Au sommaire de ce numéro (présentation)

À contretemps, n° 27, juillet 2007
mardi 15 avril 2008
par  .
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Ce numéro constitue le premier volet d’une double livraison consacrée à Rudolf Rocker, dont la seconde partie paraîtra à l’automne. En soi, la chose est déjà exceptionnelle, puisque c’est la première fois que nous accordons une telle ampleur à un thème, mais elle l’est aussi parce que ce projet n’a pu être mené à bien qu’en mobilisant des énergies extérieures à notre petit cercle, sans lesquelles il n’aurait probablement pas vu le jour, du moins tel que nous l’avons voulu.

Il ne s’agissait pas, en effet, pour nous, de refaire ce que d’autres avaient déjà tenté et réussi – nous pensons à ce numéro que la revue Itinéraire consacra à Rocker en 1988 –, mais plutôt de partir de son œuvre écrite, et plus précisément de ses Mémoires, pour suivre, au plus près des souvenirs de Rocker, le long cours d’une existence – la sienne – intrinsèquement mêlée au mouvement libertaire de son époque. Inutile de préciser que cette approche supposait, vu le manque de sources en langue française, un assez lourd travail de traduction de l’allemand et de l’espagnol.

C’est là que ces « énergies extérieures », dont nous avons déjà fait mention, nous ont été d’un grand secours. Peu après la sortie, en décembre 2002, d’un numéro thématique consacré à Diego Abad de Santillán – qui fut un ami de Rocker et son traducteur attitré en espagnol –, nous avons, en effet, reçu un message fort discret d’un travailleur de l’ombre nous indiquant, en passant, qu’il s’activait depuis des années, en collaboration avec un de ses amis, à une traduction en français de l’édition allemande – version abrégée – des Mémoires de Rocker, publiée en 1974 chez Suhrkamp. Et, toujours en passant, l’auteur du message se déclarait par avance disposé à collaborer à un éventuel numéro thématique sur Rocker. Quand le hasard objectif s’invite à ce point dans le jeu, c’est évidemment que la chandelle doit brûler.

Sans Gaël Cheptou, le travailleur de l’ombre, et Jérôme Anciberro, son acolyte, il est, à vrai dire, assez peu probable que nous ayons donné suite à cette affaire. Qu’ils soient donc ici remerciés pour leur efficace participation à ce « Rocker » en deux parties. Ils en sont les principaux artisans.

La première partie de nos digressions rockériennes – « Mémoires d’anarchie » – se veut biographique. On y trouvera une longue panoramique sur son trajet militant à partir d’une lecture de l’édition complète, en espagnol, de ses Mémoires« R. R. ou l’Apatride conséquent ». Elle est suivie d’une évocation, par Rocker, de ses « années parisiennes » et complétée d’un « Hommage à Milly Witkop », son indéfectible compagne. D’elle, on lira, par ailleurs, des souvenirs de Pierre Kropotkine.

Le prochain numéro d’ À contretemps – « Penser l’émancipation » – s’attachera davantage au syndicalisme révolutionnaire allemand, à travers la figure de Fritz Kater, et aux évolutions de la pensée de Rocker. Mais chaque chose en son temps.

L’œuvre écrite de Rocker, pourtant vaste et variée, demeure très mal connue en France. Quelques efforts éditoriaux récents dignes d’éloges – la sortie, en 2006, de La Tragédie de l’Espagne, aux Éditions CNT-RP, et la publication annoncée, chez le même éditeur, de Nationalisme et culture – indiquent, cependant, une inversion de tendance. Souhaitons qu’elle se confirme et qu’un éditeur courageux s’attelle à la publication des Mémoires de Rocker, document de première importance pour qui s’intéresse à l’histoire sociale en général et à celle du mouvement libertaire en particulier.

Si d’aventure cette double livraison en suscitait l’envie, nous serions réellement comblés. Bonne lecture, et à l’automne pour la suite.

À contretemps