Vaneigem ou la banalité agissante

À contretemps, n° 40, mai 2011
samedi 13 octobre 2012
par  F.G.
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■ Raoul VANEIGEM
L’ÉTAT N’EST PLUS RIEN, SOYONS TOUT
suivi de « Un changement radical est à notre portée »,
réponses à six questions de Javier Urdanibia
Paris, Rue des Cascades, 2010, 48 p.

Raoul Vaneigem, qu’on sait attentif aux mille échos de la subversion contemporaine, nous livre ici, depuis Thessalonique, une courte analyse de la « crise de l’économie d’exploitation » dont il ressort que, désormais, l’État ne serait plus rien et que, de ce fait, le monde serait sur le point de « s’éveiller d’un long sommeil ». Au fond, il suffit de le croire, ou de feindre de le croire, pour que, lyrisme de l’énoncé aidant, ceux à qui ce discours s’adresse – les jeunes anti-autoritaires d’une Grèce piétinée par les agences de notation et purgée par les Diafoirus du FMI – s’imaginent être à deux pas d’un « changement radical » de société. Que leur dit Vaneigem ? Que les collectivités zapatistes ont ouvert la voie, que l’argent doit disparaître, que la lutte armée est une impasse, que le pouvoir n’est pas à prendre et que la discussion reste ouverte. Pour le reste, de même qu’Allah est grand sur d’autres terres, la prophétie de l’auteur des Banalités de base demeure plus que jamais autogestionnaire. On en est content pour lui et pour tous ceux qui n’ont pas manqué d’acclamer ses lumineuses intuitions. Les autres, autrement dit les sceptiques, pourront toujours se reporter au dialogue relégué en fin d’ouvrage où, en réponse à six questions de Javier Urdanibia, Vaneigem revient, entre autres choses, sur ce temps béni où sa « relation amicale avec Guy Debord » eut quelques effets sur l’émergence de nouvelles idées subversives. C’était il y a très longtemps.

Freddy GOMEZ