En guise de sommaire et de présentation

À contretemps, n° 17, juillet 2004
jeudi 8 juin 2006
par  .
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Il y a peu de chance pour qu’un éditeur de langue française – même audacieux – s’intéresse un jour à El eco de los pasos, l’imposante autobiographie militante de Juan García Oliver (1902-1980) publiée en castillan, en 1978, par Ruedo Ibérico et aujourd’hui épuisée. Pourtant, ce livre, comme les indispensables mémoires de Rudolf Rocker sur un plan plus large, constitue un témoignage de première main pour comprendre comment l’anarcho-syndicalisme espagnol des années 1920 et 1930 du siècle passé s’est confronté à l’histoire de son temps, avec la ferme intention de la subvertir.

En cette époque, García Oliver, tête pensante du groupe « Nosotros » dont les deux autres grandes figures furent Francisco Ascaso et Buenaventura Durruti, contribua beaucoup à répandre l’idée que la CNT devait se préparer à l’inévitable confrontation armée avec un fascisme, dont seule la défaite militaire ouvrirait la perspective d’une révolution communiste libertaire. Ce faisant, il s’opposa à certains anarchistes réputés, qu’il qualifia méchamment de « libéraux radicalisés », sans doute peu enclins à penser la guerre de classe et trop idéalistes pour envisager la révolution autrement que comme une soudaine entrée en Arcadie. Contre eux, il eut à la fois raison et tort : raison parce que, grosso modo, juillet 1936 se déroula selon ses plans ; tort parce que la CNT, au lendemain même de son éclatante victoire en Catalogne, privilégia, par peur du vide et contre son opinion, l’antifascisme sur la révolution, ligne à laquelle l’intempestif García Oliver finit par se rallier au point de devenir ministre de la Justice d’une République qu’il avait rêvé d’abattre.

Par son franc-parler (saillies vachardes comprises), par son sens du récit, par ses révélations, par la pertinence et/ou l’impertinence de certaines de ses analyses, par quelques-uns de ses dérapages (sur Mai 37, par exemple), El eco de los pasos est un livre qui compte et qui dérange. Il se détache assez nettement, en tout cas, de l’énorme (et pas toujours bonne) littérature de témoignage que suscita, chez les libertaires, la guerre civile espagnole. Inutile de préciser que, lors de sa parution, ce gros livre d’humeur – car García Oliver avait un fort mauvais caractère – provoqua quelques sévères condamnations au nom des sacro-saints principes d’une anarchie bafouée.

Thématique, ce dix-septième numéro d’À contretemps, d’une pagination exceptionnelle, se propose donc, en partant de cette autobiographie un peu mythique, de suivre les traces de ce García Oliver que l’historiographie libertaire traite généralement assez mal, ou à la marge, comme si elle se contentait, elle aussi et malheureusement, de l’habituel étiage des héros définitivement positifs qui fondent la belle légende de ses combats perdus. On n’ignore pas qu’on s’irritera ici ou là de notre choix. Qu’y faire ? L’iconoclastie est à ce prix. Contre toutes les normatives intentions, même les plus louables.

Et il n’est pas dit, après tout, que ce portrait que nous tentons ici n’en apprenne un peu plus sur le trajet d’un personnage très mal connu.

Sommaire

- García Oliver : échos et contre-échos (José Fergo) ;

- Éloge d’une cohérence politique (José Martínez) ;

- Rencontre avec un « vieux bonhomme » (Marianne Brüll) ;

- Un entretien avec Juan García Oliver (Freddy Gomez) ;

- Monologue intérieur sur une révolution empêchée (Freddy Gomez), à propos du livre de Francisco Carrasquer Ascaso y Zaragoza. Dos pérdidas : la pérdida.