Du chaos au communisme

À contretemps, n° 47, décembre 2013
vendredi 25 juillet 2014
par  F.G.
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■ Claude BITOT
REPENSER LA RÉVOLUTION
Quelle voie pour dépasser le capitalisme ?

Paris, Spartacus, 2013, 202 p.

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Sans force sociale habilitée à en devenir le sujet, sans projet émancipateur capable de créer une dynamique de conquête, sans théorie susceptible de lui ouvrir un chemin, nulle révolution n’est désormais concevable qui s’accroche au vieux projet de classe porté par l’ancien mouvement ouvrier et entré en agonie au tournant des années 1970. D’où la nécessité de la repenser, comme perspective d’abord, comme mouvement ensuite. Car si l’idée du communisme « est devenue d’une obscurité à peu près totale », le « contexte historique » que nous traversons serait lui on ne peut plus clair : « un capitalisme rendu dans sa phase terminale et qui se dirige vers son écroulement final ». Faisant suite à son livre précédentQuel autre monde possible ? –, recensé dans nos colonnes [1] et qui nous valut, en réponse, un courrier de l’auteur [2], Repenser la révolution participe d’un même élan critique – les conditions d’une hypothétique révolution n’auront rien à voir avec celles, conquérantes, que subodoraient, dans leurs diverses acceptions, les théoriciens du communisme – pour aboutir à un même constat : le communisme à venir sera tout sauf radieux au vu des deux « tâches prioritaires » qui l’occuperont dans sa longue phase de « survie », à savoir « régénérer le sol,la Terre » et « ramener la population mondiale à un niveau raisonnable ».

En attendant que cette « fin de cycle historique » ouvre de nouveau une « perspective de révolution » – où « la non-classe post-capitaliste, immense majorité de la société » deviendra « non-classe pour le communisme » et s’attellera à reconstruire un monde possible sur les ruines de la « civilisation industrielle » –, Bitot propose de constituer dès maintenant « de petits noyaux qui pourront agir utilement lorsque le grand choc se produira ». Autrement dit de nous refaire le coup du parti, le vrai de vrai, celui qui saura, le jour venu prendre le pouvoir sans reconstituer l’État, ce qui tient de l’insondable mystère. Au passage, l’auteur, qui se dit revenu du marxisme, se paye les anarchistes avec la même morgue que ses prédécesseurs en arrogance, preuve s’il en est, mais on le savait, que, formé à cette école, on peut tout désapprendre, sauf la fatuité. Le tout constitue un livre étrange où il y a certes à puiser – notamment dans la critique du classisme un peu simplet qui servit de matrice aux socialismes –, mais dont le ton sermonneur et apocalyptique finit par lasser.

En revanche, la « contribution à la réflexion » de Jean Michel Kay – « Révolution et changement social » –, incluse en fin de volume, comme élégant contrepoint aux assertions de Bitot, mérite, elle, le détour.

Alice FARO


[1À contretemps, n° 33, janvier 2009, pp. 21-22.

[2À contretemps, n° 36, janvier 2010, pp. 29-30.