Le chef contre l’homme

À contretemps, n° 19, mars 2005
samedi 7 janvier 2006
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Nos remerciements vont à Monette Martinet pour nous avoir autorisés à reproduire ce texte de Marcel Martinet, originellement publiée dans le numéro d’Esprit de janvier-février 1934. Signalons que cette étude – intitulée « Le chef contre l’homme, nécessité d’un nouvel individualisme » – fut alors précédée du chapeau suivant émanant de la rédaction : « Le fascisme démission de la personne : il nous a semblé important de le faire dire à un homme qui peut diverger d’avec nous, mais que nous avons connu pour avoir, à ses dépens, défendu la liberté de la personne contre le fascisme stalinien aussi bien que contre les fascismes occidentaux. »

« Nous ne devons pas oublier, écrivait Clara Zetkin en 1923, que le fascisme est le mouvement des éléments sociaux déçus et privés de moyens d’existence ». Les événements des dix dernières années n’ont fait que confirmer la justesse de cette définition, mais, si l’on veut voir clairement et profondément les réalités du fascisme pris dans sa plus large signification, il est nécessaire d’analyser d’un peu près de quoi sont constitués ces « éléments sociaux déçus et privés de moyens d’existence » : il faut voir ce qu’ils représentent au juste, et dans leurs masses et de par la personnalité des hommes qui sont tout à la fois l’émanation des masses, leurs animateurs et leur image mythique ; il faut voir ce que représente la conjonction de ces masses et de ces chefs qui les conduisent à une apparente délivrance et à une apparente victoire, bref examiner les conditions historiques essentielles de l’établissement et du maintien du fascisme, dans les pays où il semble exercer une domination d’une ampleur et d’une précision inouïe. De cette analyse, on pourra déduire des rapprochements d’une portée encore plus étendue avec certaines tendances universelles de l’époque contemporaine, des rapprochements qui concernent d’une manière directe les mouvements sociaux et les hommes de chez nous, qui nous concernent nous-mêmes. On en déduira aussi, immédiatement, des conclusions sur les rapports entre les masses et leurs chefs, sur l’influence que la disposition fasciste exerce, dans son ensemble, sur la mentalité des hommes de la masse et sur la mentalité des chefs eux-mêmes. Il existe un échange permanent entre le fait et l’idée : les circonstances prédisposent l’esprit humain, l’esprit façonne l’événement, lequel agit en retour sur l’esprit, le confirme temporairement dans ses dispositions préalables - jusqu’au jour où d’autres circonstances, matérielles et spirituelles, des circonstances antagonistes engendrées par l’état des choses provisoirement établi, bouleversent cet état des choses et rouvrent une libre carrière à l’effort humain. Ce retour éternel - qui sans doute n’est pas qu’un retour, qui témoigne malgré tout d’une lente et douloureuse progression - est d’ordre historique et l’appréciation qualitative des forces antagonistes est réservée. Mais il ne s’ensuit pas qu’elle soit impossible ou superflue. Résultant aussi bien de l’observation objective des faits que de la conception générale du monde, personnelle à chacun, elle s’impose au contraire à toute créature digne du nom d’homme, et elle est décisive. Il faudra donc enfin rechercher, comme conclusion dernière, quelles forces peuvent s’élever, de l’extérieur et de l’intérieur même de ce mouvement, contre les forces déterminantes du fascisme (du fascisme installé ou aspirant au pouvoir), comment elles peuvent être loyalement et efficacement sollicitées, ce qui peut leur rendre une confiance en elles-mêmes qui ne soit pas un absurde et meurtrier mirage, qui soit l’expression de leur être réel et de leurs possibilités vraies.

Quelques jugements récemment formulés par des révolutionnaires d’Allemagne, parmi les plus clairvoyants et les mieux trempés, précisent et renforcent la définition donnée dix ans plus tôt par Clara Zetkin. Ils aideront à saisir les réalités du fascisme sur les points qui nous occupent. J’emprunte à une étude sur l’hitlérisme, publiée par « Un Allemand » dans La Révolution prolétarienne du 10 août 1933, les trois citations suivantes dont chaque terme sera utilement médité.

« Le mouvement fasciste est une révolte organisée de la petite-bourgeoisie contre les conséquences du capitalisme. »

« Si les couches de la petite-bourgeoisie sont en mesure de créer un mouvement qui leur soit propre [cela, bien entendu, dans le cas où les représentants du prolétariat n’ont pas réussi à canaliser le flux petit-bourgeois dans la direction ouvrière], elles ne peuvent fonder, en dehors du socialisme et du capitalisme, un système conséquent d’organisation sociale. Et l’émeute anticapitaliste se transformera en dictature anti-prolétarienne. »

« Tandis que le socialisme voit dans l’État un instrument de la domination de classe, qui doit perdre ses bases et donc disparaître avec la suppression des classes, tandis que le socialisme veut, pour ainsi dire, dissoudre l’État dans la société socialiste, le fascisme prétend au contraire étatiser le plus possible les facteurs de la vie sociale, réaliser l’État “total”. »

J’ajouterai encore cet extrait de la réponse adressée par un membre responsable du SAP (Parti socialiste ouvrier d’Allemagne, comprenant des socialistes déterminés, sortis de la social-démocratie, et des communistes oppositionnels) à une enquête ouverte par la revue Masses sur le fascisme et le mouvement ouvrier allemand (Masses, 10 octobre 1933) : « Le fascisme est la marque même du déclin du capitalisme. Le capitalisme est devenu incapable d’assurer des possibilités de vie suffisantes aux masses. Les masses se mettent alors en mouvement : l’appareil politique de la démocratie s’effrite. Si le prolétariat échoue, le mouvement fasciste remporte la victoire. Ce mouvement de déclassés devient le glaive du capital financier. »

Naturellement certaines des assertions qu’on vient de lire peuvent être discutées. Mais toutes sont nourries de réalité et réfléchies, et toutes font penser. Elles animeront nos propres réflexions.

Quels sont les hommes qui fabriquent ce mythe qu’est d’abord et surtout le dictateur ? C’est là sans doute la première question à se poser. À quels milieux sociaux appartiennent-ils ? Comment sont-ils amenés à rêver d’un tel mythe ? À quels mobiles obéissent-ils et de quels désirs convoitent-ils la satisfaction ?

On remarquera avant tout que l’analyse que nous tentons est rendue excessivement délicate par le fait que les hommes qui fabriqueront le mythe du dictateur seront bientôt, sont déjà en même temps et seront de plus en plus façonnés eux-mêmes par la dictature. Mais il n’est pas impossible de donner au moins un aperçu de l’opération et de ses temps successifs.

Ces hommes sont des hommes désespérés, descendus au dernier stade du désespoir ; des hommes qui n’ont jamais eu d’idéologie ou qui ont été déçus par les idéologies auxquelles ils se sont arrêtés un instant et qui les ont rejetées ; des hommes qui ont perdu tout moyen d’existence et tout espoir de retrouver un moyen quelconque d’existence ; qui ont perdu par suite toute raison de vivre, si basse ou si désintéressée soit-elle. Et cependant ces hommes, parce qu’ils sont des hommes, ces hommes vaincus et qui s’avouent vaincus voudraient encore continuer à subsister, à espérer même... Telle est sans doute la masse amorphe des premiers éléments constituants du fascisme, mais elle est entourée, entraînée et dupée, matériellement et spirituellement, trompée aussi, il est vrai, troublée, tiraillée et détournée ; nous examinerons plus loin ces contradictions internes.

Dans ce premier temps, les deux masses paraissent étroitement unies contre l’ombre terrifiante qui menace de les dévorer l’une et l’autre – la masse du lumpenprolétariat [1] soulevée de sa passivité et groupée par un intolérable excès de détresse est renforcée par la masse de la petite-bourgeoisie non encore prolétarisée, mais déjà entièrement possédée par l’effroi de la prolétarisation qui se rapproche d’heure en heure, ou de pire, s’il peut exister pour le petit-bourgeois une perspective plus affreuse que celle de la prolétarisation. Petite-bourgeoisie et lumpenprolétariat – ensemble, momentanément parqués dans le même enclos et collés l’un à l’autre – ne sont plus littéralement que la pensée de leur misère, présente ou prochaine, et, parce qu’ils sont composés d’hommes qui ne sont pas résignés à la disparition, ils sont prêts, ensemble, à suivre n’importe quel sauveur, à se jeter dans les bras de la grand-mère du diable si la grand-mère du diable promet de les sauver.

Le dictateur, né de leur obsession et de leurs incantations désespérées, le dictateur dont le profil grandit à l’horizon, le dictateur promet...

Quelles exigences lui apportent-ils ? Aucune autre que la réclamation d’être sauvés. L’Église de l’An Mille exerça peut-être sur les foules apeurées le même magnétisme. Être sauvé. N’importe comment. Par n’importe qui. Des dangers actuels et des dangers futurs, et aussi de l’obscure foule de dangers imprévisibles dont une époque désorientée par une épidémie de peur consécutive à un excès de souffrances projette l’ombre devant elle. C’est le sauveur qu’ils appellent, et ils ne se vouent au chef que parce qu’ils n’attendent plus que de lui le salut.

Toutes les énergies personnelles dont l’inexorable cruauté du temps ne les a pas encore dépouillés, ils s’en dépouillent eux-mêmes et les transfèrent à ce mythe sauveur qui n’est qu’une projection d’eux-mêmes, mais qui en retour prend en charge leurs rancœurs, leurs besoins, leurs pensées et leurs vies même. Premier soulagement, immédiat : ils se sont débarrassés d’un fardeau insupportable sur une puissance qui leur est extérieure et cette puissance, ils l’ont créée magique. Quand on songe à l’épuisante lassitude qui accable et détraque le monde depuis bientôt vingt ans, on comprend ce que peut représenter un tel soulagement. L’espoir même commence à renaître avec lui.

Les hommes se démettent et ils se soumettent, sans réserve. Plus besoin de penser : le chef pense pour eux – pour eux, à leur place, et pour eux, dans leur intérêt. Leur pensée n’est plus qu’un assentiment mécanique à la pensée du chef, quelle qu’elle soit. Quant à l’action, leurs poings n’ont pas une docilité moins empressée, moins affamée d’une furieuse joie de vengeance (qui leur paraît la justice même), à démolir les ennemis du chef, qui sont leurs propres ennemis.

L’esprit humain réclamant toujours une justification idéologique pour les actes dont il est responsable et surtout pour les plus insensés et les plus sauvages, il va de soi que, chemin faisant, on prête à cette abdication totale de l’individu la dignité d’un consentement libre et réfléchi à une hiérarchie spirituelle. Forgerie par laquelle l’individu est sauvé d’une humiliation trop visible, et qui fait les affaires des hiérarques. Mais il est clair que l’individu qui, pour ne pas périr, s’en remet de tout son destin à l’omnipotence magique d’un sauveur, commence par renier et ne cesse de fouler aux pieds toute sa dignité d’homme. Et il est pareillement clair que cette démission aveugle et intéressée, que les théoriciens du fascisme ont eu l’audace de présenter comme une protestation de l’esprit contre la bassesse des régimes matérialistes, est le comble du matérialisme pratique le plus élémentaire. Dans la mesure, bien faible, où il peut se réclamer d’une doctrine, nous verrons tout à l’heure avec plus de détail combien il est logique, d’une logique qui irait jusqu’à la démence s’il n’était maint accommodement avec la réalité, que le fascisme se dresse, se hérisse contre l’individu, contre son droit et son devoir de ne penser que ce qu’il pense et de dire non à ce qu’il refuse. Mais c’est un fait que le fascisme ne peut s’établir que sur une préalable abdication volontaire et enthousiaste de l’individu. Toutes ses forces constitutives ne sont que des faiblesses affolées et renonçantes.

Cette abdication, dès qu’elle a gangrené des générations surmenées, se manifeste sous deux aspects, complémentaires et inséparables l’un de l’autre. Le goût de la discipline, la superstition d’un ordre abstrait qui n’est que le masque d’un désordre organique profond, le masochisme de l’autorité, toute cette déchéance consentie de l’individu représente déjà sans doute une faillite totale de l’homme, mais là n’est peut-être pas l’aspect essentiel ni le pire.

Sans doute tout cela est-il naturel à l’homme qui a renoncé à se sauver lui-même, mais rien de cela ne durerait très longtemps après qu’un peu d’espérance aurait recommencé à réveiller l’instinct de liberté de l’individu, si le pouvoir ne veillait à entretenir un renoncement qui lui est indispensable. La démission absolue devant le chef est un contrepoids nécessaire – nécessaire pour qu’une société puisse subsister sans que craquent tous les cadres et toutes les assises – à une autre forme d’abdication humaine, plus terrifiante encore, plus destructrice et plus contagieuse, qui est également consécutive à une misère désespérée.

Celle-ci, on en a certes réprouvé hypocritement les excès, surtout quand les excès provenaient d’adversaires momentanément redoutés et, davantage encore, lorsqu’ils paraissaient traduire un frémissement de transformation sociale, mais en revanche que de péans entonnés en son honneur, et dans les vieux pays frileusement abrités de l’aquilon fasciste autant que dans les États de dictature triomphante ! Celle-ci, c’est la glorification de l’action, de l’Action avec un grand A.

Elle nous est principalement montrée, et magnifiée, sous ses plus brillantes couleurs, dans le racolage de la jeunesse auquel se livrent avec un indéniable succès les nations en mal de fascisme. Racolage de la jeunesse, et c’est si facile ! et c’est si impressionnant ! – mais de la jeunesse militarisée, c’est-à-dire domestiquée et réduite à l’enfance, c’est-à-dire engagée déjà dans la sénilité, privée de cette jeunesse essentielle qu’est la liberté ! Mais l’exaltation de la jeunesse n’est que la plus belle parade et en partie, au fond, un attrape-nigaud. Ce qu’il y a derrière, et qui est beaucoup plus général et qui compte beaucoup plus, c’est la religion de l’action, c’est-à-dire de l’action pour la réussite temporelle et pour le débrouillage, mais surtout de l’action pour l’action, sans analyse ni souci du contenu de l’action. Superbe verbiage et enivrante agitation, mais qui conduit tout droit à la violence sans frein (le frein, ce sera justement, parce qu’il faut que l’édifice social ne croule pas, la soumission, mécanique et idolâtre, au Duce, au Führer, et à l’appareil de sa puissance), au goût de la violence pour la violence, à une brutalité terroriste irrationnelle et élémentaire qui est directement à l’opposé de la violence révolutionnaire.

Car, et c’est là l’honneur et l’orgueil ouvriers, la violence révolutionnaire est amenée à se justifier continuellement par la poursuite des plus hautes fins humaines. Ce sont les classes maîtresses qui, lorsqu’il n’est plus d’autre moyen de sauver leur maîtrise menacée, déchaînent dans les classes mercenaires – lumpenprolétariat et classes moyennes en voie de prolétarisation – dont elles ont besoin et qu’elles ont besoin de mystifier et de pervertir, le retour à l’animalité. Au contraire le prolétariat, par la violence aux moments de crise, mais par la violence contrôlée et restreinte aux nécessités du combat, et par la raison toujours, le prolétariat conscient de son destin mène l’humanité à ses fins les plus hautes. Le fascisme, prodigue en protestations idéalistes, ne peut échapper aux deux malédictions qui se complètent et se renforcent, à la double malédiction qui pèse sur l’individu, sur l’individu qui s’est dessaisi de l’humain par la fuite dans la bestialité et par la soumission au mythe du chef. « Matérialistes », les révolutionnaires prolétariens sont en pratique les seuls idéalistes du monde moderne.

Ils le sont, précisément parce qu’ils sont tout entiers, par constitution organique, par leurs buts, par leurs méthodes (tant qu’ils n’empruntent pas stupidement les méthodes et parfois les buts de l’adversaire), diamétralement à l’opposé de tout ce qui est fascisme. Leur but, dans sa généralité, c’est la libération de l’individu au lieu d’être son asservissement imposé ou volontaire, et leur moyen, qui n’est qu’un aspect du but déjà réalisé, c’est encore l’appel à la libre volonté et à l’effort personnel de l’individu.

Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes...

Puissent les prolétaires ne pas seulement répéter ces paroles du bout des lèvres, mais en imprégner toute leur pensée et toute leur action ! C’est la formulation même de l’antifascisme. Le but et la méthode de la révolution prolétarienne ne sont rien et ne peuvent rien s’ils ne sont le respect de l’homme, dont ils réclament qu’il ne se démette jamais de soi, de son vouloir et de ses responsabilités. Le fascisme, qui exige la démission préalable et permanente de l’individu, c’est le mépris de l’homme.

Nous avons parlé à plusieurs reprises du mythe du dictateur. Il existe pourtant, cet homme, il possède une personnalité et même, nécessairement, une personnalité forte, éminente au moins par certains dons qui veulent que celui-là soit choisi et s’impose, non un autre.

Le dictateur existe. Dans quelle mesure toutefois son existence personnelle est-elle une réalité, une réalité autonome et déterminante ? Et d’abord quelle sorte d’homme doit-il être ? Dans quelle mesure est-il fait pour être lui-même un homme, et dans quelle mesure peut-il réussir à demeurer lui-même ? Après avoir essayé d’entrevoir la réalité de la masse prosternée, essayons de jeter quelque lumière sur la réalité de l’idole.

Il est à peu près certain et d’ailleurs prouvé par les faits qu’un des premiers besoins de la masse, alors même qu’elle renonce et justement parce qu’elle renonce à se diriger par son propre effort et dans ses propres voies, est de se reconnaître dans l’idée de chef qu’elle se forme, de se retrouver dans le chef qu’elle se choisit. C’est une compensation, une flatterie et une garantie. Elle a besoin de s’adorer dans cette image enchantée, de s’adorer avec confiance. Et pour cela il ne faut pas seulement que le chef sache lui parler et communier avec elle. Pour communier magnétiquement avec elle, il faut qu’il lui appartienne en quelque point, qu’il soit sorti d’elle ou soit en quelque manière son émanation.

Une conséquence est que le chef a toujours été et sera toujours ou un ancien révolutionnaire – et non un ancien socialiste modéré, scrupuleux et raisonnable, comme le Dictateur de Romains, mais un ancien extrémiste dominé par l’instinct et, avec une certaine bonne foi, prêt aux volte-face les plus scabreuses – ou un homme issu du prolétariat et comme tel beaucoup plus près de la masse qu’un honnête socialiste parlementaire. Les dictateurs-soldats de nations politiquement arriérées, les Horthy ou les Primo de Rivera, ne sont pas significatifs ; si malfaisants qu’ils puissent être et avec quelque application qu’ils singent les véritables dictateurs fascistes, ce ne sont dans l’évolution actuelle que des caricatures de dictateurs. On peut cependant relever, malgré ce que les rapprochements historiques ont de risqué, les coquetteries démagogiques d’un Catilina, représentatif en dépit de son échec, ou d’un César, les antécédents jacobins ou socialistes des deux Napoléon. Pareillement, aujourd’hui, en France, un Hervé d’avant les pantalonnades qui, avec l’âge, l’ont tout de même disqualifié, un Hervé, malgré son infantilisme et sa roublardise grossière, aurait fourni (et il le sait bien et en garde la nostalgie) un dictateur beaucoup plus sortable qu’un Léon Blum, par exemple – ou qu’un Tardieu.

Autre conséquence des besoins de la masse à laquelle il obéit en même temps qu’elle lui obéit, le chef est voué à un opportunisme en quelque sorte congénital, absolu. Qu’ils aient appartenu à un parti révolutionnaire, ces chefs ne retiendront de ses doctrines que l’art de finasser avec elles, de les tourner ou de jouer tour à tour avec leurs contrefaçons. Opportunistes, ils le sont, moins dans les moyens et dans la tactique - Lénine ici l’était, et supérieurement, lui le moins opportuniste des hommes politiques dans la doctrine ; et eux se tiennent volontiers à des procédés simplistes et peu variés, d’offensive massivement foudroyante – que dans les principes dont ils se réclament et surtout dans les fins qu’ils poursuivent ou plutôt, souvent, qu’ils acceptent du fournisseur du moment, auxiliaire, serviteur, et maître parfois. Là ils le sont sans réserve, par nécessité et par nature.

On a vu ainsi le fascisme italien, à l’origine, sans doctrine aucune. Nous pourrions même dire que cette absence de doctrine, qui vint si précieusement en aide à sa stratégie, fut longtemps son unique principe. Aujourd’hui encore Mussolini, opportuniste par goût et par force, perd rarement une occasion de manifester son mépris à l’égard de toute doctrine politique. Mais le jeu est devenu plus délicat que dans les premiers temps. Alors, par un appel calculé à l’irrationnel, qui le servait spirituellement et matériellement, le fascisme se contentait de se définir, en termes vagues, comme un « dynamisme », comme une « mobilisation des forces matérielles et spirituelles », d’affirmer la valeur suprême de « la Nation », mot-fétiche entouré d’une garde redoutable, mot vide qui ne sonnait si bien que parce qu’il était vide, pseudonyme de la masse elle-même, hypnotisée par ce grelot substitué à ses droits. Toute doctrine était remplacée par un mysticisme grégaire où la foule adorait sa propre puissance de foule, personnifiée au sommet par le Duce. Mais, aux échelons intermédiaires et dans la coulisse, ne se passait-il rien ?

Il ne cessait sans doute de s’y passer bien des choses moins reluisantes et plus réelles. Par une des contradictions internes qui sont fatales – et qui lui seront fatales –, le fascisme fondé sur l’absence de doctrine doit, presque immédiatement et de plus en plus à mesure qu’il progresse et s’étale, se mettre à la quête désespérée d’une doctrine. Car il faut un contenu à la « foi » des hommes qui se sont serrés les uns contre les autres pour échapper à des périls dont la mystérieuse immensité dépasse leur entendement et leur résistance. Le dictateur, le Duce, le Führer, pour accéder et pour se maintenir au pouvoir, a besoin de toute une hiérarchie dont il est le degré suprême. Pour justifier idéologiquement le système – sachant que l’esprit des hommes réclame cette justification –, il inventera donc, à posterior et au jour le jour, une philosophie hiérarchique. Comme toujours, le fait crée l’idée et l’idée est appelée à consolider le fait. Mais, si empirique, si hasardeuse et si arbitraire, l’invention du rebouteux fasciste ne peut avoir une assise bien profonde ni bien solide. Et par contre, elle n’est pas de tout repos.

« C’est en leur imposant un dogme, écrit H. Vedret dans les Libres Propos(25 novembre 1933), que l’on domine les esprits » – mais aussi que l’on ouvre la porte aux controverses. C’est pourquoi Mussolini, se défiant de sa propre doctrine, au moment même où il la formule, réserve son droit personnel de la modifier ou même de s’en débarrasser au besoin. Qu’elle ne soit pas « une tunique de Nessus », mais « un programme plastique et dynamique ». Ceux qui « s’enferment dans un mot » sont des « fossiles de l’esprit ».

Ne sent-on pas, sous ces expressions claironnantes, l’hésitation, la faiblesse et le doute de soi ? Tous ces beaux mots couvrent prudemment une réalité amère, la réalité des besoins antagonistes qu’il faudrait satisfaire, qu’on ne peut satisfaire ensemble, entre lesquels on est coincé, entre lesquels il faut louvoyer. Comment, enfermé dans un opportunisme que, cette fois, on n’a pas choisi, comment demeurer soi ? Pour rester dans le ton de cette étude, je ne veux faire qu’une allusion rapide aux maîtres secrets (pas toujours très secrets), aux maîtres véritables entre les mains desquels les dictateurs apparents sont souvent, sont presque toujours pour une part, sont longtemps et peut-être toujours des instruments et des pantins, irrités et rétifs peut-être, mais finalement soumis. De ceux-là il n’est peut-être pas impossible qu’un Mussolini, par exemple, parvienne à se dégager, au moins par périodes ; et l’on peut même estimer qu’au fur et à mesure qu’il dure, « le phénomène Mussolini » grandit, devient plus important que « le phénomène fascisme ». Mais à quel prix ? Pour combien de temps ? Et moyennant quelles autres abdications ? Et cet attelage hétéroclite qu’il faut maintenir sous le même joug ? Ce prolétariat maigre qui travaille pour des salaires réduits et dont on n’est jamais sûr ? Ce prolétariat plus maigre qui chôme et qui n’a pour consolation que de voir persécutés de plus malheureux que soi, ici des hérétiques, là des juifs ? Ces petits-bourgeois qui ne se sont soulevés hier que pour rester des petits-bourgeois et qui n’acceptent pas plus qu’hier que leur privilège soit aboli ? Et toute cette hiérarchie, toute cette bureaucratie, – les seuls compagnons ! –, tous les compagnons et tous les complices, craintifs certes, serviles, mais nécessaires aussi, et pas sûrs eux non plus, et traversés de rivalités et d’intrigues de palais et desquels on dépend, auxquels on est soi-même si étroitement asservi ?

La seule sécurité, finalement, c’est cette vacillante et banale notion de l’État, pleine de faux-semblants et de pièges et qui ne se définit que comme un défi monstrueux à l’individu, à l’individu qui ne recevrait de réalité spirituelle et de personnalité morale que de l’État. C’est un défi qu’on ne tient pas éternellement, car c’est un défi au simple sens commun et dont bien des faits doivent d’ailleurs se charger de relever la dérision. Mais les régimes fascistes ne sont pas seulement le règne de la police, ils sont tout autant le règne de la fiction. Et le chef, détaché des siens, déclassé, le chef domine sur la fiction. Déclassé, dominant, comme il doit mépriser ! Il domine sur la fiction, mais la fiction grandissante le force à couvrir ce qu’il réprouve et craint. Parmi les déclarations les moins suspectes qu’on prête à Mussolini, nous en avons, sur son isolement, qui ne sont pas que vantardise et qui ne sont pas gaies. Ce n’est pas la solitude du surhomme ou simplement du génie, c’est le pauvre isolement du politique, pliant sous toutes les responsabilités et sous toutes les craintes, écartelé entre toutes les forces dont aucune n’est jamais tout à fait soumise et qu’il faut ménager toutes, du politique qui, exigeant l’immolation de tous les individus devant son mirage, a dû s’immoler aussi lui-même, de l’homme qui peut bien encore s’enivrer de sa jactance, mais qui sait que, lui aussi, il s’est démis de lui-même.

Toute l’idéologie bolcheviste comporte encore un internationalisme absolu. Masque ou visage, et quand même ce ne serait déjà plus qu’une étiquette politique et qu’un pieux mensonge, comme le « Liberté, Égalité, Fraternité » de nos monuments publics, ce ne serait pas rien. Lorsqu’il ne reste plus que l’hypocrisie pour se protéger contre le mal, il ne reste pas grand-chose, mais il faut défendre ce « pas grand-chose », lutter farouchement pour en refaire une réalité. L’internationalisme est encore la lettre de la loi bolcheviste : nous n’avons pas le droit de désespérer et de dire que rien ne distingue plus le bolchevisme du fascisme. Mais qu’on prenne garde : plus le bolchevisme est amené à restreindre ses perspectives à la mesure de l’État russe, plus il tend, de ce fait même, à abandonner ses perspectives ouvrières - de libération du prolétaire, de libération de l’homme – et à ne plus se distinguer du fascisme.

Nous assistons ici au danger de dégénérescence le plus grave peut-être, et le plus monstrueux, dans le mouvement prolétarien : car il s’attaque cette fois, et de l’intérieur, à un mouvement authentiquement prolétarien par sa composition sociale et par sa constitution idéologique.

Que l’apparition de ce danger trouve dans les circonstances extérieures toutes sortes d’explications et d’excuses, c’est indéniable. Si l’universalisation de la révolution sociale n’avait pas été arrêtée, les dirigeants du bolchevisme n’auraient pas été amenés aussi impérieusement à se retrancher dans la défense nationale de l’État russe, derrière le plus trouble et le plus inquiétant système de tractations (même si ces tractations ont une utilité momentanée) avec les impérialismes petits et grands, avec les ennemis les plus déterminés et les plus implacables de la révolution sociale. Il faut essayer de tout comprendre et ne pas mettre à la charge d’un choix délibéré ce qui dépend peut-être de fatalités inéluctables. Mais les explications et les excuses ne sont des justifications que tant que l’opportunisme dans la tactique ne devient pas un opportunisme dans la doctrine, tant que les concessions inévitables ne deviennent pas la base d’une théorie nouvelle qui élimine peu à peu tous les principes fondamentaux d’une idéologie et d’un mouvement, tant que ce mouvement n’en arrive pas à être entièrement détourné de ses buts, cette idéologie entièrement dénaturée dans sa constitution profonde, enfin tant qu’on ne s’est pas laissé entraîner hors de soi par l’adversaire et que, pour continuer à vivre, on ne s’est pas résigné à perdre toute raison de vivre.

Le militant du SAP dont nous avons déjà cité la réponse à l’enquête de Masses, y écrivait, à ce propos, avec un sévère réalisme : « Dans leurs efforts plus que problématiques pour stabiliser l’Union soviétique, les stalinistes sont forcés d’admettre la stabilisation de la Pologne, de l’Allemagne, de l’Italie fascistes. La théorie du socialisme dans un seul pays trouve son complément nécessaire dans un régime de sots dociles. Elle exige que les partis des autres pays ne fassent que ce qui semble utile à l’intérêt présumé de l’Union soviétique. » Les conséquences de cette docilité aveugle et sans pensée, de cette abdication de la pensée et de l’action ouvrières, en chaque pays, devant l’intérêt présumé (et en tout cas imposé sans discussion et adopté sans critique) de ce qui n’est plus avec évidence la classe ouvrière militante, mais déjà un groupe national, les conséquences sont incalculables et incalculablement néfastes.

Elles apparaissent à l’examen le plus rapide des conditions et des incidents de la lutte ouvrière, depuis dix ans, dans tous les pays du monde. En Russie même, le prolétariat, tenu dans une ignorance systématique de la réalité prolétarienne dans les autres pays ou égaré par une représentation orthodoxement déformée de cette réalité, peut garder encore un enthousiasme collectif pour son propre effort, mais c’est de moins en moins l’enthousiasme réfléchi du combat pour l’émancipation internationale des travailleurs et pour l’unité ouvrière universelle, et de plus en plus un enthousiasme commandé pour des réalisations matérielles à l’intérieur de la nation enfermée dans son isolement. Dans les autres pays, l’habitude de l’obéissance passive, et pas même pour des résultats apparents, fait dans la classe ouvrière des ravages encore plus étendus et plus profonds : l’affaiblissement progressif du prolétariat mondial donne de ces ravages une preuve de fait. Et, comme illustration tragique, qu’il suffise de se rappeler, en Allemagne, certaines collusions insensées et criminelles entre les communistes et les hitlériens contre la social-démocratie et le beau résultat auquel elles ont directement contribué : la plus écrasante défaite sociale de l’histoire.

Je n’entends certes pas innocenter la social-démocratie, qui la première avait fait de l’abdication un principe, son seul principe, et dont la lâcheté était bien propre à rendre enragé un prolétariat révolutionnaire honnête. Mais le crime de l’un n’excuse pas le crime de l’autre et c’est justement la mission et la tâche des militants de voir clair, par-delà le brouillard des passions fratricides, et d’adopter des tactiques justes et droites, susceptibles de mener au salut et non à l’anéantissement commun. Mais pour cela il faut voir avec ses yeux et penser avec son cerveau. Aucun doute que si le prolétariat allemand, pour nous tenir à ce terrible exemple, avait pensé avec son cerveau il se serait détourné avec dégoût de compromissions monstrueuses et qu’il aurait réalisé l’unité qui l’aurait sauvé. Mais il pensait par ordre. Les masses s’étaient démises d’elles-mêmes, ni plus ni moins que les masses fascistes, et agissaient par ordres de leurs chefs, les chefs s’étaient démis d’eux-mêmes et commandaient par ordres extérieurs.

Quand une mentalité d’abdication s’infiltre dans les groupements et dans les mouvements sociaux qui n’ont d’autre raison d’être que la libération des hommes, l’autonomie et la dignité de l’individu, le barrage devant le fascisme, la lutte contre le fascisme et contre toutes les forces anti-ouvrières et anti-humaines dont le fascisme est le surnom contemporain, quand une telle mentalité a suffisamment empoisonné ces mouvements et ces groupements, ils sont destinés à l’échec total et à l’échec déshonorant. Une propagande extérieurement déclenchée par des chefs peut logiquement réussir à l’imposture fasciste, elle mène logiquement la révolution prolétarienne au désastre. Quand des chefs considèrent et traitent le prolétariat comme du « matériel » et comme un moyen, ils peuvent logiquement parvenir à leurs fins quand leurs fins sont d’abrutir et d’asservir le prolétariat ; ils vont logiquement à la défaite écrasante pour sauver l’homme, c’est-à-dire pour des fins toutes vouées à la dignité et au respect de l’homme, ils utilisent absurdement une tactique qui inclut le mépris de l’homme [2].

Pour résumer et conclure, c’est toute la question du chef dans l’organisation humaine qui se pose ici, à tous les hommes et d’abord au prolétariat.

La vie sociale, dans une époque telle que la nôtre en particulier, est un combat de tous les instants, un combat multiple et profond, plein de surprises et plein de retours, un combat qu’on ne peut livrer et soutenir sans en connaître les techniques, et ces techniques ne sont pas simples. Dans ce combat, toutes les vieilles puissances sont aux mains des adversaires du prolétariat, des ennemis de la personne humaine. Pour mener ce combat, ne faudra-t-il donc pas un prolétariat, champion de l’homme, mainteneur et porteur de la civilisation des hommes, ne lui faudra-t-il pas obligatoirement des chefs ?

Peut-être. Mais quels chefs ? C’est la question des questions.

Elle n’est peut-être pas aussi insoluble qu’elle paraît d’abord. Sa solution est peut-être contenue dans la définition du prolétariat. Au moins, pour l’instant, théoriquement. En pratique, la réponse est donnée par l’action, quand l’action est réellement conforme aux buts du prolétariat et aux moyens que ces buts comportent. Elle a été historiquement donnée durant quelques mois, avant octobre et après octobre 17.

Nous avons vu ce que représente la soumission irraisonnée et aveugle au chef, l’abdication devant le chef. Nous avons vu ce que, dans le fascisme, elle fait de l’homme de la masse, ce qu’elle fait du chef lui-même. Si des hommes adoptent la notion fasciste du chef et la conception de la vie qu’une telle notion comporte, rien à dire contre, sinon que ces hommes nous semblent renoncer à tout ce que nous considérons comme la dignité de l’homme ; mais ils suivent leur logique.

Mais nous avons vu aussi ce qu’une telle démission de l’homme, quand elle pénètre la classe ouvrière, fait de la pensée et de la conduite du prolétariat. Plus de logique ici, mais le désordre et la déroute. Et ce n’est pas l’insuffisance de certains chefs qui est fautive et qui doit être incriminée, c’est la notion de chef qui est erronée, et fatale à ceux qui l’adoptent. C’est cette notion qui doit être révisée et réformée. Comment, sinon par un retour incessant aux principes et aux buts du prolétariat, qui pour nous ne font qu’un avec les principes et les buts de la culture humaine ? Est-il impossible que les chefs ne soient que les meilleurs camarades, les plus dévoués et les plus fidèles, les plus désintéressés et les plus braves, les meilleurs techniciens dans leurs techniques, l’émanation directe de la masse, et constamment et fraternellement contrôlés par la masse ?

On dira que c’est demander beaucoup aux chefs, beaucoup aux hommes de la masse, beaucoup à tous les individus. Certainement. Mais nous ne connaissons pas d’autre moyen pour que l’humanité fasse sa route On dira que le temps est mal choisi pour réclamer des hommes un effort héroïque.

Mais on ne choisit pas son temps et l’homme n’a jamais rien accompli qu’en se dépassant lui-même. Et, quand on exige tant de lui, on ne le jette pas aux aventures puisque, au contraire, on lui demande d’abord, on demande à chaque individu de penser et de vouloir, de ne penser que ce qu’il pense réellement, de ne vouloir que ce qu’il veut réellement.

Aux antipodes du fascisme, la révolution prolétarienne a besoin de faire confiance à l’individu parce qu’elle n’a d’autre but que de développer au maximum, dans le maximum de liberté, le plus grand nombre d’individus possible.

Elle n’a de sens que dans la disparition des classes, c’est-à-dire dans la suppression de toute hiérarchie matérielle. Elle est tout entière, au rebours du fascisme, l’ennemie absolue des civilisations hiérarchiques, des civilisations dictatoriales. Si elle ne tend pas continuellement à libérer et à élever l’individu, et si pour cela elle ne commence à le grandir en lui accordant beaucoup et en lui demandant beaucoup, elle se trahit et n’est plus rien. Etre fidèle à la lutte pour l’émancipation ouvrière, c’est être fidèle à l’humain, et il faut l’être dans les méthodes non moins que dans le but poursuivi. Je suis communiste parce que je crois que seul le communisme libérera l’homme de la violence et de la contrainte exercées par d’autres hommes, permettra un épanouissement de la civilisation des hommes, assurera l’unité humaine. L’unité humaine est le moyen et la fin. Mais c’est l’individu qui est la fin et le moyen de l’unité.

Marcel MARTINET


[1Le « prolétariat en guenilles » des miséreux.

[2L’abondance des matières m’a obligé de renoncer ici, à la demande de la rédaction, à un réquisitoire important contre le socialisme et le néo-socialisme. Qu’on veuille donc bien ne pas m’accuser de partialité s’il n’est question que du communisme dans ma critique des mouvements ouvriers.