A Contretemps, Bulletin bibliographique
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■ Contrairement à ce qu’en pensent probablement certains « blochiens » de stricte obédience, l’initiative qu’a prise Libertalia de publier en volume de poche et au prix modique de 10 euros, des extraits choisis, annotés et commentés par Joël Gayraud, bon connaisseur de son grand-œuvre – Le Principe Espérance [1] – est non seulement opportune, mais assurément excellente. Parce que la vie est chère, que les temps sont durs et que l’espérance est en train de se noyer dans les eaux putrides d’un techno-fascisme de guerre aussi odieux que criminel dont les figures d’un Netanyahou, d’un Poutine et d’un Trump sont aujourd’hui quintessentielles.

À suivre quotidiennement – et dans un certain désarroi, il faut bien l’avouer – les piteuses prouesses guerrières de ces trois salauds, le risque est de succomber par soi-même et de soi-même dans une sorte d’apathie sans fin ou de désarroi sans limites. Comme si ces crétins majuscules et leurs cohortes de suiveurs avaient déjà gagné la partie en nous prouvant par avance, en bons impérialistes qu’ils sont, que notre monde était leur monde et qu’ils en feraient ce qu’ils voudraient : une riviera pour les riches, des camps de rétention pour les pauvres et des goulags pour les dissidents antifascistes de toutes obédiences. C’est dans ce contexte apocalyptique qu’un capitalisme à l’agonie joue peut-être, en se livrant au fascisme, ses dernières cartes, et conséquemment le sort du monde.

L’espérance donc, puisqu’il est question plus que jamais de cela, c’est de tenir tête par tous les moyens dont nous disposons à ce glissement progressif vers l’invivable. Et l’un de ces moyens, c’est de s’armer – ou se réarmer – intellectuellement pour comprendre ce qui est en train de se jouer – ou rejouer – sous nos yeux. À lire – ou relire Ernst Bloch –, il est frappant que les concepts qu’il travailla – le « non-encore-conscient », l’ « obscurité de l’instant vécu », le « pré-apparaître », la « conscience anticipante », l’ « utopie concrète » – sont encore, et peut-être plus que jamais, opérants pour fixer l’horizon de cet autre monde possible et désirable auquel, hors les fascistes et les ploutocrates, aspire la majorité des peuples. Un monde que ne borneraient plus la menace guerrière permanente et la catastrophe écologique majuscule qui s’avance. Un monde délivré du poids de la domination et de l’exploitation capitaliste. « Ce que l’homme veut – écrivait, en son temps, Ernst Bloch –, c’est réaliser son bonheur ; ce sont là de bien vieilles paroles, mais elles sont sans doute plus dignes de foi que tous ces discours péjoratifs relatifs à l’éternel instinct prédateur ».

Nous en sommes toujours là, à l’heure des choix et de la résistance aux impostures qui nous pourrissent la vie. Il n’y aura jamais aucune équivalence entre un fasciste et un antifasciste. Le fasciste est une ordure ; l’antifasciste est un résistant. Cela semblait acquis depuis belle lurette. Cela ne l’est plus. « Penser, c’est outrepasser », disait Bloch.

Dans les pages qui suivent, notre ami Pascal Dumontier, grand connaisseur de la complexe pensée d’Ernst Bloch, fait œuvre d’élucidation de son apport théorique, mais aussi de sa riche contribution à la pensée marxienne critique, qu’on peut inscrire dans la tradition de l’École de Francfort et de l’œuvre de Walter Benjamin. Bonne lecture à vous !

Freddy GOMEZ


POUR CHAQUE MONDE IL Y A DEUX REGARDS
Lire Ernst Block aujourd’hui


« L’esprit utopique anime à la fois et mêle indissolublement le discours et le geste, sans séparer non plus la réflexion et le désir. La pensée utopique n’est pas une pensée savante ni une pensée sage, mais c’est la pensée qui féconde l’engagement et l’avenir de l’homme dans le monde. » Mikel Dufrenne, Art et politique.

Bien qu’elle ne soit pas complètement inconnue, la figure du philosophe allemand Ernst Bloch (1885-1977) reste encore, du moins en France, celle d’un penseur obscur dont les écrits réputés difficiles attirent trop peu de lecteurs. S’ajoute à ce constat l’idée largement répandue que, dans l’époque si bouleversée qui est la nôtre, ses réflexions sur l’utopie et sur l’affect d’espoir appartiendraient à un autre temps et, de fait, n’auraient rien à nous apporter, ceci renforçant le désintérêt pour son œuvre. L’auteur s’étant reconnu marxiste jusqu’à la fin de sa vie, on comprendra aisément que, de par ce simple aveu, un motif de plus l’éloigne des modes intellectuelles du moment. Devant les sombres perspectives du temps, c’est plutôt le ton du désespoir qui est mis en avant. Désormais, on se « délecte » plus apparemment d’un Günther Anders qui fustigeait l’« espérantite » de Bloch, en déclarant : « Persister à voir un “Principe Espérance” après Auschwitz et Hiroshima me paraît complètement inconcevable. [2] » Mais cet esprit du temps, imprégné d’images apocalyptiques de fin du monde, ne fait que traduire le point de vue incertain de ceux et celles qui ont lié leur sort à la perpétuation d’un système social qui ne tient plus debout. Bloch lui-même constatait : « Ce n’est que dans les sociétés vieilles et agonisantes, comme celles de l’Occident aujourd’hui, qu’une certaine intention partielle et passagère s’oriente vers le bas. C’est alors que s’installe chez ceux qui ne trouvent pas d’issue dans ce déclin, la crainte de l’espoir et opposée à l’espoir. Le phénomène de crise revêt alors le masque subjectiviste de la crainte et le masque objectiviste du nihilisme : il est enduré mais non élucidé, déploré mais non changé. [3] »

Dans ce contexte, il importe tout d’abord de dissiper un malentendu : la philosophie de Bloch ne relève pas d’un optimisme impitoyable qui devrait censément nous bercer d’illusions sur l’avenir. Elle est bien plutôt ce geste primordial de la pensée consistant à ne pas se résigner devant le monde des faits, aussi cauchemardesque soit-il. Fortement impressionné, tout comme Walter Benjamin et Gershom Scholem, par la lecture du premier livre de Bloch, L’Esprit de l’utopie (1918, version remaniée en 1923) [4], Adorno a pu ainsi dire très justement : « Ce livre, le premier que Bloch eût écrit et qui portait en lui tout ce qu’il devait écrire par la suite, m’apparaissait comme un unique mouvement de révolte contre le défaitisme qui s’étend dans la pensée, jusque dans son caractère purement formel [5] ». Et, plus récemment, Didi-Huberman estimait que « L’Esprit de l’utopie pourrait être aisément compris comme un appel lancé ‒ une voix qui s’élève, qui se soulève ‒ à partir de l’échec subi par la révolution allemande [6] ». J’ajouterais que ce livre, écrit durant les sombres temps de la Première Guerre mondiale, exprime plus largement un immense cri de protestation contre la pensée dominante de son temps [7], peut-être celui dont les échos résonneront encore plus longtemps que tout autre.

Il faut donc comprendre le projet philosophique de Bloch, non comme la construction de châteaux en Espagne, ou comme la « réhabilitation  » de l’utopie, mais bel et bien comme une confrontation avec les événements historiques de son temps qui illustraient la crise profonde de la modernité dite « occidentale », qu’il serait plus juste d’identifier à la crise du système capitaliste : guerres mondiales, révolutions, montée des totalitarismes, crise économique de 1929, génocides, menace de la guerre atomique, etc. Bloch, en élaborant son œuvre de pensée, chercha avant tout à répondre à cette situation proprement démoralisante. Cette réponse, il la trouva dès l’abord dans la force persistante et vivante de la subjectivité humaine. « Je suis, nous sommes. Il n’en faut pas davantage. À nous de commencer. C’est entre nos mains qu’est la vie. Il y a beau temps déjà qu’elle s’est vidée de tout contenu. Absurde, elle titube de-ci de-là, mais nous tenons bon et ainsi nous voulons devenir son poing et ses buts », écrit-il en ouverture de L’Esprit de l’utopie [8]. Ce geste inaugural donne la tonalité de toute son œuvre, « geste d’espérer », comme le dit si bien Didi-Huberman, consistant à « ne rien lâcher sur l’expérience concrète de l’histoire, de la politique au jour le jour avec les émotions, les incertitudes ou les prises de décision qu’elle suscite, et ne jamais renoncer cependant aux constructions conceptuelles dans l’ordre de ce qu’il nomma, dans Experimentum Mundi [9], les “catégories de l’élaboration”. » [10]

Mais il ne suffit pas de se cantonner à ce geste, aussi indispensable soit-il. Il faut aussi savoir espérer, comme veut nous l’enseigner Bloch. Ce savoir commence toujours chez lui par l’examen du sujet qui espère, en vue d’atteindre ce qu’il appelle « le visage de notre volonté ». Aussi la plongée dans notre intériorité, dans le fond le plus obscur de nos désirs, ne s’accomplit pas pour s’y noyer et fuir l’extérieur de la vie, mais pour saisir qu’« il y a encore en nous un mouvement neuf qui tend vers l’intérieur et vers les hauteurs » [11]. C’est la recherche non de ce qui est inconscient, mais de ce qui n’est pas encore conscient. « On sent, on évoque ici toujours la même chose : c’est notre vie, notre avenir, l’instant tout juste vécu et l’illumination de son obscurité, de sa latence contenant tout, dans l’étonnement le plus immédiat. C’est notre souci moral-mystique, notre auto-confirmation en soi (...) » [12]. Cependant, cette orientation incontestablement mystique de la pensée blochienne n’a pas pour but ni l’extase ni l’ivresse, mais l’éclaircissement de notre Moi, et relève davantage du « connais-toi toi-même » qui doit s’étendre, selon Bloch, à un « connaissons-nous nous-mêmes ». Ainsi, en redonnant une prééminence à l’interrogation du sujet sur lui-même, Bloch veut indiquer un chemin nouveau pour la question du Nous, qui sous-tend nécessairement pour lui la rencontre avec soi-même la plus authentique : « Dès lors le brasier que nous avons allumé ailleurs, a fortiori le brasier intérieur, ne doit pas se contenter de couver sous sa surface, mais il doit aussi, neuf et immense, envahir dans toutes ses dimensions la vie intermédiaire. Dès lors, de ce lieu de la rencontre avec soi-même doit découler nécessairement le lieu d’une action dirigée vers le politique et le social, afin que cette rencontre en devienne une pour tous (...). Avoir ainsi une pratique, aider ainsi dans l’horizon constructif de la vie quotidienne et indiquer la bonne direction, être ainsi précisément politique et social : voilà qui touche la conscience morale de près et avec force, voilà une mission révolutionnaire tout entière inscrite dans l’utopie. [13] »

Apprendre à espérer commence donc par l’attention portée à ce « rêver-en-avant » où nous construisons imaginativement la réalisation de nos désirs, de nos souhaits. C’est là l’espace propre où l’utopie prend naissance, le domaine même de son esprit ; esprit qui intéresse bien plus Bloch que l’utopie comme modèle à réaliser. Ce qui importe, c’est la compréhension toujours plus lucide de ces « images-souhaits » qui nous travaillent et qui orientent notre pensée vers la dimension de l’avenir, vers un temps ouvert sur ce qui n’est pas encore. En ce sens, l’utopie chez Bloch change de signification, en tant qu’elle ne se cantonne pas à la rêverie mais qu’elle motive notre intention pratique à intervenir dans le monde, compris comme un processus inachevé et ouvert. Elle est rappel de cette aspiration ancestrale à une communauté humaine authentique, mais surtout invitation à la praxis politique et sociale ; ce que Bloch désigne par le terme d’« utopie concrète ». La philosophie de Bloch est une philosophie critique de l’utopie, elle n’en est ni l’apologie, ni le rejet inconditionnel. Elle nous apprend par conséquent à comprendre ces rêves de monde meilleur qui nous possèdent comme des phénomènes vécus dans le champ des réalités historiques partagées, comme des phénomènes que l’on peut expliciter historiquement. « Le rêve participe à l’histoire », disait aussi Benjamin [14]. Mais Bloch pourrait ajouter qu’il n’y participe pas seulement comme souvenir nostalgique ou trace résiduelle d’un passé traumatique, mais aussi comme préfiguration du possible objectif contenu dans l’histoire elle-même. En sorte que son analyse critique cherche à aller au-delà des acquis de la psychanalyse freudienne, en mettant l’accent sur ces rêves diurnes qui surgissent quand nous sommes éveillés et qui nous orientent vers l’avenir, dans le flux ouvert du temps. Nous héritons de l’imaginaire utopique pour le rendre plus clairvoyant du processus historique qui le porte, et non pour le faire régresser dans la dimension métahistorique du mythe dont l’héritage mérite aussi d’être assumé et élucidé.

Ainsi, on peut dire : « Il ne suffit donc pas d’espérer : il faut savoir espérer. Ce qui suppose d’abord une attitude éthique, puisque savoir espérer, c’est avoir le courage de persister dans son désir, de résister à tout ce qui nous porterait au renoncement, à la désolation, aux petits arrangements, à la soumission. Mais cela suppose également une approche épistémique, savante, historique et théorique des problèmes : Ernst Bloch nomma cette approche, dans le premier volume du Principe Espérance, un docta spes, un “espoir savant”, un “savoir-espoir”. [15] » Lire Bloch aujourd’hui, c’est inscrire cette double exigence, éthique et épistémique, au centre de notre pensée afin de la rendre prête à s’affronter aux temps. Il s’agit d’un fortifiant, non d’un opium.

On a encore trop peu compris ce qu’impliquait une telle exigence. Il en va dans la philosophie de Bloch d’un projet pour une autre rationalité, comme l’avait fort bien remarqué Gérard Raulet, un de ses meilleurs commentateurs [16]. Cela rejoint les intentions primordiales du jeune Marx de « réforme de la conscience » ou de « dépassement de la philosophie » qu’il faut comprendre, non comme rejet de l’activité de la pensée, mais plutôt comme abandon de sa position contemplative devant le monde. Car « c’est la pensée qui crée d’abord le monde dans lequel on peut transformer et non simplement bâcler. [17] » C’était affirmer en son temps la reprise nécessaire d’un geste théorique critique dans un marxisme qui se rigidifiait et se dogmatisait. Bloch voulait un marxisme ouvert aux questions de son temps, un marxisme vivant capable de répondre aux défis nouveaux qui se dressaient alors. Il se montra ainsi très critique vis-à-vis de ce qu’il nomma le « marxisme vulgaire » pour s’être révélé parfaitement incapable de comprendre et de se confronter au phénomène inédit du nazisme [18]. Et il sut aussi montrer que le marxisme pouvait s’ouvrir à des questions autres que celles concernant la nécessaire réorganisation économique de la société, des questions éthiques, esthétiques, épistémiques, etc., rappelant que de limiter le point de vue à l’économique, « le regard réaliste ne peut devenir fécond, l’homme ne vit pas seulement de pain [19] ». Il rejoint ainsi, par bien des aspects, la constellation « hérétique » des penseurs de l’École de Francfort [20]. Mais sa particularité aura sans doute été de vouloir maintenir par-dessus tout la perspective de la praxis révolutionnaire, d’où sa volonté de se présenter toujours comme un penseur marxiste. À cet égard, il resta, comme Marcuse, une personnalité influente dans le mouvement étudiant allemand des années soixante, comme le prouve ses relations avec le leader étudiant Rudi Dutschke [21].

Il s’agissait pour Bloch de recommencer le marxisme. Mais, bien entendu, de le recommencer en dehors de la raison étroite et très positiviste dans laquelle il s’était enfermé. « La raison reste l’instrument de la réalité effective, mais il faut préciser : la raison matérialiste concrète qui rend justice à la totalité de la réalité, par conséquent même à ses éléments compliqués et imaginaires [22] ». Aussi, la forme du discours blochien cherche-t-elle à étendre, dans une teneur explosive et expressionniste, toute empreinte de sensibilité musicale, le domaine de la pensée rationnelle au-delà de la dimension instrumentale dans laquelle elle a été réduite. Atteindre une autre forme d’expressivité, rendant compte de l’essence utopique contenue dans la raison.

Mais cette nouvelle rationalité, axée sur un humanisme révolutionnaire, peut-elle encore correspondre avec les interrogations propres à ce début de XXIe siècle ? Peut-être non, si l’on s’en tient au pied de la lettre des écrits de Bloch. Mais plus certainement oui, si ceux-ci sont pris comme l’expression d’un système ouvert. Devant, par exemple, l’étendue de la crise écologique présente, il ne serait sans doute pas inutile d’approfondir le concept blochien d’une « alliance avec la nature », ou de reprendre la réflexion à partir de la finalité utopique proposée par le jeune Marx, et soutenue par Bloch, d’une « humanisation-naturalisation » du monde. Ne serait-il pas important également, pour conjurer les menaces actuelles de nouvelles pestes émotionnelles, de prêter attention aux analyses de Bloch sur le péril nazi, développées dans son ouvrage Héritage de ce temps ? Ne faudrait-il pas faire retour, comme Bloch le fit dans son livre [Droit naturel et dignité humaine [23], sur la question d’un bonheur commun défini en liaison avec celle de la liberté et de la dignité de chacun ? Enfin, face à l’attrait hypnotique des scénarios dystopiques qui se répandent à notre époque, réévaluer le rôle de l’imagination utopique dans nos actes politiques devrait-elle être considérée comme une tâche secondaire ? Ce ne sont que quelques indications de ce qui peut faire, dans son inactualité, l’actualité même de l’œuvre blochienne.

Mais ce qui touche particulièrement dans les écrits de Bloch, c’est cette confiance audacieuse dans le mouvement même de la pensée. « Penser veut dire franchir », aimait-il répéter constamment. Tout part pour lui de cette attention à notre vie intérieure, notre véritable richesse inépuisable, entre mémoire et désir, qui nous relie au monde. Il me semble que c’est bien cela que Benjamin avait deviné lorsqu’il rendit compte à son ami Scholem de sa lecture de L’Esprit de l’utopie : « Bloch donne cette citation du Zohar : “ Sachez que pour chaque monde il y a deux regards. L’un voit son extérieur, à savoir les lois universelles des mondes suivant leur forme extérieure. L’autre voit l’essence interne des mondes, à savoir le contenu des âmes humaines. Il s’ensuit qu’il y a aussi deux niveaux d’activité, les œuvres et les prescriptions de la prière ; les œuvres sont là pour parfaire les mondes sous l’aspect de leur extérieur, mais la prière pour faire tenir le monde unique dans les autres et les emporter vers les hauteurs. ” Je n’ai jamais rien lu sur la prière qui soit évident comme l’est cela. » [24]

Ne faut-il pas encore tenir le monde ?

Pascal DUMONTIER