Accueil du siteN° 40. L’écart situationniste (mai 2011)
Dernière mise à jour :
vendredi 24 mai 2013
Statistiques éditoriales :
334 Articles
Aucune brève
Aucun site
3 Auteurs

Statistiques des visites :
62 aujourd'hui
164 hier
145301 depuis le début
   
François Cerruti

 François CERRUTI
D’Alger à Mai 68, mes années de révolution
Avant-propos de Mohammed Harbi
Paris, Éditions Spartacus, 2010, 170 p.

« Toute voix singulière, rappelle Mohammed Harbi en avant-propos de cet ouvrage, dérègle le discours historique ; c’est celle de toute personne ordinaire qui fracture le cours actuel des évènements par ses mots et ses attitudes. » Cette citation d’Arlette Farge s’applique assez bien à l’insoumis ordinaire Francois Cerruti, descendant d’une longue lignée de pieds-noirs qui choisit, à l’heure des brasiers, de lutter pour l’indépendance algérienne, puis, une fois celle-ci conquise, de s’impliquer activement, de 1962 à 1965, dans le processus autogestionnaire qui semblait la caractériser. Cerruti est alors l’un des membres fondateurs de la section algérienne du secrétariat unifié de la IVe Internationale. Sur cet aspect essentiel de sa vie militante, le témoignage qu’ils nous offre fourmille de détails intéressants, notamment sur les réseaux trotskistes d’aide au FLN. Avec le coup d’État de Boumediène, en 1965, tout est plié. Pour le socialisme autogestionnaire, bien sûr, mais aussi pour Cerruti, qui rentre en France, où les galonnés encasernent immédiatement l’insoumis. Au sortir de l’armée (et de plusieurs séjours au mitard), l’homme est toujours proche des trotskistes, mais un peu par défaut désormais. Les retrouvailles avec Jacques Baynac, ancien de la section algérienne, et, à travers lui, avec Pierre Guillaume, le marchand de livres de la parisienne rue des Fossés-Saint-Jacques, lui ouvriront de nouveaux horizons politiques, sur les rivages d’une mal nommée « ultra-gauche », cette fois. Contrairement aux pages algériennes, plutôt enlevées, cette seconde partie d’ouvrage, dont on attendait peut-être beaucoup, est décevante. Elle se caractérise par une retenue d’autant plus étrange que la période abordée – les années de l’avant 68, où il exerça comme libraire à La Vieille Taupe, le printemps parisien, qu’il vécut au cœur du Quartier latin, et les développements de Mai 68, dont il suivit tous les débats – se prêtait à l’évocation de quelques souvenirs incandescents. Réduite à l’évocation de quelques personnages – les déjà cités Jacques Baynac et Pierre Guillaume, mais aussi Gilles Dauvé, René Lefeuvre, Serge Quadruppani, Bernard Ferry et quelques autres –, l’aventure intellectuelle et politique de cette époque est ramenée, ici, à sa plus simple expression. On s’étonnera, par exemple, que Cerruti ne dise rien de la vivacité des débats théoriques qui agitèrent une « ultra-gauche » qui en était friande et auxquels, comme animateur de la revue Le Mouvement communiste, il participa pourtant. Et plus encore qu’il n’ait rien de consistant à dire sur la glissade négationniste de Guillaume et de quelques-uns de ses acolytes en hyper-marxisme. Comme si, le temps passant, il ne restait plus qu’à regretter, entre les lignes, qu’une telle dérive ait été possible, sans chercher davantage à comprendre pourquoi elle le fut.

Alice Faro

 
Articles de cette rubrique
  1. Quand "Le Libertaire" s’intéressait au cas Céline
    13 octobre 2012

  2. Raoul Vaneigem
    13 octobre 2012

  3. Victor Serge
    13 octobre 2012

  4. Philippe Pelletier
    13 octobre 2012

  5. Evelyn Mesquida
    13 octobre 2012

  6. Ricardo Flores Magon
    13 octobre 2012

  7. Adrien Dax
    13 octobre 2012

  8. François Cerruti
    13 octobre 2012

  9. Cardon
    13 octobre 2012

  10. Un centenaire
    13 octobre 2012

  11. Le Yiddishland ouvrier
    13 octobre 2012

  12. Le spectacle bolivarien
    13 octobre 2012

  13. La belle ouvrage syndicaliste
    13 octobre 2012

  14. De l’anarchisme ouvrier au Mexique
    13 octobre 2012

  15. L’autre Affaire D.
    13 octobre 2012

  16. Bakounine en discontinuité
    13 octobre 2012

  17. La révolte vendéenne
    13 octobre 2012

  18. La fenêtre de tous les mensonges
    13 octobre 2012

  19. L’archipel des hommes en trop
    13 octobre 2012

  20. Du scandale à la gloire, et vice versa
    13 octobre 2012

  21. Or s’en vont, les chevaliers questant
    13 octobre 2012

  22. Présentation
    13 octobre 2012

  23. L’écart situationniste
    13 octobre 2012