Au pays où l’on fusillait les morts…
Francesco Ghezzi, un anarchiste
On connaît peu la figure de Francesco Ghezzi (1893-1942), si peu que l’histoire ne parle généralement de lui – quand elle en parle – que fugitivement et indirectement, parce qu’il fut l’ami de Victor Serge, par exemple.
Recherché par la police de Mussolini et à défaut d’autres destinations possibles – la France lui refusa l’entrée sur son territoire –, cet opposant déterminé au fascisme italien demanda, en 1922, aux autorités de la naissante « patrie des tra-vailleurs » de lui accorder l’asile, ce à quoi elles accédèrent. Pour son malheur.
Arrêté, une première fois, en 1929, pour « activités contre-révolutionnaires », et détenu à Souzdal, l’anarchiste Francesco Ghezzi recouvra la liberté – ou une apparence de liberté – deux ans plus tard à la suite d’une campagne de soutien coura-geusement menée par ses amis, principalement en France. De nouveau arrêté en 1937, son sort fut, cette fois, moins avan-tageux. Malgré une nouvelle mobilisation, sa trace se perdait, en effet, jusqu’à il y a peu, à l’orée des années 1940, du côté de Vorkouta.
Un récent article, signé Mikhail Platonov et publié dans la revue milanaise Libertaria – octobre-décembre 2006 – re-vient, sur la base de données inédites, sur les dernières années de sa vie, sur son arrestation, sur son procès et sur les condi-tions de sa mort. Les précieuses informations qu’il contient nous ont incités à consacrer le dossier de ce numéro à Francesco Ghezzi.
On y trouvera une étude de Charles Jacquier – « L’affaire Francesco Ghezzi » –, originellement publiée, en 1993, dans Annali 2 (Milano), qui situe clairement le cadre de la première affaire Ghezzi et s’arrête longuement sur la campagne de soutien qui déboucha sur sa libération. Ce texte est complété d’ « Addenda sur Francesco Ghezzi », qui reprennent l’essentiel des récents éléments d’information sur la seconde affaire Ghezzi, cet anarchiste qui ne plia ni devant l’infamie ni devant les pouvoirs.
À contretemps