En guise de sommaire et de présentation

À contretemps, n° 5, novembre 2001
lundi 15 décembre 2008
par  .
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Directeur d’un quotidien à grand tirage, un plumitif espagnol de la pire espèce – post-moderne – a commis, récemment, dans un de ses éditoriaux, une furieuse comparaison entre Kropotkine et Ben Laden. Pour ce faire, l’inepte écrivassier ne s’est pas contenté de galéjer sur la similitude des systèmes pileux de l’auteur de La Conquête du pain et de l’allumé du fascisme islamiste – ce qui, somme toute, n’eût révélé que cette prédisposition de l’esprit du temps pour la dérision la plus glauque –, mais il a fouillé les poubelles de sa confuse mémoire pour y trouver, dans les deux cas, une commune origine de classe et un goût partagé pour la barbarie. Pas de quoi fouetter un chat noir, direz-vous... Certes, l’analphabétisme journalistique, à l’égal de sa prétention, a si largement fait ses preuves que l’indignation a fini par céder sous le poids de l’habitude. Il n’empêche, le fait mérite d’être relevé comme indication passagère d’un certain rapport policier que l’Espagne de la transition démocratique et de la modernité sans frein entretient avec l’anarchisme. L’autre face du discours, c’est la criminalisation des barbus... kropotkiniens.

Dans le même temps, on apprend que la ville de León, haut lieu de la Vieille-Castille, va donner le nom d’une de ses rues à l’un de ses célèbres natifs, Buenaventura Durruti, et que, le 8 novembre, une cérémonie officielle célébrera l’événement. Hormis les blasés, les teigneux et autres ironiques persifleurs de l’institutionnalisation, il n’est pas douteux que, dans leur grande majorité, les héritiers de l’Espagne rouge et noire y verront une juste reconnaissance d’une de ses figures les plus mythiques.

Liées entre elles, ces deux informations s’accordent assez bien, avouons-le, à notre actualité « à-contretemporelle ». Elles semblent, en tout cas, prouver que, de l’autre côté des Pyrénées, le référent « anarchisme » peut encore agiter les fantasmes de la valetaille à carte de presse ou titiller la fibre populaire d’un quelconque édile de province. Deux façons, en somme, de jouer avec l’histoire et avec la mémoire du mythe...

Le présent numéro d’À contretemps ne prétend nullement figer l’histoire d’un événement constitutif de notre mémoire. Il faut le prendre pour ce qu’il est : une interrogation du mythe, une revendication de lucidité et un dialogue à plusieurs voix sur la transmission, toutes choses s’articulant autour de deux livres – El lenguaje de los hechos (ouvrage collectif autour de Durruti) et Ni l’arbre, ni la pierre, de Daniel Pinós – et d’un film – Ortiz, général sans dieu ni maître, d’Ariel Camacho, Phil Casoar et Laurent Guyot.

Sommaire

- « Le langage des faits ou l’autre Durruti » (José Fergo), à propos de l’ouvrage collectif El lenguaje de los hechos (Le langage des faits) (pdf) ;

- « Des Monegros à l’impasse de la Quarantaine » (Freddy Gomez), à propos du livre Ni l’arbre, ni la pierre, de Daniel Pinós (pdf) ;

- « La folle épopée d’Antonio Ortiz » (Freddy Gomez), à propos du film Ortiz, général sans dieu ni maître, d’Ariel Camacho, Phil Casoar et Laurent Guyot (pdf) ;

- « Un temps si lointain » (pdf) ;

- Entretien avec Daniel Pinós et Ariel Camacho (pdf).


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