Maxime Leroy et la coutume ouvrière (présentation)

À contretemps, n° 29, janvier 2008
mercredi 29 octobre 2008
par  .
popularité : 4%

JPEG - 191.9 ko


Aux dires de ses connaissances, Maxime Leroy (1873-1957) fut homme de proverbiale modestie. Discret, il ne tira, de son œuvre – magistrale –, d’autre gloire que celle de s’y être consacré avec constance et minutie. Spécialiste de Sainte-Beuve, de Saint-Simon et de Proudhon – dont il travailla avec Camille Bouglé, Roger Picard et quelques autres à la réédition de ses œuvres –, il laissa inachevée une Histoire des idées sociales en France.

De lui, Boris Souvarine écrivit : « Sans appartenir à aucune école socialiste ni à aucun parti, et sans être d’origine ouvrière, Maxime Leroy est le premier juriste et sociologue français qui se soit intéressé à fond au syndicalisme naissant, qui l’ait étudié avec une ardente sympathie compréhensive et qui lui ait consacré des ouvrages désormais indispensables à l’intelligence de ce grand fait social contemporain. » [1] Parmi ces ouvrages, La Coutume ouvrière – récemment rééditée par les Éditions CNT-RP, qu’elles en soient chaleureusement remerciées [2] – demeure indiscutablement son grand œuvre. C’est à son analyse que se consacre Gaël Cheptou en première partie de ce dossier : « De la coutume ouvrière à l’autonomie de classe : l’effort syndicaliste ».

À travers cette fréquentation assidue de la « coutume ouvrière » – dont il disait qu’elle était « le droit ouvrier spontané, œuvre directe et originale du prolétariat » –, Maxime Leroy se prit d’une belle amitié pour quelques-unes des figures majeures de la CGT des origines. Son admirable témoignage sur Alphonse Merrheim et Victor Griffuelhes, que nous reproduisons en seconde partie de ce dossier, éclaire parfaitement, nous semble-t-il, quelle fut sa démarche et comment elle concilia la rigueur scientifique et l’humaine sympathie pour des hommes d’exception.

C’est, du reste, sans doute, cette humaine sympathie qui lui permit de saisir avec une telle acuité ce qui fit l’originalité sans pareil de ce syndicalisme français des origines, sa quête incessante de l’autonomie ouvrière, dont ladite « charte » d’Amiens – à la rédaction de laquelle Maxime Leroy prêta sa plume, en coulisse – demeure l’une des plus fières expressions.

À contretemps


[1« In memoriam : Maxime Leroy », Le Contrat social, Vol. 1, n° 5, novembre 1957, pp. 277-281. Ce numéro contient également une bibliographie de Maxime Leroy (p. 281), un hommage de Hyacinthe Dubreuil – « Maxime Leroy et la classe ouvrière », pp. 287-288 – et une étude de Maxime Leroy – « Stirner contre Proudhon », pp. 282-286.

[2Maxime Leroy, La Coutume ouvrière. Syndicats, bourses du travail, fédérations professionnelles, coopératives. Doctrines et institutions, Paris, Éditions CNT-RP, deux tomes, 940 p., 2007.