De la domestication des esprits

À contretemps, n° 43, juillet 2012
mardi 17 juin 2014
par  F.G.
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■ Thierry DISCEPOLO
LA TRAHISON DES ÉDITEURS
Marseille, Agone, « Contre-feux », 2011, 208 p.

Cet essai doit se lire pour ce qu’il est, une contribution à la critique de « l’industrie des relations publiques », secteur dans lequel l’édition, nous dit Thierry Discepolo – fondateur de la revue Agone et responsable du label éditorial indépendant du même nom – tiendrait, aux côtés des médias, de l’industrie cinématographique, de la publicité et du marketing, un rôle important, mais rarement dévoilé, dans le dispositif général de domestication des esprits. Partant de cette thèse, l’auteur, qui connaît son sujet à fond, nous dresse un tableau fort documenté de la longue marche de l’édition française, entreprise depuis au moins une vingtaine d’années au nom de la recherche du profit maximal, vers la concentration capitalistique et la fusion de ses activités de base avec celles du divertissement. Mais sa démonstration va plus loin puisqu’elle démonte, à partir d’une analyse fouillée de leur fonctionnement respectif et de leurs pratiques commerciales, la distinction artificiellement entretenue entre, d’un côté, les enseignes purement marchandes (Hachette-Lagardère et ses affidés) et, de l’autre, les firmes dites indépendantes (Gallimard, Actes Sud and Co). Dans chacun des deux secteurs, nous dit l’auteur, et indépendamment de la taille des structures et des commis qui les gèrent, c’est la même logique qui domine, celle du seul marché. La charge est forte et le style enlevé. Notamment quand Discepolo s’amuse à pointer les contradictions d’une florissante édition indépendante dite « critique » aussi habile à exploiter le filon de la moderne contestation qu’à en tirer des dividendes. Vieille histoire, au demeurant. En revanche, on ne trouve pas un mot, dans ce livre, sur les multiples structures d’édition et de distribution alternatives qui s’échinent à éditer des livres sans autre but que de diffuser de la bonne littérature de combat. Dommage.

Blaise DENFER