Un exercice pédagogique

À contretemps, n° 40, mai 2011
samedi 13 octobre 2012
par  F.G.
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■ Philippe PELLETIER
L’ANARCHISME
Paris, Le Cavalier Bleu Éditions, « Idées reçues », 2010, 128 p.

« L’anarchisme, note Philippe Pelletier en ouverture d’ouvrage, est la conception politique, philosophique et sociale la plus méconnue, et la plus calomniée du monde. » Ce en quoi il n’a évidemment pas tort. L’objet de ce petit livre tient donc du pari : restituer, de la manière la plus resserrée possible, la trame historique, l’imaginaire, les apports théoriques et les réalisations pratiques de l’anarchisme en partant des « idées reçues » qu’on véhicule sur lui et qui le ramènent le plus souvent au nihilisme, au culte de l’extrême violence, au refus de la démocratie, à l’extrémisme, à une forme de déraison ou à un vulgaire utopisme. Quiconque a essayé, ne serait-ce qu’une fois, de transmettre quelques bribes d’anarchisme à qui n’en a retenu que les lieux communs dont on l’accable, sait que cet exercice – pédagogique – est d’autant plus difficile qu’il requiert, de la part de celui qui s’y livre, patience, esprit de synthèse et volonté de clarté. Ces qualités, Philippe Pelletier les possède indiscutablement. Augmentées du désir de ne jamais vulgariser bêtement ce qui est forcément complexe, elles confèrent à cette présentation de l’anarchisme un caractère unique en son genre. Au point qu’on n’hésitera pas à dire que ce livre, parfaitement maîtrisé et simplement écrit, occupera, désormais, une place de choix dans la littérature généraliste de divulgation sur l’anarchisme, celle par laquelle il faut bien commencer. Divisé en quatre chapitres – « L’idée sous tensions », « Les moyens confrontés à la théorie, « Le mouvement dans la société », « Le projet émancipateur » –, ce précieux guide de l’anarchisme pour tous, que complètent des repères, un glossaire et une bibliographie regroupant des ouvrages récemment parus, défait avec constance les poncifs et les approximations qui l’encombrent, sans le réduire à une panacée ou à une identité unique. Car l’anarchisme est pluriel, nous dit Philippe Pelletier, et forcément contradictoire. Comme la vie, celle qu’il s’entête, déraisonnablement mais passionnément, à vouloir changer.

Monica GRUSZKA