Li Peigan et ses traductions de littérature anarchiste

À contretemps, n° 45, mars 2013
dimanche 13 juillet 2014
par  F.G.
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Ce texte, dont on va lire la version française, a paru initialement, en un castillan quelque peu raboteux, dans les colonnes de l’organe des anarchistes espagnols exilés au Mexique Tierra y Libertad  [1]. Son auteur, qui se fait appeler C. J. Tien, était au dire de la rédaction « un camarade chinois, professeur, qui se voit forcé de garder l’anonymat, figure éminente du mouvement anarchiste de son pays, qui entreprend ici de collaborer à notre revue ». De ce mystérieux collaborateur, toutefois, rien d’autre ne semble avoir été publié qu’une note sommaire sur les traductions chinoises de Kropotkine établie à l’intention de Vladimir Muñoz (1920-2004), et annexée par ce dernier à une sienne chronologie consacrée justement à Ba Jin [2]. Ailleurs, Muñoz a apporté sur son informateur les précisions suivantes : « Actuellement, l’auteur de ces lignes est aussi en relation avec un jeune anarchiste chinois résidant à Hong Kong qui […] est polyglotte, et parmi tous les idiomes qu’il connaît à fond on trouve aussi l’espagnol. Ce camarade m’a envoyé il y a peu une bibliographie documentée de Kropotkine en Chine [3] … »

N’était la remarque sur l’âge, il y aurait tout lieu de penser que, sous cette identité de C. J. Tien, se cachait le zélé propagandiste de l’espéranto que fut Won Kenn [4] , lequel parlait couramment le français, l’anglais et probablement l’espagnol, mais celui-ci avait déjà 70 ans bien sonnés à l’époque. À moins que Muñoz n’ait cherché à brouiller les cartes pour ne pas compromettre son correspondant. Dès lors, seconde hypothèse plus vraisemblable, C. J. Tien serait Ma Schmu, anarchiste de Hong Kong itou, dont le nom apparaît sous la plume de Víctor García, le spécialiste anarchiste de l’Extrême-Orient [5] , dans un article contemporain de celui de Tierra y Libertad. García cite une lettre reçue de ce « jeune libertaire chinois », où sont évoqués Ba Jin et les anarchistes chinois de sa génération : « Parce qu’ils furent les vétérans du mouvement nous conservons d’eux un bon souvenir, indépendamment de leurs positions actuelles. C’est ce que nous ressentons vis-à-vis de notre ami et camarade Li Peigan. [6] »

De Ma Schmu (Ma Shimou, selon la prononciation du mandarin), que savons-nous ? Qu’il était – à l’instar, visiblement, de C. J. Tien – familier du Centre international de recherches sur l’anarchisme (CIRA) [7] , et tout autant de l’Institut international d’histoire sociale (IISG) d’Amsterdam, auquel il fit des dons de livres [8], et qu’il a entretenu des liens avec les structures anarchistes internationales [9] ou des libertaires étrangers [10]  ; qu’il avait en Chine des contacts avec Lu Jianbo (1904-1991), à défaut d’en avoir avec Ba Jin, le vieux camarade de celui-ci [11]  ; qu’il avait, à Hong Kong, et sous un nom d’emprunt, confié à une revue académique une étude sur l’anarchisme chinois dans le mouvement du 4 mai 1919 [12] , et qu’il avait commencé à former là-bas, à l’orée des années 1960, plusieurs des membres de The 70’s, le groupe qui édita plus tard la revue Minus  [13]  ; et qu’à la fin des années 1960 il avait émigré en Australie puis à New York, où il avait fréquenté l’historien Paul Avrich (1931-2006), le spécialiste des anarchismes russe et américain [14] , avant de rompre définitivement avec tout militantisme [15].

Dernière remarque : dans une livraison du Bulletin de la Commission préparatoire au Congrès international de Carrare, il est question du « camarade Tien Cun Jun », qui vient d’être désigné – nous sommes en 1968 – comme secrétaire général de la Fédération anarchiste chinoise [16]. Un pseudonyme évidemment, dont les initiales pourraient correspondre à celles de C. J. Tien [17], et il n’est pas exclu qu’il s’agisse de notre homme [18].

Qui que soit C. J. Tien, le travail que nous présentons ici, et qui est plus global que son titre ne le laisse supposer, est étonnamment bien documenté, surtout quand on songe qu’il fut réalisé en un temps où les ouvrages de Ba Jin recensés ne circulaient plus, et même si notre connaissance de l’œuvre a considérablement progressé dans l’intervalle, ne serait-ce que grâce à la compilation des Œuvres complètes et à celle des Œuvres traduites complètes de l’intéressé [19]. C’est pourquoi nous avons limité nos interventions – dans les notes infrapaginales qui sont appelées par des chiffres, ou dans les remarques placées entre crochets (les notes annoncées par des lettres appartenant au texte original) – à l’ajout de détails qui avaient été omis par l’auteur, certainement parce qu’il n’entrait pas dans sa perspective, ni dans celle du journal qui l’accueillait, de les fournir. Pour un état exhaustif des traductions de Ba Jin, on se reportera à l’inventaire que nous avons dressé [20].

Les coquilles ont été corrigées, et les rares erreurs ou imprécisions signalées. Les noms chinois, japonais ou russes ont été romanisés suivant les systèmes de translittération les plus communément utilisés de nos jours.– Angel Pino


Aux yeux des lecteurs en général, Li Peigan [21] apparaît plutôt comme un romancier que comme l’interprète d’une idée sociale. Il fut cependant un écrivain prolifique. Les nombreux romans qu’il a produits au cours des trente dernières années sont les livres préférés des jeunes lecteurs chinois. Vers 1930 déjà, ses écrits étaient familiers aux sexagénaires d’aujourd’hui, quand ceux-ci étaient dans leur prime jeunesse et allaient encore à l’école ou à l’université. En particulier sa série Famille [a] [22], Printemps et Automne, que tous nos jeunes ont lue et dont ils n’ont jamais cessé de ressentir peu ou prou l’influence. Les lecteurs du romancier ont coutume de ranger Li Peigan en deuxième position dans la liste des romanciers chinois, soit juste après Lu Xun [23], le grand écrivain mort en 1936.

D’autres lecteurs plus diligents le connaissent également comme traducteur de littérature étrangère. Il a traduit des livres écrits dans sept langues différentes, un don rare qui lui a valu également une réputation d’excellent traducteur. Et il est des lecteurs d’une autre catégorie, du reste moins nombreux, qui le connaissent comme écrivain anarchiste et comme traducteur infatigable de littérature anarchiste. Les livres produits par lui dans ce registre furent pendant un certain temps l’évangile des jeunes, et leur parution contribua, vers 1930, à la formation d’un mouvement intellectuel radicalisé dont, malgré une relative dérive, on observe encore de nos jours l’influence.

S’il n’est évidemment pas un pionnier du mouvement anarchiste chinois, ses efforts pour introduire la pensée anarchiste dans le pays lui permettent d’occuper une position unique dans l’histoire de l’anarchisme en Chine. Au contraire de ses devanciers, liés eux-mêmes aux organes gouvernementaux et qui s’éloignèrent finalement de ce à quoi ils prétendaient croire allant jusqu’à offrir leurs services au gouvernement comme de simples vassaux, Li Peigan, lui, a vécu une vie d’anarchiste. Il ne fait pas de doute que ce sont ses devanciers qui ont introduit le mot « anarchisme » [24] dans la langue chinoise et ont déblayé le terrain en accomplissant des efforts méritoires ; mais par la suite, pour des raisons diverses, ils ont sombré dans le ridicule le plus honteux. Évidemment, les exceptions à la règle n’ont pas manqué : Shifu [25] et ses camarades furent l’exception de ce groupe [b] [26].

À cet égard, je voudrais que ce que j’ai en tête soit bien clair quand je me réfère, dans ce travail, à cette période. Je ne veux, en aucune façon, me référer à rien ou à personne après 1949, année qui a marqué le début d’une époque nouvelle et qui exige une étude qui n’a pas encore été écrite.

Au début, quand il était étudiant à Nankin et à Shanghai, la carrière de Li Peigan suivait une direction bien différente de celle du romancier qui occupera ensuite sa vie entière [27]. Mais le travail et le succès de son premier roman révolutionnaire, Destruction  [28], l’a dévié de sa route et il s’est résolu à se faire romancier. Il commença l’écriture de ce roman à Paris, où il avait déjà entrepris de traduire L’Éthique de P. Kropotkine [29]. Dans les dernières années, il se remémorait ce changement avec une espèce de chagrin. Nous-mêmes pourrions éprouver le même chagrin, voire un chagrin plus grand encore, car s’il n’avait pas consacré les années qui suivirent à écrire des romans, nous pensons que la bibliographie de la littérature anarchiste en Chine serait meilleure et plus fournie. Malgré tout, en dehors de sa production romanesque, qui a atteint des dimensions propres à stupéfier ses lecteurs, nous trouvons chez lui tout autant de traductions de littérature étrangère, au nombre desquelles des traductions d’œuvres anarchistes qui ont enrichi notre bibliographie internationale. Nous y accordons aujourd’hui d’autant plus de valeur que c’est ce qui est sorti en dernier de sa plume.

Polyglotte et écrivain de grand style, il fut un excellent traducteur. Peut-être même pourrait-on dire que les meilleures traductions de littérature anarchiste, parmi celles qui sont parues dans des langues orientales, sont sorties de la plume de Li Peigan. J’entends en qualité. Jamais Li Peigan ne s’est contenté d’utiliser une seule version pour traduire un texte. En dehors de la version en langue originale, il consultait toujours toutes les versions disponibles qui lui étaient accessibles. Dans sa traduction de L’Éthique de Kropotkine, on apprend qu’il s’est servi des versions faites en cinq langues différentes [30], et qu’il a corrigé toutes les erreurs rencontrées dans chacune d’elles. Il écrivit aussi à Max Nettlau pour lui demander des informations à propos de points litigieux [31]. Ce faisant, il nous a donné une version chinoise exacte et fidèle de L’Éthique. Aujourd’hui, sa bibliothèque de littérature anarchiste est la plus précieuse qui se puisse trouver dans le monde.

Avant son départ pour la France [32], il avait déjà publié plusieurs livres à Shanghai, parmi lesquels une biographie de nihilistes russes – Dix héroïnes russes [33] –, un recueil intitulé Sur l’échafaud [34] et la traduction de La Conquête du pain de Kropotkine [35]. Il avait alors vingt et un ans. C’est comme cela que ce classique de la révolution de Kropotkine parut en version intégrale chinoise avant de paraître dans n’importe quelle autre langue. La traduction fut révisée plus tard, cinq versions parues dans d’autres langues furent consultées et elle fut publiée en tant que quatrième volume des « Œuvres complètes de Kropotkine » en chinois, sous le titre de la traduction russe, Pain et Liberté  [36].

En 1927, Li Peigan se trouvait à Paris quand il traversa le moment le plus angoissant de sa vie – le 22 août – en apprenant que Sacco et Vanzetti avaient été assassinés sur la chaise électrique [37]. En proie à un accès de chagrin il exprima les sentiments que lui inspiraient l’étouffement de la justice et la mort de la conscience humaine dans deux essais émouvants : La Elektra Sego et Miaj Larmoj [c] [38], emplis d’amour et de gratitude envers son maître (c’est ainsi qu’il a appelé Vanzetti). Quand Li Peigan connut pour la première fois les œuvres de Kropotkine, celui-ci n’était déjà plus en vie ; mais quand il connut Vanzetti, celui-ci était en prison à Charlestown (Massachusetts), et l’influence et l’impression que celui-ci produisit sur lui furent immenses. Ils eurent une relation étroite comme des amis et des compagnons, comme le maître et son disciple. Ils échangèrent quelques lettres : l’une de Vanzetti à Li fut imprimée dans l’édition de la correspondance de Sacco et Vanzetti [d] [39]. L’autobiographie de Vanzetti, Histoire d’un prolétaire, trouva plus tard une magnifique version sous la plume de son plus fidèle ami [40]. Li Peigan acquit quelques relations avec des figures éminentes du mouvement anarchiste quand il séjourna à Paris [41]. Il rentra de France en 1929 [42], en étant déjà célèbre grâce à son roman Destruction. Il écrivit trois autres livres, et alors, en 1933, il fit un voyage au Japon où il vit Ishikawa Sanshirô, un géant du mouvement anarchiste japonais [43].

En 1930 fut publié à San Francisco (USA), en chinois, son livre Du capitalisme à l’anarchisme, gros d’environ trois cents pages. Cette publication fut peut-être faite aux États-Unis à cause de la censure qui sévissait en Chine [44]. Je n’ai pas réussi à me procurer un seul exemplaire de ce livre et ne sais pas non plus quel est son contenu [45].

Son œuvre suivante fut la traduction des mémoires de Kropotkine, Autour d’une vie (nous supposons que cette œuvre est celle qu’on connaît en castillan sous le titre de Mémoires d’un révolutionnaire. – Note de la rédaction). Le livre exerça une influence intellectuelle immense sur Li Peigan. Si nous disons que Kropotkine fut son maître intellectuel, Vanzetti et Emma Goldman furent ses deux bases d’appui moral. C’est à Nankin qu’il reçut la première lettre d’Emma Goldman, celle à qui tout au long de la dernière période il s’adressa comme à sa « mère spirituelle » [46] . En vivant ma vie, l’autobiographie d’Emma Goldman [47] fut son livre de chevet ; dans les moments de pessimisme et de désillusion, il y puisa courage et optimisme. Il admettait que chaque fois qu’il lisait cette autobiographie il retrouvait une énergie nouvelle. Par l’entremise d’Emma Goldman, il fit la connaissance d’Alexander Berkman qu’il rencontra plus tard à Saint-Cloud, Paris. Cette amitié fructifia avec la traduction des Mémoires de prison d’un anarchiste qui fut publiée en 1936 sous forme abrégée [48].

Li Peigan ne fut pas un théoricien ; cependant nous trouvons la meilleure explication de son idéal anarchiste dans ses deux longs essais sur les révolutions française et russe. L’un, celui qui est intitulé Une histoire biographique de la révolution russe [e] [49], fut publié sous forme de livre en 1935, et quatre mois plus tard on dut en faire une deuxième édition [50]. Ce volume est un des cinq que l’auteur essaya d’écrire [51]. Ce premier volume est formé de dix chapitres, dont le premier est consacré à Stenka Razine, et le livre se termine sur une narration consacrée aux sociétés secrètes et à Serge Netchaïev [52]. Les biographies et les mémoires des révolutionnaires exercèrent une grande influence sur le jeune Li Peigan. Nous trouvons les noms de révolutionnaires et de nihilistes russes comme S. Stepniak [f] [53], Véra Figner [g] [54], Sofia Perovskaïa, Véra Zassoulitch, etc. dans les écrits de Li Peigan. De même, grande fut son admiration pour Alexandre Herzen et pour Tchernychevski, ce qui le conduisit ensuite à traduire Un drame familial (quatrième volume de Passé et Pensées) [55]. Quant à Tchernychevski, hommage lui fut rendu par la traduction depuis le français de son fameux roman Que faire ? ; traduction effectuée par Mme Si Mi, la compagne d’un ami à lui [56]. Li Peigan lui-même écrivit une postface à cette traduction [57]. L’essai L’Histoire de la révolution française fut imprimé comme appendice à sa traduction de l’œuvre d’Alexis Tolstoï La Mort de Danton publiée en espéranto en 1930 [58].

La publication des « Œuvres complètes de Kropotkine » en chinois fut une œuvre monumentale réalisée par Li Peigan et ses amis [59]. Avec cette œuvre l’anarchisme trouva sa plus belle expression en chinois. Pour préparer cette œuvre un groupe se forma ayant pour nom l’Institut Kropotkine, dont les membres se consacrèrent à la collection et à la traduction des œuvres de Kropotkine. Ils se proposaient de sortir les « Œuvres complètes » en vingt tomes, lesquelles devaient inclure ses travaux de géographe et sa correspondance ; mais de ces vingt tomes seuls furent publiés les dix principaux volumes, dont cinq avaient été traduits par Li Peigan [h] [60]. Fut également publiée une série de brochures, en tant que supplément de tout l’ensemble. Les dix volumes (ou seulement neuf pour l’instant, parce qu’un des volumes, Dans les prisons russes et françaises, semble n’avoir jamais été imprimé) et la série de brochures sont maintenant inaccessibles et il est très difficile de les obtenir. Seuls deux ou trois exemplaires, avec quelques autres publications, sont conservés aujourd’hui dans la bibliothèque du CIRA, à Genève [61]. Bien avant fut publiée aussi une traduction japonaise des « Œuvres complètes de P. Kropotkine », mais elles sont pareillement inaccessibles [i] [62].

Ils formèrent également le magnifique projet de publier L’Homme et la Terre, la grande œuvre d’Élisée Reclus. La traduction fut réalisée par Pi Shao-chao [Bi Xiushao] quand il faisait ses études en France [63]. Pi Shao-chao fut un ami intime et un collaborateur de Li Peigan. L’œuvre fut publiée sous forme de cahiers, en vingt-quatre petits volumes. Paul Reclus contribua par son aide précieuse à cette traduction et il écrivit une préface spécialement pour cette édition chinoise. Malheureusement, cette œuvre connut le même sort que les « Œuvres complètes de Kropotkine », puisque sept ou huit volumes seulement parurent (le premier volume fut publié en 1937) et que les autres ne virent jamais le jour [64]. On ignore les raisons pour lesquelles la publication fut interrompue. Probablement le déclenchement de la guerre [j] [65].

La révolution espagnole de 1936 rencontra un grand écho dans les écrits de Li Peigan. Dans un de ses essais, il formulait le vœu de se rendre à Barcelone [66]. Ce vœu, toutefois, ne put se réaliser. En revanche, il écrivit des paroles ardentes en hommage aux sublimes réalisations du courageux peuple espagnol. Il traduisit des brochures sur la révolution espagnole écrites par Emma Goldman et Rudolf Rocker [67]. Il fit également paraître en chinois les dessins de Sim sur la révolution dans le livre La Aurora de España, interprétés par lui [68]. Bien qu’absent du champ de bataille, il mit sa plume puissante et éloquente au service de la révolution. Il nous fit aussi un portrait du héros espagnol B. Durruti [69].

Si les dix ans qui se sont écoulés entre 1935 et 1945 constituent la période la plus féconde de ses écrits romanesques, je souhaite me limiter ici à ses seuls travaux de littérature révolutionnaire. En 1937 parut une œuvre théâtrale de Léopold Kampf intitulée La Veille. L’œuvre exerça une grande influence sur Li Peigan, qui était encore jeune. En 1949 fut publiée sa traduction des Six de R. Rocker [70]. Autres auteurs traduits par lui : I. Tourgueniev, M. Gorki, J. Baghy [71], Akita Ujaku [72], V. Garchine [73], Theodor Storm [74], Oscar Wilde [75], Pouchkine, D. Nemirov [76], E. de Amicis [77], Isaac Pavlovsky [78], Eroshenko… Cette liste suffit à démontrer à quel point furent importants les efforts du traducteur.

L’unique biographie de Li Peigan que je connaisse dans une langue européenne est celle qui fut publiée en français par le docteur J. Monsterleet [k] [79]. Ce n’est pas une bonne biographie, et la liste des écrits et des traductions de Li Peigan qui se trouve à la fin du livre est incomplète. En mai 1950 ce livre, rendu en chinois, fut publié par M. Eang Man [Wang Jiwen] [80].

Je conclus de façon quelque peu cavalière cet article sans m’appesantir plus sur ses activités ou sur ses œuvres de traduction, et en omettant même de mentionner les travaux des autres anarchistes de son temps, ce qui, même pour une ébauche aussi sommaire que celle-ci, serait indispensable : je crois en effet qu’il est assez difficile dans ces conditions d’écrire quelque chose de définitif sur une figure dont il faut ratisser les pensées dans le passé et qui sont loin d’être jugées avec impartialité, s’agissant en particulier d’un homme qui a vécu entre deux époques de notre temps. Nous autres, réfugiés politiques chinois, nous croyons encore en quelque chose qui appartient au futur et qui, cependant, n’a pas sa forme d’expression définitive. Mais ce dont, oui, nous sommes sûrs aujourd’hui, c’est que l’« anarchisme » n’est pas un mot utopique de notre langage, comme d’aucuns veulent le supposer. Il ne l’est pas parce que, dans les premières années de ce siècle, quand le mouvement intellectuel de tendance libertaire acquit sa puissance extraordinaire, l’anarchisme contribua plus que nul autre, par ses efforts et ses initiatives, à créer un large mouvement d’idées. Plus tard, vers les années 1930, nous en trouvons la plus belle expression sous la plume de Li Peigan. Celui-ci a suggéré non seulement la possibilité d’une société meilleure mais aussi la force morale et le dynamisme intellectuel que l’anarchisme peut représenter à l’avenir pour notre pays.

Nous aimons, comme Li Peigan, nos idées et nous nous sentons réconfortés en ces années de souffrance par le travail réalisé par le passé et ses résultats futurs.

C. J. TIEN

[Texte traduit de l’espagnol et annoté par Angel Pino.]


[1C. J. Tien, « Li Pei Kan y sus traducciones de literatura anarquista », Tierra y Libertad (México), n° 256, septembre 1964, pp. 6-8. Tierra y Libertad a paru de 1944 à 1988, sa collection compte plus de quatre cents numéros.

[2Vladimir Muñoz, « Una cronología de Li Pei Kan », Reconstruir (Buenos Aires), 30 octobre 1972, p. 59 ; repris, en anglais, in : Vladimir Muñoz, Li Pei Kan and Chinese Anarchism, New York, Revisionnist Press, 1977, pp. 27-30.

[3Vladimir Muñoz, Contribución a la historia del anarquismo español : correspondencia selecta de Federico Urales, [Toulouse], Espoir, s.d., p. 28. En l’absence de toute date, impossible, en toute rigueur, de situer cette note dans le temps, mais la plaquette où elle figure a dû paraître en 1970 – selon le catalogue de l’Institut international d’histoire sociale (IISG) d’Amsterdam.

[4Won Kenn (Hwang Kyuan-cheng ; Huang Juansheng ; 1894-1990), qui avait séjourné en France, à Lyon, y soutint une thèse de doctorat : « Origine et évolution de l’écriture hiéroglyphique et de l’écriture chinoise » (1926). Sous le pseudonyme de Charles Martin, il publia plus tard une plaquette intitulée Towards a Free Society, Londres, publiée à compte d’auteur par Freedom Press, 1960. Voir Angel Pino, notice « Won Kenn », in : Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone (à paraître).

[5Sur Víctor García (Tomás Germinal García-Ibars, 1919-1991), voir Carlos Díaz, Víctor García, el Marco Polo del anarquismo, Madrid, Madre Tierra, 1993.

[6Lettre de Ma Schmu à Víctor García, 20 juillet 1964, traduite ici de l’italien, in : Víctor García, « L’Anarchismo in Cina », Volontà, vol. XVIII, n° 2, 1965, p. 92. Dans un article ultérieur, paru dans la même revue, Víctor García cite le nom de C. J. Tien – en rappelant qu’il s’agit du pseudonyme d’un « estimé ami anarchiste qui réside à Hong Kong » – et il mentionne son article de Tierra y Libertad, mais sans établir le moindre lien entre celui-ci et Ma Schmu (« Il suicidio letterario delle’anarchico cinese Pa Chin », ibid., n° 1, janvier 1969, p. 36).

[7Probablement depuis l’été 1959, et jusqu’au début des années 1970 (témoignage de Marianne Enckell, 19 novembre 2011).

[8Voir, par exemple, Internationaal Instituut voor Sociale Geschiedenis, Jaarverslag, Amsterdam, 1968, p. 30.

[9Nous possédons un aérogramme de lui, envoyé depuis Hong Kong à Clément Fournier (1904-1969), daté du 30 juillet 1957, attestant ses liens avec la Commission internationale anarchiste (CIA), laquelle venait de se substituer à la Commission de Relations Internationales Anarchistes (CRIA) (IISG, André Prudhommeaux Papers, Pays, 453 Chine).

[10Ainsi Gino Cerrito (1922-1982), qu’il aida dans sa quête documentaire concernant la Chine pour son étude sur « Il Movimiento anarchico internazionale nella sua struttura attuale : lineamenti storici e bibliografia essenziale » (voir Anarchici e Anarchia nel mondo contemporaneo, Turin, Fondazione Luigi Einaudi, 1971, p. 196) ; ou bien Eugen Relgis (1895-1987), qui cite son nom dans deux de ses ouvrages (¿ Qué es el humanitarismo ? Principios y acción, México, Editores Mexicanos Unidos, 1969, p. 12 ; Hojas de mi calendario, Montevideo, Ediciones Humanidad, 1970, p. 80) ; ou bien encore Louis Mercier Vega (1914-1977), qui fut mis en rapport avec lui alors qu’il préparait L’Increvable Anarchisme (UGE, 10/18, Paris, 1970 ; témoignage de Marianne Enckell, 19 novembre 2011).

[11Vers 1971, il demanda au CIRA de procurer à Lu Jianbo, qui enseignait cette langue en Chine, des ouvrages en grec (lettre de Marianne Enckell à Angel Pino, 9 juin 2003).

[12Liu Gih-bor (Jibai) [Ma Schmu]. « Wusi qianhoude wuzhengfuzhuyi » (Anarchism around the May Fourth period), Daxue shenghuo (College Life monthly), vol. 3, n° 5, mai 1968.

[13Lesquels ne partageaient toutefois pas le regard bienveillant de Ma Schmu sur Ba Jin, affirmant que leur anarchisme ne devait rien ni à lui ni au mouvement anarchiste auquel il avait appartenu (Minus 7, septembre-octobre 1977, p. 3). Sur The 70’, voir Ken Knabb, « Un groupe radical à Hong Kong » (octobre 1978), in : Secrets Publics : escarmouches choisies, traduit de l’américain par l’auteur et des amis français, s.l. [Cabris], Sulliver, 2007, pp. 165-169.

[14Qui ne fait cependant allusion à lui à aucun moment dans son histoire orale de l’anarchisme aux États-Unis : Paul Avrich, Anarchist Voices : An Oral History of Anarchism in America, Oakland (Calif., USA) / Edinburgh (Scotland), AK Press, 2005 (1re éd., 1995).

[15Daniel Dupuy & Marianne Enckell, notice « Ma Schmu », in : Dictionnaire international des militants anarchistes (http://militants-anarchistes.info/). Éléments qui m’ont été confirmés par Huang San et Choi Hak-kin (conversations et échanges électroniques, septembre 2011).

[16Guy Malouvier, « Éditorial », Bulletin de la Commission préparatoire au Congrès international de Carrare, n° 8, mars 1968, p. 3.

[17En chinois, le patronyme précède le prénom. C. J. Tien est la version occidentalisée de ce qui pourrait être Tien Cun Jun, encore que cette dernière transcription soit curieuse, qui mêle plusieurs systèmes de phonétisation : avec Cun Jun – en réalité Cunjun – on devrait plutôt avoir Tian, et donc Tian Cunjun.

[18Guy Malouvier n’a malheureusement pas pu confirmer mon intuition (entretien du 9 février 2012).

[19Ba Jin quanji (Œuvres complètes de Ba Jin), Pékin, Renmin wenxue chubanshe, 26 vol., 1986-1994 (réimpression en 2000) ; Ba Jin yiwen quanji (Œuvres traduites par Ba Jin complètes), Pékin, Renmin wenxue chubanshe, 10 vol., 1997.

[20Angel Pino, « Ba Jin traducteur », in : Les Belles Infidèles dans l’empire du Milieu : problématiques et pratiques de la traduction dans le monde chinois moderne, sous la direction d’Isabelle Rabut, Paris, You Feng, 2010, pp. 45-110.

[21Ba Jin, Li Yaotang de son vrai nom, et Li Feigan de son nom social, s’est aussi fait appeler parfois Li Peigan, homonyme à la chinoise de Li Feigan.

[22[a] Une traduction anglaise de Famille, faite par Sidney Shapiro, fut publiée en 1958 par les Éditions en langues étrangères de Pékin. [Pa Chin, The Family, traduit par Sidney Shapiro, Pékin, Foreign Languages Press, 1958.]

[23Lu Xun (1881-1936), romancier et essayiste considéré comme le père de la littérature chinoise moderne, est notamment l’auteur du Journal d’un fou (1918), texte qu’on tient généralement pour une œuvre pionnière de la Nouvelle Culture et du mouvement du 4 mai 1919.

[24C’est le moment d’apporter cette précision : en chinois, le mot « anarchisme » a d’abord été traduit phonétiquement, en « annaqizhuyi » (le suffixe « zhuyi » pouvant se traduire par « -isme », ou bien par « doctrine », « système », « principe ») ; il est désormais traduit en « wuzhengfuzhuyi » (littéralement : « doctrine du sans-État »).

[25Liu Shifu (1884-1915), libertaire cantonais, considéré comme le père de l’anarchisme chinois. Voir Edward S. Krebs, Shifu, Soul of Chinese Anarchism, Lanham, MD, Rowman & Littlefield Publishers, 1998.

[26[b] Les lecteurs trouveront une bonne description compréhensive de la première période du mouvement et de la pensée anarchistes chinois dans Le Mouvement anarchiste chinois, Presses de l’université de Californie, 1961. [Robert A. Scalapino & George T. Yu, The Chinese Anarchist Movement, Berkeley, Center of Chinese Studies, Institute of International Studies, University of California, 1961. Cette étude, désormais classique, a été reprise pas ses auteurs, sous le titre « The Emergence of the Anarchists », dans leur livre Modern China and its Revolutionary Process : Recurrent Challenges to the Traditional Order, 1850-1920, Berkeley-Los Angeles, University of California Press, 1985, pp. 231-259. On en trouvera une libre adaptation française dans Jean-Jacques Gandini, Aux sources de la révolution chinoise, les anarchistes : contribution historique de 1902 à 1927, Lyon, Atelier de création libertaire, 1986. Deux traductions en ont été données : El Movimiento anarquista en China, version espagnole par Marcelo Covian, Barcelone, Tusquets Editor, 1975 ; L’Anarchismo in Cina, version italienne par Andrea Chersi, introduction de Víctor García, Salerno, Galzerano Editore, 1982 (avec un sous-titre ajouté « L’altre faccia della rivoluzione cinese cancellata del regime di Mao »).]

[27Une probable erreur de temps dans la phrase a été ici corrigée.

[28Miewang (Destruction), roman publié en 1929. Version française par Angel Pino et Isabelle Rabut : Pa Kin, Destruction, Paris, Bleu de Chine, 1995.

[29Kelupaotejin [Pierre Kropotkine], Rensheng zhexue : qi qiyuan ji qi fazhan (La Philosophie de la vie : son origine et son développement), traduit par Feigan [Ba Jin], Shanghai, Ziyou shudian, 2 vol., septembre 1928 et juillet 1929 ; version révisée sous le titre Lunlixue de qiyuan he fazhan (L’Origine et le développement de l’éthique), Chongqing, Wenhua shenghuo chubanshe, « Œuvres complètes de Kropotkine » (vol. 10), juin 1941. Désormais dans les Ba Jin yiwen quanji (Œuvres traduites par Ba Jin complètes), Pékin, Renmin wenxue chubanshe, vol. 10, 1997, pp. 1-468.

[30Les versions anglaise, française, allemande, japonaise et espagnole, mais aussi la version en espéranto. Voir Ba Jin, « “Lunlixue de qiyuan he fazhan” houji” (Postface à L’Origine et le Développement de l’Éthique ; 16 juin 1940), in : Ba Jin quanji, vol. 17, 1991, p. 223.

[31La lettre évoquée ici porte la date du 3 mars 1928, elle est conservée à Amsterdam, dans les papiers Nettlau. Ba Jin reproduit un long passage de la réponse de Nettlau dans une annexe à sa traduction de L’Éthique de Kropotkine (Ba Jin yiwen quanji, vol. 10, pp. 460-464) ; il en cite également un extrait plus court dans sa préface au premier volume des Œuvres complètes de Kropotkine (en chinois) : voir Ba Jin yiwen quanji, vol. 1, pp. 506-508.

[32Ba Jin a quitté la Chine pour la France le 15 janvier 1927, il y est revenu à la fin de l’année suivante.

[33Li Feigan [Ba Jin], Eluosi shi nü jie (Dix héroïnes russes), Shanghai, Taipingyang shudian, avril 1930 ; désormais dans les Ba Jin quanji (Œuvres complètes de Ba Jin), Pékin, Renmin wenxue chubanshe, vol. 21, 1993, pp. 259-514. Ces héroïnes sont Véra Zassoulitch, Sophia Bardina, Gesia Gelfmann, Véra Figner, Sofia Perovskaïa, Ludmila Volkenstein, Ekaterina Brechkovskaïa, Zinaida Konopliannikova, Maria Spiridonova et Irina Kakhovsklia.

[34Feigan [Ba Jin], Duantoutai shang (Sur l’échafaud), Ziyou shudian, Shanghai, janvier 1929 ; désormais dans les Ba Jin quanji, vol. 21, 1993, pp. 1-257.

[35Kelupaotejin [Kropotkine], Mianbao lüequ (La Conquête du pain), traduit par Feigan [Ba Jin], Shanghai, Ziyou shudian, « Œuvres complètes de Kropotkine » (vol. 2), novembre 1927.

[36L’édition russe, Khleb i Volia (Pain et Liberté), publiée pour la première fois à Londres en 1902, est en effet une traduction de l’original français : La Conquête du pain (1892). – Kelupaotejin [Kropotkine], Mianbao yu ziyou (Pain et Liberté), traduction révisée, Shanghai, Pingming shudian, août 1940 (rééd. : août 1948) ; désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, vol. 9, 1997, pp. 443-744. – Ba Jin a consulté deux versions japonaises du livre de Kropotkine, et les versions anglaise, française et allemande : voir Feigan [Ba Jin], « “Mianbao lüequ” yizhe xu » [avant-propos du traducteur à La Conquête du pain (1er décembre1926)], in : Ba Jin quanji, vol. 17, 1991, p. 94 ; Ba Jin, « “Mianbao yu ziyou” houji » (Postface à Pain et Liberté, mars 1940), ibid., p. 204.

[37En réalité, à cette date, voilà déjà un peu plus d’un mois que Ba Jin se trouvait à Château-Thierry, dans l’Aisne, où il demeura pendant quelque quatorze mois. Voir Angel Pino, « Ba Jin, la France et Château-Thierry », in : Ba Jin, un écrivain du peuple au pays de Jean de la Fontaine, Musée Jean de la Fontaine, Château-Thierry, mai 2009, pp. 182-205.

[38[c] Li Peigan fut aussi un espérantiste : il avait l’habitude de donner un titre en espéranto à ses livres et à ses articles. [Les deux textes en question – en réalité des nouvelles – ont été traduits en français : La Chaise électrique (1932), traduit par Angel Pino, Réfractions, Paris, n° 16, mai 2006, pp. 143-157 ; Larmes, traduit par Nicole Dulioust et Bernadette Rouis, in : Pa Kin, Le Secret de Robespierre (et autres nouvelles), Paris, Mazarine,1980, pp. 67-86 (rééd. Paris, Stock, coll. « La bibliothèque cosmopolite », 1997).]

[39[d] Lettres de Sacco et Vanzetti, E.P. Dutton & Co., 1960. [Il s’agit d’une lettre de Vanzetti à Li Feigan (Ba Jin) en date du 23 juillet 1927. Première édition : The Letters of Sacco and Vanzetti, sous la direction de Marion Denman Frankfurter et Gardner Jackson, New York, The Viking Press, 1928, pp. 307-310.]

[40Fanzaite [Bartolomeo Vanzetti], Yige maiyuzhe de shengya (La Vie d’un marchand de poisson), traduit par Li Feigan [Ba Jin], Shanghai, Ziyou shudian, « Ziyou xiao congshu » (vol. 1), décembre 1928 (rééd. sous le titre de Yige wuchanzhe jieji de gushi (Une vie de prolétaire), Shanghai, Pingming shudian, 1939). Version définitive : Fanzaidi [Bartolomeo Vanzetti], Wode shenghuo gushi (Histoire de ma vie), traduit par Ba Jin, Shanghai, Wenhua shenghuo chubanshe, septembre 1940 (rééd. : octobre 1947) ; désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, vol. 8, 1997, pp. 239-278. Il existe une version française de la présentation du traducteur à l’édition chinoise (complétée pour la réédition) : « Avant-propos de Pa Kin [Ba Jin] à Bartolomeo Vanzetti, Une vie de prolétaire », [traduit par Huang San et Angel Pino], Les Cahiers du vent du ch’min (Saint-Denis), n° 7, 1985, pp. 5-6.

[41Outre Bartolomeo Vanzetti, Emma Goldman, Alexander Berkman et Max Nettlau, probablement aussi Diego Abad de Santillán (1897-1983). Voir Angel Pino, « Ba Jin, la France et Château-Thierry », p. 199.

[42Non, en décembre 1928.

[43Ishikawa Sanshirô (1876-1956), théoricien anarchiste, fondateur de la Société d’éducation mutuelle (Kyôgaku) et de la revue Dinamikku (Dynamique). Voir Shiota Shôbei, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international : le Japon, Paris, Éditions ouvrières, vol. 1, 1979, pp. 215-217. Ba Jin a traduit deux textes de lui, qui sont consacrés à l’écrivain anarchiste japonais Ikuta Shungetsu (Ikuta Seihei ; 1892-1930) : « Yi Chunyue » et « Chunyue zhi si » (1931) (En souvenir de Ikuta ; La Mort de Ikuta), Wenji yuekan (Mensuel des saisons littéraires), vol. 1, n° 3, 1er août 1936 ; désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, vol. 5, 1997, pp. 503-512, sous le titre général de Chunyue zhi si (La Mort de Ikuta).

[44En réalité le livre a bien paru en Chine : Cong zibenzhuyi dao annaqizhuyi (Du capitalisme à l’anarchisme), Shanghai, Ziyou shudian, juillet 1930.

[45Il s’agit d’une libre adaptation de L’ABC de l’anarchisme d’Alexander Berkman.

[46Voir Ba Jin, « Gei E. G. » [Pour E. G. (Emma Goldman)] (juin 1934), in : Ba Jin quanji, vol. 10, 1989, p. 4. Du même, « Xinyang yu huodong » (Foi et action), ibid., vol. 12, 1989, p. 404.

[47Emma Goldman, Living My Life, 2 vols, New York, Alfred A. Knopf, 1931.

[48Baikeman [Alexandre Berkman], Yu zhong ji (Mémoires de prison), Wenhua shenghuo chubanshe, « Wenhua shenghuo congkan » (vol. 4), septembre 1935 (six rééditions jusqu’en avril 1947) ; désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, vol. 9, 1997, pp. 1-196.

[49[e] Un exemplaire de ce livre fut sauvé et est conservé dans la célèbre bibliothèque de l’Institut international d’histoire sociale d’Amsterdam. [Il s’y trouve toujours : Li Pei-kan, A History of the Russian Revolution, Shanghai, 1937, chinese text (cote : R 507/357).]

[50Eguo shehui yundong shihua (Relation historique du mouvement social russe), Wenhua shenghuo, septembre 1935 (rééd. : janvier 1936) ; désormais dans les Ba Jin quanji, vol. 21, 1993, pp. 515-637. Le titre indiqué par C.J. Tien n’est donc pas celui sous lequel l’ouvrage a paru, même si Ba Jin, dans son avant-propos, explique qu’il aurait été plus juste de l’intituler ainsi : A Biographical History of the Russian Revolution (Ba Jin quanji, vol. 21, 1993, p. 517 ; en anglais dans le texte).

[51Voir l’avant-propos, où l’auteur explique qu’il a l’intention de donner une suite à ce premier volume (Ba Jin quanji, vol. 21, 1993, p. 517).

[52Les autres chapitres portent sur Pougatchev, Radichtchev, les décembristes, Herzen, Tchernichevski, Pisarev, Bakounine et Lavrov.

[53[f] Le célèbre livre de S. Stepniak La Russie souterraine et une partie de La Russie sous les tzars furent traduits par Li Peigan en chinois et publiés en 1930. En août 1936 une édition corrigée parut et en octobre un seconde édition fut imprimée. La partie de La Russie sous les tzars traduite par Li Peigan a pour titre Trente-neuf. Elle fut jointe au poème en prose de Tourgueniev Le Seuil, à Pour le savoir et la liberté de Kaakoff Prelooker et à Véra de Léopold Kampf, et le tout fut imprimé en 1936 sous la forme d’un livre intitulé Le Seuil. [Varii auctores, Menkan (Le Seuil), Shanghai, Wenhua shenghuo chubanshe, mai 1936 (rééd. : juin 1936 ; mai 1939, dans une version révisée) ; désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, vol. 2, 1997, pp. 447-537.]

[54[g] La deuxième partie des mémoires de Véra Figner, Quand s’arrête l’horloge de la vie, fut traduite par Li Peigan et publiée en chinois sous le titre Vingt ans en prison. [Weina Feigenian’er (Véra Figner), Yu zhong ershi nian (Vingt ans en prison), mémoires, Shanghai, Wenhua shenghuo chubanshe, « Yiwen congshu » (vol. 1), février 1949 (cinq rééditions jusqu’en mars 1953) ; désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, vol. 9, 1997, pp. 197-441.

[55He’ercen [Alexandre Herzen], Yige jiating de xiju (Un drame familial), Shanghai, Wenhua shenghuo chubanshe, « Wenhua shenghuo congkan » (vol. 26), août 1940 (plusieurs rééditions jusqu’en juillet 1962). Ba Jin a traduit bien plus tard les trois autres tomes de Passé et pensées, et les quatre livres figurent désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, vol. 4, 1997.

[56Allusion à Luo Shu (1903-1938), connue également sous le nom de Luo Shimi (C.J. Tien est visiblement originaire du sud de la Chine, qui prononce « Si » ce qui doit se dire « Shi »). C’est Ba Jin qui édita à titre posthume sa traduction du livre de Nicolas Tchernychevski Hewei (Que faire ?), Wenhua shenghuo, septembre 1938. Luo Shimi était l’épouse de Ma Zongrong (1890-1949), enseignant et traducteur lui-même.

[57Ba Jin, « “Hewei” houji » (Postface à Que faire ? ; avril 1936), in : Ba Jin quanji, vol. 17, 1991, pp. 315-319.

[58A Tuo’ersitai [Alexis Tolstoï], Dandong zhi si (La Mort de Danton), traduit de l’espéranto par Yiqie [Ba Jin], Shanghai, Kaiming shudian, juillet 1930 (sept rééditions jusqu’en octobre 1951). En annexe, par le traducteur, « Faguo da geming de gushi » (Histoire de la grande Révolution française). Désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, vol. 7, 1997, pp. 95-193.

[59Sur la réception de Kropotkine en Chine : Li Cunguang & Chen Sihe (éd.), Wuzhengfuzhuyi pipan : Kelupaotejin zai Zhongguo (La Critique anarchiste : Kropotkine en Chine), préface de Ba Jin, Jiangxi gaoxiao chubanshe, « Shiji de huixiang – Wailai sichao juan », Nanchang, mai 2009.

[60[h] Ces dix volumes sont les suivants : Autour d’une vie [Autobiographie, vol. 1, trad. par Ba Jin, mai 1939] ; Dans les prisons russes et françaises [vol. 2] ; Paroles d’un révolté [vol. 3, trad. par Bi Xiushao, août 1947] ; La Conquête du pain [Pain et Liberté, vol. 4, trad. par Ba Jin, août 1940] ; Champs, usines et ateliers [vol. 5] ; L’Entr’aide [vol. 6, trad. par Zhu Xi, juin 1939] ; La Littérature russe : ses idéaux et ses réalisations [vol. 7] ; La Grande Révolution, 1789-1793 [vol. 8] ; La Science moderne et l’anarchie [vol. 9, trad. par Bi Xiushao, 1947] ; L’Éthique : ses origines et son développement [vol. 10, trad. par Ba Jin, juin 1941]. [C. J. Tien se fonde ici sur la liste qui est reproduite dans chacun des volumes, laquelle liste concerne les ouvrages de la série parue à la fin des années 1930 et au cours des années 1940. Les volumes 5 (Champs, usines et ateliers), 7 (La Littérature russe : ses idéaux et ses réalisations) et 8 (La Grande Révolution), furent publiés avant, à la fin des années 1920 et au début des années 1930, et, sauf erreur, ne firent pas l’objet d’une réédition dans le cadre de cette collection à laquelle se réfère C. J. Tien. Voir Li Cunguang & Chen Sihe (éd.), Wuzhengfuzhuyi pipan : Kelupaotejin zai Zhongguo], pp. 52-58.]

[61Fondé à Genève en 1957, le CIRA est aujourd’hui basé à Lausanne. Les volumes conservés là-bas sont : Paroles d’un révolté (vol. 3 ; cotes Ac 004 et Ac 008), Pain et Liberté (vol. 4 ; cotes Ac 001 et Ac 003) et L’Éthique (vol. 10 ; cotes Ac 005 et Ac 006).

[62[i] En 1960 fut publiée une nouvelle traduction japonaise de La Conquête du pain, traduction réalisée par S. Iwasa, et la vieille traduction de S. Kôtoku fut aussi réimprimée en 1960. [Pan no kakutaku, trad. par Iwasa Sakutarô (1879-1967), Kawasaki, Anakisuto kurabu, 1960 ; Pan no ryakushu, trad. par Kôtoku Shûsui (1871-1911), Tokyo, Iwanami shoten, 1960 (1re éd. : Tokyo, Heiminsha, 1909).]

[63En réalité pas tout à fait. Bi Xiushao (1902-1992), qui fit deux longs séjours en France (1921-1925 et 1930-1935), n’y poursuivit pas vraiment d’études. Lors de son premier séjour, il travailla surtout comme ouvrier – embauché notamment aux usines Renault, il militait au groupe libertaire de Boulogne-Billancourt, affilié à l’Union anarchiste –, et lors de son deuxième séjour, passé à Montpellier, il se consacra à la traduction de L’Homme et la Terre. Voir Angel Pino, notice « Bi Xiushao », in : Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone (à paraître). C’est ce même Bi Xiushao (appelé en l’occurrence Pi Siqou Tsio !) dont on annonça indûment le suicide dans le Bulletin de la Commission préparatoire au Congrès international de Carrare (Guy Malouvier, « Rapport sur le mouvement anarchiste chinois actuel », bulletin n° 8, mars 1968, p. 8).

[64Shaokelü [Reclus], Ren yu di (L’Homme et la Terre), traduit par Zheng Shaowen (Bi Xiushao), Shanghai, Wenhua shenghuo chubanshe, 1937 (7 fascicules). Paul Reclus (1858-1941) connaissait bien l’œuvre de son oncle pour en avoir préparé l’édition après la mort de celui-ci. Il enseignait alors au collège des Écossais, à Montpellier, et c’est pour cette raison que Bi Xiushao s’était installé là-bas, afin de profiter au mieux de son aide.

[65[j] Il y eut également une traduction japonaise réalisée par Ishikawa Sanshirô, mais seul fut publié le premier volume. [Chijinron, vol. 1, traduit par Ishikawa Sanshirô, Tokyo, Shunjûsha, 1930.]

[66Voir Ba Jin, « Gei E. G. », pp. 5-6.

[67Gaodeman [Emma Goldman] et alii, Zhanshi Duludi (Le Combattant Durruti), traduit par Ba Jin, Shanghai, Pingming shudian, « Xibanya wenti xiao congshu » (vol. 1), août 1938 (rééd. : avril 1939) ; désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, vol. 8, 1997, pp. 307-354. Il s’agit de la version chinoise de la plaquette publiée à la mort de Durruti : Buenaventura Durruti, Barcelone, Official Propaganda Service of CNT-FAI, 1937. – Ruoke’er [Rudolf Rocker], Xibanya de douzheng (La Lutte en Espagne), traduit par Ba Jin, Meiguo Jiujinshan chubanshe, « Xibanya wenti yanjiu xiao congshu » (vol. 1), octobre 1938 (rééd. : Pingming shudian, « Xibanya wenti xiao congshu », vol. 1, avril 1939) ; désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, 1997, vol. 8, pp. 279-306.

[68Xingmen [Sim], Xibanya de liming (L’Aube espagnole), légendes traduites par Ba Jin, Pingming shudian, « Xin yishu congkan » (vol. 2), juillet 1938 (rééd. : 1939) ; désormais dans les Ba Jin quanji, vol. 17, 1991, pp. 435-501.

[69Allusion à la brochure déjà mentionnée, Zhanshi Duludi.

[70Luduofu Luoke’er [Rudolf Rocker], Liu ren (Les Six), illustrations de Doris Whitman Chase, traduit par Ba Jin, Shanghai, Wenhua shenghuo chubanshe, septembre 1949 (deux rééditions jusqu’en avril 1951 ; repris chez Sanlian shudian, juin 1985) ; désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, vol. 6, 1997, pp. 375-566.

[71Youli Baji [Julio Baghy], Qiutian li de chuntian (Le Printemps dans l’automne), traduit de l’espéranto par Ba Jin, Shanghai, Kaiming shudian, octobre 1932 (nombreuses rééditions chez le même éditeur ou chez d’autres jusqu’en 1953) ; désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, vol. 7, 1997, pp. 283-388.

[72Akita Ujaku, Kulou de tiaowu (La Danse du squelette), traduit de l’espéranto par Yiqie [Ba Jin], Shanghai, Kaiming shudian, mars 1930 ; désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, vol. 7, 1997, pp. 1-58.

[73Jia’erxun [Vsevolod Garchine] : Honghua (La Fleur rouge), traduit par Ba Jin, Shanghai, Shanghai chuban gongsi, « Shijie wenxue congshu », novembre 1950 (cinq éditions jusqu’en septembre 1953), Yijian yiwai shi (Un Incident), traduit par Ba Jin, ibid., juin 1951 (quatre éditions jusqu’en septembre 1953) ; Laihama he meiguihua (La Rose et le Crapaud), traduit par Ba Jin, ibid., janvier 1952. Désormais dans les Ba Jin Yiwen quanji, vol. 6, 1997, pp. 3-36, 265-267 et 269-273.

[74Situomu [Theodor Storm], Chikai de qiangwei (Rosiers tardifs), traduit par Ba Jin, Chongqing, Wenhua shenghuo chubanshe, « Wenhua shenghuo congkan » (vol. 1), novembre 1943 (plusieurs rééditions jusqu’en juin 1953) ; désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, vol. 6, 1997, pp. 307-365.

[75Wang’erde [Oscar Wilde], Kuaile wangzi ji (Le Prince heureux), traduit par Ba Jin, Shanghai, Wenhua shenghuo, mars 1948 (nombreuses rééditions chez le même éditeur ou chez d’autres jusqu’en 1959, puis en 1981) ; désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, vol. 6, 1997, pp. 125-306.

[76De Dobri Nemirov, Ba Jin n’a rendu en chinois qu’une nouvelle, Xiao (Le Rire). Elle figure, avec un conte de Vasili Eroshenko, Muxing de renshen (L’Esprit humain de Jupiter), et des œuvres d’Alexander Kouprine et de I. A. L. Bratescu Voinesti, dans une anthologie de textes traduits par Ba Jin de l’espéranto ou de l’anglais à laquelle elle donne son titre : Wenhua shenghuo chubanshe, « Fanyi xiao wenku » (vol. 10), juin 1948 ; désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, vol. 7, 1997, pp. 389-434.

[77Yamiqisi [Edmondo de Amicis], Guoke zhi hua (Les Fleurs du passé), traduit de l’espéranto par Ba Jin, Shanghai, Kaiming shudian, juin 1933 (version révisée en septembre 1940 chez Wenhua shenghuo chubanshe, Shanghai, « Fanyi xiao wenku », 1re série) ; désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, vol. 7, 1997, pp. 59-94.

[78Bafuluofusiji [Isaac Pavlovsky], Huiyi Tugeniefu (Souvenirs sur Tourgueniev), Shanghai, Pingming chubanshe, « Xin yiwen congkan », août 1950 (rééd. : juillet 1953 ; février 1954) ; désormais dans les Ba Jin yiwen quanji, 1997, vol. 3, 1997, pp. 499-538.

[79[k] Li Peigan : sa vie et ses œuvres était une partie de la thèse de doctorat de l’auteur. [Jean Monsterleet, « Littérature chinoise contemporaine : écrivains témoins de leur temps », thèse pour le doctorat ès lettres présentée à la Faculté des lettres de l’université de Paris, s.d. (1947), trois volumes, ii-413 pp., dactylogr. Sur le P. Jean Monsterleet (1912-2001) et Ba Jin, voir Angel Pino, L’Anar et le Missionnaire : les lettres de Ba Jin à Jean Monsterleet, 1946-1951 (à paraître à la librairie You Feng de Paris).]

[80Mingxingli [Monsterleet], Ba Jin de shenghuo he zhuzuo (Ba Jin, sa vie et son œuvre), traduit du français par Wang Jiwen, Shanghai, Wenfeng chubanshe, mai 1950, 4-212 pp. Il existe deux reprints, en fac-similé, de ce livre : Yishan shuwu, « Erya congshu », Hong Kong, s.d. [1977 ?] ; Shanghai shudian, « Zhongguo xiandai wenxue li cankao ziliao », Shanghai, 1986. Une version a paru sous un nom d’auteur transcrit différemment, et affublée d’un autre titre : Meixuanli [Monsterleet], Faguo zuojia tan Ba Jin (Un écrivain français, sur Ba Jin), Hong Kong, Nanyang wenyi chubanshe, « Nanyang wenyi congshu », 1962. Pour être tout à fait exact, la version chinoise repose non pas sur un livre imprimé mais sur le manuscrit. Ce manuscrit, qui était inédit, le restera : il a été perdu, et n’en subsistent que quelques passages, confiés à des revues. – Le P. Wang Jiwen (Antoine Wang, 1912-1953), originaire de Xianxian (province du Hebei), qui enseignait le droit canon au scolasticat jésuite de Shanghai, fut arrêté par les autorités de son pays en août 1953 et soumis à toutes sortes de tortures mentales ; le 17 septembre 1953, il trouva la mort en tombant d’une fenêtre, sans qu’on sache s’il s’était lui-même jeté dans le vide ou si on l’avait défenestré (Jean Monsterleet, L’Empire de Mao Tsetung, 1949-1954, Lille, SILIC, 1954, p. 132).