Un printemps en France ?

samedi 7 mai 2016
par  F.G.
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■ La pratique de l’éloge ou du dénigrement circulaire est devenue, indistinctement, en ces temps de pensée faible, le signe d’une époque où le culte de la dérision et du dérisoire – cette idéologie d’époque – occupe aussi aisément les plateaux des chaînes de la désinformation à jet continu que les sites de « contre-information » des hyper-réactifs de l’insurrection qui ne vient pas – alors que, de rupture en rupture, et derrière chaque cageot qui brûle, ils continuent de se l’imaginer partout. Les premiers sont dans leur rôle de légitimateurs du spectacle qui les nourrit. Les seconds, ultras d’une chimère insurrectionnaliste, vivent radicalement dans la pantomime du « grand soir » sans même se rendre compte que leurs outrances les enferment, ab initio et post festum, dans le cercle infini de leur impuissance méthodologique. Ce dont ils moquent, d’ailleurs, puisqu’ils ne sont que de leur monde et que celui-ci n’existe que dans leur tête.

Dans ce contexte, la « Nuit Debout », cette étrange resucée des « Indignados » de 2011, ne pouvait qu’exciter les débatteurs habituels des plateaux du consentement et activer nombre de claviers du dissensus d’où émanent, à gogo et pêle-mêle, de la niaiserie admirative pour un peuple admirable qui se lèverait en masse – et horizontalement, ce qui ne laisse pas d’être contradictoire avec la position debout –, du mépris pour le « citoyennisme » bas de plafond qui l’animerait, mais surtout une difficulté caractérisée à comprendre ce que cette initiative d’occupation des places a de significatif de l’époque, du moment et de la manière dont et où elle se produit. En clair, on a beau consulter nos écrans, on n’y trouve que du gnangnan ou du tranché, du poncif ou de la redite. Avec bien sûr, l’habituel appel à cette grève générale reconductible et illimitée que, bien sûr, personne, à part quelques « anarcho-autonomes » de cour de récré, n’imagine aujourd’hui possible. On pourrait, bien sûr, nuancer nos aigreurs, affiner nos impressions, mais déjà le temps nous manque pour d’autres tâches.

Le seul texte qui, à notre avis, se situe, franchement, nettement, au-dessus du lot, émane du groupe-revue Temps critiques et vient d’être publié en hors-série. C’est sa version PDF que nous vous donnons à lire, en espérant que sa teneur vous confortera dans l’idée, qui est la nôtre, que, concernant les mouvements du présent – tous produits de leur temps et, en conséquence, assez médiocres quant à leur fond –, il n’est deux manières d’en faire la critique : l’une vise à les écraser sous le poids de la flagornerie, de l’illusoire ou du mépris ; l’autre consiste à élever le niveau de conscience qui devra nécessairement les porter, s’ils veulent, un jour futur, être autre chose que des emballements sans substance.– À contretemps.



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