Un centenaire

À contretemps, n° 40, mai 2011
samedi 13 octobre 2012
par  F.G.
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■ Miguel CHUECA (traduction, avant-propos et notes)
1910, NAISSANCE DE LA CNT
Congrès de constitution, Barcelone,
Palais des Beaux-Arts, 30 octobre-1er novembre 1910
Paris, Éditions CNT-Région parisienne, 2011, 144 p.

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Le 1er novembre 1910, au terme de trois jours de débats au Palais des Beaux-Arts de Barcelone, les délégués du second congrès de la Confédération régionale Solidarité ouvrière – qui n’avait que trois ans – décidaient, à l’immense majorité, sa mutation en une confédération ouvrière à caractère national et de signe clairement syndicaliste révolutionnaire. Cette nouvelle organisation, qui aurait dû s’appeler Confédération générale du travail, en référence à l’organisation syndicale française du même nom qui lui servait de modèle, adopta, un an plus tard, sans qu’on connaisse très bien les raisons de ce glissement sémantique, l’appellation de Confédération nationale du travail (CNT).

À la date anniversaire de son centenaire, cet événement majeur de l’histoire sociale espagnole méritait bien une évocation. Dans ce cadre, les Éditions CNT-RP ont eu l’excellente idée de nous donner la première traduction française du compte rendu de ce congrès de fondation, texte originellement publié dans les colonnes de Solidaridad Obrera du 4 novembre 1910, qui, en l’absence d’actes, demeure un document historique de première main sur le sujet.

Maître d’œuvre de ce volume, Miguel Chueca, connaisseur émérite du syndicalisme français des origines et de l’anarcho-syndicalisme espagnol, a réalisé, une fois de plus, un travail tout à fait exemplaire de traduction, d’annotation et de mise en contexte de ce document. Ainsi, son « avant-propos », cinquante pages d’une grande densité, peut être considéré, sans risque de se tromper, comme un modèle du genre. Avec abondance de détails et particulière pertinence, Chueca y aborde la longue période qui mena de la constitution, en décembre 1869, de la section espagnole de l’AIT à la création en 1907 de Solidarité ouvrière, mais aussi les événements de la Semaine tragique de l’été 1909 et les répercussions qu’ils eurent au sein de Solidarité ouvrière. Enfin, il s’y livre à une radiographie extraordinairement pointilleuse de ce congrès de fondation de la CNT. De la belle ouvrage, en somme, qui honore une fois encore cette vaillante maison d’édition militante.

Comme le note Chueca, ce congrès, qui conduisit formellement à la dissolution de Solidarité ouvrière, ne resta pas, dans les annales, pour ce qu’il fut effectivement, à savoir le premier de la CNT [1]. Il n’en demeure pas moins que, malgré son faible impact mémoriel et archivistique, personne ne saurait sérieusement contester qu’il fonda la CNT. Encore confidentielle, cette CNT, il est vrai, n’avait évidemment rien à voir avec celle qui, vingt ans plus tard, marquera de sa très forte empreinte la classe ouvrière espagnole. Mais elle était bien là, en germe, sous nette influence du syndicalisme révolutionnaire à la française et dans l’attente d’effectuer sa mue anarcho-syndicaliste. De même, et c’est encore une injustice de l’histoire, on a peu retenu les noms de ces militants qui, tels José Negre, Joaquín Bueso ou Tomás Herreros, ont été à l’origine de cette montée en puissance d’une organisation farouchement attachée à l’action directe qui, malgré quelques ratés, fit globalement honneur à l’autonomie ouvrière. C’est aussi l’intérêt de ce livre que de le rappeler.

José FERGO


[1Celui-ci – premier congrès ordinaire de la CNT – se tint un an plus tard, du 8 au 10 septembre 1911, dans le même Palais des Beaux-Arts de Barcelone.