Revue des revues

À contretemps, n° 44, novembre 2012
jeudi 3 juillet 2014
par  F.G.
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MONDE LIBERTAIRE (LE)
Chroniques d’un Mexique insurgé
Paris, hors-série n° 45, été 2012, 54 p.

Heureux mélange de textes relatifs à l’actualité la plus récente et à l’histoire de l’anarchisme – et du zapatisme – au Mexique, ce copieux hors-série du Monde libertaire se présente comme un précieux vade-mecum sur le sujet. On y trouve, entre autres collaborations intéressantes, trois textes de Claudio Albertani – « À propos de volcans, séismes et mécontentement social », « Deux cents ans après l’Indépendance, cent ans après la révolution » et « Les guerres de l’eau du Mexique » – et une longue analyse de Guillaume Goutte – « Pour la terre et l’autonomie ! » – sur les racines historiques du zapatisme. Pièce de choix de cette remarquable livraison, un fort dossier, entièrement composé par David Doillon, sur l’histoire de l’anarchisme au Mexique. Structuré en six parties – « Les précurseurs », « Le Parti libéral mexicain », « La Casa del obrero mundial », « Dispersion et renaissance du mouvement libertaire : la Confédération générale des travailleurs », « La lente agonie de l’anarchisme mexicain », « Le renouveau anarchiste » –, ce dossier, très richement illustré, offre un panorama tout à fait complet de ce vieux mouvement qui, aujourd’hui encore, manifeste une grande vivacité. Le numéro est complété par une précieuse bibliographie.– Freddy Gomez

RÉFRACTIONS
Indignations, occupations, insurrections
Paris, n° 28, printemps 2012, 192 p.

Maquette renouvelée pour cette vingt-huitième livraison de Réfractions qui s’intéresse de près aux grands mouvements d’occupation d’espaces publics qui se sont multipliés, en 2011 et 2012, sous diverses appellations, dans plusieurs villes d’Europe et des États-Unis. Ouvrant sur un article de rappel de ce que furent, en principe et « avant la relève fondamentaliste », les « printemps arabes » – « La modernité à l’assaut du monde arabe », de Pierre Sommermeyer –, le dossier s’interroge sur la temporalité de ces « explosions populaires, imprévisibles et soudaines » qui, « brusquement, ici, un peu plus loin ou aux antipodes », trouent, sans que rien ne le laisse jamais prévoir, la « morne et grise soumission quotidienne » au temps du capital et de la domination. C’est ce que Tomás Ibáñez appelle « le temps saccadé des révoltes » – ces mobilisations qui surgissent avec autant de célérité qu’elles se dissolvent – et Daniel Colson « les brèches de l’histoire » – des « raisons d’être qui échappent à toute capture et solution transcendantes, […] sans autre lendemain que leur répétition toujours recommencée ». Bernard Hennequin s’arrête, quant à lui, sur la récente fortune qu’a connue le concept d’ « indignation » auquel il préfère opposer celui d’ « insurrection » – une insurrection, convenons-en tout de même, qui tarde à venir. C’est bien là le problème pour Anselm Jappe, l’une des têtes pensantes de la critique de la valeur, qui, dans un texte intitulé « Être libres pour la libération ? », constate que, si le capitalisme semble bien « se trouver dans une crise gravissime », rien ne garantit que sa fin possible ouvrira la voie à l’émancipation humaine. En contrepoint des diverses analyses que propose ce numéro, courent un certain nombre d’interrogations relatives à la nécessaire transmission d’une « mémoire des luttes passées », ce « fil rouge » devant relier entre elles les révoltes pour leur donner sens et contenu. « Une de nos difficultés à intervenir dans ce type de mouvements très diversifiés, lit-on dans l’éditorial de ce numéro, réside dans le fait que, en tant qu’anarchistes, nous avons une proposition de société alternative, mais qu’elle n’est pas actuellement audible, souhaitable ou crédible pour la plupart des acteurs des mobilisations. » Et de poursuivre : « Que ce soit sous l’effet de la misère ou de la peur, de l’insatisfaction politique ou de l’indignation morale, le désir que les choses changent est puissant et largement répandu, même si ce qui est désiré n’est encore que peu clairement exprimé et mis en chantier. » C’est sans doute à cette tâche qu’il faut se consacrer. Avec la conviction, cependant, qu’elle sera d’autant moins aisée que, comme l’indique justement Anselm Jappe, « ceux qui pourraient ou voudraient s’opposer » au capital sont également les victimes de la « régression anthropologique » que son règne a imposée.– Freddy Gomez