Les amis de Van der Lubbe

À contretemps, n° 23, avril 2006
samedi 21 avril 2007
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Affiche par Marcos Carrasquer En octobre 1959, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel entame la publication, en une série d’articles, des bonnes feuilles du livre de Fritz Tobias Der Reichstagsbrand – dont il n’existe, à ce jour aucune traduction française –, qui démontre, sans laisser subsister le moindre doute, que l’incendie du Reichstag, le 27 février 1933, fut bien le fait du seul Marinus van der Lubbe. Mettant à mal une « vérité » historique qui pèse son poids de calomnies, la nouvelle fait sensation en Europe et en Amérique. Les articles du Spiegel, bien documentés, provoquent, entre octobre 1959 et février 1960, un fort courrier des lecteurs, dont une curieuse lettre de Georges Glaser, où l’auteur de Secret et Violence s’emploie à saluer la recherche de Tobias tout en se défaussant, par avance, de l’influence qu’il pourrait avoir sur l’œuvre dramatique consacrée à Marinus à laquelle il travaille lui-même depuis fort longtemps. Celle-ci – dont le tapuscrit en allemand, daté de 1954-1955, est conservé à l’Institut international d’histoire sociale (IISG) d’Amsterdam dans les archives André Prudhommeaux et Dora Ris, cote 775-776 – ne sera jamais publiée dans sa version complète.

Pour réunir, une nouvelle fois, ces deux amis de Van der Lubbe que furent Georges Glaser et André Prudhommeaux, nous avons cru bon d’accompagner la lettre du premier au Spiegel d’un courrier que lui a postérieurement adressé le second. Le lecteur désireux d’en savoir plus sur le rôle de Prudhommeaux dans la défense de « l’incendiaire à l’âme ardente », se reportera avec profit à l’ouvrage de Nico Jassies, Marinus van der Lubbe et l’incendie du Reichstag, recensé dans le numéro 21 – octobre 2005 – d’À contretemps.




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« Avec les procès contre Van der Lubbe, j’ai acquis, dès 1933, la certitude que quelque chose s’était passée dont la portée est à peine effleurée dans votre publication. Dans mon livre Secret et Violence, achevé en 1947, je pressentais déjà le drame. Depuis, profondément imprégné du sujet, j’ai travaillé à une pièce de théâtre intitulée Marinus de Leyden, une passion. Écrite bien des années avant que vous ne l’attribuiez à Sartre et privée d’éditeur au prétexte qu’elle contredisait la vérité historique et suscitait la confusion, je l’ai retravaillée. Aujourd’hui, elle est pratiquement achevée et je suis en pourparlers avec un éditeur.

Je ne vous écris pas à des fins polémiques ni pour affirmer une quelconque préséance de découvreur ou de pionnier. Et ce, d’autant que votre utile publication m’aide à me sentir moins seul. Je vous écris pour éviter qu’on puisse dire, lorsqu’il paraîtra, que mon livre aurait pu être influencé, inspiré ou nourri par ce que vous avez publié. En outre, j’y aborde des questions que vous laissez de côté, probablement parce qu’elles excédaient le cadre imparti dans un hebdomadaire. »

Georges Glaser (Paris)
[Traduction de Thierry Porré.]



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« Versailles, le 15 février 1960

Mon cher Georges,

Tu auras été bien étonné, depuis ma dernière visite, de ne pas recevoir de mes nouvelles. Ne crois pas cependant que je me désintéresse de la question VdL. Bien au contraire, j’ai entretenu là-dessus une correspondance avec plusieurs amis en Allemagne, en Angleterre, en Suède. Tous s’intéressent vivement, non seulement à la polémique résultant des publications de Der Spiegel, mais aussi à ton projet de biographie.

Où en es-tu de ce grand ouvrage ? Ne viendras-tu pas à la maison t’en entretenir avec nous ? Il serait utile que les amis de VdL en France se réunissent et mettent en commun leur documentation. Je compte particulièrement sur toi pour me donner communication de la collection complète du Spiegel.

Espérant que cette lettre te trouvera en pleine forme et satisfait de ton travail, je t’envoie, au nom de toute la maisonnée et au mien, nos plus chaudes amitiés. »

André Prudhommeaux