En guise de présentation

lundi 28 juillet 2008
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George Grosz

LE PREMIER volet de notre diptyque consacré à Rudolf Rocker – « Mémoires d’anarchie » – a suscité, ici ou là, quelques signes d’intérêt et d’encouragement, parfois accompagnés de manifestations de curiosité quant à la suite que nous comptions lui donner. Souhaitons que ce second volet – « Penser l’émancipation » – contribue à satisfaire les curieux, en donnant de Rocker un portrait sinon exhaustif, du moins le plus affiné et nuancé possible. Tel est, en tout cas, notre objectif.

Si le premier volet se voulait biographique, le second s’intéresse, quant à lui, au cheminement intellectuel de Rocker. Pour ce faire, nous nous sommes proposés d’examiner deux aspects essentiels de son parcours théorique et militant : d’une part, sa participation – et la valorisation qu’il en tira – à l’expérience anarcho-syndicaliste de la FAUD allemande au cours des années 1920 et 1930 et, d’autre part, l’évolution progressive de son anarchisme, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, vers un socialisme libertaire pragmatique et débarrassé de toute dimension de classe.

Concernant le premier des deux axes énoncés, notre choix s’est porté sur la publication d’un texte fort intéressant du propre Rocker –« Fritz Kater et les origines du syndicalisme révolutionnaire en Allemagne » –, rédigé à l’occasion de la disparition d’un de ses proches amis. Cette étude s’attache à sortir de l’ombre l’une des grandes figures du syndicalisme révolutionnaire allemand, Fritz Kater, et, au-delà, rend compte de la singulière et atypique histoire de ce mouvement, en en dressant un panorama précis et contrasté. Inédite en français, elle est donnée ici dans une traduction de Jérôme Anciberro et de Gaël Cheptou, annotée et complétée par ce dernier de développements historiques précieux« Scolies » et « Notices biographiques ».

Dans l’après-guerre, on a parfois fait reproche à Rocker de s’être par trop éloigné de l’anarcho-syndicalisme pour se livrer à une révision de la pensée libertaire conduisant, de facto, à une revalorisation du libéralisme. Si la critique est acceptable, elle se doit de tenir compte des circonstances d’une époque caractérisée par la toute-puissance du totalitarisme dit soviétique et par le recul généralisé de toute perspective d’autonomie ouvrière. C’est dans ce contexte historiquement défini que, doutant de toute stratégie de rupture, Rocker s’est, en effet, attaché à penser l’émancipation selon d’autres lignes de fuite. Il l’a fait par intime conviction et dans le souci de redonner à l’anarchisme une cohérence assimilable par son époque. Dans cette volonté de réexamen – que, comme lui, prônèrent, alors, d’autres théoriciens et praticiens libertaires –, Rocker n’a pourtant jamais cessé de s’inspirer de ce qui faisait encore, à ses yeux, l’originalité de l’anarcho-syndicalisme : son refus de déléguer à d’autres que ceux d’en bas le devoir de libération et son goût passionné pour la culture comme processus d’émancipation. Sous la plume de Gaël Cheptou, « La liberté par en bas » aborde cette question de l’évolution de la pensée de Rocker, en la confrontant à l’histoire du syndicalisme révolutionnaire allemand, dont il fut l’un des grands témoins et propagandistes.

Enfin, mettant un point final à nos digressions rockériennes, des « Repères bibliographiques » concluent ce numéro.

Vous en souhaitant bonne lecture, à la prochaine.


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