Malatesta, un portrait

À contretemps, n° 36, janvier 2010
mardi 18 janvier 2011
par  F.G.
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Toujours les subversifs ont intéressé la police, dont la principale raison d’être relève, en tout temps et sous tout régime, du maintien de l’ordre social. Nombreux sont, certes, les progrès réalisés en matière de contrôle des réfractaires depuis l’époque artisanale où les informateurs « Caraman », « Guillaume » et « Bornibus » filochaient l’anarchiste Errico Malatesta (1853-1932) – alias « Robert » ou « Fritz » –, mais l’objectif policier reste le même : surveiller les marges pour se prévenir d’une éventuelle contagion de la subversion.

Au vu de l’existence mouvementée de Malatesta, ce baroudeur de l’anarchie, il nous a semblé opportun, pour ouvrir ce dossier, de reprendre une superbe étude de Robert Paris, originellement publiée, en octobre 1990, dans le numéro 4 de « La Trace - Cahiers du Centre d’études et de documentation de l’émigration italienne (CEDEI) ». Superbe étude, insistons-nous, parce qu’elle est en tous points exemplaire du travail de l’historien tel que nous le concevons. En partant d’un rapport datant du 20 mai 1895 sur Malatesta, retrouvé dans les archives de la Préfecture de Police, Robert Paris se livre, en effet, à un savant exercice de contextualisation et de décryptage dont il ressort, en contrepoint, un intéressant portrait in vivo du révolutionnaire italien. Cette étude est donnée ici en deux parties : une présentation du rapport, d’une part ; son contenu savamment annoté, de l’autre.

Ayant connu plusieurs exils à Londres – 1881-1883, 1889-1897, 1900-1913 et 1914-1919 –, Malatesta fréquenta assidûment tout ce que la capitale de Sa Majesté comptait de proscrits anarchistes, et ils étaient légion. Parmi ceux-ci, le prince Kropotkine tenait une place à part : celle du bon maître qui dispense son immense savoir aux jeunes disciples. Malatesta fut de ceux-ci, ce qui ne l’empêcha pas de prendre ses distances avec le grand homme quand il le jugea nécessaire, en 1914, par exemple, quand Kropotkine se fit belliciste.

En seconde partie de ce dossier, nous avons donc jugé utile de donner à lire quelques précieux souvenirs de Malatesta sur Kropotkine, originellement publiés, le 15 avril 1931, dans « Studi Sociali » et traduits par André Prudhommeaux pour être insérés, en juillet 1957, dans « Les Cahiers de Contre-courant ».

Là encore, c’est à l’ami Robert Paris – qui connut Prudhommeaux par l’intermédiaire d’Armando Tassi, un compagnon de Malatesta – que nous devons d’avoir découvert ce texte. Qu’il en soit, ici, remercié. Et vivement.