Revue des revues

À contretemps, n° 38, septembre 2010
mardi 13 décembre 2011
par  F.G.
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AGONE, n° 43, Comment le genre trouble la classe, Marseille, 2010, 272 p.– « On voit mal comment le féminisme, comme tous les autres mouvements (intellectuels, politiques, artistiques, sociaux, etc.) existant dans ce monde-ci, aurait pu échapper complètement, d’une part aux effets de l’effondrement de représentativité du monde ouvrier ; d’autre part à l’ “esprit du temps”. Et au sein de ce dernier, la nébuleuse postmoderne fait et défait certaines modes depuis plus d’une vingtaine d’années, notamment sous les bannières du “poststructuralisme” et de la French Theory. » Ces mots, repris de l’éditorial ouvrant cette quarante-troisième livraison de la revue-livre Agone, explicitent parfaitement son objet : s’interroger sur « ce que le tournant postmoderne a fait au féminisme » en pointant le curseur de la critique sur sa variante « déconstructionniste » : la Queer Theory, dont Judith Butler fut l’initiatrice et demeure la grande prêtresse. Émergeant d’une forêt touffue de contributions théoriques souvent pertinentes mais parfois indigestes, comme celles de Barbara Epstein, Sabina Lovibond et Bruno Ambroise, quelques évocations de l’histoire sociale – notamment l’article de Miguel Chueca sur le mouvement Mujeres Libres et le discours de Domitila Barrios de Chungara, secrétaire du Comité des ménagères de Siglo XX (Bolivie), prononcé en août 1976 à la tribune des Nations unies – ont l’avantage de redonner de la vie à cette livraison. Sur un autre plan, dignes d’intérêt sont les études de Christophe Darmangeat sur « le marxisme et l’origine de l’oppression des femmes » et de Nasima Moujoud et Jules Falquet sur « domesticité, reproduction sociale et migration ». Complètent ce numéro une « Leçon des choses » consacrée à l’écrivain Robert Walser (1878-1956) et, dans la toujours opportune rubrique « Histoire radicale », un beau dossier sur Victor Serge présenté par Charles Jacquier. Celui-ci, intégrant des témoignages de Rirette Maîtrejean et de Julián Gorkin, est enrichi d’une pertinente étude de Claudio Albertani sur le groupe « Socialismo y Libertad », auquel Serge participa durant son exil mexicain.– Freddy Gomez

RÉFRACTIONS, n° 24, Des féminismes, en veux-tu, en voilà, Paris, mai 2010, 176 p.– Consacré lui aussi à l’état présent « des féminismes », ce vingt-quatrième numéro de Réfractions s’intéresse plus particulièrement aux thématiques liées à la question féministe et « débattues actuellement dans les milieux libertaires ». Organisé en trois séquences – historique, théorique et pratique –, il examine les controverses opposant, avec un certain fracas, féministes « égalitaires/universalistes » et féministes « déconstructionnistes ». Sans trop s’y impliquer, au demeurant, mais avec la louable intention de comprendre en quoi ces positions antagonistes peuvent, d’une part, nourrir « de nouvelles possibilités d’analyser les formes actuelles de domination et de les combattre » et, de l’autre, féconder « les luttes et pratiques féministes libertaires aujourd’hui ». C’est à ce double objectif que s’attellent les nombreux entretiens et les diverses contributions de ce numéro, qui révèlent une authentique pluralité de positionnements anarchistes sur le sujet. En « transversale » de cette livraison, on peut lire un texte de Diego Paredes – « L’anarchisme, entre libéralisme et “moment machiavélien” » –, qui entend confronter les conceptions anarchistes de la liberté à celles défendues par le libéralisme et le républicanisme et, ce faisant, suscite des réponses de Jean-Christophe Angaut, Édouard Jourdain et René Fugler. Enfin, une étude du même René Fugler – « Aux confins de l’humanité : exécuteurs et refusants dans les meurtres de masse » – clôt ce riche numéro en s’interrogeant, à partir d’un livre récent du sociologue Philippe Breton, sur les « “raisons” qui amènent un être humain à accepter de tuer d’autres êtres humains, beaucoup d’autres » et, inversement, à s’y refuser.– Freddy Gomez