Espagne, Mai 37 (présentation)

À contretemps, n° 32, octobre 2008
mardi 29 septembre 2009
par  F.G.
popularité : 4%


À Pilar Molina
À Nardo Imbernon

Les barricades qui se levèrent, à Barcelone, aux premiers jours de Mai 37, délimitèrent deux territoires, deux imaginaires, deux mondes radicalement différents. D’un côté, les héritiers de Juillet 36, portés encore par l’élan révolutionnaire de ces journées où, à la faveur du coup d’État militaire, la défaite des fascistes s’accompagna d’un profond bouleversement social. De l’autre, les partisans d’un rétablissement de l’ordre républicain présenté comme indispensable pour gagner la guerre. Cet affrontement, qui coûta autant de morts que les journées de Juillet 36, marqua la fracture définitive du camp républicain, mais aussi l’écroulement du vieux rêve émancipateur, noyé dans les eaux sales de la logique d’État et de la militarisation des consciences. L’autre côté de la barricade républicaine, c’est donc celui des vaincus de Mai 37.

Ce dossier – qu’on peut lire comme une suite au numéro 25 (janvier 2007) de notre bulletin : « Espagne 36, état des lieux » – s’ouvre sur une analyse de cet événement par l’un de ses plus judicieux observateurs, George Orwell. Produite in vivo, elle n’a pas perdu, nous semble-t-il, en pertinence. En regard, le lecteur trouvera une recension très critique de deux ouvrages, récemment parus en Espagne, qui abordent cette question du point de vue de l’historiographie dominante – stalino-libérale, pour faire court – et émanent de deux représentants du néo-mandarinat académique, de tradition post-stalinienne pour l’un et de tendance néo-libérale pour l’autre. On verra que leurs conclusions divergent peu tant l’imaginaire – contre-révolutionnaire – qui les sous-tend est le même. En parallèle, et sur une thématique beaucoup plus large, il nous a paru utile de prolonger nos repères bibliographiques de janvier 2007 en leur adjoignant des recensions d’ouvrages parus depuis. Enfin, et sur un autre plan, nous avons souhaité conclure ce dossier sur une évocation non passéiste du « bref été de l’anarchie ». Mis en résonance avec certaines pratiques contemporaines de résistance, il avait encore, nous semble-t-il, quelque chose à dire aux éventuels émeutiers des temps futurs.

À contretemps