Au pays où l’on fusillait les morts…

À contretemps, n° 26, avril 2007
mercredi 27 février 2008
par  F.G.
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On connaît peu la figure de Francesco Ghezzi (1893-1942), si peu que l’histoire ne parle généralement de lui – quand elle en parle – que fugitivement et indirectement, parce qu’il fut l’ami de Victor Serge, par exemple.

Recherché par la police de Mussolini et à défaut d’autres destinations possibles – la France lui refusa l’entrée sur son territoire –, cet opposant déterminé au fascisme italien demanda, en 1922, aux autorités de la naissante « patrie des travailleurs » de lui accorder l’asile, ce à quoi elles accédèrent. Pour son malheur.

Arrêté, une première fois, en 1929, pour « activités contre-révolutionnaires », et détenu à Souzdal, l’anarchiste Francesco Ghezzi recouvra la liberté – ou une apparence de liberté – deux ans plus tard à la suite d’une campagne de soutien courageusement menée par ses amis, principalement en France. De nouveau arrêté en 1937, son sort fut, cette fois, moins avantageux. Malgré une nouvelle mobilisation, sa trace se perdait, en effet, jusqu’à il y a peu, à l’orée des années 1940, du côté de Vorkouta.

Un récent article, signé Mikhail Platonov et publié dans la revue milanaise Libertaria – octobre-décembre 2006 – revient, sur la base de données inédites, sur les dernières années de sa vie, sur son arrestation, sur son procès et sur les conditions de sa mort. Les précieuses informations qu’il contient nous ont incités à consacrer le dossier de ce numéro à Francesco Ghezzi.

On y trouvera une étude de Charles Jacquier – « Vie et mort d’un anarcho-syndicaliste italien en URSS » –, originellement publiée, sous le titre « L’affaire Francesco Ghezzi », dans Annali 2 (1993, Milano), qui situe clairement le cadre de la première affaire Ghezzi et s’arrête longuement sur la campagne de soutien qui déboucha sur sa libération. Ce texte est complété d’ « Addenda sur Francesco Ghezzi », qui reprennent l’essentiel des récents éléments d’information sur la seconde affaire Ghezzi, cet anarchiste qui ne plia ni devant l’infamie ni devant les pouvoirs.

À contretemps