Les douze articles de la Ligue socialiste [1908]

À contretemps, n° 48, mai 2014
jeudi 12 mars 2015
par  F.G.
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Ce texte – repris du numéro 8 (avril 1968) des Cahiers de discussion pour le socialisme de conseils – est donné, ici, dans la traduction de Maximilien Rubel (nous nous sommes juste permis de remplacer, par endroits, le terme de « Fédération » par celui de « Ligue », par souci de cohérence). Dans ses souvenirs, Ngô Van évoque une réunion du groupe qui éditait la revue, le 22 novembre 1963, au cours de laquelle, écrit-il, « Maxime [M. Rubel] nous parle passionnément de Gustav Landauer (1870-1919), libertaire, membre de la République des conseils proclamée à Munich en avril 1919, qui fut assassiné en prison à coups de crosse le 1er mai 1919. Maxime a traduit l’avant-propos du livre le plus connu de Landauer L’Appel au socialisme... Il résume sa pensée dans les douze articles de la Ligue socialiste : Landauer en appelle aux hommes qui, comme lui, ne peuvent plus supporter cette existence… » (Avec Maximilien Rubel. Combats pour Marx 1954-1996. Une amitié, une lutte, Paris, L’Insomniaque/Les Amis de Maximilien Rubel, 1997, p. 40).

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Article 1 .– La forme fondamentale de la culture socialiste, c’est la fédération des communes économiques, produisant en toute autonomie et échangeant entre elles leurs produits selon la justice.

Article 2 .– Cette Ligue socialiste prend le chemin que l’histoire lui assigne, en remplacement des États et de l’économie capitaliste.

Article 3 .– La Ligue socialiste accepte comme but de ses aspirations la république au sens primitif du mot : la cause du bien commun.

Article 4 .– La Ligue socialiste proclame comme le but de ses aspirations l’anarchie au sens primitif du mot : l’ordre réalisée par des fédérations librement établies.

Article 5 .– La Ligue socialiste comprend tous les hommes qui travaillent et qui souhaitent l’ordre social de cette Ligue. Sa tâche n’est ni la politique prolétarienne ni la lutte de classe, l’une et l’autre accessoires du capitalisme et de l’État oppresseur ; sa tâche c’est le combat et l’organisation en vue du socialisme.

Article 6 .– L’action véritable de la Ligue socialiste ne pourra commencer que le jour où des masses et des groupes importants se seront joints à elle. Jusque-là, sa tâche est celle-ci : la propagande et l’union.

Article 7 .– Les membres de la Ligue socialiste veulent mettre leur travail au service de leur consommation.

Article 8 .– Ils unissent leur force de consommation afin d’échanger les produits de leur travail à l’aide de leur banque d’échange.

Article 9 .– Ils délèguent des pionniers qui, dans les colonies intérieures de la Fédération socialiste, produisent, autant que faire se peut, tout ce dont ils ont besoin, y compris les produits de la terre.

Article 10 .– La culture ne repose pas sur une quelconque forme de la technique ou de la satisfaction des besoins, mais sur l’esprit de justice.

Article 11 .– Ces colonies ne seront que les modèles de la justice et du travail dans la joie et nullement des moyens pour atteindre la fin. Le but ne sera atteint que lorsque la terre sera entre les mains des socialistes grâce à d’autres moyens que l’achat.

Article 12 .– La Ligue socialiste tend à obtenir le droit, et par là même la force de supprimer, au moment de la transition, par des mesures fondamentales à grande portée, la propriété privée de la terre ; elle tend à procurer à tous les citoyens la possibilité de vivre au sein des communes produisant et échangeant dans l’indépendance, sur la base de la justice, dans la culture et la joie.