Accueil du site2008 Maxime Leroy, Armand Robin, Jean-Claude Michéa, Espagne, Mai 37N°30 - Armand Robin, 1912 -1961 (avril 2008)
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vendredi 24 mai 2013
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N°30 - Armand Robin, 1912 -1961 (avril 2008)

Dessin de Fabricio Van den Broeck « La propagande obsessionnelle tend à persuader qu’il n’y a qu’avantages à ne plus entendre par soi-même ; la machine à regarder peut servir à créer une inédite variété d’aveugles. »

Armand Robin, « Le peuple des télécommandés », La Fausse Parole, 1953.


Convenons-en, cette époque des lendemains de guerre fut désastreuse pour la pensée libre. On l’a sans doute trop oublié tant la nôtre est faste pour la pensée molle. D’où cette lancinante nostalgie qui en émerge, pour un temps où, dit-on, l’avenir aurait irradié de lendemains chantants. L’ignorance moderne est sans limite.

Du haut de ses citadelles imprenables et tirant parti d’une résistance qu’il dénonça jusqu’en 1942, le Parti stalinien français exerça alors, au moins quelque dix ans durant, une authentique terreur intellectuelle contre quiconque venait à contrarier ses dogmes et sa volonté hégémonique. Dans cette chasse générale, les déviants n’avaient pas tous, à ses yeux, le même intérêt. Il réserva un sort particulier aux quelques canards sauvages – trotskistes, marxistes révolutionnaires et anarchistes – qui, contre vents et marées, continuaient de se réclamer d’une perspective révolutionnaire.

Partant du présupposé que lui seul incarnait les lumières socialistes, il s’occupa, avec une rare constance, de vouer ses ennemis – et particulièrement ceux de gauche, insistons – aux ténèbres de la trahison ou de la déraison. Pour ce faire, il disposait d’un appareil de propagande puissant et bien huilé, dont L’Humanité et Les Lettres françaises – sous direction d’Aragon – étaient les fleurons. Au-delà, il savait pouvoir compter sur une cohorte de flics de la pensée toujours prêts à traquer la dissidence, chacun sur son terrain. On les appela les compagnons de route. Ils furent surtout des idiots utiles.

 
Articles publiés dans cette rubrique
Gilles Fortin
Armand Robin au « Libertaire »
« Les anarchistes ne peuvent être “contre”, ils sont forcément en dehors.
Être “contre” serait encore donner au mal un appui, lui prêter une force qu’il n’a pas.
Le mal jamais n’a de puissance si nous ne lui en prêtons pas. »
Armand Robin
EN cet an I d’une Libération qui vit accéder aux postes de commande les porte-voix patentés d’une Résistance victorieuse, la patrie reconnaissante communiait, souriante, sous les plis du drapeau tricolore. Prise entre le marteau stalinien et l’enclume gaulliste, l’époque se voulait (...)

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Au sommaire de ce trentième numéro…
ARMAND ROBIN, 1912-1961
Flagrant délit d’absence, par Pol Le Droch
Au pays des consciences traquées, par Yannick Thô
« En ces temps où je devins poète ouighour… », par Arlette Grumo
L’insolence du bourreau, par Freddy Gomez
Portraits croisés d’un homme sans nouvelle, par Victor Keiner
Armand Robin au « Libertaire », par Gilles Fortin
Cerner le mal…, par Guy Benoît
Armand Robin l’indésirable : choix de textes
Présentation
Lettre à la Gestapo
Avant-propos des « Poèmes indésirables »
Demande officielle pour obtenir d’être sur (...)

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Yannick Thô
Au pays des consciences traquées
« À l’origine, mes jours indiciblement douloureux en Russie… »
Armand Robin
EN des temps de lyriques illusions, le jeune Armand Robin entreprit d’étudier la langue russe pour pénétrer l’âme d’ « un pays où le peuple [était] roi ». À l’été 1933, profitant de ses vacances, il fit le grand saut vers l’étoile rouge. Bien encadré par l’Intourist, il séjourna à Moscou. Sa brève correspondance d’alors laisse percer un juvénile enthousiasme pour ce qu’il voit – ou voudrait voir. Mirage ? Possible, mais pas certain, car une autre (...)

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Monica Gruszka
Je viens de la solitude
Adaptation et mise en scène : Monique Surel-Tupin
Interprétation : Nicolas Mourer
Théâtre de La Balancelle
IL est difficile – ou vain –, on l’admet, d’écrire sur une pièce qui n’est plus à l’affiche, mais, hormis le fait qu’il n’était pas pensable de n’en point parler dans ce numéro consacré à Robin, rien ne dit qu’en des temps de hasard, la vaillante compagnie de la Balancelle ne la sortira pas de nouveau de ses valises. Si, d’aventure, l’occasion se présentait, il faudra y aller. On ne sera pas déçu. (...)

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Repères bibliographiques
La bibliographie la plus complète sur Armand Robin a été établie par Françoise Morvan et figure dans Armand Robin, Écrits oubliés I. Essais critiques, Rennes, Éditions Ubacs, 1986, pp. 399-418. Le lecteur désireux d’en savoir davantage pourra s’y reporter. Les repères publiés ci-après n’ont donc aucune prétention à l’exhaustivité. Ils se contentent de tracer quelques pistes, en signalant les éditions les plus récentes. Malgré cela, plusieurs ouvrages indiqués dans cette liste sont malheureusement épuisés.
1.– ŒUVRES D’ARMAND ROBIN
■ Le Monde (...)

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Guy Benoît
Cerner le mal…
IMAGINEZ un mégalithe qui pousserait en plein milieu d’une de nos cités où il fait bon vivoter, rêvoter, crevoter, oui, qui pousserait, littéralement comme une connivence sauvage, et tout craque alentour, l’asphalte, le béton, les vieilles viragos idéologiques. Au-delà du ciel des contraires, côté camp ou jardinet, c’est cela, Armand Robin, une affirmation primaire quand les fougères, les oiseaux, les genêts, les chiens et les chevaux savent lire, écrire et ne manquent pas d’air, osent partager le brin d’éternité avec leurs frères hommes (les humbles), (...)

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Pol Le Droch
Flagrant délit d’absence
« Toute biographie est destructrice, subversive ; elle refait à rebours la route conquise pas à pas par chaque homme en sa vie ; il faut laisser à la police ce genre littéraire. »
Armand Robin, Écrits oubliés II, traductions.
CET homme passa son existence entière à refuser de se laisser localiser. Qu’on écrivît qu’il fut né – « contre toute évidence », précisa-t-il – le 19 janvier 1912, à Plouguernevel (Côtes-du-Nord), lui valut d’ironiser sur cette manie de ses contemporains pour l’état civil. Qu’il fût mort, le 29 mars 1961 – contre (...)

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Freddy Gomez
L’insolence du bourreau
IL faut imaginer Robin tel un oiseau de nuit surplombant les toits du monde. C’est à l’heure où se couche l’honnête citoyen qu’il s’ouvre aux voix de l’au-delà, non celles – médiumniques – des absents, mais celles – tonitruantes – de la « fausse parole » radiodiffusée sur ondes courtes. La haute tour où il officie est rue Falguière, au 50, une soupente qui ne sert qu’à cela. Parfois, rarement, il y invite quelques connaissances. Histoire de les mettre dans la confidence ou, plus simplement, de les initier au noble – (...)

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Arlette Grumo
« En ces temps où je devins poète ouighour… »
ON a répertorié des traductions de Robin dans vingt-deux langues : l’allemand, l’anglais, l’arabe, le breton, le bulgare, le chinois, l’espagnol, le finnois, le flamand, le gallois, le néerlandais, le hongrois, l’italien, le kalmouk, le macédonien, l’ouighour, le polonais, le russe, le slovène, le suédois, le tchèque, le tchérémisse des prairies. On subodore, par ailleurs, sans preuve formelle cependant, qu’il a également traduit, entre autres, des poèmes de l’hébreu, du gaélique, du japonais, du grec et du latin. Non exhaustive, la liste (...)

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Victor Keiner
Portraits croisés d’un homme sans nouvelle
« Au lieu de laisser ma copieuse nullité pleuvoir sa monotone ondée, on me fabriqua des jours,
on m’ajusta des bras, on me couronna d’une tête déplaçable aux tempêtes. […]
Je prie qu’on pardonne à ces insolents. […] Leurs argumentations, témoignages, documents
sont si puérilement contradictoires qu’on ne peut que les plaindre. »
Armand Robin, L’Homme sans nouvelle .
ARMAND ROBIN, poète, fut malgré lui de son époque. Pour avoir arpenté ses coursives. Pour s’être laissé aller à quelques cordialités ou emportements publics. Pour avoir (...)

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Présentation
Armand Robin l’indésirable
Convenons-en, cette époque des lendemains de guerre fut désastreuse pour la pensée libre. On l’a sans doute trop oublié tant la nôtre est faste pour la pensée molle. D’où cette lancinante nostalgie qui en émerge, pour un temps où, dit-on, l’avenir aurait irradié de lendemains chantants. L’ignorance moderne est sans limite.
Du haut de ses citadelles imprenables et tirant parti d’une résistance qu’il dénonça jusqu’en 1942, le Parti stalinien français exerça alors, au moins quelque dix ans durant, une authentique terreur intellectuelle contre (...)

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