Fidélité à l’Espagne

À contretemps, n° 44, novembre 2012
jeudi 3 juillet 2014
par  F.G.
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■ Hélène RUFAT (éd.)
ALBERT CAMUS
Pour l’Espagne : discours de liberté

Barcelone, Universitat Pompeu Fabra, 2011, 350 p.

Au vu des nombreuses publications qu’elles suscitent – de qualité inégale, il est vrai –, les études camusiennes connaissent à l’évidence, depuis quelque temps déjà, un important développement. C’est dans ce mouvement que s’insère ce recueil fort intéressant de textes – une grosse vingtaine, et la plupart en français –, qui furent autant de contributions au colloque sur « Camus et l’Espagne » organisé, en novembre 2007, par l’université Pompeu Fabra de Barcelone. Coordinatrice de cet ouvrage, Hélène Rufat insiste, dans son avant-propos, sur le rôle, déterminant, que joua l’Espagne vaincue de la guerre civile dans l’engagement – artistique, politique et humain – de Camus en faveur de la liberté. Connue, cette « fidélité » de Camus à l’Espagne reste pourtant, indique-t-elle, peu étudiée. Avec ce livre, ce déficit est désormais pour partie comblé. Décliné sur divers modes – la perception de la guerre d’Espagne comme événement fondateur, l’insertion du thème de l’ « hispanité » ou du « castillanisme » dans l’œuvre de Camus, le caractère engageant de son soutien à la cause anti-franquiste, la réception de son œuvre par l’Espagne du dedans et celle du dehors –, le lien qui unit Camus à l’Espagne apparaît, ici, comme essentiel et structurant. S’il se tissa dans sa propre histoire familiale – les origines minorquines de ses ancêtres maternels –, ce lien, Camus le cultiva bien au-delà de lui-même et à partir de la défaite d’un peuple résistant, comme élément constitutif de son être intime, mais aussi comme matrice de son combat pour une liberté sans rivages. Ce combat, qui fut celui des libertaires espagnols, Camus le partagea jusqu’au bout, sans faillir et solidairement, comme on partage le pain des solitudes. Plusieurs textes de ce recueil en attestent – notamment, ceux de Jeanyves Guérin (« Camus et la guerre d’Espagne ») et de Dalia Álvarez (« Juanel, traducteur de Camus »). Pour le reste, l’auteur de L’Homme révolté ne pratiqua jamais, comme nombre de ses contemporains, la solidarité ouvrière à géométrie variable. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire la pertinente étude de Brigitte Sändig sur le rôle que joua Camus, en juin 1953, dans la défense – ultra minoritaire à gauche – des ouvriers insurgés de Berlin-Est. Sur bien d’autres aspects de cette relation de Camus à l’Espagne, cet ouvrage est indiscutablement éclairant. À la seule exception d’une pathétique contribution d’Enric Ucelay-Da Cal, éminent représentant d’une intelligentsia ralliée aux minuscules épopées postmodernes de son temps, où la mort de Camus n’est que prétexte à extrapolations esthétisantes et bavardes.

Freddy GOMEZ