Lettre de Jean-Louis Rançon

À contretemps, n° 18, octobre 2004
mardi 4 octobre 2005
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Si Christophe Bourseiller vous paraît maîtriser davantage son sujet quand il écrit sur l’Internationale situationniste, c’est malheureusement une illusion. Le prétendu biographe et soi-disant historien, bien trop pressé pour sérieusement étudier son sujet et bien mal armé pour le comprendre, regarde le plus souvent par le petit bout de la lorgnette, quand il ne reproduit pas avec empressement ce que le premier désinformateur ou faux témoin voudra bien lui confier. Un seul exemple tiré de son ouvrage sur l’ultra-gauche : selon lui (page 370), Antoine Gallimard a fait partie en Mai 68 du Conseil pour le maintien des occupations (CMDO) ; plus loin (page 377), citant la lettre par laquelle l’IS rompt avec l’éditeur Gallimard le 16 janvier 1969, il ajoute : « Ce que ne dit pas la lettre, c’est qu’Antoine Gallimard n’est pas tout à fait un inconnu sur la planète “situ”. Il fréquente la mouvance de l’IS et a participé au CMDO. »

Ce que dit l’abusif journaliste n’a aucune espèce de rapport avec la réalité : en Mai 68, Antoine Gallimard n’était qu’un étudiant maoïsant sympathisant du Mouvement du 22 mars... Mais qu’importe à Christophe Bourseiller : vérité, mensonge ou à-peu-près, l’important pour lui est manifestement ailleurs.

Je ne pense pas comme vous que « l’incompatibilité politique entre l’IS et ICO était surtout culturelle et d’humeur », mais que la critique situationniste allait quand même un peu plus loin, notamment sur la nécessité de formuler une critique théorique précise de la société actuelle et sur la pratique interne d’ICO.

Quant à la position de l’IS sur la Chine maoïste, elle ne fut nullement influencée par les travaux d’Étienne Balazs qui portent sur l’économie et la société de la Chine traditionnelle. Jacques Pimpaneau fut le premier professeur de chinois de René Viénet, en 1964, donc un an après le décès d’Étienne Balazs ; et si René Viénet a travaillé à un ouvrage à l’époque de la « révolution culturelle », ce ne fut pas à La Bureaucratie céleste (parue en 1968) mais à la traduction de La Tragédie de la révolution chinoise d’Harold Isaacs (parue en octobre 1967).

La critique de la prétendue révolution culturelle, c’est Guy Debord qui l’a rédigée, au nom de l’IS, dans Le Point d’explosion de l’idéologie en Chine (paru en brochure le 16 août 1967 et repris dans IS n° 11), quelques années avant que René Viénet ne fasse paraître le livre de Simon Leys, Les Habits neufs du président Mao, en octobre 1971. Qui donc a influencé qui ?

Jean-Louis RANÇON