Gallimard, 2004, p. 140.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Souvenirs de Chang Fakuei &#187;, &lt;i&gt;Revue hebdomadaire l'Union&lt;/i&gt;, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#244; Chi Minh, &lt;i&gt;Textes 1914-1969, op. cit.&lt;/i&gt;, &#171; Au Mar&#233;chal P&#233;tain &#187;, p. 104.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 98&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#244; Chi Minh, Textes 1914-1969, op. cit., pp. 100-101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Gu&#233;rin, &lt;i&gt;Au service des colonis&#233;s&lt;/i&gt; 1930-1953, 1954, p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Toutes les citations non r&#233;f&#233;renc&#233;es de Ng&#244; V&#259;n proviennent des deux ouvrages &lt;i&gt;Au pays de la Cloche f&#234;l&#233;e&lt;/i&gt; (2000) et &lt;i&gt;Au pays d'H&#233;lo&#239;se&lt;/i&gt; (2005), tous deux aux &#233;ditions L'Insomniaque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Bensa&#239;d, &lt;i&gt;Fragments m&#233;cr&#233;ants&lt;/i&gt;, Lignes, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Dans les spirales du X</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, Prath&#233;e Poussa la Porte (PPP). Or PPP, c'est moi lorsque je voyage dans le temps, mais si tu t'attends &#224; du r&#234;ve, aussi science-fictionnel qu'il puisse &#234;tre, on va n&#233;cessairement s'y recogner &#224; nos putains de mod&#232;les. Or donc, PPP du 152 rue des Envierges, celle du Centre social voulu et port&#233; &#224; bout de bras, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, par des habitants des cit&#233;s HLM dites Piat-Faucheur-Envierges sis sur les hauteurs de Belleville. Une fois entr&#233;.e, et puisqu'il n'y avait personne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;Marginalia&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2839 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L321xH391/01_germaine_richier-3-5b994.jpg?1781468793' width='321' height='391' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2843 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://acontretemps.org/IMG/pdf/dans_les_spirales_du_x_babaly_ok-4.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 358.5 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, Prath&#233;e Poussa la Porte (PPP). Or PPP, c'est moi lorsque je voyage dans le temps, mais si tu t'attends &#224; du r&#234;ve, aussi science-fictionnel qu'il puisse &#234;tre, on va n&#233;cessairement s'y recogner &#224; nos putains de mod&#232;les.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;Or donc, PPP du 152 rue des Envierges, celle du Centre social voulu et port&#233; &#224; bout de bras, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, par des habitants des cit&#233;s HLM dites Piat-Faucheur-Envierges sis sur les hauteurs de Belleville. Une fois entr&#233;.e, et puisqu'il n'y avait personne dans le hall en cette heure d&#233;j&#224; tardive, PPP du bureau directorial o&#249; si&#232;ge donc un directeur dont la fonction principale est de rechercher des financements et, par curiosit&#233;, PPP de son &#233;cran : il y travaillait en mode projet, remplissant les cases d'un g&#233;n&#233;rique OSTMP (objectif, strat&#233;gie, tactique, moyens, programmation), une merde syst&#233;mique devenue syst&#233;matique au boulot. Fuck ! M&#234;me dans le social on raisonne d&#233;sormais &#224; la fa&#231;on des multinationales, pensa Prath&#233;e qui, d&#233;pit&#233;.e, ressortit du bureau et PP des escaliers donnant acc&#232;s &#224; l'&#233;tage. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
D&#233;bouchant directement dans une vaste cuisine, Prath&#233;e vit que celle-ci s'affichait fi&#232;rement au pluriel du Monde, avant de d&#233;couvrir une Brigitte assise dans la p&#233;nombre. &#171; Salut ! C'est la premi&#232;re fois que je viens ici, vous vous appelez comment ? &#8211; Brigitte. &#8211; Moi, c'est Prath&#233;e. &#187; D&#232;s lors, interminable, le silence se mit &#224; peser. &#171; Vous fr&#233;quentez ce centre social depuis longtemps ? &#8211; T'es sociologue ou quoi !? Laisse tomber direct, parce que si c'est pour faire ton Edgard Morin, c'est cuit, tout le monde sait maintenant qu'il a d&#233;j&#224; fait le coup &#224; ceux d'en bas avec ses fractales holistiques, ses petits bouts de machins qui expliquent le Tout de ce qu'on est cens&#233; comprendre pour que M&#244;ssieur arr&#234;te de nous prendre pour des cons ! C'est pourtant pas faute que, d&#232;s les ann&#233;es 1960, des Bretons ont su lui montrer qu'ils &#233;taient bien moins cons que ce qu'il avait suppos&#233; au d&#233;part, et se sont pas g&#234;n&#233;s pour cracher sur son bouquin publi&#233; &#224; la ronde en tant que r&#233;sultat de l'enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e par M&#244;ssieur, qui y &#233;talait des choses intimes, celles que les gens avaient &#233;t&#233; vraiment trop cons de croire lui confier en toute discr&#233;tion. &#192; partir de quoi cette sommit&#233; s'autorisa derechef &#224; grimper dans les hautes sph&#232;res de sa pens&#233;e totale depuis laquelle observer la connerie universelle de ceux qui sont pas assez complexes pour, comme lui, &#234;tre en voie de se faire Panth&#233;oniser&#8230; &#187; Brigitte d&#251; s'arr&#234;ter car elle &#233;tait essouffl&#233;e, ce qui s'explique par son grand &#226;ge et la mauvaise habitude prise, d&#232;s l'&#226;ge de neuf ans, de fumer avec sa grand-m&#232;re, laquelle en avait tout fait autant. &#171; Je ne suis pas sociologue, je vous le promets. Moi, je voyage dans le temps. &#8211; T'as pourtant l'air d'un vrai Jivaro en chair et en os. Et &#231;a sort d'o&#249;, exactement, le nom que t'as dit ? &#8211; Prath&#233;e ? &#8211; Oui, j'ai jamais entendu un truc pareil ! &#8211; C'est moi qui l'ai choisi pour les jours o&#249; je sors en Santiags, cape et catogan, &#231;a veut dire : pr&#234;trise ath&#233;e. &#8211; Non mais vraiment, n'importe quoi ! &#8211; Oui, c'est fait pour &#231;a justement, pour &#234;tre &#224; l'image du monde. &#8211; Et donc pourquoi t'es venu.e jusqu'ici si on peut savoir ? &#8211; &#8220; Pour une raison simple : au-del&#224; des avanies qu'avaient connues bien des membres de cette communaut&#233; informelle des Envierges, l'esprit d'aventure ne les avait pas tout &#224; fait abandonn&#233;s. Ils croyaient encore qu'on pouvait surmonter la perte, se d&#233;faire des fant&#244;mes, vaincre le ressentiment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freddy Gomez, D&#233;dicaces. Un exil libertaire espagnol, 1939-1975, Rue des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&#8221; &#8211; Attends voir, c'est pas parce que tu te crois insuffl&#233;.e par des paroles divines que tu vas me chamaniser ! Et puis, je sais pas de quelle &#233;poque date ta communaut&#233; des Envierges, mais m'est avis que &#231;a fait un bail qu'elle a rejoint les fant&#244;mes qu'elle pr&#233;tendait d&#233;faire ! &#8211; &#199;a se passe dans les ann&#233;es 1945, apr&#232;s la guerre. &#8211; C'est bien ce que je dis, des torrents ont pass&#233; sous les ponts jusqu'&#224; ce qu'on se retrouve ici, toi et moi, dans cette &#8220;Cuisine du Monde&#8221;. &#8211; Et c'&#233;tait quoi cet endroit, avant de devenir un Centre social ? &#8211; Un autre centre&#8230; tiens, si &#231;a te dit on pourrait jouer &#224; mettre en liste le mat&#233;rialisme historique depuis la derni&#232;re guerre, en r&#233;pertoriant l'&#233;volution des &#8220;camps&#8221; et des &#8220;centres&#8221; depuis cette &#233;poque. &#8211; Ah, vous &#234;tes communiste, Brigitte ? &#8211; Non, pas du tout, et figure-toi que j'ai jamais r&#233;ussi &#224; me faire au &#8220;Camp des travailleurs&#8221; ! &#8211; Mais c'&#233;tait un centre de quoi ? &#8211; De formation syndicale. &#8211; Et de quel syndicat ? &#8211; T'es quand m&#234;me bien curieux.se finalement et, pour ce qui me concerne, je crois que j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; oublier&#8230; d'ailleurs, je fais tout pareil en continuant &#224; venir ici. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Brigitte n'ayant manifestement pas r&#233;ussi &#224; &#171; vaincre le ressentiment &#187;, un peu d&#233;pit&#233;.e, Prath&#233;e la salua et s'en retourna, PP des escaliers, redescendit faire de m&#234;me avec celle du 152 rue des Envierges et se retrouva logiquement dans la rue du m&#234;me nom : &#171; Rue des Envierges. L'Internationale se dissolvait de jour en jour &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freddy Gomez, op. cit. p. 109.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On l'aura compris, Prath&#233;e pousse &#233;galement la porte des livres o&#249; iel aime &#224; voyager entre les lignes, cr&#233;ant ainsi des oscillations qui s'en vont dilater les contours du temps enfin grand ouvert sur la possibilit&#233; de retisser les liens de l'amiti&#233; jusqu'au c&#339;ur de l'&#233;ther des disparus, m&#234;me de ceux que l'on n'a pas connus et dont la nature, parfois, est de pure fiction, tels ceux-l&#224; qui, dans les ann&#233;es 1950, en vinrent &#224; d&#233;plorer l'Internationale d&#233;liquescente : &#171; Effet du temps et d'une certaine normalisation des esprits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freddy Gomez, op. cit. p. 109.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Lorsqu'on est &#224; la recherche de quelque contre-normalisation un peu concr&#232;te, voyager dans le temps n'est donc pas tout, aussi Prath&#233;e ne d&#233;daignait pas d'aller sur le terrain rencontrer une &#233;ventuelle Brigitte, esp&#233;rant secr&#232;tement retrouver par-l&#224;, qui sait ?, quelques fant&#244;mes de l'esprit libertaire, celui des combattants de la guerre d'Espagne qui, exil&#233;s apr&#232;s la d&#233;faite, grimpaient la colline de Belleville jusqu'&#224; la rue des Envierges o&#249; se m&#234;ler &#224; l'intelligence revigorante et simple d'une petite coterie interlope. Or, on se doute que ce n'est pas la transformation d'un centre de formation syndical en Centre social voulu par des habitants, puis r&#233;cup&#233;r&#233; par des politiques publiques, qui aura remont&#233; le moral de Prath&#233;e qui, d&#233;pit&#233;.e, PP du bistrot sis sur le belv&#233;d&#232;re surplombant la Ville Lumi&#232;re depuis lequel, &#224; la nuit tomb&#233;e, se laisser bercer par les &#233;clairs du laser cyclique de la Tour Eiffel. Bien d&#233;cid&#233;.e, &#224; ce stade, &#224; se troncher la gueule, Prath&#233;e se fit d&#233;signer une place exigu&#235; sur la terrasse bond&#233;e et commanda une bouteille de Saint-Chinian. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; mesure que la nuit se faisait de plus en plus sombre, le temps lin&#233;aire filait au rythme des scansions lumineuses circulaires assombries par les degr&#233;s d'alcool, atmosph&#232;re o&#249; le plus &#233;prouvant provenait de ses deux voisins de table. Coll&#233;-serr&#233; &#224; la sienne, il lui &#233;tait impossible d'&#233;chapper &#224; leurs tergiversations bruyantes tandis que, compulsant leur &#233;cran respectif, ils commentaient de micro-nouvelles publi&#233;es sur Twitter dont ils r&#233;p&#233;taient le nom &#224; l'envi, et ce dans des proportions telles que Prath&#233;e se demandait si cette marque leur commandait de la prononcer &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt; une fois toutes les deux minutes pour, chacun, &#234;tre assur&#233;s de faire exploser leur capital symbolique. Notoirement avin&#233;.e et n'en pouvant plus, Prath&#233;e leur balan&#231;a soudain sur un ton acerbe : &#171; Mais enfin c'est pas Twitter, &#231;a fait d&#233;j&#224; longtemps que c'est X ! &#8211; De quoi je me m&#234;le, la tarlouze, va-t'en finir ta bouteille &#224; la maison devant un film porno si &#231;a te chante. &#8211; Non mais vous vous prenez pour qui !? Et qu'est-ce qui vous permet de pr&#233;tendre que je regarde du porno !!!? &#8211; Et toi, qu'est-ce que t'en as foutre de X, on peut savoir ? &#8211; Ah, je vois, t'es grave subtile mec, tu sais faire dans le jeu de mots ! Ben moi, le X dont je te parle, c'est celui du porno des connards dans ton genre qui se foutent pas mal d'engraisser un facho notoire, et tout &#231;a pour mieux se faire mousser &#224; la surface du globe ! &#187; L&#224;, je me rappelle plus tr&#232;s bien comment &#231;a s'est pass&#233;, mais j'ai pris un uppercut &#233;clatant et suis parti.e valser par-dessus la table. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Sonn&#233;.e, PPP de l'inconscience o&#249;, par les miracles de la t&#233;l&#233;portation bio-informationnelle des capacit&#233;s c&#233;r&#233;brales transpos&#233;es en proc&#233;dures efficaces, iel se retrouva au c&#339;ur du Neuralink d'Elon Musk. Par cette gr&#226;ce, et tout en &#233;vitant promptement d'aboutir dans X, PPP d'Open AI. Ce qui d'embl&#233;e lui fit constater que la chose particuli&#232;rement d&#233;licate serait d'en sortir. Car se retrouver coinc&#233;.e dans l'architecture d'un ordinateur, aussi puissant soit-il, n'est ni tr&#232;s exotique au plan des paysages, ni m&#234;me int&#233;ressant : des enchev&#234;trements de fils y c&#244;toient des microprocesseurs et autres puces assez peu parlants. Enfin d&#233;sengonc&#233;.e de tout cet attirail bassement mat&#233;riel, Prath&#233;e se retrouva au sol d'un laboratoire et put aller s'assoir parmi la petite assembl&#233;e de trois doctes ing&#233;-chercheurs en train de prendre leur pause hamburger. Prath&#233;e n'&#233;tant pas bilingue, on se demande encore comment la conversation en cours lui fut intelligible ? Elle portait sur la question de ce qu'il reste &#224; transposer, depuis la pens&#233;e empirique, vers des proc&#233;d&#233;s bio-logico-informationnels autrement nomm&#233;s des mod&#232;les. &#171; Fuck, disait l'un des d&#233;couvreurs, m&#234;me des r&#233;ponses math&#233;matiques me viennent parfois en plein sommeil, je suis sur un x qui coince et je me r&#233;veille le matin avec la r&#233;ponse en t&#234;te, c'est g&#233;nial et pas si fr&#233;quent, mais les computeurs, eux, ne dorment pas, ils sont donc incapables de faire un truc pareil. &#187; Prath&#233;e pensa que l'horizon de ces gens semblait quelque peu limit&#233; &#224; leur nombril, mais d&#233;j&#224; le second d&#233;couvreur s'exclamait : &#171; C'est pas comme si c'&#233;tait un probl&#232;me, tu es juste sujet, comme tout le monde, &#224; des connexions c&#233;r&#233;brales li&#233;es &#224; des affects, et vu que la question des &#233;motions est en passe d'&#234;tre r&#233;gl&#233;e par les algorithmes du plaisir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Apprentissage par r&#233;compense ou par punition : quelles diff&#233;rences ? (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on ne devrait pas &#234;tre bien loin d'arriver &#224; faire exploser les math&#233;matiques ! Donc, attends-toi &#224; ce que tes r&#234;ves grandioses finissent par avoir l'air un peu plats, et dans pas si longtemps que &#231;a mon pote. &#187; &#192; quoi la troisi&#232;me larronne crut bon d'ajouter : &#171; D'accord, mais ce dont tu parles, c'est le genre de recherches qui se font dans les labos acad&#233;miques et les circuits du plaisir s'enseignent d&#233;j&#224; au lyc&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Biologie du plaisir. Sciences de la vie et de la Terre, Acad&#233;mie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, donc est-ce qu'on ne devrait pas craindre des restrictions, je veux dire que la pens&#233;e empirique est aussi capable de formuler des analyses critiques, voire de s'autocritiquer ou de se remettre en question &#8211; Ah, et tu crois &#231;a, vraiment ? Tu t'imagines qu'ils vont se mettre &#224; produire des algorithmes de pens&#233;e critique ! &#8211; Ne me fais pas croire que t'as jamais consult&#233; GPT, c'est d&#233;j&#224; fait ! &#8211; D'accord, mais permets-moi de douter que beaucoup de math&#233;maticiens vont renoncer au plaisir d'&#234;tre le premier &#224; faire p&#233;ter la baraque, ou &#224; celui de r&#234;ver de voyages dans le temps.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le physicien quantique Carlo Rovelli, L'Ordre du temps, Flammarion (2019).&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Prath&#233;e, dont c'&#233;tait le passe-temps favori, comme on le sait, faillit s'&#233;touffer ! Avoir des hobbies et lubies aussi nazes que ces salopards de nazillons, c'&#233;tait tout simplement impensable, d'autant que le premier d&#233;couvreur se fit un plaisir de remettre le couvert : &#171; En tout cas, pas plus ici qu'ailleurs on ne se soucie de trucs en provenance d'exp&#233;riences individuelles v&#233;cues au sein de cultures diff&#233;renci&#233;es, pas plus que de consid&#233;rations &#233;thiques ou politiques, par exemple, donc les mod&#232;les sont universels et c'est normal puisque c'est &#231;a qui rapporte, mais du coup, lorsque m&#234;me les singes vont s'y mettre &#224; commander sur Amazon je vous raconte pas comment va falloir d&#233;gager fissa sur Mars, parce qu'ici c'est d&#233;j&#224; irrespirable avec les m&#233;t&#232;ques, mais si on y ajoute les macaques je suis vraiment pas s&#251;r de pouvoir tenir encore longtemps sur le plancher des vaches. &#187; Prath&#233;e failli s'&#233;trangler et regretta, pour la premi&#232;re fois de sa vie peut-&#234;tre, de ne pas &#234;tre &#233;quip&#233;.e d'un enregistreur, car, qui sait si la chose pourrait &#234;tre port&#233;e devant quelques tribunaux ? Cette question alla se dissoudre dans les paroles de la d&#233;couvreuse qui reprit : &#171; Si les computeurs sont finalement capables de faire des maths qui nous explosent les compteurs, je sugg&#232;re qu'on se d&#233;p&#234;che de partir sur Mars avant de se retrouver tous ch&#244;meurs &#8211; Tu crois pas si bien dire, darling, rench&#233;rit le premier, &#224; quoi le second ajouta : &#8211; En ce qui nous concerne, tout devrait bien se passer puisque SpaceX fait partie de la maison. &#187; Prath&#233;e d&#233;cida sur ces entrefaites qu'il &#233;tait temps de regagner sagement son logement. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Sorti.e revigor&#233;.e de son bref s&#233;jour hospitalier, en chemin vers ses p&#233;nates, Prath&#233;e songeait que, rue des Envierges ou pas, et qu'il s'agisse d'un &#171; effet du temps et d'une certaine normalisation des esprits &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Freddy Gomez, op. cit., p. 109.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou de l'esprit normalis&#233; tout court, les temps &#233;taient d&#233;routants. Soudain, l'id&#233;e d'aller rendre visite &#224; son vieil ami math&#233;maticien, le fameux Alexandre, lui sembla non seulement la meilleure piste &#224; suivre mais relever de l'urgence non m&#233;dicalis&#233;e. Et, puisqu'ainsi que nous l'enseigna Brigitte, il est des secrets qu'il faut savoir garder, rien ne sera dit concernant le lieu de r&#233;sidence dudit scientifique. PPP de ce dernier et, apr&#232;s lui avoir rapidement racont&#233; ses d&#233;boires Neurolinkiques, iel demanda &#224; Alexandre de lui expliquer &#171; d'o&#249; peuvent provenir de tels d&#233;lires ? &#8211; Si tu veux parler de ceux de Musk et de sa clique, &#231;a tient &#224; la saloperie de volont&#233; de puissance dont on n'a pas encore trouv&#233; comment se d&#233;faire, du reste cette merde n'a fait que progresser en m&#234;me temps que celle du march&#233;. &#8211; Si c'est sa puissance que tu veux souligner, d'accord, mais c'est un peu court comme explication. &#8211; Mais qu'est-ce que tu veux que je te dise en fait ? &#8211; Je ne sais pas, c'est quoi leur truc de vouloir tout ratatiner avec de la stricte logique, ou bien leurs d&#233;lires sur le graal des d&#233;couvertes math&#233;matiques autonomes ? &#8211; C'est vieux comme mes robes, t'as ceux qui cherchent le r&#233;el en-soi, on appelle &#231;a le R, c'est l'id&#233;al scientifique, un truc critiqu&#233; depuis des lustres et couramment nomm&#233; le &#8220;r&#233;alisme&#8221;, soit un pi&#232;ge &#224; cons qui en a men&#233; plus d'un directement &#224; Dieu et &#224; la mystique. Mais voil&#224;, d&#233;couvrir le R&#233;el en fait vibrer plus d'un, justement. &#8211; Je ne vois pas le rapport avec les math&#233;matiques&#8230; &#8211; Vouloir prouver l'existence du R&#233;el, c'est progresser vers la d&#233;couverte du Un qui l'a cr&#233;&#233;, un chemin lin&#233;aire vers le Dieu des chr&#233;tiens, pour ceux qui le sont, pour d'autres c'est le chemin progressif et lin&#233;aire du progr&#232;s, celui des d&#233;couvertes. Des math&#233;maticiens, eux, se croient capables de crever le plafond avec leurs abstractions pures et voyagent avec le X, tu sais, le symbole de l'inconnu math&#233;matique. &#8211; Et c'est ce qui a d&#233;cid&#233; Musk a appeler sa merde comme &#231;a ? &#8211; Je ne sais pas, je crois me rappeler qu'il a plut&#244;t mis en avant son go&#251;t pour les choses globales, le fait que c'est une application tout-en-un (paiement, messagerie, contenu), mais de toute fa&#231;on il s'y conna&#238;t en maths puisqu'il a fait de la physique. Or le X, c'est trop cool, pas besoin de dire que c'est Dieu puisqu'il y aura toujours un.e inconnu.e que tu vas chercher et, qui sait ? trouver. &#199;a peut te faire vibrer d'une fa&#231;on telle que t'es m&#234;me plus oblig&#233; de convoler en chair et en os, et si parfois tu te sens un peu seul &#224; te comprendre, c'est pas si grave puisque t'es un d&#233;miurge, et donc tu kiffes ta race. D'autant que le voyage avec l'inconnu est aussi infini et cyclique que celui avec le R est lin&#233;aire et progressif. &#8211; D'accord, mais quand je dors et qu'au matin je me r&#233;veille avec une r&#233;ponse insoup&#231;onn&#233;e, ou, je sais pas, si je me prends un KO justement un jour de grand spleen, c'est rien que des connexions entre mes affects et mon cerveau ? &#8211; Je ne suis pas neuroscientifique, je n'ai pas le go&#251;t de mettre &#224; plat la conscience en faisant de l'exploration c&#233;r&#233;brale, ainsi que le fait un fameux grand conseiller de l'&#201;ducation nationale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanislas Dehaene, directeur scientifique de NeuroSpin, Institut des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais je suis bien certain qu'il ne s'agit que de conneries capitalistes, parce que, vraiment, plus productif que l'IA tu meures ! &#8211; Ne remets pas le couvert avec Marx s'il te pla&#238;t, il n'y connaissait rien &#224; l'informatique&#8230; &#8211; J'ai plus trop de temps &#224; t'accorder l&#224;, d&#233;sol&#233;, donc t'as qu'as retenir TTURX pour les explications que je suis capable de te fournir. &#8211; H&#233;, c'est bon, on commence &#224; en avoir soup&#233; avec les acronymes ! &#8211; Non mais je r&#234;ve ! C'est toi qui dis &#231;a ? &#8211; Vas-y, laisse tomber les le&#231;ons de morale, c'est quoi ton TTURX ? &#8211; Les deux derni&#232;res lettres, c'est d&#233;j&#224; fait, le T du temps lin&#233;aire ou cyclique aussi, et le TU du Tout en Un, pareil, mais je te r&#233;sume : c'est par exemple le formalisme bio-logico-informationnel qui aboutit au corps/cerveau Tout Un, un truc strictement bas&#233; sur l'organique et qui est grave efficace car bio-logico-codifiable : c'est l'IA. Comme Tout en Un y a aussi Dieu, mais on l'a d&#233;j&#224; dit, tout comme pour la messagerie X, il y a aussi le holisme du syst&#232;me Total &#8211; Le truc de Morin ? &#8211; Oui, on peut dire &#231;a comme &#231;a, mais je te garantis qu'il &#233;tait vraiment pas tout seul, ce bazar a rencontr&#233; de francs succ&#232;s bien avant lui, et c'est pas pr&#232;s de s'arr&#234;ter puisqu'on enseigne &#231;a en finance et en informatique depuis des lustres. Par exemple le March&#233; Global qui s'autor&#233;gule tout seul par feedback, ce d&#233;lire conceptuel d'Hayek qui rationalise la main invisible d'Adam, c'est un Tout en Un, tu sais bien, le truc qu'est sup&#233;rieur &#224; la somme de ses partis&#8230; Il suffit que tu sois un peu naze de la t&#234;te et le parti dont tu r&#234;ves se met &#224; pouvoir devenir sup&#233;rieurement totalitaire &#8211; Faudra que je retourne rue des Envierges, voir si je retrouve une certaine Brigitte et reprendre toute cette histoire avec elle depuis la case d&#233;part &#8211; Mais t'en as pas marre de feedbacker en voulant retourner dans ta case ? &#192; force de vouloir tourner dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, tu risques de spiraler dans le X toi aussi, avec ceux-l&#224; qui sont en qu&#234;te du pilote de la bo&#238;te noire du cerveau, l&#224; o&#249; les &#8220;restes&#8221; de la pens&#233;e empirique comme la conscience et l'inconscient sont l'horizon &#224; atteindre. Soit l'horizon id&#233;al du R, du corps Tout en Un strictement mis &#224; plat, un pur fantasme, mais c'est bien l'un des deux moteurs actifs de leurs recherches de naturalisation des fonctions c&#233;r&#233;brales. L'autre, c'est le X donc, et en attendant de d&#233;nicher le pilote ou de circonscrire tous les outils de sa cabine, voyageant de conserve sur le cycle infini de l'inconnu, l'informatique et le formalisme bio-logico-math&#233;matiques produisent des r&#233;ponses qui permettent de mod&#233;liser le z&#233;nith des capacit&#233;s cognitives : les concepts. Chercheur et informatique s'alimentent ainsi mutuellement, d&#233;couvrent/produisent de nouveaux mod&#232;les leur permettant de s'optimiser et d'optimiser ainsi les formalismes qui leur permettront d'am&#233;liorer le mod&#232;le &#224; suivre, qui permettra&#8230; &lt;i&gt;ad libitum&lt;/i&gt;. Ces formes d'idylles ne sauraient &#234;tre d&#233;rang&#233;es&#8230; Elles sont tr&#232;s largement financ&#233;es. &#8211; Faudra que tu me redises &#231;a une autre fois, je suis pas s&#251;r d'avoir tout compris et, d&#233;cid&#233;ment, je n'y comprendrai jamais rien aux maths ! Du reste, l'autre jour &#231;a parlait de Grothendieck &#224; la radio pour dire &#224; quel point il a r&#233;volutionn&#233; le domaine, et &#231;a se congratulait pour vanter la port&#233;e de ses concepts pour la recherche actuelle, mais il n'y avait personne pour rappeler qu'il a quitt&#233; le navire, qu'il a d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter de gagner sa cro&#251;te gr&#226;ce aux financements li&#233;s &#224; l'armement et au nucl&#233;aire. &#8211; C'est ce que je te disais, au lit ou pas, Marx a eu de tr&#232;s bonnes intuitions, et l&#224; o&#249; &#231;a p&#234;che c'est toujours pareil, c'est quand il y en a qui croient pouvoir reprendre les th&#233;ories &#224; leur compte en tant que v&#233;rit&#233;s av&#233;r&#233;es et se hisser gr&#226;ce &#224; elles sur les premi&#232;res places du podium&#8230; Du coup, dans le contexte actuel, encenser la pens&#233;e empirique ou la conscience comme des &#8220;choses en soi&#8221; peut aboutir aux pires d&#233;lires r&#233;actionnaires ; quant aux id&#233;alisations des beaut&#233;s cycliques elles ne font pas mieux, mais dans des versions soit naturalistes, soit futuristes. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Je suis ressorti.e de chez Alexandre et j'ai appel&#233; le Centre social de la rue des Envierges, Brigitte &#233;tait sur place et m'a engueul&#233;.e &#224; peine le combin&#233; au bord des l&#232;vres. Je la d&#233;rangeais, parce qu'avec une &#233;quip&#233;e de voisines elle &#233;tait en train de pr&#233;parer le repas de la f&#234;te de la cit&#233; Piat-Faucheur-Envierges qui a lieu demain. &#171; On s'attend &#224; servir plus de deux cents couscous, donc j'ai pas que &#231;a &#224; faire de te causer dans le poste, mais si t'as envie de filer la patte, d&#233;p&#234;che-toi de rappliquer, y'a encore tous les gros l&#233;gumes &#224; &#233;plucher &#187;, c'est ce qu'on est donc en train de faire. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Babaly NARSOUACK&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freddy Gomez, &lt;i&gt;D&#233;dicaces. Un exil libertaire espagnol, 1939-1975&lt;/i&gt;, Rue des cascades, 2018, p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freddy Gomez, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; p. 109.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freddy Gomez, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; p. 109.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Apprentissage par r&#233;compense ou par punition : quelles diff&#233;rences ?&lt;/i&gt; Synth&#232;se d'un article paru dans &lt;i&gt;Nature Communications&lt;/i&gt; par des chercheurs issus du CNRS &#8211; notamment du Groupe d'analyse et de th&#233;orie &#233;conomique. CNRS (septembre 2015) &lt;a href=&#034;http://www.inshs.cnrs.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.inshs.cnrs.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Biologie du plaisir&lt;/i&gt;. Sciences de la vie et de la Terre, Acad&#233;mie de Versailles, &lt;a href=&#034;https://svt.ac-versailles.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://svt.ac-versailles.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le physicien quantique Carlo Rovelli, L'Ordre du temps, Flammarion (2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freddy Gomez, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 109.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanislas Dehaene, directeur scientifique de NeuroSpin, Institut des sciences du vivant (Commissariat &#224; l'&#233;nergie atomique, CEA) : animateur du laboratoire de neuro-imagerie cognitive, par ailleurs membre du Coll&#232;ge de France, chaire de psychologie cognitive exp&#233;rimentale, et pr&#233;sident du Conseil scientifique de l'&#201;ducation nationale o&#249; il est &#233;galement animateur du groupe &#171; &#201;valuations et Interventions &#187;. A notamment &#233;crit &lt;i&gt;Le Code de la conscience&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Marx va avoir raison</title>
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		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







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&lt;p&gt;&#171; Vous qui entrez ici, abandonnez toute esp&#233;rance &#187;, Dante. On croyait qu'il s'&#233;tait tromp&#233;. Marx va avoir raison. Pas tout &#224; fait comme il pensait dans le d&#233;tail, mais dans l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale quand m&#234;me. L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale : le d&#233;veloppement des forces productives engendre une modification des rapports de production qui les accompagnent, jusqu'au point d'une mise en contradiction insoluble dans le cadre du mode de production en place. Annonce d'une crise terminale totalement endog&#232;ne puisque (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique104" rel="directory"&gt;En lisi&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2837 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://acontretemps.org/IMG/jpg/dante.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/IMG/jpg/dante.jpg?1781424256' width='500' height='406' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;&#171; Vous qui entrez ici, abandonnez toute esp&#233;rance &#187;&lt;/i&gt;, Dante.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2838 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://acontretemps.org/IMG/pdf/marx_va_avoir_raison_lordon_word.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 411.3 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
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&lt;p&gt;On croyait qu'il s'&#233;tait tromp&#233;. Marx va avoir raison. Pas tout &#224; fait comme il pensait dans le d&#233;tail, mais dans l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale quand m&#234;me. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale : le d&#233;veloppement des forces productives engendre une modification des rapports de production qui les accompagnent, jusqu'au point d'une mise en contradiction insoluble dans le cadre du mode de production en place. Annonce d'une crise terminale totalement endog&#232;ne puisque le capitalisme produit &lt;i&gt;lui-m&#234;me&lt;/i&gt; les tensions internes, qu'il rattrape un temps &#224; coup de remaniements historiques, mais qu'il finit, pass&#233; un certain seuil, par ne plus pouvoir accommoder. Dans le long terme, le capitalisme creuse sa propre tombe &#8211; on appelle &#231;a &#171; la dialectique &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le d&#233;tail : le passage par les stades successifs de la manufacture, de la fabrique et de la grande industrie conduit &#224; d'&#233;normes concentrations ouvri&#232;res dans les lieux de la production. On ne rassemble pas impun&#233;ment de telles masses exploit&#233;es, opprim&#233;es, au lieu m&#234;me de leur oppression. Les ouvriers se parlent, prennent conscience &#8211; des choses &#8211;, forment une conscience &#8211; de classe &#8211;, s'organisent. Une force &#233;norme se constitue, qui surmonte la d&#233;r&#233;liction du travailleur seul sur le &#171; march&#233; du travail &#187; &#8211; forc&#233;ment d&#233;fait dans le face-&#224;-face in&#233;gal avec le capital. Dans le bagne usinier, le capital produit lui-m&#234;me son ennemi mortel, ses jours sont compt&#233;s. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; ceci pr&#232;s qu'un si&#232;cle et demi plus tard, on en est toujours &#224; les compter. La premi&#232;re mont&#233;e r&#233;volutionnaire, celle du d&#233;but du XXe si&#232;cle, qui correspond &#224; un degr&#233; critique d'organisation ouvri&#232;re, est r&#233;duite par la r&#233;pression et le fascisme. La seconde, en sortie de 2e guerre, est anesth&#233;si&#233;e par l'entr&#233;e dans la consommation de masse : diffusion large du niveau de d&#233;veloppement mat&#233;riel, sortie du prol&#233;tariat de l'&#233;tat de mis&#232;re &#8211; et l'on d&#233;couvre de nouvelles armes du capitalisme qu'on n'avait pas soup&#231;onn&#233;es : les salari&#233;s ne sont plus uniquement tenus par l'aiguillon de la faim mais par des voies sucr&#233;es autrement pernicieuses. Alors l'ali&#233;nation n'en finit plus de s'approfondir. Quelques d&#233;cennies plus tard : avion, t&#233;l&#233;phone portable, r&#233;seaux sociaux, s&#233;ries, dans le m&#234;me temps o&#249; le capitalisme restructure en profondeur ses rapports de production apr&#232;s que le succ&#232;s industriel du fordisme lui a fait entrevoir &#224; nouveau le p&#233;ril des masses ouvri&#232;res concentr&#233;es : automatisation, robotisation, d&#233;localisation, pr&#233;carisation, atomisation. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
On pouvait &#8211; on devait &#8211; continuer &#224; &#234;tre marxiste, mais pas &#224; croire &#224; cette premi&#232;re dialectique. Il a fallu regarder ailleurs pour discerner de nouvelles potentialit&#233;s de renversement endog&#232;ne. Par exemple du c&#244;t&#233; de l'&#233;cocide. Le capitalisme d&#233;truit les conditions de la vie humaine sur Terre. Le lien causal ne fait pas encore l'objet d'une conscience tr&#232;s largement partag&#233;e, mais &#231;a viendra. Car les effets sont d'une ampleur croissante, impossibles &#224; cacher, et rien ne stimule la production des id&#233;es comme l'aiguillon (cette fois) de l'angoisse &#8211; et le barrage du capitalisme vert, de la transition et des pistes cyclables aura du mal &#224; l'endiguer. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mais &#231;a va prendre du temps. Le temps des pistes cyclables donc, celui des intellectuels retardataires et retardateurs aussi, celui des renoncements enfin. Car il va falloir beaucoup renoncer : avion, t&#233;l&#233;phone portable, r&#233;seaux sociaux, s&#233;ries, donc. Nous ne sommes pas pr&#234;ts. Jean-Marc Jancovici explique &#224; L&#233;a Salam&#233; qu'il faudra en venir &#224; un quota de trois ou quatre vols long courrier pour toute la vie, Salam&#233; r&#233;pond que trois-quatre par an, c'est quasiment la dictature &#8211; son cerveau n'&#233;tait pas pr&#234;t, n'a pas re&#231;u l'information, ne pouvait pas la recevoir. Bien s&#251;r, c'est L&#233;a Salam&#233;, c'est-&#224;-dire comme un m&#232;tre-&#233;talon de la b&#234;tise journalistique, d&#233;pos&#233; &#224; Radio-France plut&#244;t qu'au Pavillon de Breteuil &#224; S&#232;vres, mais l'id&#233;e est la m&#234;me &#8211; et les conditions de conservation aussi satisfaisantes. Le probl&#232;me &#233;tant ici que, pour l'heure, l'&#233;talon donne assez bien la mesure en vigueur dans la plus grande partie de la population. Faire renoncer, mettre en rapport l'&#233;vitement de l'&#233;cocide, la n&#233;cessit&#233; vitale de renoncer et l'imp&#233;ratif de sortir du capitalisme : ce sera la grande t&#226;che politique du futur (commence maintenant). Autant dire que l'issue de la course de vitesse est incertaine &#8211; il suffit de se demander ce que sont les vitesses compar&#233;es de l'&#233;cocide capitaliste et de l'id&#233;e renon&#231;ante dans les esprits. On a d&#233;j&#224; vu des comp&#233;titions mieux engag&#233;es. Peu importe, on courra quand m&#234;me, parce qu'on n'a pas le choix de ne pas courir. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Dialectique de l'IA&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Sauf que voil&#224; du nouveau, du qu'on n'avait pas vu venir. L'IA, l'Intelligence artificielle. &lt;i&gt;&#171; Du lourd est en train d'arriver &#187;&lt;/i&gt;. C'est Matt Shumer qui parle &#8211; cr&#233;ateur et patron de OthersideAI. De tous c&#244;t&#233;s, le papier est dit &#171; viral &#187; &#8211; il n'est pas s&#251;r que ce soit un compliment, plut&#244;t la suggestion qu'ayant s&#233;duit trop d'analphab&#232;tes, il perd beaucoup de sa distinction. En mati&#232;re de distinction, on n'en remontrera pas aux petits marquis de &lt;a href=&#034;https://legrandcontinent.eu/fr/2026/02/11/lia-sort-du-code-lavertissement-de-matt-shumer-sur-les-prochaines-cibles-des-laboratoires/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Grand Continent&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Qui diffusent &#224; leur tour mais en faisant les entendus, et avec quelques commentaires d'une technicit&#233; blas&#233;e &#8211; ils en sont. &#202;tre blas&#233;, r&#232;gle n&#176; 1 : ne pas c&#233;der aux alarmismes &#224; grande audience, les moquer comme tels avec condescendance, laisser les paniques au vulgaire. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il faut bien avouer que dans le texte de Shumer, le vulgaire a de quoi se faire du mouron. Le vulgaire, s'entendre : du vulgaire d&#233;j&#224; haut de gamme. Car Shumer annonce &#224; une tranche consid&#233;rable de cadres, et m&#234;me des sup&#233;rieurs, qu'ils vont bient&#244;t avoir &#224; faire leurs cartons : rendus dispensables. Il le dit de premi&#232;re main puisqu'il se voit lui-m&#234;me d&#233;class&#233; par ses propres produits, en tout cas dans le registre de son activit&#233; proprement technique. C'est que d&#233;sormais l'IA s'auto-engendre &#8211; s'auto-code. Gunther Teubner, un &#233;tonnant juriste et sociologue du droit allemand, avait trouv&#233; un mot &#224; coucher dehors pour d&#233;signer ce moment critique o&#249; un processus s'affranchit de ses conditions initiales, et notamment de ses cr&#233;ateurs originels, pour s'autonomiser, cro&#238;tre endog&#232;nement, et finir par dominer ses promoteurs m&#234;mes : &#171; take-off autopo&#239;&#233;tique &#187;, dit-il. L'IA, semble-t-il, conna&#238;t donc son take-off autopo&#239;&#233;tique : elle s'&#233;crit toute seule. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
R&#233;gis Portalez est un polytechnicien bizarre, qui a additionn&#233; l'X non pas des Mines ou des Ponts mais d'une certification de soudeur. Il s'est retir&#233; &#224; la campagne pour faire des tours de potier, mais continue de coder sur les bords parce qu'il faut bien vivre. Et &lt;a href=&#034;https://x-alternative.org/2026/02/05/demission-subie-startdown-nation-ii/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lui aussi&lt;/a&gt; voit venir du lourd : &#171; il y a six mois peut &#234;tre, je croyais l'IA &#224; peine capable de remplacer les t&#226;ches subalternes qu'un junior confie au stagiaire (&#8230;) Et puis il y a deux semaines, j'ai demand&#233; &#224; l'une d'entre elles d'&#233;crire enti&#232;rement un programme que j'envisageais de mettre un jour et demi &#224; &#233;crire (&#8230;) Une t&#226;che libre, donc entre guillemets cr&#233;ative, mais tr&#232;s contrainte par la technique. En une minute trente &#224; peine, j'avais un code qui compile et qui s'ex&#233;cute, test&#233;, document&#233; et fonctionnel &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Grand Continent&lt;/i&gt; fait une moue chichiteuse : pas de g&#233;n&#233;ralisation h&#226;tive, pas d'extrapolation lin&#233;aire, coder est une activit&#233; tr&#232;s sp&#233;cifique, par nature dispos&#233;e &#224; la formalisation, donc &#224; une prise en charge IA. Les codeurs font du foin parce que d'une certaine mani&#232;re ils &#233;taient vou&#233;s &#224; se trouver en premi&#232;re ligne quand d&#233;barquerait l'IA &#171; cr&#233;ative &#187; &#8211; et ces ballots n'y avaient pas pens&#233;. Les voil&#224; donc &#224; &#233;crire des textes tout &#171; viraux &#187; d'inqui&#233;tude. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Shumer a beau coder, il n'en a pas moins un ersatz de vie sociale. Comprendre : il a des &#171; connaissances &#187; qui ne codent pas. Des avocats d'affaires par exemple &#8211; comme tout le monde. Or l'ami avocat d'affaires commence &#224; mesurer l'ampleur des d&#233;g&#226;ts : &#171; C'est comme avoir une arm&#233;e de collaborateurs imm&#233;diatement disponible. &#187; Et l'ami de s'aviser que &#171; sous peu, l'IA sera capable de faire la plupart des choses qu'il fait &#187;. Suit une liste des professions align&#233;es : d&#233;veloppeurs et conseil juridique, donc. Mais aussi : analystes financiers, diagnosticiens m&#233;dicaux, services clients, consultants de toutes esp&#232;ces. Et pour la bonne bouche : &lt;i&gt;&#171; writing and content &#187;&lt;/i&gt; &#8211; r&#233;dacteurs de notices vari&#233;es, de rapports en tout genre. Journalisme &#8211; d&#233;lice. Et sans doute tr&#232;s bient&#244;t : sc&#233;naristes, dialoguistes, paroliers, traducteurs (d&#233;j&#224; inquiets), litt&#233;rateurs de prix mondains. Auxquels il faudra sans doute ajouter : graphistes, musiciens, cr&#233;ateurs de vid&#233;os et, pourquoi pas, r&#233;alisateurs, maintenant que Bytedance nous fait des clips de Kanye West ou des vid&#233;os de Tom Cruise et Brad Pitt sans Tom Cruise ni Brad Pitt. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il y a trois d&#233;cennies, Robert Reich, l'un des intellectuels en toc du clintonisme, s'extasiait au spectacle de la nouvelle &#171; classe cr&#233;ative &#187;, les &#171; manipulateurs de symboles &#187;, annonciateurs du grand mouvement de restructuration de la division internationale du travail port&#233; par la mondialisation, qui laisserait le cambouis des fabriques aux &#171; autres &#187; et nous r&#233;serverait les joies du &lt;i&gt;design&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;blueprint&lt;/i&gt;. Soit le red&#233;ploiement &#224; l'&#233;chelle mondiale de la division du travail princeps, t&#244;t aper&#231;ue par Marx, entre travail de conception et travail d'ex&#233;cution. Comment la &#171; classe cr&#233;ative &#187; n'aurait-elle pas battu des mains ? Toute sa sociologie, toutes les repr&#233;sentations avantageuses qu'elle se fait d'elle-m&#234;me, l'y inclinaient. Et toutes les cons&#233;quences politiques s'en suivraient immanquablement. Car, sans surprise, cette classe &#8211; consid&#233;r&#233;e en moyenne &#8211;, toute cette classe en ses organes, &lt;i&gt;Lib&#233;ration, Le Monde, T&#233;l&#233;rama,&lt;/i&gt; France Inter/Culture, &lt;i&gt;L'Obs&lt;/i&gt; nouveau ou pas, Arte, s'est admir&#233;e et c&#233;l&#233;br&#233;e autant qu'elle a &#233;t&#233; d'une indiff&#233;rence de granit au sort des classes ouvri&#232;res, &#233;quarries, massacr&#233;es par les grandes transfusions de la mondialisation, subalternes r&#233;siduels &#224; l'int&#233;rieur de la grande redivision du travail &#224; l'ext&#233;rieur. Dont la bourgeoisie &#171; cr&#233;ative &#187; conjurera les col&#232;res par tous les proc&#233;d&#233;s du pharisa&#239;sme et du racisme social r&#233;unis : ils sont obtus, n'ont pas compris que la mondialisation est bonne, ils sont contre l'Europe, ils sont complotistes, ils sont Gilets jaunes &#8211; ils sont sales et m&#233;chants. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Grande le&#231;on mat&#233;rialiste : les formes de la conscience sont donn&#233;es par les conditions de l'existence. Or voil&#224; que les conditions d'existence de la bourgeoisie du Bien s'appr&#234;tent &#224; de grands bouleversements. Elle va savoir ce que c'est que de se retrouver du jour au lendemain renvoy&#233;e non seulement &#224; l'inactivit&#233; mais au sentiment dissolvant de l'inutilit&#233;. Elle va conna&#238;tre l'exp&#233;rience qui lui indiff&#233;rait au plus haut point, l'exp&#233;rience des &#171; autres &#187; de l'int&#233;rieur, charrettes &#224; plans sociaux, &#224; d&#233;localisation, &#224; &lt;i&gt;downsizing&lt;/i&gt; et &#171; rationalisation &#187; &#8211; l'exp&#233;rience des &lt;i&gt;dispensables&lt;/i&gt;. Par pans entiers, la &#171; bourgeoisie cr&#233;ative &#187;, qui se croyait si importante, si centrale, et si peu concern&#233;e, est en train de devenir dispensable. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Abandonn&#233; par ses ma&#238;tres&lt;br/&gt;
(le bloc bourgeois dispensable)&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'explosion des capacit&#233;s de l'IA, l'ampleur du d&#233;classement qui va s'en suivre, vont r&#233;volutionner le paysage de classes comme aucun marxisme arr&#234;t&#233; sur &#171; la classe ouvri&#232;re sujet de l'histoire &#187; n'aurait pu l'imaginer. Pas davantage d'ailleurs qu'une sociologie politique du &#171; peuple des r&#233;seaux &#187; comme celle de la FI. &#199;a n'est ni dans l'exclusivisme ouvri&#233;riste, ni dans une nouvelle classe r&#233;ticulaire que &#171; &#231;a &#187; se passe &#8211; &#171; &#231;a &#187; : la formation des forces de rupture. Non pas, du reste, que tout ne puisse se rejoindre dans la marmite car, oui, il reste des bastions ouvriers combatifs, et oui, il y a des s&#233;gr&#233;gu&#233;s des r&#233;seaux &#8211; des forces potentielles. Mais l'essentiel est en train de se former ailleurs : dans la d&#233;molition m&#233;thodique par le capitalisme m&#234;me de son propre bloc de soutien. Celui dont le caract&#232;re sociologiquement minoritaire a toujours &#233;t&#233; compens&#233; par le caract&#232;re symboliquement majoritaire : professions &#171; intellectuelles &#187;, ayant droit &#224; la parole, ayant acc&#232;s &#224; l'expression publique, ayant assurance de la consid&#233;ration et de la sur-repr&#233;sentation dans l'espace des m&#233;dias, tout autant celui du cin&#233;ma, qui n'a d'yeux que pour sa propre classe, n'a d'int&#233;r&#234;t que pour ses propres vies. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Or voil&#224; que, dans cette classe, sans doute composite, bient&#244;t on ne comptera plus les jet&#233;s sur la gr&#232;ve. Cruaut&#233; des illusions perdues. Tous ces gens ne trouvaient rien &#224; redire parce tout leur &#233;tait aimable, tout leur semblait fait pour eux. Mieux, tout leur &#233;tait promis. Promesse &#233;videmment fausse pour bon nombre d'entre eux, cadres moyens-sup qui se vivaient en fantasme comme &#171; en &#233;tant &#187; &#8211; puisque telle est la vraie question de la sociologie politique : non pas &#171; &#234;tre ou ne pas &#234;tre &#187;, mais &#171; en &#234;tre ou ne pas en &#234;tre &#187;. Et tant pis si &#171; en &#234;tre &#187; est remis &#224; un horizon tellement ind&#233;fini que la retraite sera venue avant &#8211; les fantasmes de grandeur sociale ne d&#233;sarment pas, m&#234;me devant les verdicts du r&#233;el, m&#234;me devant les statistiques qui les vouaient d&#232;s le d&#233;part &#224; l'&#233;chec. Force de la subjectivit&#233; individualiste : &#171; je sais bien, mais &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt; j'y arriverai &#187;. Rat&#233; mon vieux, tu n'y arriveras pas. &#192; ceci pr&#232;s d&#233;sormais que, l&#224; o&#249; tu pouvais couler une retraite paisible en imagination continu&#233;e, tu vas te retrouver &#233;ject&#233; par une machine, et tout l'environnement saura te faire &#233;prouver tr&#232;s fort le sentiment de ta nullit&#233; &#8211; de ta nullit&#233; dispensable. Car il ne faut pas s'y tromper : des gisements de productivit&#233; et de &lt;i&gt;cost-killing&lt;/i&gt; aussi colossaux, le capitalisme &#224; dominante financi&#232;re va s'y ruer comme jamais il ne s'est ru&#233;. Aveugl&#233;ment, &#233;cume &#224; la bouche. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La voil&#224; alors la nouvelle dialectique, celle &#224; laquelle Marx ne pouvait pas penser, plus r&#233;elle et plus prometteuse que l'autre, la dialectique du d&#233;veloppement des forces productives tordant endog&#232;nement les rapports de production jusqu'&#224; un point critique, mais dans sa forme contemporaine : la dialectique du &lt;i&gt;bloc bourgeois dispensable&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La question reste enti&#232;re de savoir qu'en faire. Bien s&#251;r, il y a d&#233;j&#224; tous les divergents, qui n'avaient pas attendu l'IA pour se mettre en chemin, cadres &#224; la BPI clandestinement communistes (et pas au sens du PCF&#8230;), d&#233;go&#251;t&#233;s de l'entreprise, &#233;tudiants saboteurs de c&#233;r&#233;monie de dipl&#244;mes, jeunes embauch&#233;s d&#233;cid&#233;s &#224; partir, polytechniciens alternatifs, auteurices et artistes en r&#233;bellion contre les institutions de leur champ, r&#233;alisatrices antifascistes fauch&#233;es, producteurs ind&#233;pendants pas plus riches mais qui tiennent la ligne. Eux savent d&#233;j&#224; o&#249; ils sont, o&#249; ils vont, et ce qu'ils ont &#224; faire. Mais il y a tout le reste &#8211; disons-le sans ambages : troupeau d'imb&#233;ciles politiques, bataillons du macronisme, du socialisme ou de l'&#233;cologie parisienne. Car &#233;videmment, la plupart de ces gens n'avaient jamais &#233;prouv&#233; la moindre raison de r&#233;fl&#233;chir un peu puisque leur condition les en dispensait, par d&#233;faut robinets &#224; poncifs h&#233;g&#233;moniques capara&#231;onn&#233;s de certitude intellectuelle &#8211; dont le discours priv&#233; &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; la port&#233;e d'une IA d&#233;butante, simplement capable de compiler des grumeaux de presse &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;. Il suffit d'avoir une conversation avec un banquier, un journaliste ou mieux encore un artiste contemporain pour &#233;prouver le vertige du bathyscaphe dans la grande fosse des Mariannes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mais il y a pire : leur individualisme sans rivage, qui les rend incapables d'action collective au-del&#224; d'un &#171; Team building &#187; ou d'un &#171; Happy hour &#187; d'&#171; After work &#187;. La classe ouvri&#232;re de Marx avait pour elle son unit&#233; de lieu et sa concentration en masse. Rien de tout &#231;a n'est disponible ici. L'atomisation, qui plus est v&#233;cue comme joyeusement concurrentielle, est la condition objective de cette classe &#8211; et le passage au &#171; pour-soi &#187; s'annonce laborieux. En fait il n'a aucune chance de se faire tout seul. Il va falloir leur parler &#8211; pas comme &#231;a, sans doute. Mais il va falloir leur parler &#8211; pour les sortir de leur &#233;tat de l&#233;gumes politiques. Il para&#238;t qu'il faut parler aux plantes, &#231;a les aide &#224; grandir &#8211; enfin, c'est ce qu'on dit. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Prendre en charge un nouvel &#233;tat du monde social, un affect collectif confus, mais promis &#224; se r&#233;pandre comme une mar&#233;e noire, le prendre en charge pour le rendre r&#233;ellement commun, puis pour le mettre en forme et le construire politiquement, c'est la t&#226;che des organisations. On regarde le c&#244;t&#233; de l'offre, et le tour d'horizon est vite fait. Soit des partis communistes r&#233;volutionnaires, indispensables, mais &#224; faible surface, souvent immobilis&#233;s dans une orientation, et surtout une &lt;i&gt;langue&lt;/i&gt;, ouvri&#233;ristes, qui rendent difficile une rencontre de classe h&#233;t&#233;rog&#232;ne. Soit la FI, mouvement d'importance, d&#233;j&#224; bien ancr&#233; dans la bourgeoisie moyenne intellectuelle et culturelle, dont elle est en fait une &#233;manation, dont elle a d&#233;j&#224; l'habitus, dont elle partage les mani&#232;res de parler. Ici une rencontre, une construction sont possibles. &#171; Vous y avez cru ; vous vous &#234;tes fait rouler ; ce syst&#232;me qui vous a fait marcher est impitoyable, nous savions que d'une mani&#232;re ou d'une autre il vous viendrait dessus, voil&#224; c'est fait ; abandonnez toute esp&#233;rance &#8211; ou plut&#244;t changez-en ! &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric LORDON&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;2 mars 2026&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&#171; La pompe &#224; phynance &#187;,&lt;br/&gt;
blog h&#233;berg&#233; par &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Illustration : Gustave Dor&#233;.&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un vieil homme sans la mer</title>
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		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;Tout &#233;tait lent d&#233;sormais dans sa vie, pensa l'&#201;mile en regardant les faibles flammes s'&#233;chapper des b&#251;ches du foyer. Il aurait d&#251; se lever pour attiser le feu, mais se lever &#233;tait un effort. Aujourd'hui, se dit-il, il avait fait sa part : une marche dans le froid et le vent jusqu'&#224; l'ancienne glaisi&#232;re, un rangement sommaire de la remise &#224; outils, la fricass&#233;e qu'il s'&#233;tait cuisin&#233;e pour deux jours &#8211; histoire d'&#234;tre tranquille demain &#8211;, quelques courriers qu'il avait en retard. Oui, tout (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique116" rel="directory"&gt;Passage des fant&#244;mes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2821 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L321xH433/ill__tete-21-a576c.jpg?1779728127' width='321' height='433' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2822 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://acontretemps.org/IMG/pdf/un_vieil_homme_sans_la_mer_fg_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 316.4 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout &#233;tait lent d&#233;sormais dans sa vie, pensa l'&#201;mile en regardant les faibles flammes s'&#233;chapper des b&#251;ches du foyer. Il aurait d&#251; se lever pour attiser le feu, mais se lever &#233;tait un effort. Aujourd'hui, se dit-il, il avait fait sa part : une marche dans le froid et le vent jusqu'&#224; l'ancienne glaisi&#232;re, un rangement sommaire de la remise &#224; outils, la fricass&#233;e qu'il s'&#233;tait cuisin&#233;e pour deux jours &#8211; histoire d'&#234;tre tranquille demain &#8211;, quelques courriers qu'il avait en retard. Oui, tout &#233;tait lent d&#233;sormais dans ce qu'il entreprenait : l'envie, le geste et le reste. Le souffle aussi &#233;tait court, ce qui ne l'emp&#234;cha pas, avant la nuit, cette nuit qu'il craignait tant, de se servir un dernier verre et de se rouler lentement, tr&#232;s lentement une cigarette. En souriant, comme &#231;a, &#224; une id&#233;e qui, comme &#231;a, venait de lui passer par la t&#234;te.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ses cigares italiens sans forme, tordus, tr&#232;s noirs, tr&#232;s forts et qu'on appelait des clous de cercueil, lui manquaient &#224; cette heure pr&#233;cise o&#249;, juste avant la nuit, lentement, l'&#201;mile sentait monter en lui ce moment d&#233;licieux entre tous o&#249;, dans la plus extr&#234;me solitude, pointait une id&#233;e susceptible de le distraire un peu. L&#224;, un clou de cercueil aurait &#233;t&#233; le bienvenu, se dit-il. H&#233;las, la m&#233;decine l'avait priv&#233; de ce plaisir. Et, quoique rarement, il pouvait &#234;tre ob&#233;issant.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Pour &#234;tre juste, l'&#201;mile n'aimait pas les souvenirs. Depuis qu'il vivait seul dans sa vieille ferme briarde, il les cong&#233;diait d&#232;s qu'ils se convoquaient. &#171; Pas pour moi &#187;, se disait-il. La vie est d&#233;j&#224; p&#233;nible pour l'encombrer davantage. &#192; la mort de sa compagne, Mathilde, qu'il avait aim&#233;e au-del&#224; du raisonnable, il avait d&#233;cid&#233; de vivre dans le pr&#233;sent d'un temps sans pass&#233; ni futur, une parenth&#232;se dont il connaissait le d&#233;but mais pas le terme. D&#232;s qu'une bribe de m&#233;moire venait l'encombrer, il la chassait. &#171; Non, pas pour moi, se r&#233;p&#233;tait-il, la m&#233;lancolie ne me va pas. &#187; Les seules images m&#233;morielles qu'il tol&#233;rait, avaient trait &#224; son enfance. Il se contentait de tenir la nostalgie &#224; distance, en cherchant &#224; comprendre pourquoi, &#224; son &#226;ge respectable, il se sentait encore tributaire de ce temps d'apprentissage o&#249; rien n'avait coll&#233;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Ce soir, pourtant, &#224; cet instant pr&#233;cis o&#249;, tirant sur sa clope mal roul&#233;e, il regrettait ses clous de cercueil, c'est un retour d'enfance qui s'insinuait dans sa caboche. Insistante, pr&#233;cise, vive. Et plus pr&#233;cis&#233;ment celle de son logis de la rue Piat o&#249;, seul ou avec ses deux potes, Jean-Ren&#233; et David, il s'inventait des aventures invraisemblables dont il n'avait plus l'id&#233;e, sauf qu'elles &#233;taient toujours loufoques. &#192; part comme incise de la pens&#233;e, il se demanda pourquoi, soudain, ce souvenir pr&#233;cis lui revenait. Et il trouva. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La chose avait sans doute &#224; voir avec l'installation dans la maison du bout du chemin d'un nouveau voisinage : un couple de jeunes avec enfant. L'apr&#232;s-midi m&#234;me, les r&#233;cents arrivants &#233;taient venus se pr&#233;senter. Apr&#232;s avoir consult&#233; un quelconque guide de sociabilit&#233; rurale, ils avaient d&#251; se dire que &#231;a se faisait. L'&#201;mile leur avait parl&#233; sans leur ouvrir le vieux portail de bois. Il se disait que ces deux hurluberlus d&#233;chanteraient assez vite de la campagne. Trop polis pour &#234;tre honn&#234;tes, les deux visiteurs s'&#233;taient pr&#233;sent&#233;s sommairement. Ils venaient de la ville, la grande, ce dont il se serait dout&#233;, avec l'intention &#8211; absurde &#224; ses yeux &#8211; de &#171; faire lien et, si possible, commun &#187;. Pour toute r&#233;ponse l'&#201;mile leur avait dit qu'il leur souhaitait bien du plaisir, ce qui les fit rire mais n'eut pas l'heur de les troubler. Pendant qu'ils se r&#233;pandaient en banalit&#233;s sur la grande ville et en lieux communs &#233;cologiques, c'est le gamin qui attira son attention. D'abord silencieux, &#233;tonnamment silencieux, il avait vu son regard se porter sur le fer &#224; cheval qui d&#233;corait son branlant portail &#8211; c'&#233;tait une manie de Mathilde d'en accrocher partout au pr&#233;texte que &#231;a portait bonheur. Puis, levant les yeux vers lui, le gamin lui avait demand&#233; : &#171; Il est o&#249; ton cheval ? &#187;. Sans r&#233;fl&#233;chir, l'&#201;mile, qui n'avait jamais eu de cheval de sa vie, lui avait r&#233;pondu : &#171; C'est un cheval migrant &#8211; je l'appelle &#171; T&#234;te d'or &#187; &#224; cause de sa crini&#232;re. Il est libre, il va o&#249; il veut. Peut-&#234;tre qu'il passera te voir chez toi. &#171; Traite-le bien, gamin, il le m&#233;rite. &#187; Le visage du gar&#231;on &#8211; Lucas &#8211; s'&#233;tait m&#233;tamorphos&#233;. C'&#233;tait celui de l'enfance quand elle fait corps avec sa qu&#234;te. &#171; &#8220;T&#234;te d'or&#8221;, &#231;a me pla&#238;t &#187;, dit-il avant de repartir vers chez lui, tenu de chaque main par ses parents, qui craignaient sans doute qu'il se perde.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Le retour d'enfance venait de &#231;a, de cet &#233;change de regards, de cette id&#233;e qui naturellement lui &#233;tait venue de s'inventer un cheval du nom de &#171; T&#234;te d'or &#187; avec la m&#234;me app&#233;tence pour l'imaginaire que, gamin lui-m&#234;me, il convoquait avec cette joie souveraine de poss&#233;der un tr&#233;sor et au grand d&#233;sespoir de ses parents qui y voyaient un lourd handicap qui le faisait constamment d&#233;roger au principe de r&#233;alit&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#171; Ils &#233;taient comment mes parents ? &#187;, se demanda l'&#201;mile &#224; cette heure sans heure de la nuit o&#249; le vent soufflait si fort sur le hameau de Cormeron qu'il r&#233;veillait toutes ses hantises. Il savait qu'il attendrait longtemps pour trouver, s'il venait, ce sommeil du juste qui toujours lui avait fait d&#233;faut &#8211; et plus encore depuis la mort de Mathilde. Il mit une nouvelle b&#251;che dans la chemin&#233;e, se versa un nouveau verre, se roula une autre cigarette et se reposa, &#224; haute voix cette fois, la question : &#171; Ils &#233;taient comment mes parents ? &#187; Un silence pr&#233;c&#233;da un invraisemblable effort de m&#233;moire pour, les yeux ferm&#233;s, se rem&#233;morer leurs visages, leurs corps, leurs attitudes, leurs mani&#232;res d'&#234;tre, de parler et de se taire. &#192; quoi bon tout &#231;a ? &#192; quoi bon ressasser un temps que le temps a heureusement effac&#233;, rang&#233; au rayon de l'oubli bienfaiteur. On n'est pas de sa famille, on est ce qu'on s'est fait, un homme de son temps que le temps a trahi. Et puis, il s'entendit une nouvelle fois se parler &#224; voix haute : &#171; Que me reste-t-il, au fond, de mes vieux ? &#187; &#192; peine quelques souvenirs, toujours tristes. Une m&#232;re malheureuse de vivre &#224; c&#244;t&#233; de sa vie. Un p&#232;re d&#233;truit par l'usine, mais fier d'en &#234;tre un ex&#233;cutant z&#233;l&#233;. Sans conscience de son malheur, conforme &#224; l'id&#233;e que le ma&#238;tre se fait de lui. Une m&#232;re soumise au travail domestique que personne n'aurait eu l'id&#233;e de reconna&#238;tre comme une servitude et qu'elle compl&#233;tait de quelques m&#233;nages chez des rupins du 20e bourgeois puant d'avarice. Un p&#232;re qui, &#224; peine rentr&#233; chez lui, se vengeait des humiliations auxquelles l'usine l'avait soumis en jouant au tyranneau de foyer. Un couple d'&#233;poque, mal assorti tant au physique qu'au moral. Elle venait d'une famille de la toute petite paysannerie briarde. Il &#233;tait de son 20e, le seul coin de Paris qu'il connaissait, mais sur le bout des doigts. Chaudronnier de m&#233;tier, esclave de profession. Non syndiqu&#233;, votant pour &#171; les gens qui savent &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'&#201;mile sentait ses paupi&#232;res lourdes d&#233;sormais. Il e&#251;t &#233;t&#233; malvenu pour lui de passer son tour. Juste avant de s'endormir, c'est encore &#224; voix haute qu'il s'entendit penser : &#171; Je les ai d&#233;test&#233;s, mes parents, d'&#234;tre ce qu'ils &#233;taient, comme ils &#233;taient, des cas extr&#234;mes de ralli&#233;s passifs &#224; l'ordre d'un monde qui les humiliait. Je ne saurais dire qu'ils ne m'aimaient pas, mais j'ose penser qu'il m'est souvent arriv&#233; &#224; moi de les d&#233;tester. &#187;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Au matin, c'est le froid qui r&#233;veilla l'&#201;mile. Comme chaque fois qu'il bravait la nuit, il se sentit tout transi dans son fauteuil &#224; oreilles. Le feu cr&#233;pitait encore, mais comme une vie qui s'&#233;tiole. Dehors, il faisait encore obscur. Noir complet. Il se tra&#238;na jusqu'&#224; la cuisine, se chauffa du lait qu'il augmenta de deux fortes cuiller&#233;es de miel et, p&#233;niblement, monta &#224; l'&#233;tage pour rejoindre son antre. C'&#233;tait une large pi&#232;ce mansard&#233;e aux murs croulants de livres stock&#233;s dans des cartons ajour&#233;s pour voir leurs tanches et meubl&#233;e d'une vaste table de travail, d'un canap&#233; et d'un fauteuil en cuir de tr&#232;s ancienne facture. &#171; Qu'est-ce que je fous l&#224;, se dit-il, loin de tout, abandonn&#233; &#224; ma solitude. Pourquoi n'ai-je pas tout bazard&#233; &#224; la mort de Mat ? Pourquoi n'ai-je pas chang&#233; d'air, de vie, pour me faire d'autres souvenirs, les miens, des souvenirs en propri&#233;t&#233; propre, l&#233;gers ? &#187; Dans un mouvement de pens&#233;e contradictoire qu'il connaissait, la r&#233;ponse ne tarda pas : &#171; C'est sans doute qu'ici il me reste &#224; faire et qu'ailleurs il faudrait d'abord que je me fasse &#224; l'endroit. &#187; L'antith&#232;se lui sembla peu satisfaisante, mais il la retint, une fois encore, comme proposition finale. Car il pratiquait la dialectique, mais d&#233;testait la synth&#232;se. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il entreprit de relire quelques pages au hasard du Vieil homme et la mer d'Hemingway, en regrettant que la sienne ne f&#251;t qu'int&#233;rieure, puis, enfin distrait de soi et enroul&#233; dans une couverture de grosse laine, il avait fini par s'endormir vraiment au petit matin. &#192; peine deux heures, en fait. En clair, une fois encore, il s'&#233;tait arrang&#233; avec son sommeil pour qu'il ne lui vol&#226;t pas trop de temps. Sachant qu'il ne comptait pas en exc&#232;s, il avait d&#233;cid&#233; de pratiquer un somnambulisme actif.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
L'&#201;mile buvait par ennui mais avec entrain au bistrot de Cormeron. En attendant que, dans le brouhaha matinal du lieu, lui vienne sa phrase du jour. Aujourd'hui elle avait de quoi satisfaire les pochtrons de la petite bande : &#171; Quitte &#224; mourir, je pr&#233;f&#233;rerais que ce f&#251;t sous un nom d'emprunt pour ne pas avoir &#224; revoir ma famille au cimeti&#232;re. &#187; On ria autour de lui, ce qui le ravit. Moi, je la notai. Comme d'habitude. Il faut dire que j'&#233;cris comme &#231;a, sur le vif, &#224; partir de quelques notes jet&#233;es sur un carnet. Je les laisse infuser et &#224; l'occasion j'y puise mon mat&#233;riau. Par la suite, nous nous &#233;tions rencontr&#233;s &#224; l'occasion d'une f&#234;te de village. Foireuse, la f&#234;te, comme souvent. Juste l'occasion de f&#234;ter quelque chose et de boire. L&#224; c'&#233;tait la Saint-Jean, si je me souviens bien. &#192; vrai dire, ce tr&#232;s solitaire &#201;mile m'intriguait depuis qu'un petit h&#233;ritage nous avait permis, &#224; ma compagne et &#224; moi, &#224; la fin des ann&#233;es 1990, d'acheter une maison briarde au Bourg-du-Haut, &#224; deux pas de Cormeron. C'&#233;tait un pied &#224; terre campagnard, rien de plus. Aucune intention, chez nous, de nous ancrer au terroir. Trop urbains pour cela, sans doute. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; En d&#233;couvrant le lieu et plus encore en l'arpentant, j'avais rep&#233;r&#233;, &#224; diverses reprises, l'&#201;mile. Il est vrai qu'il &#233;tait l'un des rares vieux du village &#224; s'adonner &#224; la marche en solitaire. De loin, pourtant, elle semblait peupl&#233;e, sa marche, tant sa gestuelle &#233;tait active. Comme s'il discourait en s'adressant &#224; des acolytes de d&#233;ambulation ou &#224; sa Mathilde. J'y voyais une mani&#232;re de r&#233;sister &#224; sa solitude, et c'&#233;tait probablement cela. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le caf&#233; &#8211; &#171; Chez Gina &#187; &#8211; fit le reste. D'&#233;tape en &#233;tape, il nous rapprocha. &#171; T'&#233;cris toujours, bonhomme ? &#187;, me dit-il un jour o&#249;, effectivement, j'&#233;tais courb&#233; sur mon ouvrage. &#171; Oui, des notes, comme elles me viennent. Comme &#231;a. Pour capter les humeurs de mon temps int&#233;rieur, rien de plus. &#187; Le bonhomme sembla se satisfaire de ma r&#233;ponse sans chercher &#224; en savoir davantage. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; De fil en aiguille, l'&#201;mile s'attacha &#224; moi, &#224; nous. Il nous trouvait, nous dit-il un jour de confidence, &#171; un peu au-dessus de la moyenne des habitants du coin &#187;. Et ajouta, songeur : &#171; Comme moi, en somme ; comme ma Mathilde aussi. &#187; Le bistrot fut notre lieu de rencontre pr&#233;f&#233;r&#233;. Bient&#244;t, l'&#201;mile s'y laissa aller, mezza voce, &#224; quelques confidences sur sa jeunesse. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; &#8211; Tu sais, me dit-il un jour o&#249; il avait d&#233;cel&#233; mes inclinaisons libertaires, j'ai connu du beau monde du temps de &#8220;l'anarchie populaire&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; C'est quoi, &#231;a ? ai-je demand&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Un ferment qui s'est perdu. Maintenant, les anars, c'est des bac plus cinq. Ou plus. Moi, je te parle d'un temps o&#249; l'anarchie, vulgaire je te l'accorde, irriguait un petit peuple de durs &#224; cuire instruits de quelques principes, &#226;pres &#224; la t&#226;che et fraternels. Ils avaient les mains calleuses et l'esprit canaille. Tout pour me plaire, en somme. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est ce jour que j'appris que l'&#201;mile, qui en faisait sacr&#233;ment moins, avait quatre-vingt-cinq ans pass&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu rigoles, compagnon ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Non, jeunot, je tiens mes statistiques &#224; jour. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt; Puis, de fil en aiguille, il m'accorda le privil&#232;ge de visiter son antre, ce qui n'&#233;tait pas dans ses habitudes de solitaire enkyst&#233; dans ses souvenirs. L&#224;, je d&#233;couvris un monde en d&#233;sordre, mais riche de tr&#233;sors. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu prends ce que tu veux, &#231;a &#233;vitera la benne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu n'as pas de descendance ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Non, l'ami, &#231;a &#233;vite les d&#233;sillusions. Je suis le dernier d'une dynastie peu glorieuse.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L92xH43/vignette_ornement-2-eb32d.jpg?1779728127' width='92' height='43' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Six mois plus tard, l'&#201;mile tira sa r&#233;v&#233;rence sans l'avoir pr&#233;vue. La mort vint, dit-on, paisible, devant l'&#226;tre de ses solitudes, une nuit sans lune d'un interminable hiver. J'appris qu'il n'avait ni souffert ni acc&#233;l&#233;r&#233; son tr&#233;pas. Une belle mort, en somme, de celle qui ne contrarie pas. Peut-&#234;tre que, ce soir-l&#224;, il avait pens&#233; &#224; &#171; T&#234;te d'or &#187; et &#224; la qu&#234;te du jeune Lucas pour le retrouver. Les qu&#234;tes les plus belles sont les plus d&#233;sesp&#233;r&#233;es. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mari&#225;tegui ou le socialisme indig&#232;ne</title>
		<link>http://acontretemps.org/spip.php?article1164</link>
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		<dc:date>2026-05-25T07:25:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







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&lt;p&gt;&#9632; Premier th&#233;oricien marxiste d'Am&#233;rique latine, Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui n'en demeure pas moins largement m&#233;connu en Europe. Portrait d'un homme qui a &#339;uvr&#233;, sa trop br&#232;ve vie durant, &#224; penser et mettre en place un socialisme &#224; la fois internationaliste et ancr&#233; dans la m&#233;moire indig&#232;ne du P&#233;rou. Lorsqu'il meurt de tuberculose en 1930, &#224; seulement trente-six ans, celui qui sera surnomm&#233; &#171; Amauta &#187; (le sage, en langue quechua) est un homme aux multiples facettes. Publiciste, journaliste, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique104" rel="directory"&gt;En lisi&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2806 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://acontretemps.org/IMG/pdf/mariategui_ou_le_socialisme_indigene_ganesh_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 453.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9632; Premier th&#233;oricien marxiste d'Am&#233;rique latine, Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui n'en demeure pas moins largement m&#233;connu en Europe. Portrait d'un homme qui a &#339;uvr&#233;, sa trop br&#232;ve vie durant, &#224; penser et mettre en place un socialisme &#224; la fois internationaliste et ancr&#233; dans la m&#233;moire indig&#232;ne du P&#233;rou.&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2805 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L300xH300/ill__de_une-2-dd4b6.jpg?1778145787' width='300' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il meurt de tuberculose en 1930, &#224; seulement trente-six ans, celui qui sera surnomm&#233; &#171; Amauta &#187; (le sage, en langue quechua) est un homme aux multiples facettes. Publiciste, journaliste, syndicaliste, secr&#233;taire du tout jeune Parti socialiste p&#233;ruvien (PSP), &#233;diteur et principal r&#233;dacteur de la revue &lt;i&gt;Amauta&lt;/i&gt;, membre du Conseil g&#233;n&#233;ral de la Ligue anti-imp&#233;rialiste de la Troisi&#232;me Internationale, Mari&#225;tegui se trouve &#224; l'avant-garde des luttes. Premier marxiste d'Am&#233;rique latine pour certains (Antonio M&#233;lis), Gramsci latino-am&#233;ricain pour d'autres, figure centrale de la gauche p&#233;ruvienne quoi qu'il en soit, Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui s'impose tant par l'&#233;tendue de son &#339;uvre que par son activisme d&#233;bordant. Il est pourtant, eurocentrisme oblige, tr&#232;s largement m&#233;connu en Europe et dans le cadre des discussions sur le marxisme en g&#233;n&#233;ral. Retracer le parcours d'un autodidacte qui allait profond&#233;ment bouleverser le paysage politique de son pays et les formulations r&#233;volutionnaires sur le continent entier est l'occasion d'un hommage, mais surtout d'une invitation &#224; sans cesse penser &#224; nouveau frais nos mots et nos slogans en les plongeant dans la pratique des luttes.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le 8 juillet 1919, une foule immense faite d'ouvriers du textile ou du syndicat des boulangers, de dockers et d'autres travailleurs se rassemble spontan&#233;ment &#224; Lima. Exultant, enthousiaste, elle se dirige vers le b&#226;timent du journal &lt;i&gt;La Raz&#243;n&lt;/i&gt; et fait un triomphe aux tout jeunes journalistes du seul quotidien ayant appuy&#233; les grandes gr&#232;ves de masse du mois de janvier et la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 27 mai. Le gouvernement oligarque de Pardo est tomb&#233; le 4 juillet, renvers&#233; par un coup d'&#201;tat, et c'est d&#233;sormais Augusto Legu&#237;a qui est aux affaires. Il a accord&#233; la journ&#233;e de 8 heures et, en ce jour, vient de faire lib&#233;rer les leaders ouvriers emprisonn&#233;s depuis le 26 mai. L'ambiance est &#233;lectrique. Devant les locaux du journal, un journaliste m&#233;tis, aux traits effil&#233;s et boitant de la jambe gauche, regarde la foule. Son nom est Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui : il a vingt-cinq ans et fait son entr&#233;e officielle dans les rangs de la gauche de combat. En tant que membre du Comit&#233; de propagande socialiste, puis du Comit&#233; pour la baisse du prix des subsistances, il a d&#233;j&#224; particip&#233; &#224; un organe de masse faisant le lien avec 30 000 ouvriers et travailleurs qui vient d'imposer ce qui semble &#234;tre une lourde d&#233;faite &#224; l'oligarchie terrienne traditionnelle.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
La joie sera pourtant de courte dur&#233;e, le nouveau pr&#233;sident ne go&#251;tant que fort peu les critiques que Mari&#225;tegui et ses amis ne manquent pas de faire &#224; son gouvernement. Avec les premi&#232;res r&#233;pressions contre les syndicalistes et les organisateurs ouvriers viennent les pressions du gouvernement : Mari&#225;tegui et son ami de toujours, C&#233;sar Falc&#243;n, doivent &#234;tre envoy&#233;s respectivement en Italie et en Espagne comme &#233;missaires de propagande du P&#233;rou, ou &#234;tre incarc&#233;r&#233;s. Le 8 octobre 1919, Mari&#225;tegui prend la mer en direction de l'Europe ; il en reviendra profond&#233;ment chang&#233;. Selon ses propres mots, il y &#233;pouse &#171; une femme et quelques id&#233;es &#187;. L'autodidacte attir&#233; par les provocations mondaines y op&#232;re sa mue, sa transformation de journaliste socialisant en acteur central de la lutte des classes au P&#233;rou. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;L'&#226;ge de pierre&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui est n&#233; en 1894 &#224; Moquegua, d'un p&#232;re de bonne famille et d'une m&#232;re fille de petits agriculteurs indiens. Abandonn&#233;e par son mari, qui meurt rapidement, Maria Am&#225;lia La Chirra &#233;l&#232;ve ses enfants seule, survivant avec son salaire de modiste. Tr&#232;s t&#244;t, la sant&#233; fragile de son deuxi&#232;me fils se r&#233;v&#232;le : un accident d'&#233;cole, puis une poliomy&#233;lite clouent le petit Jos&#233; Carlos au lit de 1902 &#224; 1904. Cette p&#233;riode difficile est toutefois l'occasion pour lui de profiter de la biblioth&#232;que laiss&#233;e par son p&#232;re &#8211; seule marque de l'existence paternelle dans l'&#233;ducation de Mari&#225;tegui, l'acc&#232;s aux livres lui ouvre le monde de la lecture : il d&#233;vore les ouvrages les uns apr&#232;s les autres et tente m&#234;me d'apprendre, seul, le fran&#231;ais. Cet &#233;pisode est d'autant plus crucial pour le futur dirigeant politique qu'il forge son app&#233;tit insatiable de connaissance. &#192; quatorze ans &#224; peine, une fois finie l'&#233;cole primaire, Mari&#225;tegui commence &#224; travailler : il entre d'abord au quotidien &lt;i&gt;La Prensa&lt;/i&gt; comme ouvrier typographe, s'inscrivant ainsi, sans le savoir, dans la longue lign&#233;e des ouvriers pass&#233;s de la composition des pages &#224; leur &#233;criture. Se distinguant par son esprit, il gravit les &#233;chelons : il int&#232;gre la r&#233;daction en 1912, publie son premier article &#224; dix-huit ans et se voit attribuer la couverture des interventions de police et les faits divers. Puis, sous le pseudonyme de Juan Chroniqueur, une chronique de la vie mondaine o&#249; ses bons mots lui valent de fr&#233;quenter le beau monde et les champs de course. Mari&#225;tegui dira plus tard qu'il &#233;tait alors un &#171; litt&#233;rateur infect&#233; de d&#233;cadentisme et de byzantinisme fin-de-si&#232;cle &#187;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Son int&#233;r&#234;t pour la politique prend un tour nouveau en 1916, lorsqu'il int&#232;gre la r&#233;daction d'&lt;i&gt;El Tiempo&lt;/i&gt; en tant que chroniqueur politique. Journal d'opposition au pr&#233;sident oligarque Pardo, il rassemble alors largement les partisans d'un changement politique. Dans l'aile gauche de l'opposition, Mari&#225;tegui commence &#224; fr&#233;quenter des agitateurs ouvriers, comme Carlos Del Barzo, et leur r&#233;f&#233;rence commune au grand auteur anarchisant Manuel Gonz&#225;lez Prada&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; influence la cr&#233;ation de la revue &lt;i&gt;Nuestra &#201;poca&lt;/i&gt;. Sobrement sous-titr&#233;e &#171; revue de combat &#187;, elle sera interdite apr&#232;s quelques num&#233;ros seulement. Les ann&#233;es 1912-1921 marquent un tournant par l'entr&#233;e en sc&#232;ne d'une force nouvelle sur l'&#233;chiquier politique p&#233;ruvien : les ouvriers, sous influence des publications et des immigr&#233;s hispaniques, s'organisent selon les principes de l'anarcho-syndicalisme et suivant le mod&#232;le de la CNT espagnole, fond&#233;e en 1910. La revendication de la journ&#233;e de 8 heures, la R&#233;volution mexicaine, et bient&#244;t les nouvelles de la R&#233;volution russe, se combinent &#224; une agitation &#233;tudiante des fils de la bourgeoisie urbaine qui traverse le continent. Ce contexte de croissante agitation est le berceau dans lequel Mari&#225;tegui op&#232;re son incubation politique. Les troubles de la fin de 1918 et les gr&#232;ves de l'ann&#233;e suivante le font entrer pleinement dans le combat socialiste &#8211; c'est le signe de la fin de ce qu'il appellera, en 1929, son &#171; &#226;ge de pierre &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;L'Europe comme apprentissage&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le Vieux Monde que visite Mari&#225;tegui en exil sort &#224; peine de la Grande Guerre, qui marque la fin des empires centraux allemand et austro-hongrois, l'imposition d'un nouvel ordre international et l'irruption tant des questions nationales que des luttes r&#233;volutionnaires sur la sc&#232;ne mondiale. Il y a la R&#233;volution russe de 1917, et l'enthousiasme que provoque l'instauration de la R&#233;publique des Soviets dans les organes du mouvement ouvrier europ&#233;en, mais aussi les diff&#233;rentes r&#233;volutions avort&#233;es ou r&#233;prim&#233;es : l'&#233;crasement du mouvement spartakiste et l'assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, le massacre de la R&#233;publique des Soviets, l'&#233;chec de l'Arm&#233;e rouge devant Varsovie, les gr&#232;ves des mineurs anglais et des cheminots fran&#231;ais&#8230; Hors d'Europe, ce sont les r&#233;voltes en Inde, en Syrie, la r&#233;volution en Chine et le congr&#232;s de Bakou des peuples d'Orient en 1920. L'atmosph&#232;re est &#224; la transformation de la soci&#233;t&#233;, aux bouleversements &#233;mancipateurs. L'Italie fait alors figure, pour Mari&#225;tegui, d'&#171; &#233;picentre de la r&#233;volution mondiale &#187;, et les d&#233;buts, puis l'accession du fascisme au pouvoir lors de la marche sur Rome du 29 octobre 1922, marquent une inflexion majeure : &#171; Ainsi s'est termin&#233;e la p&#233;riode r&#233;volutionnaire et a commenc&#233; la p&#233;riode r&#233;actionnaire &#187;, &#233;crit-il. Les occupations d'usines et les gr&#232;ves secouent rudement le nord de l'Italie autour des importantes concentrations ouvri&#232;res que sont Turin et Milan, notamment dans les usines Fiat en septembre 1920. En compagnie de l'ami C&#233;sar Falc&#243;n, il assiste en janvier 1921 au Congr&#232;s de Livourne, qui voit le Parti socialiste italien se scinder entre l'aile r&#233;formiste et l'aile r&#233;volutionnaire, qui s'en va former le Parti communiste italien, rattach&#233; &#224; la Troisi&#232;me Internationale. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'Europe est l'occasion pour le socialiste de faire ses &#171; classes &#187; en marxisme, &#224; la fois comme t&#233;moin et lecteur. Il se saisit de Marx, Engels, L&#233;nine, Boukharine et Nietzsche, se lie au philosophe Benedetto Croce, qui lui fait d&#233;couvrir le th&#233;oricien fran&#231;ais du syndicalisme r&#233;volutionnaire Georges Sorel, par lequel Mari&#225;tegui s'initie &#224; Bergson et &#224; une approche strat&#233;gique et th&#233;orique du marxisme profond&#233;ment originale. L'av&#232;nement du fascisme lui fait quitter l'Italie, non sans avoir fond&#233; avec Falc&#243;n et deux autres compatriotes une &#171; cellule communiste p&#233;ruvienne &#187; &#233;ph&#233;m&#232;re dont l'objectif est la pr&#233;paration de l'action socialiste au P&#233;rou. D&#233;sormais, l'apprentissage organisationnel et th&#233;orique est align&#233; sur un objectif : l'action r&#233;volutionnaire au P&#233;rou. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Organisateur de la culture et de la classe ouvri&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mari&#225;tegui, Anna Chiappe, son &#233;pouse, et leur fils d&#233;barquent le 18 mars 1923 au P&#233;rou. Il entre rapidement en contact avec le mouvement ouvrier qui s'organise : il s'agit pour Mari&#225;tegui d'op&#233;rer &#171; la traduction pratique en termes nationaux et latino-am&#233;ricains des conclusions programmatiques &#187; auxquelles il est arriv&#233; &#224; la fin de son s&#233;jour en Europe. Son engagement prend d'abord la forme d'un cycle de conf&#233;rences dans l'Universit&#233; populaire Gonz&#225;lez Prada, fond&#233;e en 1921 sous l'impulsion des anarchistes. Son orientation socialiste et internationaliste s'exprime &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; une lecture marxiste des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires europ&#233;ens, dans une optique d'&#233;ducation populaire : la formation politique y est toujours ax&#233;e sur les relations entre le niveau national et la r&#233;alit&#233; internationale. La pens&#233;e de Mari&#225;tegui commence alors &#224; cerner la dimension syst&#233;mique de l'action politique dans un monde capitaliste : &#171; [&#8230;] la civilisation capitaliste a internationalis&#233; la vie de l'humanit&#233;, elle a cr&#233;&#233; entre tous les peuples des liens mat&#233;riels qui &#233;tablissent entre eux une solidarit&#233; in&#233;vitable. L'internationalisme n'est pas seulement un id&#233;al ; c'est une r&#233;alit&#233; historique. [&#8230;] Le P&#233;rou, comme les autres peuples am&#233;ricains, n'est pas, par cons&#233;quent, hors de la crise : il est &#224; l'int&#233;rieur. [&#8230;] Une p&#233;riode de r&#233;action en Europe sera aussi une p&#233;riode de r&#233;action en Am&#233;rique. Une p&#233;riode de r&#233;volution en Europe sera aussi une p&#233;riode de r&#233;volution en Am&#233;rique. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Il faut imaginer ce qu'est le P&#233;rou en 1923 pour prendre la mesure de l'ampleur de la t&#226;che &#224; laquelle s'attelle notre homme : r&#233;pression f&#233;roce du gouvernement Legu&#237;a, pas ou tr&#232;s peu de vie intellectuelle dans une universit&#233; amorphe, pas de biblioth&#232;ques ni de statistiques de qualit&#233; permettant d'&#233;valuer la r&#233;alit&#233; sociale du pays. Il faut &#233;galement souligner la d&#233;sorganisation militante, en d&#233;pit des efforts des libertaires. Un jeune leader issu du mouvement pour la r&#233;forme de l'universit&#233; commence &#224; mobiliser la petite bourgeoisie et les couches les plus urbaines du prol&#233;tariat en pr&#234;chant quelque nationalisme socialisant et anti-imp&#233;rialiste : Victor Ra&#250;l Haya de la Torre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mari&#225;tegui se rapproche de cette &#233;toile montante p&#233;ruvienne ; lorsque celle-ci prend l'exil en 1924, Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui est charg&#233; de la r&#233;daction de la revue &lt;i&gt;Claridad&lt;/i&gt;, initi&#233;e pour coordonner les diff&#233;rentes universit&#233;s populaires que tentent de cr&#233;er les militants syndicaux et politiques. Il travaille tant avec les anarcho-syndicalistes, farouchement oppos&#233;s &#224; toute action politique partisane &#8211; mais d&#233;di&#233;s &#224; l'&#233;ducation et l'organisation d'une contre-culture &#224; travers des centres ou des festivit&#233;s r&#233;guli&#232;res qu'organise la F&#233;d&#233;ration ouvri&#232;re locale &#8211; qu'avec des couches radicalis&#233;es de la petite bourgeoisie nationale. Il collabore par ailleurs &#224; deux revues dans lesquelles il publie r&#233;guli&#232;rement des articles, r&#233;unis en 1925 en un premier livre : &lt;i&gt;La Escena contemporanea&lt;/i&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
R&#233;fugi&#233; au Mexique r&#233;volutionnaire, Haya de la Torre fonde en 1924, sur le mod&#232;le du Kuomintang chinois, l'Alliance populaire r&#233;volutionnaire am&#233;ricaine afin d'unifier &#224; l'&#233;chelle du continent la lutte contre l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. Mari&#225;tegui en devient membre &#8211; et c'est pour participer, aux niveaux th&#233;orique et culturel, &#224; l'effort d'&#233;nonciation d'une politique de rupture qu'il lance, un an plus tard, une maison d'&#233;dition puis, en 1926, le p&#233;riodique Amauta. Il &#233;crit dans le premier num&#233;ro : &#171; L'objet de la revue est de poser, &#233;clairer et conna&#238;tre les probl&#232;mes p&#233;ruviens &#224; partir de points de vue doctrinaires et scientifiques. Mais nous consid&#233;rerons toujours le P&#233;rou dans le panorama mondial. Nous &#233;tudierons tous les grands mouvements de r&#233;novation politiques, philosophiques, artistiques, litt&#233;raires, scientifiques. Tout l'humain est n&#244;tre. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Comme il l'annonce dans le m&#234;me texte, la revue n'entend pas ouvrir ses colonnes &#224; toutes les opinions : &#171; [Amauta] produira ou pr&#233;cipitera un ph&#233;nom&#232;ne de polarisation et de concentration. &#187; Il est explicitement question de mettre &#224; disposition, de distribuer des informations, des prises de position, des textes tant sur le P&#233;rou que sur d'autres pays. Seront ainsi publi&#233;s, pour la premi&#232;re fois dans ce pays de l'ouest de l'Am&#233;rique du Sud, des textes d'Andr&#233; Breton, Maxime Gorki, Marx, L&#233;nine, Freud, Rosa Luxemburg, Romain Rolland, Ernst Toller ou L&#233;on Trotski. Le r&#244;le de diffusion et de publication de textes tant politiques que litt&#233;raires n'est pas neutre : il s'agit de rattraper le retard culturel p&#233;ruvien tout en cr&#233;ant un espace pour le d&#233;bat et la formation politique. Fondamentalement, l'imp&#233;ratif est de se doter des armes n&#233;cessaires &#224; la critique pour r&#233;pondre &#224; la n&#233;cessit&#233; politique et &#233;conomique. On retrouve ici l'effort de Mari&#225;tegui, entre son retour et sa mort, essentiellement organis&#233; autour de deux axes : penser de mani&#232;re dialectique, dynamique, marxiste, la situation du P&#233;rou (l'ancrage temporel, mat&#233;riel, id&#233;ologique, etc.) en relation avec les mouvements de la politique et de l'&#233;conomie mondiale. C'est ce que le sociologue &#233;cosocialiste Michael L&#246;wy a appel&#233; une &#171; synth&#232;se dialectique entre l'universel et le particulier, l'international et l'Am&#233;rique latine &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Une clarification politique s'op&#232;re alors, contre la volont&#233; de Mari&#225;tegui et du fait d'Haya de la Torre, qui transforme l'APRA en parti politique interclassiste sous h&#233;g&#233;monie petite-bourgeoise, le poussant ainsi &#224; rompre avec le mouvement pour former un Parti r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire un parti ouvrier et paysan. C'est ainsi que na&#238;t le Parti socialiste p&#233;ruvien en octobre 1928, dont il est secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Aussit&#244;t, le PSP demande son affiliation &#224; la Troisi&#232;me Internationale, en coh&#233;rence avec son internationalisme affich&#233; et la dimension marxiste de son programme. La rupture avec l'APRA s'affiche en parall&#232;le de l'effacement progressif des anarcho-syndicalistes, par trop r&#233;tifs &#224; la lutte politique. Mari&#225;tegui et son groupe vont s'engouffrer dans la br&#232;che afin de proposer leur strat&#233;gie de massification : lancement du quotidien &lt;i&gt;Labor&lt;/i&gt;, extension d'&lt;i&gt;Amauta&lt;/i&gt;, adress&#233; aux ouvriers et paysans pour rendre compte de leurs luttes ; cr&#233;ation, le 17 mai 1929, de la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale des travailleurs du P&#233;rou &#8211; un an plus tard, elle comptera pr&#232;s de 58 000 travailleurs industriels et environ 30 000 Indiens dans la f&#233;d&#233;ration indig&#232;ne. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Socialisme indo-am&#233;ricain et communisme inca&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Les pages d'&lt;i&gt;Amauta&lt;/i&gt; vont &#234;tre le r&#233;ceptacle d'une s&#233;rie d'articles mettant au centre de l'attention la question indienne, en 1926&#8211;1927. Ils forment le c&#339;ur des deux premiers chapitres des &lt;i&gt;Sept Essais d'interpr&#233;tation de la r&#233;alit&#233; p&#233;ruvienne&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;magnum opus&lt;/i&gt; de Mari&#225;tegui, qui para&#238;t en 1928. Car l'originalit&#233; du penseur n'est pas &#224; rechercher dans son &#233;nergie militante ni m&#234;me dans la particularit&#233; de son parcours &#8211; d'autres ont &#233;t&#233; aussi d&#233;vou&#233;s, ou sont partis de plus bas &#8211; ; elle se trouve dans sa position face &#224; la r&#233;alit&#233; p&#233;ruvienne et la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire qui doit y &#234;tre organis&#233;e. Parti du P&#233;rou, son approche du marxisme n'est pas seulement d&#233;termin&#233;e par le contexte antipositiviste et anti-&#233;conomiciste h&#233;rit&#233; de son passage en Italie ; elle se d&#233;finit aussi par rapport &#224; une position g&#233;ographique, un positionnement dans le syst&#232;me-monde capitaliste o&#249; l'insertion des p&#233;riph&#233;ries se fait &#224; l'avantage exclusif des puissances centrales (les marges &#233;tant confin&#233;es &#224; un r&#244;le de colonie, de fournisseur de mati&#232;res premi&#232;res). C'est la situation de d&#233;pendance structurelle du P&#233;rou au sein du capitalisme mondial qui doit &#234;tre le point de d&#233;part de l'analyse, mais cela seulement en assimilant &#233;galement les caract&#233;ristiques nationales h&#233;rit&#233;es de la Conqu&#234;te, puis de la Colonie, et enfin de la R&#233;publique oligarchique. Il s'agit d'embrasser les diverses temporalit&#233;s des institutions r&#233;gissant la soci&#233;t&#233; p&#233;ruvienne au profit d'une classe de propri&#233;taires terriens f&#233;odaux et de bourgeois &#224; la solde des puissances imp&#233;rialistes, mais aussi les diverses temporalit&#233;s des luttes. Ce n'est pas chose ais&#233;e, et cela n'est possible que parce que Mari&#225;tegui prend r&#233;solument le parti de d&#233;marrer des faits, de les lire de mani&#232;re critique sans toutefois verser dans le dogmatisme. &#171; Le socialisme n'est pas [&#8230;] une doctrine indo-am&#233;ricaine. Mais aucune doctrine, aucun syst&#232;me contemporain ne l'est ni ne peut l'&#234;tre. Et le socialisme, bien qu'il soit n&#233; en Europe, comme le capitalisme, n'est pour autant ni sp&#233;cifiquement ni particuli&#232;rement europ&#233;en. C'est un mouvement mondial, auquel ne se soustrait aucun des pays qui se meuvent dans l'orbite de la civilisation occidentale. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le socialisme, et le marxisme en particulier, doivent &#234;tre recr&#233;&#233;s, renouvel&#233;s &#224; la lumi&#232;re de la r&#233;alit&#233; &#224; laquelle on pr&#233;tend l'appliquer. C'est pour cette raison que Mari&#225;tegui accorde dans son &#339;uvre une place aussi centrale &#224; la question des Indiens comme &#224; celle de la terre. H&#233;riti&#232;res de cinq cents ans de lutte, les communaut&#233;s incas ont su pr&#233;server leur organisation fond&#233;e sur la propri&#233;t&#233; commune de la terre et l'organisation collective du travail. Le &#171; communisme inca &#187; dont parle Mari&#225;tegui est donc ancr&#233; dans les racines profondes du P&#233;rou contemporain, survivance de cinq si&#232;cles de r&#233;pression et de massacres. &#171; Le socialisme est pr&#233;sent dans la tradition am&#233;ricaine. L'organisation communiste, primitive, la plus avanc&#233;e que l'Histoire ait connue est l'organisation inca. &#187; La strat&#233;gie r&#233;volutionnaire de Mari&#225;tegui va alors consister &#224; organiser les masses indiennes et prol&#233;taires en vue d'un objectif unificateur : la constitution d'un P&#233;rou &#171; int&#233;gral &#187;, qui ne se construise pas sur les divisions h&#233;rit&#233;es de la Conqu&#234;te, qui mette &#224; bas les murs &#233;rig&#233;s par des &#233;lites trop obnubil&#233;es par l'&#233;clat europ&#233;en pour voir la richesse de leur propre pays. C'est v&#233;ritablement un projet de nation r&#233;concili&#233;e, construisant &#224; partir de son pass&#233; le plus enracin&#233;, un ordre social juste pour le futur. &#171; Nous ne voulons certainement pas que le socialisme soit, en Am&#233;rique, calque et copie. Il doit &#234;tre cr&#233;ation h&#233;ro&#239;que. Nous devons donner vie, avec notre propre r&#233;alit&#233;, dans notre propre langage, au socialisme indo-am&#233;ricain. Voil&#224; une mission digne de la nouvelle g&#233;n&#233;ration &#187;, &#233;crit-il pour le texte comm&#233;morant les deux ans de la revue. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Sa position entre en franche contradiction avec la direction stalinienne promue par la Troisi&#232;me Internationale : lorsqu'il meurt, en 1930, sa doctrine est rejet&#233;e au profit de la ligne isolationniste d&#233;cid&#233;e &#224; Moscou pour tous les partis communistes. La pens&#233;e de Mari&#225;tegui va &#234;tre qualifi&#233;e de &#171; populiste &#187; et les relents de &#171; mariateguisme &#187; tax&#233;s de &#171; d&#233;viations &#187; jusque dans les ann&#233;es 1950. La d&#233;marche de Mari&#225;tegui et ses &#233;crits n'en vont pas moins refaire surface une d&#233;cennie plus tard. Pas seulement gr&#226;ce au renouveau th&#233;orique que produit la r&#233;volution cubaine, mais aussi du fait de la richesse de son &#339;uvre, o&#249; pratique politique et production th&#233;orique se combinent dans une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire englobante. Son h&#233;ritage est, entre autres, revendiqu&#233; par les penseurs d&#233;coloniaux, qui se r&#233;clament d'un savoir qui ne soit plus eurocentriste et s'affranchisse de toute colonialit&#233;. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mari&#225;tegui est pr&#233;curseur autant que passeur, et c'est dans cet intervalle, comme organisateur et intellectuel, qu'il s'avance comme exemple. Ses camarades de la CGTP lui font ainsi, &#224; sa mort, le plus brillant des hommages : &#171; Mari&#225;tegui est un des hommes de nos rangs. Il y a milit&#233; avec la plus grande abn&#233;gation. Il est venu &#224; notre classe, libre de toute compromission, de tout lien avec la classe qu'il a combattue. Ni journaliste de journal bourgeois ni membre de l'Universit&#233;, Mari&#225;tegui est et restera un intellectuel prol&#233;taire. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Jean GANESH&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte a &#233;t&#233; initialement publi&#233; sur le site Ballast.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_Gonz%C3%A1lez_Prada&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_Gonz%C3%A1lez_Prada&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%ADctor_Ra%C3%BAl_Haya_de_la_Torre&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%ADctor_Ra%C3%BAl_Haya_de_la_Torre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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	</item>
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		<title>Digression sur l'inactuel</title>
		<link>http://acontretemps.org/spip.php?article1171</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;L'actualit&#233; nous p&#232;se comme une chape. Elle nous arase le cerveau, nous ramollit les neurones, nous d&#233;vore le peu d'&#233;nergie qu'il nous reste. C'est que nous en sommes d&#233;pendants &#8211; comment pourrait-il en aller autrement quand le monde br&#251;le et que, chaque jour, ici ou l&#224;, des dingues galonn&#233;s et plus ou moins tar&#233;s attisent les brasiers de la haine de l'alt&#233;rit&#233; ? Il faut bien suivre, non ? Pas pour comprendre, juste pour ne pas perdre le fil de l'horreur qui nous plombe au quotidien. Quitte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique111" rel="directory"&gt;Digressions...&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2818 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L416xH241/ill._tete__digressions-41-4f826.jpg?1779091201' width='416' height='241' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://acontretemps.org/IMG/pdf/digression_sur_l_inactuel_fg_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 880.4 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;L'actualit&#233; nous p&#232;se comme une chape. Elle nous arase le cerveau, nous ramollit les neurones, nous d&#233;vore le peu d'&#233;nergie qu'il nous reste. C'est que nous en sommes d&#233;pendants &#8211; comment pourrait-il en aller autrement quand le monde br&#251;le et que, chaque jour, ici ou l&#224;, des dingues galonn&#233;s et plus ou moins tar&#233;s attisent les brasiers de la haine de l'alt&#233;rit&#233; ? Il faut bien suivre, non ? Pas pour comprendre, juste pour ne pas perdre le fil de l'horreur qui nous plombe au quotidien. Quitte &#224; &#234;tre au bord du d&#233;gueulis. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Pour s'informer, il y a l'expertise, c'est-&#224;-dire des types qui ne savent rien, sauf roter de plaisir &#224; l'id&#233;e de pouvoir jacter sur BFM ou France-Info. C'est bon, pensent-ils, pour leur carri&#232;re d'ignorants dipl&#244;m&#233;s. Pauvres types ! Ils passeront comme passent les modes, et par les temps qui courent, &#231;a passe&lt;br class='autobr' /&gt;
vite. Vu ce qu'est devenu aujourd'hui le paysage audiovisuel, un &#233;gout informationnel, ils y sont &#224; leur place pour tenir le manche et la cogn&#233;e, tout ensemble, et taper comme des sourds sur ce qui branle encore, l'id&#233;e qu'un autre monde est toujours possible, contre eux et leurs jugements merdeux. Ils sont pour Netanyahu quand les Palestiniens agonisent sous ses coups de boutoir, contre M&#233;lenchon et sa bande quand ils s'insoumettent &#224; leurs diktats, pour Trump quand il kidnappe &#224; la sauvage Maduro, bombarde l'Iran, dit tout et son contraire dans l'instant m&#234;me o&#249; il ouvre sa grande gueule. Ce sont des singes hurleurs gagn&#233;s &#224; l'ordre imp&#233;rialiste made in USA, incapables de penser autre chose que ce que, par IA interpos&#233;e, l'ordre dominant leur souffle. Des conneries que, cons eux-m&#234;mes, ils sont incapables de d&#233;coder. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Voil&#224;, le pr&#233;sent, c'est &#231;a : un &#233;vident triomphe de la m&#233;diocrit&#233; globale et un glissement progressif de la caste dominante vers une extr&#234;me droite qui se frotte d&#233;j&#224; les mains &#224; l'id&#233;e d'en &#234;tre bient&#244;t l'invit&#233; permanent. Alors, dans un tel climat, s'informer est un cauchemar, sauf &#224; se nourrir l'esprit ailleurs, notamment sur les m&#233;dias de contre-information ind&#233;pendants. Ils progressent, et c'est d&#233;j&#224; bien. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-114-e2838.jpg?1778921292' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Partant de l&#224;, de ce constat accablant, l'id&#233;e serait d'en sortir en faisant un pas de c&#244;t&#233; pour op&#233;rer une sorte de retour sur soi en r&#233;habitant, le temps d'un instant, un monde imaginaire habitable. L'id&#233;e m'est venue, un matin de d&#233;but de printemps o&#249; la douceur de l'air attisait une sensation de bien-&#234;tre, de hors-temps. Il faut, cela dit, aller plus loin dans l'explication. J'y vais. Il m'arrive de fr&#233;quenter un square tranquille de mon quartier. J'y suis toujours accompagn&#233; d'un livre, un livre que je choisis m&#233;ticuleusement dans ma biblioth&#232;que avec la certitude que c'est assur&#233;ment celui-ci, et pas un autre, qui me conviendra en cette matin&#233;e pr&#233;cise que je d&#233;cris. Qu'on le sache, la t&#226;che n'est pas ais&#233;e. Il faut qu'elle s'accorde &#224; l'&#233;tat d'esprit du jour, au temps qu'il fait, aux r&#234;ves ou cauchemars qui ont peupl&#233; ma nuit pr&#233;c&#233;dente. Ma biblioth&#232;que est vaste. Les humeurs qu'elle rec&#232;le s'y r&#233;v&#232;lent contradictoires, parfois antinomiques. D'o&#249; ma difficult&#233; &#224; m'accorder sur tel livre plut&#244;t que sur tel autre. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#192; ce moment pr&#233;cis du choix, le besoin d'inactualit&#233; est souvent primordial. Car il faut savoir s'abstraire de son temps, r&#233;emprunter d'anciennes sentes pour d&#233;cloisonner son esprit des pesanteurs accablantes d'un trop-pr&#233;sent d&#233;vorant. On dira que c'est une pr&#233;occupation de vieux. Je m'en fous d'autant que je suis convaincu, et depuis longtemps pour ce qui me concerne, que le pr&#233;sentisme est une cl&#244;ture qui ignore le temps long, complexe et contradictoire de l'histoire, son pass&#233; donc, pour n'en retenir au mieux, que quelques vrais ou faux rem&#232;des apparemment n&#233;cessaires &#224; apaiser provisoirement des consciences par trop livr&#233;es au zapping g&#233;n&#233;ralis&#233; d'un pr&#233;sent sans pr&#233;sence et priv&#233; de tout horizon d'attente. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-114-e2838.jpg?1778921292' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Ce jour, le choix fut difficile avant de devenir &#233;vident. Comme &#231;a, soudainement. J'avais besoin d'un livre d'Henri Calet. Pour cheminer un temps avec ses solitudes de moraliste . Et plus pr&#233;cis&#233;ment, de &lt;i&gt;Contre l'oubli&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les cahiers rouges &#187;, Grasset, 1992.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, publi&#233; en 1948, chronique d'une fin de guerre r&#233;alis&#233;e pour &lt;i&gt;Combat&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Terre des hommes&lt;/i&gt; entre 1944 et 1948, en ce moment o&#249; le soleil de la victoire crevait &#224; peine le brouillard des chagrins. &#192; le relire aujourd'hui, ce livre, on est saisi par son humanit&#233; profonde. Il est toujours &#224; hauteur d'homme, c'est-&#224;-dire de peine. La marque de Calet, c'est d'abord une mani&#232;re d'accrocher le d&#233;tail qui manque et navre. Pour avoir quelque chance de se sauver du naufrage sans croire &#224; l'homme majuscule. Un mod&#232;le d'&#233;crivain non-chr&#233;tien, mal pensant, en somme, sans opinion sur l'au-del&#224;, anarchiste existentiel convaincu que l'existence est le contraire de l'existentialisme, comme l'humain serait le contraire de l'humanisme. C'est pourquoi il &#233;crit comme il est : &#171; &#224; ras d'homme &#187;, dira-t-il dans &lt;i&gt;Peau d'ours&lt;/i&gt;. Sans chercher jamais &#224; le magnifier, &#224; l'id&#233;aliser. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Dans un des textes de ce recueil &#8211; &#171; Les lois de l'hospitalit&#233; &#187; &#8211;, que les ignares gagn&#233;s &#224; &#171; l'id&#233;e &#187; d'un suppos&#233; &#171; grand remplacement &#187;, ne liront jamais, Calet revient sur la suspension ou le retrait des listes, en juillet 1940, par les autorit&#233;s de Vichy, de la plupart des demandes de naturalisation. Il est vrai, ajoute-t-il, que &#171; bien des choses ont, alors, &#233;t&#233; suspendues, la libert&#233; notamment &#187;, et se f&#233;licite de la r&#233;ouverture des dossiers, en 1945, par les nouvelles autorit&#233;s de ladite France Libre. &#171; Il y a une grande besogne &#224; accomplir &#8211; pr&#233;cise-t-il &#8211; mais on a quelques raisons de penser qu'elle sera &#233;court&#233;e consid&#233;rablement par la disparition de bon nombre d'imp&#233;trants. Il faudrait aller les chercher dans les fosses communes de l'Europe de l'Est. &#187; Du pur Calet. Comme sa conclusion : &#171; Maintenant, on ne parlera pas de morale, mais seulement d'int&#233;r&#234;t [&#8230;] : nous avons besoin d'une main-d'&#339;uvre du dehors. Cela est d&#233;montr&#233;. Il convient donc que la France ait au plus t&#244;t un statut l&#233;gislatif de l'&#233;tranger. On d&#233;sirerait que ce statut s'inspir&#226;t &lt;i&gt;simplement et g&#233;n&#233;reusement&lt;/i&gt; des lois de l'hospitalit&#233;. &#187; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
L'autre point fort &#8211; &#233;blouissant &#8211; de ce recueil, c'est indiscutablement sa s&#233;rie de textes sur les &#171; survivants de Fresnes &#187;. Toute la mani&#232;re et le talent de Calet s'y confirment. Sa qu&#234;te de v&#233;rit&#233; humainement historique s'y justifie totalement. Ici pas de v&#233;ritables h&#233;ros, juste des hommes et des femmes sans autre qualit&#233; que d'avoir voulu &#233;chapper, le plus souvent en vain, &#224; l'ignominie d'un temps de chasse &#224; l'homme. C'est &#224; traquer cette traque qu'il op&#232;re. Pour l'honneur des vaincus, mais sans emphase. Comme toujours puisque que c'est sa marque. Ind&#233;l&#233;bile. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-114-e2838.jpg?1778921292' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Assis sur un banc de mon square de quartier, cette &#233;ni&#232;me lecture de Calet me fait soudain penser que son inactualit&#233; n'est pas &#233;trang&#232;re &#224; sa force, celle qui, pr&#233;cis&#233;ment, ne s'affirme que dans l'acte de r&#233;sistance &#224; l'oubli. Et ce faisant, je ne peux que constater que le r&#233;gime du pr&#233;sent perp&#233;tuel dans lequel nous vivons d&#233;sormais en &#233;tat d'urgence permanent instaure, de facto, un nouveau rapport au temps captif qu'il nous impose et dont on ne peut s'&#233;vader qu'en op&#233;rant un d&#233;centrement volontaire du regard, une sorte mise &#224; l'&#233;cart de l'&#233;tat d'enfermement dans lequel il nous maintient. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Avec la perspective illusoire de la &#171; fin de l'histoire &#187;, cette notion de &#171; pr&#233;sent perp&#233;tuel &#187;, si propre &#224; notre basse &#233;poque, c'est &#224; n'en pas douter un capitalisme en voie de n&#233;o-lib&#233;ralisation mondialis&#233;e qui, dans les ann&#233;es 1990, apr&#232;s la chute de l'URSS et l'ouverture infinie du domaine du March&#233;, l'a impos&#233;e. Au forceps, &#224; marche forc&#233;e et avec les catastrophes sociales r&#233;p&#233;t&#233;es que l'on a v&#233;cues depuis. L'illusion a fait le reste, un gros reste, puisque l'adh&#233;sion &#224; cette vision du monde de l'illimitation a conquis bien des esprits d&#233;faillants, notamment dans une jeunesse qui a fini par troquer les anciens r&#234;ves &#233;mancipateurs de ses a&#238;n&#233;s contre une entr&#233;e dans le monde de la surconsommation sans cesse renouvel&#233;e de f&#233;tiches frelat&#233;s. Parall&#232;lement &#224; cela, le TINA de Thatcher a fait des &#233;mules un peu partout ; des pans entiers du contre-pouvoir ouvrier sont tomb&#233;s sans que cela &#233;meuve outre-mesure une social-d&#233;mocratie vite ralli&#233;e &#224; son programme. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-114-e2838.jpg?1778921292' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Dans ce monde, le futur est au c&#339;ur du pr&#233;sent, comme int&#233;gr&#233; &#224; son omnipr&#233;sence o&#249;, toujours plus rapidement, le presque m&#234;me succ&#232;de au m&#234;me dans l'oubli assum&#233; du pass&#233; et de la conscience historique qu'il porte en lui. C'est cette perspective pr&#233;sentiste qu'il faut enrayer. Et pour cela, il faut puiser &#224; des traditions vivantes de r&#233;sistance. Dans ce domaine, l'id&#233;e benjaminienne, port&#233;e par les rebelles zapatistes du Chiapas depuis 1994, que l'histoire doit faire passerelle essentielle pour &#171; r&#233;tablir &#187;, comme le dit l'excellent J&#233;r&#244;me Baschet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Baschet, D&#233;faire la tyrannie du pr&#233;sent : temporalit&#233;s &#233;mergentes et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans un m&#234;me mouvement, &#171; m&#233;moire du pass&#233; &#187; et &#171; possibilit&#233; du futur &#187;. Quitte &#224; &#171; regarder en arri&#232;re pour avancer vers l'avant &#187; ou, plus paradoxalement encore, &#224; carr&#233;ment &#171; avancer vers l'arri&#232;re &#187; pour r&#233;sister au &#171; pr&#233;sent perp&#233;tuel &#187;, comme le proclament les zapatistes. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Nous voil&#224; loin des foireux sermons d'une postmodernit&#233; exsangue dont le seul apport aura &#233;t&#233; de jeter les grands r&#233;cits d'&#233;mancipation aux poubelles de l'histoire. Il est grand temps de les rouvrir. Pour rendre plus respirable notre atmosph&#232;re et cultiver nos anciennes m&#233;moires qui sont, comme disent les zapatistes, autant de combustibles pour pouvoir lutter et esp&#233;rer vaincre cet &#171; &#233;ternel pr&#233;sent &#187; mortif&#232;re. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les cahiers rouges &#187;, Grasset, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Baschet, &lt;i&gt;D&#233;faire la tyrannie du pr&#233;sent : temporalit&#233;s &#233;mergentes et futurs in&#233;dits&lt;/i&gt;, &#171; L'horizon des possibles &#187;, La D&#233;couverte, 320 p, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Citadelle de la honte</title>
		<link>http://acontretemps.org/spip.php?article1170</link>
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		<dc:date>2026-05-11T06:40:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F.G.</dc:creator>







		<description>
&lt;p&gt;&#9632; S&#233;bastien NAVARRO MALV&#201;SI Les &#201;ditions du bout de la ville, 2026, 144 p. Il est toujours casse-gueule de chroniquer le livre d'un ami, surtout quand il s'agit d'un collaborateur actif d'un site &#8211; celui-ci &#8211; sur lequel nos signatures se c&#244;toient. S&#233;bastien Navarro, auteur du remarquable P&#233;age Sud (Le Chien rouge, 2020 &#8211; recens&#233; ici [Recens&#233; ici]) sur ses aventures gilets-jaun&#233;es, nous livre une petite merveille de lecture. Le rond-point cette fois-ci, c'est celui du sigle du danger (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;Recensions et &#233;tudes critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2815 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L186xH300/ill_une-10-6f9db.jpg?1778243745' width='186' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;&#9632; S&#233;bastien NAVARRO&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;MALV&#201;SI&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Les &#201;ditions du bout de la ville, 2026, 144 p.&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2817 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://acontretemps.org/IMG/pdf/la_citadelle_de_la_honte_word_.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 447.1 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1783504111' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Texte en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est toujours casse-gueule de chroniquer le livre d'un ami, surtout quand il s'agit d'un collaborateur actif d'un site &#8211; celui-ci &#8211; sur lequel nos signatures se c&#244;toient. S&#233;bastien Navarro, auteur du remarquable &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; (Le Chien rouge, 2020 &#8211; recens&#233; ici [&lt;a href=&#034;https://acontretemps.org/spip.php?article815.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Recens&#233; ici&lt;/a&gt;]) sur ses aventures gilets-jaun&#233;es, nous livre une petite merveille de lecture. Le rond-point cette fois-ci, c'est celui du sigle du danger nucl&#233;aire, rapport &#224; une usine narbonnaise et ses catastrophes humaines, sociales et environnementales. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Outre un style affirm&#233; indiscutable et reconnaissable, il y a chez S&#233;bastien Navarro une mani&#232;re particuli&#232;re de s'engager personnellement dans ses textes et ouvrages. En mouillant sa chemise au sens plein du terme. Par la mise en avant des contradictions, impasses, coups de c&#339;ur, col&#232;res, sursauts qui l'habitent. Une totale implication de son &#171; moi &#187;, en somme. Qu'on se rassure, cela dit, pas d'un &#171; moi &#187; auto-complaisant ou satisfait. Navarro est un inquiet par nature, qui sait se faire, quand la n&#233;cessit&#233; s'impose, inqui&#233;tant inqui&#233;teur. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-113-f68bb.jpg?1778243745' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Tout commence par une pr&#233;sentation du d&#233;j&#224; cit&#233; &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt; aux &#171; Lucioles de la col&#232;re &#187;, un festival de la &#171; gauche radicale &#187; qui a pris ses habitudes sur un causse pel&#233; du Quercy. L'auteur y va parce qu'il faut bien y aller, cause &#233;ditoriale oblige et en militant, mais sans v&#233;ritable envie. Il s'est cogn&#233;, il est vrai, une longue route sous un cagnard de plomb et conna&#238;t assez bien, pour les avoir fr&#233;quent&#233;es, les ambiances pas toujours fraternelles des lieux alternatifs. L'auteur prend sur lui. Avant de d&#233;velopper son intervention sur l'offensive fluo, il patiente en consultant des d&#233;pliants divers et vari&#233;s, parmi lesquels une brochure &#233;l&#233;gante dont un pictogramme symbolise &#171; une famille rassembl&#233;e sous un immense parapluie color&#233;. Tout en bas &#224; droite, le tr&#232;fle radioactif ench&#226;ss&#233; dans un triangle dont les trois angles sont surlign&#233;s des mentions : &#8220;Areva, Malv&#233;si, Danger&#8221; &#187;. Assez pour que, de loin, sa m&#233;moire s'avive sur cette putain d'usine de Malv&#233;si, mais surtout pour que remonte en lui le souvenir vivace de Nadejda, qui, quelques ann&#233;es plus t&#244;t tenta, malgr&#233; ses r&#233;serves vis-&#224;-vis des &#233;cologistes plan-plan, de l'y impliquer. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Par les temps de catastrophes r&#233;p&#233;t&#233;es que nous vivons, et qui finissent toutes par devenir presque &#171; naturelles &#187;, aux dires d'une expertise dominante aussi ignare que galonn&#233;e, il est possible, voire probable, que nos souvenirs ou nos savoirs se soient all&#233;g&#233;s du poids de malheur que repr&#233;senta pour Narbonne et le Minervois l'installation, datant de la fin des ann&#233;es 1950, montant en puissance dans les ann&#233;es 1960-1980 et s'&#233;tendant au d&#233;but des ann&#233;es 2000, de l'usine Orano-Malv&#233;si (Areva-Malv&#233;si apr&#232;s 2018), dont la sp&#233;cialit&#233; est de &#171; purifier &#187; l'uranium pour la fili&#232;re nucl&#233;aire fran&#231;aise, civile et militaire, mais aussi pour des centrales europ&#233;ennes. &lt;br/&gt;
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C'est ainsi que, par une sorte de t&#233;lescopage de m&#233;moire, le Gilet jaune assum&#233; Navarro se persuade de l'intime n&#233;cessit&#233; de revenir sur cette putain d'usine et les ravages environnementaux et humains qu'elle occasionne depuis belle lurette. Partant de l&#224;, la nuit m&#234;me de cette pr&#233;sentation de &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt;, le narrateur prend la route vers l'oppidum de Montlaur&#232;s qui domine cette usine, celle o&#249;, en d'autres temps, Nadejda avait souhait&#233; qu'il l'accompagn&#226;t. Juste pour voir et comprendre, disait-elle, l'ampleur du dispositif mis en place par les nucl&#233;aristes et le pouvoir. Dans la t&#234;te de l'auteur, un livre-enqu&#234;te se dessinait d&#233;j&#224;. &lt;br/&gt;
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C'est &#224; partir d'un carnet de Nadejda intitul&#233; &#171; MALVESI &#187; et o&#249; figure une liste de &#171; personnes &#224; contacter &#187; que l'enqu&#234;teur improvis&#233; commence &#224; tirer des fils. Pour une entr&#233;e en mati&#232;re, on peut dire qu'il tombe sur le bon t&#233;moin : Andr&#233;, natif de Carcassonne, docteur en biologie v&#233;g&#233;tale et ancien directeur de recherche en sciences de l'environnement &#224; l'INRA. Retrait&#233;, il habite &#224; une dizaine de kilom&#232;tres de Narbonne. Il conna&#238;t l'histoire de Malv&#233;si depuis ses origines sur le bout des doigts. Elle est pour le moins sal&#233;e : 500 000 tonnes d'uranium ont &#233;t&#233; transform&#233;es et purifi&#233;es depuis la cr&#233;ation du site et un million de tonnes d'acide nitrique concentr&#233; a &#233;t&#233; utilis&#233; pour ce faire. On retrouve de l'uranium tout autour de Malv&#233;si, ponctue Andr&#233;, mais aussi du protoxyde d'azote, toutes les rivi&#232;res sont pollu&#233;es aux alentours et Narbonne d&#233;tient le record des taux de cancer du poumon en Occitanie. Viva la vida !
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-113-f68bb.jpg?1778243745' width='57' height='57' alt='' /&gt;
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La force d'&#233;nonciation du &lt;i&gt;Malv&#233;si&lt;/i&gt; de S&#233;bastien Navarro tient pour beaucoup &#224; la forme d'&#233;criture qu'il a trouv&#233;e &#8211; et qui, au fond, quel que soit le th&#232;me trait&#233;, est presque naturellement la sienne. Nous sommes l&#224; dans une enqu&#234;te faisant polar noir &#233;cologico-m&#233;taphysico-politique. Comme le bonhomme, qui est un savant expert dans ce genre de litt&#233;rature, conna&#238;t bien ses r&#232;gles et ses meilleurs auteurs &#8211; Manchette, notamment &#8211;, il en tire la substantifique moelle pour s'exposer, comme sujet actif d'une enqu&#234;te o&#249;, de d&#233;couverte en d&#233;couverte, il mesure l'&#233;normit&#233; d'une authentique catastrophe humaine, mais aussi, et c'est douloureux, le poids de remords li&#233; &#224; la l&#233;g&#232;ret&#233; avec laquelle il l'avait appr&#233;hend&#233;e du temps o&#249; Nadejda cherchait son soutien et son implication. &lt;br/&gt;
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C'est sans doute au croisement des r&#233;voltes et des douleurs qu'elles g&#233;n&#232;rent qu'il faut chercher le ressort de cette qu&#234;te &#233;perdue de v&#233;rit&#233; concr&#232;te et de cette imp&#233;rative n&#233;cessit&#233; de retrouver des t&#233;moins. L'ardeur &#224; la t&#226;che que l'enqu&#234;teur Navarro y met en atteste. Apr&#232;s Andr&#233;, ce sera Herv&#233;, ing&#233;nieur et prof militant &#224; &#171; Sortir du nucl&#233;aire &#187; ; Michel, un travailleur d'Orano-Malv&#233;si, m&#233;cano de son m&#233;tier qui ressentit, &#224; trente-deux ans, le premier sympt&#244;me &#8211; la fatigue &#8211; d'une leuc&#233;mie lympho&#239;de reconnue maladie professionnelle dix ans apr&#232;s et dont il souffre toujours ; des membres de &#171; Transparence des canaux de la Narbonnaise &#187; (TCNA) qui lui donnent l'impression d'&#234;tre enferr&#233;s dans une strat&#233;gie de &#171; dramatisation sans issue &#187; ; Jo&#235;l, un menuisier natif de Narbonne et d&#233;cid&#233; &#224; y rester malgr&#233; son taux d'urine glyphosat&#233;, menuisier et ex-faucheur-volontaire, s'inscrivant dans toutes les luttes contre le Monstre depuis qu'il a vu la digue c&#233;der et d&#233;gueuler toutes ses saloperies sur le jardin de ses amis ; ou encore Ghislaine, install&#233;e malgr&#233; elle en zone Seveso depuis 1999, d&#233;couvrant que les charmantes collines au loin ne sont en r&#233;alit&#233; que des tas de d&#233;chets, t&#233;moin de la m&#234;me catastrophe que Jo&#235;l, et d&#233;cid&#233;e tout autant que lui &#224; ne pas d&#233;serter. &lt;br/&gt;
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Parmi ces t&#233;moins, Maryse, elle, est un cas hors norme &#8211; &#171; une militante de gauche &#233;colo et antinucl&#233;aire qui phosphorait avec l'&#233;nergie nucl&#233;aire &#187;, &#233;crit le narrateur. Et, pour le coup, tout le prouve : docteur en physique nucl&#233;aire, la dame, adh&#233;rente &#224; diverses assos &#233;colos, a suivi de tr&#232;s pr&#232;s, en professionnelle qu'elle &#233;tait, la catastrophe de l'usine chimique AZF &#224; Toulouse qui, en 2001, a fait 31 morts et 2 500 bless&#233;s ; en 2019, c'est une quantit&#233; incroyable de chlore qui a failli sauter &#224; la gueule des Rouennais (et au-del&#224;), cons&#233;quence de l'incendie de Lubrizol, usine am&#233;ricaine de lubrifiant automobile de La Grande Paroisse, o&#249; pr&#232;s de 10 000 tonnes de produits chimiques sont parties en fum&#233;es toxiques. Le c&#244;t&#233; paradoxal, pour ne pas dire contradictoire, du personnage de Maryse est touchant. Sa mani&#232;re d'&#234;tre dedans, en travaillant indirectement pour l'industrie nucl&#233;aire, et dehors, en manifestant un soutien, m&#234;me critique, aux militants antinucl&#233;aires locaux la rend globalement insaisissable. En fin de compte, d'une certaine mani&#232;re, elle choisira son camp, si l'on peut dire, en acceptant une proposition du pr&#233;fet de l'Aude de copr&#233;sider un &#171; comit&#233; de suivi des rejets &#187;. Se targuant du soutien de militants antinucl&#233;aires locaux partisans du moindre mal, Maryse a accept&#233; la mission. Quant &#224; se demander, comme le fait le narrateur, si Maryse fut au moins effleur&#233;e par l'id&#233;e que cette proposition politique pouvait relever d'un pi&#232;ge tendu par la firme en gonflant son &#171; capital probit&#233; &#187;, on ne le saura pas. Il est probable cependant que, dans sa communication, Orano-Malv&#233;si a d&#251; se targuer souvent de compter dans ses rangs, comme l'&#233;crit l'auteur, &#171; une scientifique chevronn&#233;e et de surcro&#238;t militante notoirement antinucl&#233;aire &#187;. Telle est l'ampleur des contradictions au sein du peuple. Navarro ne les juge pas, mais il les prend dans les gencives et continue de tourner en rond. &#171; La Citadelle se foutait des col&#232;res et des peurs populaires, &#233;crit-il, c'&#233;tait une grasse douairi&#232;re qui savait son cul ind&#233;tr&#244;nable. &#187; Il y a de cela. La Citadelle animait les controverses en les nourrissant. Une copine plut&#244;t rabrouante, Mona, lui remonte les bretelles : il ne faut pas l&#226;cher, et encore moins quand on a &#233;t&#233; Gilet jaune et occupant de ronds-points. Et de pr&#233;ciser : &#171; La guerre contre le nucl&#233;aire, elle n'est ni de position ni technique. Elle est sociale. &#187; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-113-f68bb.jpg?1778243745' width='57' height='57' alt='' /&gt;
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Navarro nous donne &#224; voir le nucl&#233;aire dans la r&#233;alit&#233; du bourbier quotidien qu'il est. Pro ou anti, le nucl&#233;aire est l&#224; pour un bout de temps, sans solution pour traiter ses d&#233;chets aussi nocifs que durables, ni protocole cr&#233;dible des ing&#233;nieux ing&#233;nieurs pour d&#233;manteler les centrales, m&#234;me trop vieilles &#8211; nous rappelant que &#171; quarante ans apr&#232;s son arr&#234;t, la centrale de Brennilis dans les monts d'Arr&#233;e n'&#233;tait toujours pas d&#233;mantel&#233;e &#187;. &lt;br/
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Loin des luttes qui s'attaquent spectaculairement aux imposantes centrales avec leur panache de fum&#233;e blanche, &#224; ces petits bijoux techniques de production d'une &#233;nergie d&#233;sormais class&#233;e comme &#171; verte &#187;, ou &#224; la giga-promesse d'enfouissement des d&#233;chets &#224; Bure, l'enqu&#234;teur Navarro d&#233;cale la focale, nous invitant &#224; regarder la for&#234;t et pas seulement l'arbre qui la cache. Malv&#233;si n'est qu'un maillon. Pas une centrale, une usine de retraitement de l'uranium. Et le d&#233;sastre est tout autant ici que l&#224;. &#192; chaque fois que les pollutions ne peuvent plus &#234;tre tues, une nouvelle &#171; solution &#187; ajoute son lot de destruction du pays, de l'eau, du pinard &#8211; longtemps, Malv&#233;si fut le nom d'un domaine viticole &#8211;, de nos corps. &lt;br/
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L'enqu&#234;te offre aussi en creux une r&#233;flexion sur nos militances : marqu&#233; profond&#233;ment par le vent frais des Gilets jaunes, et pas pr&#234;t &#224; renoncer &#224; ce qui s'y est propos&#233;, c'est avec ce regard qu'il interroge les luttes et dresse ce portrait des oppositions &#224; l'usine. De Nadejda avec sa verve &#233;colo &#224; Ghislaine et le collectif COL.E.R.E &#8211; sigle anarchiquement ponctu&#233; pour signifier Collectif pour l'environnement des riverains &#233;lysiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#201;lysiques, l'une des premi&#232;res civilisations de la r&#233;gion, d&#233;signaient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211;, de Jo&#235;l et les collectifs d'habitants aux c&#233;g&#233;tistes attach&#233;s aux questions de l'emploi, des lanceurs d'alerte solitaire, experts &#232;s-nuk' ou sant&#233;, aux collectifs r&#233;sign&#233;s s'attachant &#224; la gestion des catastrophes, des tenants des n&#233;gociateurs du oui-mais aux plus radicaux. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L57xH57/tulipe-113-f68bb.jpg?1778243745' width='57' height='57' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&#192; la fois mordante et fraternelle, ac&#233;r&#233;e et a&#233;rienne, gouailleuse et stylis&#233;e, la plume de l'ami S&#233;bastien Navarro s'applique &#224; nous faire toucher du regard ce que l'horreur nucl&#233;ariste nous dit de notre &#233;poque, mais aussi de nos l&#226;chet&#233;s, de nos craintes, de nos &#233;garements et de nos col&#232;res infinies. &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Freddy GOMEZ&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#201;lysiques, l'une des premi&#232;res civilisations de la r&#233;gion, d&#233;signaient un peuple vivant &#224; l'&#226;ge du fer entre Cap d'Agde et Leucate, pratiquant l'agriculture et la p&#234;che et commer&#231;ant avec les Ph&#233;niciens, les &#201;trusques et d'autres peuples italiques. Vivant dans des oppida, petites cit&#233;s perch&#233;es, leur capitale &#233;tait l'oppidum de Montlaur&#232;s, si cher &#224; l'auteur&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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