En guise de présentation
ON constatera que ce numéro 7 d’A contretemps se caractérise, pour partie, par un certain cosmopolitisme dans le choix des ouvrages présentés. A défaut de les lire – en anglais, en italien, en espagnol et en russe – on pourra ainsi se faire une idée de leur contenu et – pourquoi le cacher ? – de leur richesse d’analyse. La pratique suppose au moins le bilinguisme et un petit talent d’écriture. Avis, donc, aux lecteurs polyglottes que l’aventure tenterait : il peut se trouver, ici ou là, quelque livre méritoire écrit dans un idiome étrange dont une plume agilement critique pourrait rendre compte dans notre hexagonal bulletin. Leurs textes seront, bien sûr, les bienvenus, car si le monde est notre patrie, il est trop vaste pour nos seules aptitudes et faibles moyens. Encore faudra-t-il que leurs contributions nous agréent – ce qui n’est pas une mince affaire –, mais la satisfaction de se voir publié dans ce précieux bulletin vaut bien quelques instants d’hésitante attente…
Puisque de bulletin et de lecteurs il s’agit – appréciez la transition – l’heure est probablement venue d’en rabattre sur une de nos principa-les prétentions et, sachez-le, il nous en coûte. Pour faire court, il suffi-rait de dire que ce sain principe de la gratuité qui nous a guidés jus-qu’à ce jour semble battu en brèche par une réalité désolante : contre toute attente, le succès gagne et avec lui, diantre, les frais se multi-plient. Parti à moins d’une centaine, le navire pouvait voguer sans risque majeur de tangage sur l’océan des Lettres subversives ; à pres-que le double, il faut écoper plus que nécessaire et, comme chacun sait, la fatigue finit par nuire au plaisir. Amère mais évidente, la cons-tatation s’impose donc : le nombre, même relatif, met en cause les plus nobles destinées. Entendons-nous bien, ce n’est pas qu’on coule, mais les eaux montent et les dettes avec.
Têtus, quelques-uns parmi nous résistent à l’outrage : il ne sera pas dit qu’on dût payer pour lire ce bulletin. D’autres, admirablement pragmatiques, dénoncent l’entêtement des premiers au prétexte que le beau principe risquerait de le confiner dans des limites que la réalité même semble contester. Tous, cependant, rechignent aux démarches légales et à la fixation d’un tarif correspondant à ceux pratiqués sur le marché – quelle horreur !
Nous en sommes là, lecteur, un peu dépités par la surprenante de-mande et hésitants sur la marche à suivre. Alors, après débat et comme souvent, la solution envisagée n’en est pas vraiment une, mais elle a le mérite de te renvoyer la balle et, si ta bourse te le permet, de te mettre, à ta convenance, à contribution. Si tu ne le peux pas, rien ne changera entre nous. D’autres, nous en sommes sûrs, pourront pour toi, solidai-rement.
Mille excuses pour la vénalité des propos, et bonne lecture
A contretemps
De Samuel Huntington à l’après 11-septembre Gilles Fortin
Du jargon ou la « part maudite » de l’Histoire Mireille L’Hour
Paris-la-Belle, Paris rebelle Arlette Grumo
D’une « transition démocratique » à l’espagnoleJosé Fergo
Experts en « corporate propaganda » Miguel Chueca
L’anarchiste et le juif Freddy Gomez
Les lettres de Pierre Kropotkine à Marie Goldsmith Frank Mintz