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	<title>A Contretemps, Bulletin bibiliographique</title>
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		<title>A Contretemps, Bulletin bibiliographique</title>
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		<title>Lettre &#224; la Gestapo</title>
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<category domain="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique55">Textes d'Armand Robin</category>


		<description>Preuves un peu trop lourdes de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence humaine, il m'est parvenu que de singuliers citoyens fran&#231;ais m'ont d&#233;nonc&#233; &#224; vous comme n'&#233;tant pas du tout au nombre de vos approbateurs. Je ne puis, messieurs, que confirmer ces propos et ces tristes &#233;crits. Il est tr&#232;s exact que je vous d&#233;sapprouve d'une d&#233;sapprobation pour laquelle il n'est point de nom dans aucune des langues que je connaisse (ni m&#234;me sans doute dans la langue h&#233;bra&#239;que que vous me donnez envie d'&#233;tudier). Vous &#234;tes des tueurs, messieurs ; et j'ajouterai m&#234;me (c'est un (...)

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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique55" rel="directory"&gt;Textes d'Armand Robin&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_218 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;' &gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L142xH233/robin91-668df.jpg' width='142' height='233' alt=&quot;Armand Robin&quot; title=&quot;Armand Robin&quot; style='height:233px;width:142px;' class='' /&gt;
&lt;/span&gt; Preuves un peu trop lourdes de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence humaine, il m'est parvenu que de singuliers citoyens fran&#231;ais m'ont d&#233;nonc&#233; &#224; vous comme n'&#233;tant pas du tout au nombre de vos approbateurs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne puis, messieurs, que confirmer ces propos et ces tristes &#233;crits. Il est tr&#232;s exact que je vous d&#233;sapprouve d'une d&#233;sapprobation pour laquelle il n'est point de nom dans aucune des langues que je connaisse (ni m&#234;me sans doute dans la langue h&#233;bra&#239;que que vous me donnez envie d'&#233;tudier). Vous &#234;tes des tueurs, messieurs ; et j'ajouterai m&#234;me (c'est un point de vue auquel je tiens beaucoup) que vous &#234;tes des tueurs ridicules. Vous n'&#234;tes pas sans ignorer que je me suis sp&#233;cialis&#233; dans l'&#233;coute des radios &#233;trang&#232;res ; j'apprends ainsi de pr&#233;cieux d&#233;tails sur vos agissements ; mais, le propre des criminels &#233;tant surtout d'&#234;tre ignorants, me faudra-t-il perdre du temps &#224; vous signaler les chambres &#224; gaz motoris&#233;es que vous faites circuler dans les villes russes ? Ou les camps o&#249;, avec un art achev&#233;, vous faites mourir des millions d'innocents en Pologne ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si je vous &#233;cris directement, messieurs, c'est pour rem&#233;dier au manque de talent de mes d&#233;nonciateurs ; cette vari&#233;t&#233; de l'esp&#232;ce humaine, particuli&#232;rement fr&#233;quente sous les r&#233;gimes vertueux, manque de subtilit&#233; et de perfection ; je suis persuad&#233; qu'elle ne m'a pas d&#233;nonc&#233; &#224; vous avec le savoir-faire qui s'impose dans cette profession. Vous avouerai-je qu'il y a dans ce manque d'ach&#232;vement quelque chose qui me choque et que je tiens &#224; corriger ? Je voudrais, par simple go&#251;t du fini, suppl&#233;er aux d&#233;ficiences de ceux qui veulent ma mort.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je suis las des menaces vagues, des dangers impr&#233;cis, des avertissements renouvel&#233;s, des inqui&#233;tudes non port&#233;es &#224; l'extr&#234;me. Vous cr&#233;ez, messieurs, un monde tel qu'on ne sait plus s'il ne vaut pas mieux &#234;tre imm&#233;diatement arr&#234;t&#233; plut&#244;t que de s'entendre dire chaque matin : &#171; Prends garde &#224; tes regards, prends garde &#224; tes pas, prends garde &#224; tes doigts, &#224; tes &#233;paules, &#224; tes orteils, car tout en toi est fort dangereux ! &#187; On veut, messieurs, m'emp&#234;cher de faire le moindre pas, car, me dit-on, votre courroux s'&#233;tend au-dessus de moi ; eh bien ! messieurs, non seulement j'ai d&#233;cid&#233; de continuer &#224; faire des pas, mais encore j'ai d&#233;cid&#233; de courir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La Renomm&#233;e, cette d&#233;esse pr&#233;sentement bien florissante, r&#233;pand par toute la ville que je suis un fou. Sans doute est-ce cela qui vous retient ; je voudrais d&#233;truire en vous ce scrupule qui m'est profitable ; je puis vous assurer : je suis le contraire d'un fou et j'ai une conscience fort exacte de tout ce que je fais. Ce n'est pas &#234;tre fou que de dire en toute circonstance la v&#233;rit&#233; ; la v&#233;rit&#233; est toujours bonne &#224; dire, et singuli&#232;rement lorsqu'elle est s&#251;re d'&#234;tre ch&#226;ti&#233;e. La somme de d&#233;lectation que j'&#233;prouve &#224; vous dire directement : &#171; TUEURS, VOUS &#202;TES DES TUEURS &#187; d&#233;passe les d&#233;lectations que vous aurez &#224; me tuer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je voudrais &#234;tre menac&#233; avec pr&#233;cision. Et d'autre part ce serait mal respecter l'ordre de l'assassinat, qui devient l'ordre coutumier de ces temps, que de contraindre les candidats &#224; mon assassinat &#224; fouiller toute la ville pour me trouver ; mon adresse actuelle, messieurs, est ignor&#233;e de presque tous ; la voici. Venez ! Je ne m'en irai pas ! Je laisserai m&#234;me la porte ouverte. Vous m'y trouverez sans fatigue en ces heures tr&#232;s matinales o&#249;, jeannots lapins d'un nouveau genre, vous vous plaisez &#224; commencer vos in&#233;dits &#233;bats.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Messieurs, vous aurez &#233;t&#233; sans doute quelque peu surpris qu'en t&#234;te de cette lettre, je vous aie nomm&#233;s : &#171; Preuves un peu trop lourdes de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence humaine &#187; ; il est peu probable que les singuliers citoyens fran&#231;ais qui vous fr&#233;quentent soient &#224; m&#234;me de vous expliquer le sens de cette appellation ; je suis enclin &#224; croire qu'ils ne doivent gu&#232;re comprendre le fran&#231;ais ; je dois donc perdre encore un peu de temps &#224; vous pr&#233;ciser que cette appellation m'a &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233;e par la pesanteur bien connue de vos pas et le bruit &#233;galement tr&#232;s connu de vos bottes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous avez de singuliers arguments, messieurs, pour propager l'id&#233;e que votre race est l'excellente : ce sont des arguments de cuir. Vous ajouterai-je, messieurs, pour me tourner enfin vers cette Allemagne que vous pr&#233;tendez repr&#233;senter, que je ressens tous les jours une tr&#232;s grande piti&#233; pour mon fr&#232;re, le travailleur allemand en uniforme. Vous avez assassin&#233;, messieurs, mon fr&#232;re, le travailleur allemand ; je ne refuse pas, ainsi que vous le voyez, d'&#234;tre assassin&#233; &#224; c&#244;t&#233; de lui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Armand Robin&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;, le 5 octobre 1943.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Avant-propos des &#171; Po&#232;mes ind&#233;sirables &#187; </title>
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<category domain="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique55">Textes d'Armand Robin</category>


		<description>&#61550; Publi&#233;s aux &#201;ditions anarchistes, les vingt-huit &#171; po&#232;mes ind&#233;sirables &#187; retenus par Armand Robin pour figurer dans ce recueil jaillissaient comme autant de cris contre l'imposture politique d'une &#233;poque. Lib&#233;r&#233; de toute retenue, d&#233;gag&#233; de toute convenance, leur auteur s'y livrait &#224; une attaque en r&#232;gle &#8211; et d'une rare violence &#8211; contre la &#171; canaille litt&#233;raire &#187;, les &#171; po&#233;tereaux de la bourgeoisie &#187; et les &#171; Aragons d&#233;finitivement aragons &#187;. &#201;crits pour la plupart en 1944, ces po&#232;mes parodiaient une certaine mani&#232;re de versifier alors en (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&#61550; Publi&#233;s aux &#201;ditions anarchistes, les vingt-huit &#171; po&#232;mes ind&#233;sirables &#187; retenus par Armand Robin pour figurer dans ce recueil jaillissaient comme autant de cris contre l'imposture politique d'une &#233;poque. Lib&#233;r&#233; de toute retenue, d&#233;gag&#233; de toute convenance, leur auteur s'y livrait &#224; une attaque en r&#232;gle &#8211; et d'une rare violence &#8211; contre la &#171; canaille litt&#233;raire &#187;, les &#171; po&#233;tereaux de la bourgeoisie &#187; et les &#171; Aragons d&#233;finitivement aragons &#187;. &#201;crits pour la plupart en 1944, ces po&#232;mes parodiaient une certaine mani&#232;re de versifier alors en vogue dans les c&#233;nacles du patriotisme &#171; r&#233;sistancialiste &#187;, th&#233;matique et facture qui firent beaucoup pour le &#171; d&#233;shonneur des po&#232;tes &#187; si bien point&#233; par Benjamin P&#233;ret. Un second recueil de &#171; po&#232;mes ind&#233;sirables &#187; aurait d&#251; para&#238;tre, mais Robin &#8211; qui fixa assez vite son attention sur d'autres horizons &#8211; choisit de ne pas donner suite &#224; cette hargne primitive. Reste que ce recueil fut, en ces temps de grande d&#233;solation, une fa&#231;on de r&#233;sister au consensus dominant. La F&#233;d&#233;ration anarchiste lui en donna la possibilit&#233;. C'est tout &#224; son honneur. Pour ce qui nous concerne, nous avons souhait&#233; publier le tr&#232;s bel avant-propos de cette plaquette. Tout le Robin de cette &#233;poque, en rupture ouverte avec le commerce de la litt&#233;rature, y est.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_218 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;' &gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L142xH233/robin91-668df.jpg' width='142' height='233' alt=&quot;Armand Robin&quot; title=&quot;Armand Robin&quot; style='height:233px;width:142px;' class='' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;AU LIEU DU TITRE DE PROPRI&#201;T&#201; :&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Tous droits de reproduction et de traduction r&#233;serv&#233;s. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La Pens&#233;e et la Po&#233;sie sont par nature ind&#233;sirables. Les mauvais penseurs et les mauvais po&#232;tes les ont toujours jug&#233;es telles, mais jusqu'&#224; ces temps ils n'avaient pas &#233;t&#233; si sots que d'aller formuler officiellement ce sentiment.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#201;vad&#233;s du camp de concentration &#233;tabli en tout pays pour ab&#238;mer l'&#194;me, ces po&#232;mes sont, au nom des id&#233;es irr&#233;ductiblement d'extr&#234;me gauche, un &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;don&lt;/i&gt; du po&#232;te aux peuples martyris&#233;s et en attente d'un plus grand martyre ; en cons&#233;quence :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Leur reproduction et leur traduction sont absolument libres pour tous les pays ; aucun droit d'auteur ; ces po&#232;mes tombent dans le domaine public, d&#232;s aujourd'hui ; ils ne doivent &#234;tre utilis&#233;s par aucun parti politique existant ou &#224; venir ; &#233;tant n&#233;s sans patrie pour toutes les patries, ils ne doivent servir aucune cause &#171; nationale &#187;, ni aucune cause faussement &#171; internationale &#187; ; ils ne doivent &#234;tre cit&#233;s &#233;logieusement par aucun journal, aucune radio, aucune &#171; revue litt&#233;raire &#187; ; bref aucun organisme officiellement ou officieusement charg&#233; de tromper ; ils ne doivent &#234;tre l'objet d'aucune approbation de la part d'aucun &#171; intellectuel &#187;, &#224; moins qu'il ne puisse prouver son absolue non-coop&#233;ration avec toute forme d'oppression pr&#233;sente ou future ; ils doivent faire leur &#339;uvre sans aucun bruit, sans aucune aide et surtout &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sans aucune propagande&lt;/i&gt;, vaincre sans aucune arme d'aucune sorte l'&#233;norme silence qui recouvre en ce moment sur terre la tentative d'assassinat de toutes les consciences ; ils doivent demander toutes leurs ressources au seul amour.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces po&#232;mes et ceux qui suivront seront jet&#233;s &#224; la mer avec des ressources provenant exclusivement de mon travail. Puis que viennent les plus fortes vagues pour les perdre !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il s'agit ici d'un cri en mots fran&#231;ais ; si je peux rester sans dormir pendant encore quelque dix ann&#233;es, j'esp&#232;re &#233;galement pouvoir parler dans la langue de tout pays qu'on aura priv&#233; d'expression.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Armand Robin&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;No&#235;l 1945.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;Si malgr&#233; ce que je viens de vous dire quelqu'un d'entre vous songe au fond de sa conscience qu'il doit m'encourager de quelque r&#233;compense mat&#233;riellement visible, je lui demande d'envoyer quelque argent aux anarchistes espagnols : ce sont des hommes qui ne travaillent pas pour la haine ; Franco les a mis en prison, ils seront &#233;galement mis en prison par Staline ou par tout autre bandit politique ; ils ne c&#233;deront devant aucune forme d'oppression.&lt;/div&gt;
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	</item>



	<item>
		<title>Demande officielle pour obtenir d'&#234;tre sur toutes les listes noires</title>
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<category domain="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique55">Textes d'Armand Robin</category>


		<description>C'est, semble-t-il, &#224; la demande expresse d'Aragon &#8211; et, semble-t-il encore, vivement encourag&#233; par Elsa Triolet qui vouait &#224; Robin une haine tenace depuis ses traductions de Ma&#239;akovski &#8211; que son nom fut annex&#233; &#8211; deux mois apr&#232;s tous les autres et sur un addenda o&#249; il figurait seul &#8211; &#224; la liste noire &#233;tablie par le Comit&#233; national des &#233;crivains (CNE) pour jeter l'opprobre sur les &#233;crivains collaborateurs. En ces temps de construction du mythe &#171; r&#233;sistancialiste &#187;, ce geste valait excommunication. Aux dires de Robin, l'acharnement (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;C'est, semble-t-il, &#224; la demande expresse d'Aragon &#8211; et, semble-t-il encore, vivement encourag&#233; par Elsa Triolet qui vouait &#224; Robin une haine tenace depuis ses traductions de Ma&#239;akovski &#8211; que son nom fut annex&#233; &#8211; deux mois apr&#232;s tous les autres et sur un addenda o&#249; il figurait seul &#8211; &#224; la liste noire &#233;tablie par le Comit&#233; national des &#233;crivains (CNE) pour jeter l'opprobre sur les &#233;crivains collaborateurs. En ces temps de construction du mythe &#171; r&#233;sistancialiste &#187;, ce geste valait excommunication. Aux dires de Robin, l'acharnement d'Aragon &#224; son &#233;gard suscita quelques critiques, au sein du CNE, particuli&#232;rement de la part d'Eluard, qui lui fit personnellement conna&#238;tre son opposition &#224; cette inscription. Refusant d'entrer dans une strat&#233;gie de d&#233;fense, que lui conseill&#232;rent certains de ses amis, s&#251;rs qu'il &#233;tait en mesure d'apporter suffisamment de t&#233;moignage pour laver l'affront, Robin s'effor&#231;a d'aggraver son cas en r&#233;it&#233;rant, &#224; diverses reprises, son d&#233;sir de demeurer couch&#233; sur cette liste d'infamie, et sur toutes les listes du m&#234;me type &#224; venir.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Messieurs les officiels commis &#224; la po&#233;sie,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_218 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;' &gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L142xH233/robin91-668df.jpg' width='142' height='233' alt=&quot;Armand Robin&quot; title=&quot;Armand Robin&quot; style='height:233px;width:142px;' class='' /&gt;
&lt;/span&gt;Ayant appris par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Litt&#233;raire&lt;/i&gt; l'existence surprenante de votre Comit&#233; d'&#201;puration pour les Lettres, je viens vous demander de prendre une sanction contre moi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je vous la demande au nom de l'antifascisme absolu et des id&#233;es r&#233;ellement d'extr&#234;me gauche ; vous n'&#234;tes pas sans savoir que telle fut, telle est, telle restera mon attitude ; or une telle attitude, Messieurs, est ind&#233;sirable et doit &#234;tre honnie de quiconque tient &#224; l'honneur et surtout au calme de nos Lettres fran&#231;aises.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les po&#233;tereaux bourgeois autoris&#233;s par l'&#201;tat vous ont montr&#233; la voie. Ils m'ont banni de leur compagnie, que je fuyais ; ils m'ont exclu du monde de la vanit&#233; et des int&#233;r&#234;ts, ce que justement je cherchais ; ils m'ont d&#233;sign&#233; au m&#233;pris et aux railleries de ceux qui se mettent du c&#244;t&#233; des puissants, ce que justement je d&#233;sirais. Ils ont eu raison : venant des travailleurs et m'obstinant, malgr&#233; les r&#233;actionnaires &#171; communistes &#187; &#224; vivre parmi les travailleurs, refusant de faire le beau dans les salons, les caf&#233;s litt&#233;raires, les antichambres o&#249; il est de bon ton qu'un &#233;crivain soit l&#226;che, j'ai os&#233;, scandale des scandales, &#234;tre po&#232;te ! O&#249; irions-nous, proclament par toute la ville les litt&#233;rateurs &#224; gages dits &#171; po&#232;tes engag&#233;s &#187;, si paraissait en ces temps de famine, de massacres et de terreurs absurdes, un po&#232;te qui tient &#224; parler pour toutes les victimes ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'esp&#232;re, Messieurs, que je n'aurai pas besoin d'insister longuement aupr&#232;s de vous pour m'assurer l'honneur de vos foudres. Vos foudres manquent encore &#224; ma collection de foudres. J'ai lu la liste de vos premi&#232;res victimes, reproduite par la presse docile dite &#171; presse de la R&#233;sistance &#187;. Il s'agit de litt&#233;rateurs pour qui mon c&#339;ur n'avait jamais battu et qui certainement me d&#233;testaient ; vous avouerai-je que maintenant je me sens du penchant pour eux ? J'ai l'esprit si malencontreusement form&#233; que je pr&#233;f&#232;re les pers&#233;cut&#233;s &#224; leurs pers&#233;cuteurs ; m&#234;me vous, si un jour vous &#233;tiez pers&#233;cut&#233;s, avec quelle joie enfin je vous estimerais !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Oserai-je ajouter que j'ai longuement cherch&#233; en quoi, moralement et intellectuellement, vous diff&#233;riez de ceux que vous frappiez ; je n'ai trouv&#233; que ceci : vous avez moins de talent qu'eux, mais vous avez l'avantage d'oser leur faire ce que jamais ils ne vous auraient fait. La litt&#233;rature fran&#231;aise, gr&#226;ce &#224; vous et &#224; vos semblables, prend un chemin fort &#233;trange qui ne passe gu&#232;re par le Paris de ces ind&#233;sirables que furent, par exemple, Rimbaud et Verlaine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est &#224; pr&#233;voir que d'autres vari&#233;t&#233;s de m&#233;chants po&#232;tes, s'appuyant sur les tyrans du jour, &#233;tabliront d'autres listes de proscription ; tout en maudissant ce curieux si&#232;cle, je prends pour toute ma vie la seule d&#233;cision qui soit en harmonie avec lui : je me porte candidat d'avance pour toutes les listes noires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une liste noire o&#249; je ne serais pas m'offenserait.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Armand Robin&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;, 29 novembre 1946.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_218 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;' &gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L142xH233/robin91-668df.jpg' width='142' height='233' alt=&quot;Armand Robin&quot; title=&quot;Armand Robin&quot; style='height:233px;width:142px;' class='' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>L'assassinat des po&#232;tes</title>
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<category domain="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique55">Textes d'Armand Robin</category>


		<description>Ce qui suit n'est pas un &#233;crit &#171; anti-sovi&#233;tique &#187; au sens o&#249; d'ordinaire ce mot s'entend ; ce qui est &#171; &#224; droite &#187; du sovi&#233;tisme n'a aucun droit &#224; le critiquer, puisqu'il ne fait que le pr&#233;parer ; seuls, les r&#233;volutionnaires sont fond&#233;s &#224; condamner le stalinisme, le consid&#233;rant comme un r&#233;gime fondamentalement r&#233;actionnaire. Le stalinisme repr&#233;sente un effort d&#233;sesp&#233;r&#233; pour briser d&#233;finitivement en l'homme la soif d'un monde meilleur ; il ne repr&#233;sente que la radicalisation et la syst&#233;matisation de toutes les formes de tyrannie, (...)

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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique55" rel="directory"&gt;Textes d'Armand Robin&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_218 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;' &gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L142xH233/robin91-668df.jpg' width='142' height='233' alt=&quot;Armand Robin&quot; title=&quot;Armand Robin&quot; style='height:233px;width:142px;' class='' /&gt;
&lt;/span&gt;Ce qui suit n'est pas un &#233;crit &#171; anti-sovi&#233;tique &#187; au sens o&#249; d'ordinaire ce mot s'entend ; ce qui est &#171; &#224; droite &#187; du sovi&#233;tisme n'a aucun droit &#224; le critiquer, puisqu'il ne fait que le pr&#233;parer ; seuls, les r&#233;volutionnaires sont fond&#233;s &#224; condamner le stalinisme, le consid&#233;rant comme un r&#233;gime fondamentalement r&#233;actionnaire. Le stalinisme repr&#233;sente un effort d&#233;sesp&#233;r&#233; pour briser d&#233;finitivement en l'homme la soif d'un monde meilleur ; il ne repr&#233;sente que la radicalisation et la syst&#233;matisation de toutes les formes de tyrannie, d'exploitation et de d&#233;rision d&#233;j&#224; connues ; loin de rompre avec le pass&#233;, le stalinisme est la r&#233;v&#233;lation de ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; depuis au moins un si&#232;cle notre &#171; civilisation &#187; ; le sovi&#233;tisme est un syst&#232;me qui vole aux hommes le peu qui ne leur avait pas &#233;t&#233; encore vol&#233; ; le sovi&#233;tisme, c'est notre vieux monde enfin r&#233;alisant son horrible perfection.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le comportement des dirigeants de l'URSS &#224; l'&#233;gard de la po&#233;sie est symptomatique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On a beaucoup reproch&#233; &#224; l'ancienne bourgeoisie d'avoir port&#233; aux nues D&#233;roul&#232;de et Fran&#231;ois Copp&#233;e, tandis qu'elle ignorait Mallarm&#233; ; on a eu raison ; mais cette bourgeoisie commettait cette erreur inconsciemment, presque en parfaite innocence. La nouvelle bour-geoisie, aid&#233;e par ses conseillers communistes, sait parfaitement reconna&#238;tre les siens et, pour les d&#233;fendre contre toute menace de la part de l'Esprit, mobilise le gouvernement, la police, les forces d'argent ; sous les noms d' &#171; Union des &#233;crivains sovi&#233;tiques &#187;, de &#171; Comit&#233; national des &#233;crivains &#187;, elle organise des syndicats de Fran&#231;ois Copp&#233;es et de D&#233;roul&#232;des, &#233;dicte : &#171; Malheur &#224; qui ne louera pas nos valets de plume ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En outre, une litt&#233;rature compl&#232;tement factice, une litt&#233;rature de faux t&#233;moins est cr&#233;&#233;e pour combler par un mensonge habile le vide que ne manquerait pas de laisser appara&#238;tre la suppression pure et simple de toute parole v&#233;ritable (exemple : la po&#233;sie de la R&#233;sistance dans les divers pays d'Europe).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le bolchevisme n'innove pas &#224; l'&#233;gard des po&#232;tes, il va simplement un peu plus loin dans la voie o&#249; d&#233;j&#224; s'&#233;tait engag&#233; ce monde. Nagu&#232;re, le po&#232;te &#233;tait tenu &#224; l'&#233;cart, parce que consid&#233;r&#233; comme &#171; inutile commercialement &#187; ; maintenant il est interdit parce que &#171; dangereux socialement &#187; (entendez : dangereux pour les oppresseurs) ; Baudelaire, Rimbaud, Verlaine furent &#171; maudits &#187; ; Blok, Ess&#233;nine, Ma&#239;akovski, Pasternak sont litt&#233;ralement livr&#233;s &#224; la mort comme victimes expiatoires. Alexandre Blok mourant de faim &#224; Moscou en 1920 ne fait qu' &#171; achever &#187; G&#233;rard de Nerval dans la mis&#232;re ; Ess&#233;nine se suicidant ne fait que &#171; couronner &#187; Rimbaud se taisant ; les anciens ma&#238;tres condamnaient officieusement Mallarm&#233; au silence, les nouveaux ma&#238;tres condamnent officiellement Boris Pasternak &#224; dispara&#238;tre. L'ancienne bourgeoisie e&#251;t &#233;t&#233; malgr&#233; tout g&#234;n&#233;e si D&#233;roul&#232;de avait insult&#233; Verlaine ; la nouvelle secte d'oppresseurs admet fort bien qu'une Elsa Triolet, dont tout le comportement sent l'agent du Gu&#233;p&#233;ou et dont l'&#339;uvre est &#233;c&#339;urante de petite-bourgeoisie, salisse la m&#233;moire de Ma&#239;akovski en se r&#233;clamant de lui. Il ne peut en &#234;tre autrement : le monde actuel est &#171; un &#187; ; le r&#233;gime du capitalisme d'&#201;tat ne diff&#232;re du r&#233;gime du capitalisme priv&#233; que dans la mesure o&#249; il en accentue les tares. On perd trop souvent de vue que c'est seulement &#224; une &#233;poque r&#233;cente que le po&#232;te s'est trouv&#233;, non plus accidentellement, mais fondamentalement, en &#233;tat de rupture avec les conditions de la vie humaine. Cette rupture a commenc&#233; avec le triomphe d'une soci&#233;t&#233; exclusivement mat&#233;rialiste au d&#233;but du XIXe si&#232;cle ; il s'ach&#232;ve logiquement en Russie au moment o&#249; cette soci&#233;t&#233;, se d&#233;pouillant enfin de toute hypocrisie, ose aller jusqu'&#224; ses derniers aboutissements, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; la suppression de toute condition humaine tol&#233;rable. Une fatalit&#233; interne porte ce monde &#224; ignorer l'Esprit, puis &#224; le rel&#233;guer dans un coin, puis &#224; le chasser, puis &#224; le ch&#226;tier, puis &#224; l'assassiner.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a seulement une ou deux g&#233;n&#233;rations, on en voulait aux po&#232;tes pour leur refus de c&#233;der devant une soci&#233;t&#233; mauvaise mais, du moins, par un dernier reste de pudeur, on leur permettait de refuser ; aujourd'hui, ils doivent approuver tout ce qui se fait de mal, ils re-&#231;oivent du tyran ordre de collaborer aux &#171; plans quinquennaux &#187;, aux &#171; campagnes politiques &#187;, aux &#171; pseudo-r&#233;sistances &#187; et autres entreprises criminelles. On ne laisse plus de choix qu'entre l'approbation de l'inf&#226;me ou la disparition ; qui ne consent pas &#224; devenir un Aragon doit se taire. La pire salissure pour un po&#232;te semblait &#234;tre d'accepter quelque honneur ou quelque mission de la part des officiels ; les po&#232;tes autoris&#233;s par l'&#201;tat pr&#234;chent aujourd'hui que quiconque n'aide pas les malfaiteurs mondiaux est le coupable des coupables. Nagu&#232;re on consid&#233;rait, avec une vague crainte, que les po&#232;tes t&#233;moignaient de leur &#233;poque ; la nouvelle vari&#233;t&#233; d'oppresseurs consid&#232;re qu'ils doivent servir &#224; tromper. Ils se glorifiaient d'&#234;tre libres, ils se h&#226;tent aujourd'hui d'apporter les pi&#232;ces justificatives de leur servilit&#233;. L&#224; o&#249; m&#234;me un Nisard e&#251;t protest&#233;, un Paulhan acquiesce.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est tr&#232;s exactement la situation en Russie sovi&#233;tique. Mais ne nous y trompons pas : c'est &#233;galement, et pour les m&#234;mes raisons, un peu moins visibles seulement, la m&#234;me situation dans tous les pays. Il est normal qu'un monde qui a conscience de son imminente disparition dans un cataclysme veuille &#224; tout prix emp&#234;cher que subsiste quelque cons-cience libre capable de t&#233;moigner devant l'avenir de ce qu'il &#233;tait r&#233;ellement. D'o&#249; la substitution syst&#233;matique de la propagande &#224; la v&#233;ritable litt&#233;rature. Ce monde est tellement d&#233;sesp&#233;r&#233; qu'il ne peut qu'&#234;tre amen&#233; &#224; supprimer les t&#233;moins de son d&#233;sespoir. En Russie, &#171; paradis &#187; o&#249; les hommes ont quelque vingt ans d'avance dans l'ordre de l'extr&#234;me mis&#232;re, c'est d&#233;j&#224; fait ; partout ailleurs, l'assassinat des po&#232;tes est en cours, imperceptible quelques instants encore aux consciences qui ne se tiennent pas aux aguets.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un dernier mot : le seul po&#232;te de la Russie stalinienne, Boris Pasternak, vient d'&#234;tre inscrit sur une liste noire &#171; pour n'avoir pas &#233;crit d'ouvrage politique &#187; ; las ! le pr&#233;texte m&#234;me est faux : Boris Pasternak, malgr&#233; son mauvais caract&#232;re (dont nous le louons), s'&#233;tait donn&#233; bien du mal ces quatre derni&#232;res ann&#233;es pour &#234;tre l'Aragon russe ; il n'en a pas &#233;t&#233; r&#233;compens&#233;, le malheureux. Sans doute, m&#234;me dans l'aragoniserie, n'a-t-il pu tout &#224; fait dissimuler qu'il &#233;tait po&#232;te !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Armand Robin&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; Le Libertaire&lt;/i&gt;, 4 octobre 1946.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Le sort attristant de Fran&#231;ois Mitterrand</title>
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<category domain="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique55">Textes d'Armand Robin</category>


		<description>Le malheur atteint promptement quiconque trahit le sort commun pour se mettre hors la loi, c'est-&#224;-dire pour entrer dans le gang des gouvernants. Le go&#251;t du pouvoir est le signe d'une r&#233;volte contre l'ordre naturel des choses : chercher &#224; commander, c'est &#234;tre subversif. &lt;br /&gt;Voyez o&#249; en est Fran&#231;ois Mitterrand : il est en train d'attraper la renomm&#233;e d'un Gallifet. Ce qui lui arrive avec les affaires d'Alg&#233;rie est ce que son pire ennemi n'aurait jamais os&#233; souhaiter contre lui. Ministre de l'Int&#233;rieur, il est notre adversaire. Mais (...)


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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique55" rel="directory"&gt;Textes d'Armand Robin&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_218 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;' &gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L142xH233/robin91-668df.jpg' width='142' height='233' alt=&quot;Armand Robin&quot; title=&quot;Armand Robin&quot; style='height:233px;width:142px;' class='' /&gt;
&lt;/span&gt;Le malheur atteint promptement quiconque trahit le sort commun pour se mettre hors la loi, c'est-&#224;-dire pour entrer dans le gang des gouvernants. Le go&#251;t du pouvoir est le signe d'une r&#233;volte contre l'ordre naturel des choses : chercher &#224; commander, c'est &#234;tre subversif.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voyez o&#249; en est Fran&#231;ois Mitterrand : il est en train d'attraper la renomm&#233;e d'un Gallifet. Ce qui lui arrive avec les affaires d'Alg&#233;rie est ce que son pire ennemi n'aurait jamais os&#233; souhaiter contre lui. Ministre de l'Int&#233;rieur, il est notre adversaire. Mais c'est de l'homme intelligent qu'il fut que nous tiendrons compte ici.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Oui ! Il &#233;tait loin d'&#234;tre un sot mais une ambition d&#233;vorante l'a d&#233;vor&#233;. Le voici engren&#233; et gangren&#233;. La fr&#233;quentation d'un certain nombre de t&#234;tes vides, genre &#171; politiciens de gauche &#187;, l'a achev&#233;. Pour &#171; r&#233;ussir &#187; il a pris appui sur le vent ; de son esprit &#224; lui, rien ne reste. Il fallait le voir, oiseau d&#233;plum&#233;, passant &#224; la t&#233;l&#233;vision &#224; son retour d'Orl&#233;ansville, emp&#234;tr&#233;, lui officiellement s&#233;millant, en la plus embarrass&#233;e des d&#233;clarations.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Puis ce sont les Alg&#233;riens qui se soul&#232;vent... Les hommes apr&#232;s le sol ! Alors on perquisitionne au 145, quai Valmy, dans le local du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libertaire&lt;/i&gt; : c'est plus facile &#224; r&#233;aliser que le Massif de l'Aur&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est toujours un grand sujet d'&#233;tonnement que de voir un homme d'esprit se mettre de la police. Ce m&#233;tier est maudit : il faut prier tr&#232;s fort pour quiconque se jette dans cet enfer. Dans le cas de Mitterrand, il est plus que probable qu'il y eut un instant de tr&#232;s grande faiblesse mentale &#224; l'origine du mouvement qui l'introduisit &#224; accepter cette perdition.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous sommes pr&#234;ts &#224; admettre les excuses que font valoir ses amis non policiers. Julien Sorel, 1954, ne veut plus &#234;tre condamn&#233; mais condamner. Fran&#231;ois Mitterrand avait escompt&#233; que, ministre de l'Int&#233;rieur, il s'amuserait en ce curieux &#233;tat. Lui qui n'aime que les femmes et que les femmes aiment, il aurait estim&#233; fort humoristique la besogne de couvrir d'un pudique voile les in&#233;l&#233;gants gloussements amoureux de Wybot, Dubois, St&#233;phane et autres flics de haute vol&#233;e... Enfin un certain besoin de bonapartisme est satisfait en lui...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;H&#233;las ! M&#234;me regarder la m&#226;choire du crocodile est funeste, dit le proverbe arabe. Fran&#231;ois Mitterrand a mis la t&#234;te enti&#232;re entre des dents avides de lui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parmi des milieux soi-disant &#171; progressistes &#187; ( ?), somnambule ballott&#233; de r&#234;ve en r&#234;ve par les capitalistes, Fran&#231;ois Mitterrand est menac&#233; de se r&#233;veiller chang&#233; en massacreur de prol&#233;taires, en r&#233;actionnaire sanglant pour l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Armand Robin&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Libertaire,&lt;/i&gt; 18 novembre 1954.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Outre-&#233;coute 1957</title>
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<category domain="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique55">Textes d'Armand Robin</category>


		<description>Je connais en toute &#226;pret&#233; la condition d'avoir pour voisins tous les lointains. &lt;br /&gt;La condition des lointains est qu'ils ne peuvent pas ne pas vouloir &#234;tre des voisins &#8211; des voisins, en tout sens : le vertical, l'horizontal, l'oblique, le tortueux surtout. Je les entends, pour s'approcher, s'assourdissant. &lt;br /&gt;Oui, l'&#233;coute des radios du monde qui, &#224; tout hasard, s'est nomm&#233; &#171; marxiste-l&#233;niniste &#187; rend vif &#224; percevoir ; les superbes du si&#232;cle, ayant d&#233;cid&#233; que pas un seul citoyen ne serait laiss&#233; en occasion de s'entendre, ont r&#233;ussi &#224; (...)


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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique55" rel="directory"&gt;Textes d'Armand Robin&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_218 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;' &gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L142xH233/robin91-668df.jpg' width='142' height='233' alt=&quot;Armand Robin&quot; title=&quot;Armand Robin&quot; style='height:233px;width:142px;' class='' /&gt;
&lt;/span&gt;Je connais en toute &#226;pret&#233; la condition d'avoir pour voisins tous les lointains.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La condition des lointains est qu'ils ne peuvent pas ne pas vouloir &#234;tre des voisins &#8211; des voisins, en tout sens : le vertical, l'horizontal, l'oblique, le tortueux surtout. Je les entends, pour s'approcher, s'assourdissant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Oui, l'&#233;coute des radios du monde qui, &#224; tout hasard, s'est nomm&#233; &#171; marxiste-l&#233;niniste &#187; rend vif &#224; percevoir ; les superbes du si&#232;cle, ayant d&#233;cid&#233; que pas un seul citoyen ne serait laiss&#233; en occasion de s'entendre, ont r&#233;ussi &#224; perdre leurs oreilles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le chef doit, le premier, devenir une illustration ch&#233;tive, ratatin&#233;e, d'une argumentation verbale faisant beaucoup de bruit pendant longtemps. Staline avait toutes les d&#233;cences de cet &#233;tat : de son vivant, il n'&#233;tait pas ; par lui, sur lui, &#224; travers lui, passaient de gigantesques d&#233;ferlements de paroles, toujours les m&#234;mes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La morosit&#233; marxiste, apr&#232;s sa mort, fut qu'on ne trouvait personne d'aussi apte &#224; ne jamais d&#233;ranger le sonore n&#233;ant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tito n'a pas mis en danger le monde communiste pour les raisons que les habiles nous produisent, mais simplement parce qu'il s'avisa de r&#233;clamer ses oreilles, de dire (y avait-il droit ? c'est une autre affaire) : &#171; Je m'&#233;coute. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quant aux Hongrois, ceux-l&#224; sont le scandale m&#234;me : non seulement ils veulent faire leur propre bruit et s'&#233;couter, mais encore ils veulent avoir &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;leur&lt;/i&gt; histoire. Avoir une histoire, avoir son histoire, c'est le pire des crimes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et certes, ce devrait &#234;tre l'inverse dans le cas de ceux qui passent le plus clair de leur temps &#224; r&#233;p&#233;ter que l' &#171; Histoire &#187; est la valeur supr&#234;me, qu'elle tient lieu de tous les sens. H&#233;las ! ils ne nous disent pas, et surtout ne se disent pas, que cette &#171; histoire &#187; par eux divi-nis&#233;e est une histoire lointaine, si lointaine qu'elle est privation d'histoire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mao Tseu T'ong va plus loin. Selon le peu que j'en saisis &#224; travers les &#233;missions radio-phoniques, il doit juger en son for int&#233;rieur que Molotov &#233;tait quelque peu fantaisiste, que Staline se laissait mollir. Lui, il supprime purement et simplement toute histoire ; pour lui, l'humanit&#233; n'a plus d'avenir, et m&#234;me le devenir est &#171; clos &#187;. Bien entendu, les faits sont interdits ; il n'y a plus qu'une sorte d'&#233;lectronique de ce qui, pendant les quelque quatre mille ans o&#249; l'humanit&#233; eut une histoire, porta le nom de &#171; faits &#187; ; la diplomatie elle-m&#234;me doit se faire science exacte, avec tant de milliers et de milliers de victimes comme signes interm&#233;diaires (fa&#231;on &#171; multiplier par &#187;, &#171; diviser par &#187;) des op&#233;rations. Le genre humain, tout entier r&#233;uni, ne doit pas changer les &#233;quations. Mao, ou le d&#233;lire des math&#233;matiques, l'imp&#233;rialisme mental du quantitatif.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les Polonais, les Hongrois, m&#234;me les Russes, veulent un avenir. Mao intervient pour les tenir &#171; achev&#233;s &#187;, mornes insectes &#224; jamais sans espoir d'humain : &#171; Vous resterez le rien parfait que le dogme vous d&#233;finit. Les sch&#232;mes math&#233;matiques doivent &#234;tre sans faille. &#187; Il ajoute : &#171; Vous ne g&#234;nerez pas l'absence d'Histoire. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Armand Robin&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;NNRF&lt;/i&gt;, avril 1957.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Armand Robin au &#171; Libertaire &#187;</title>
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<category domain="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique54">N&#176;30 - Armand Robin, 1912 -1961 (avril 2008)</category>


		<description>&#171; Les anarchistes ne peuvent &#234;tre &#8220;contre&#8221;, ils sont forc&#233;ment en dehors. &lt;br /&gt;&#202;tre &#8220;contre&#8221; serait encore donner au mal un appui, lui pr&#234;ter une force qu'il n'a pas. &lt;br /&gt;Le mal jamais n'a de puissance si nous ne lui en pr&#234;tons pas. &#187; &lt;br /&gt;Armand Robin &lt;br /&gt;EN cet an I d'une Lib&#233;ration qui vit acc&#233;der aux postes de commande les porte-voix patent&#233;s d'une R&#233;sistance victorieuse, la patrie reconnaissante communiait, souriante, sous les plis du drapeau tricolore. Prise entre le marteau stalinien et l'enclume gaulliste, l'&#233;poque se voulait (...)


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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique54" rel="directory"&gt;N&#176;30 - Armand Robin, 1912 -1961 (avril 2008)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Les anarchistes ne peuvent &#234;tre &#8220;contre&#8221;, ils sont forc&#233;ment en dehors.&lt;br /&gt;
&#202;tre &#8220;contre&#8221; serait encore donner au mal un appui, lui pr&#234;ter une force qu'il n'a pas.&lt;br /&gt;
Le mal jamais n'a de puissance si nous ne lui en pr&#234;tons pas. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Armand Robin&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_221 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;' &gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L230xH200/robin94-40257.jpg' width='230' height='200' alt=&quot;Dessin de Peter Kuper&quot; title=&quot;Dessin de Peter Kuper&quot; style='height:200px;width:230px;' class='' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;EN&lt;/strong&gt; cet an I d'une Lib&#233;ration qui vit acc&#233;der aux postes de commande les porte-voix patent&#233;s d'une R&#233;sistance victorieuse, la patrie reconnaissante communiait, souriante, sous les plis du drapeau tricolore. Prise entre le marteau stalinien et l'enclume gaulliste, l'&#233;poque se voulait rassembleuse et conqu&#233;rante. En chantre de l'&#233;puration litt&#233;raire, Aragon pr&#233;sidait aux destin&#233;es d'un Comit&#233; national des &#233;crivains, sans l'aval duquel les portes des r&#233;dactions et des &#233;diteurs demeuraient herm&#233;tiquement closes. Sans doute par bravade, mais aussi par souci de laver la po&#233;sie du d&#233;shonneur que lui faisaient subir ses nouveaux ma&#238;tres, Armand Robin demanda &#224; figurer au nombre des &#171; ind&#233;sirables &#187;, ce qu'on ne lui refusa pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est en ces temps patriotiques que Robin fut tent&#233; par la marge et qu'&#224; ce titre, il compta, on ne sait trop comment, parmi ces visiteurs du soir qui, attir&#233;s par l'anarchie, pouss&#232;rent la porte du 145, quai de Valmy. Dans ce local &#233;triqu&#233; du Paris populaire jouxtant le canal Saint-Martin, quelques militants singuliers s'activaient &#224; faire revivre leur titre historique, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Libertaire.&lt;/i&gt; Les 6 et 7 octobre, des Assises du mouvement, r&#233;unies salle des Soci&#233;t&#233;s savantes, avaient lanc&#233;, non sans mal, les bases d'une F&#233;d&#233;ration anarchiste, qui vit le jour deux mois plus tard, le 2 d&#233;cembre 1945. Au &#171; quai &#187;, on re&#231;ut Robin comme un fr&#232;re en dissidence. Il n'en demandait pas davantage. Dans la foul&#233;e, il adh&#233;ra &#224; la F&#233;d&#233;ration anarchiste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelque vingt ans plus tard, &#233;voquant cette &#233;poque, Maurice Joyeux se souvient de l'ambiance qui r&#233;gnait au &#171; quai &#187; : &#171; La discussion se poursuivait, passionn&#233;e. Au fond de la pi&#232;ce, autour du po&#234;le, deux hommes silencieux &#233;coutaient. Ce serait de grands po&#232;tes et nous ne le savions pas. L'un venait d'&#234;tre embauch&#233; pour faire le grouillot au &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libertaire, &lt;/i&gt;il s'appelait Brassens. L'autre, maigre, vo&#251;t&#233;, le teint blanchi par les nuits de veille &#224; &#233;couter les radios &#233;trang&#232;res, appartenait au m&#234;me groupe libertaire que Brassens. Il s'appelait Armand Robin. &#187; [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb6-1&quot; name=&quot;nh6-1&quot; id=&quot;nh6-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Maurice Joyeux, in La Rue, n&#176; 1, mai 1968.' &gt;1&lt;/a&gt;] De son c&#244;t&#233;, Georges Brassens, qui parle de Robin comme d'un &#171; anarchiste cons&#233;quent &#187;, &#233;voque ainsi sa figure : &#171; Je l'ai connu en 1945 au groupe du quinzi&#232;me, affili&#233; &#224; la F&#233;d&#233;ration anarchiste du quai de Valmy. Il &#233;tait, disons, pr&#233;sident de ce groupe. On se r&#233;unissait une fois par semaine. On traitait des probl&#232;mes sociaux, mais souvent aussi de livres, de peinture. Comme il avait des accointances avec le milieu litt&#233;raire, il invitait des auteurs. Je me rappelle qu'Andr&#233; Breton vint nous faire une causerie&#8230; &#187; [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb6-2&quot; name=&quot;nh6-2&quot; id=&quot;nh6-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Georges Brassens, &#171; Brassens t&#233;moigne &#187;, propos recueillis par Louis (...)' &gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme Brassens &#8211; qui y signa sous divers pseudonymes [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb6-3&quot; name=&quot;nh6-3&quot; id=&quot;nh6-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] G&#233;o C&#233;dille, Gilles Colin, Charles Brens et Charles Malpay&#233;.' &gt;3&lt;/a&gt;] &#8211;, Robin trouva, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Libertaire &lt;/i&gt;de ces ann&#233;es d'apr&#232;s-guerre, des colonnes accueillantes. Reparu sans autorisation pr&#233;alable en 1945 comme &#171; organe int&#233;rieur du mouvement libertaire &#187;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libertaire &lt;/i&gt;ne sera l&#233;galis&#233; qu'en mars 1946, date &#224; laquelle il retrouve une p&#233;riodicit&#233; hebdomadaire [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb6-4&quot; name=&quot;nh6-4&quot; id=&quot;nh6-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[4] Aux dires de Fabrice Magnone, auteur d&amp;#39;un int&#233;ressant travail (...)' &gt;4&lt;/a&gt;]. &#192; la surprise de ses r&#233;dacteurs, sa diffusion, tr&#232;s largement au-dessus de son &#233;tiage d'avant-guerre, atteint bient&#244;t les 55 000 exemplaires et place rapidement &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libertaire&lt;/i&gt; dans le peloton de t&#234;te des hebdomadaires fran&#231;ais. Deux ans durant, le journal de la F&#233;d&#233;ration anarchiste conna&#238;tra son heure de gloire. De bonne facture, il se r&#233;v&#232;le attrayant, combatif et tr&#232;s proche des pr&#233;occupations de l'&#233;poque. Malgr&#233; une &#233;rosion de son lectorat &#8211; qui se stabilisera autour de 20 000 en 1947 &#8211;, le journal conna&#238;t une forte explosion de ses ventes &#224; l'occasion de grands conflits sociaux, comme la gr&#232;ve de Renault de 1947, o&#249; sa diffusion sera port&#233;e &#224; 100 000 exemplaires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce n'est donc pas dans une feuille de faible impact que Robin va publier ses articles, mais dans un hebdomadaire bien distribu&#233; et soucieux de d&#233;border le cadre &#233;troit de la sph&#232;re militante. Son premier article important &#8211; &#171; La radio internationale et le silence totalitaire &#187; &#8211; date du 19 avril 1946. Robin y aborde une th&#233;matique dont il est le grand sp&#233;cialiste : le r&#244;le de la propagande radiophonique dans l'appauvrissement g&#233;n&#233;ral de l'esprit critique. Il y constate un progressif alignement du &#171; bloc anglo-saxon &#187; sur le &#171; bloc sovi&#233;tique &#187; dans les m&#233;thodes de manipulation de masse. &#171; Il s'agit dans les deux cas, &#233;crit-il, d'une radio massive, compacte, imp&#233;n&#233;trable, d'une radio en laquelle aucune authentique parole n'a de chance de p&#233;n&#233;trer. &#187; Plus inqui&#233;tant, cette &#171; &#8220;potemkinisation&#8221; des esprits &#187; r&#233;pond, selon lui, au besoin de servitude volontaire d'individus d&#233;sireux de &#171; s'&#233;tourdir &#187; de mots creux et de fausses &#233;vidences pour s'all&#233;ger du poids de leur fatigue. En appelant les &#171; hommes libres &#187; &#224; r&#233;sister de toutes leurs forces &#224; cette n&#233;antisation programm&#233;e des esprits, Robin veut croire que &#171; le silence le plus totalitaire peut &#234;tre vaincu &#187;. En cela, il inscrit son analyse dans cette dialectique si particuli&#232;re de l'anarchisme, o&#249; l'examen lucide du r&#233;el n'entame jamais la perspective volontariste de son possible renversement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Entre 1945 et 1948, Robin donne une vingtaine d'articles au&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; Libertaire&lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb6-5&quot; name=&quot;nh6-5&quot; id=&quot;nh6-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[5] La plupart des articles de Robin sont sign&#233;s de son nom, &#224; (...)' &gt;5&lt;/a&gt;]. S'il y aborde diverses th&#233;matiques et divers genres &#8211; pamphlet, essai, critique litt&#233;raire, po&#233;sie, traduction &#8211;, son domaine de pr&#233;dilection demeure la d&#233;nonciation &#8211; violente &#8211; de l'emprise de la propagande sovi&#233;tique sur les consciences. D'article en article, il dresse, en effet, un v&#233;ritable r&#233;quisitoire contre l'URSS &#8211; l' &#171; empire des bourgeois sauvages &#187; &#8211; et ses &#171; &#233;vang&#233;listes du rien &#187; charg&#233;s d'en r&#233;pandre la &#171; fausse parole &#187; sur les ondes internationales du n&#233;ant. Tr&#232;s au fait de leurs m&#233;thodes, Robin les d&#233;nonce sans faillir au nom d'une n&#233;cessaire r&#233;volution, &#171; faite du refus de toute domination sur d'autres hommes &#187;. Pour lui, &#171; seuls les r&#233;volutionnaires sont fond&#233;s &#224; condamner le stalinisme &#187; et ce, au nom de l'id&#233;e m&#234;me qu'ils se font de la r&#233;volution, id&#233;e qu'il convient de revendiquer en lui restituant sa dimension &#233;mancipatrice. Car Robin, tr&#232;s proche d'Orwell sur ce point, &#233;prouve une authentique r&#233;volte de po&#232;te contre la profonde d&#233;naturation que l'id&#233;ologie marxiste-l&#233;niniste a fait subir au langage. En pervertissant le sens m&#234;me des mots, en les vidant de leur v&#233;rit&#233; premi&#232;re, elle a ouvert les vannes &#224; un &#171; non-langage &#187; &#8211; la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;novlangue&lt;/i&gt; d'Orwell &#8211; o&#249; la parole n'a plus qu'une seule fonction : &#171; corriger l'humanit&#233; de son ind&#233;sirable propension &#224; constater que ce qui existe existe &#187; [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb6-6&quot; name=&quot;nh6-6&quot; id=&quot;nh6-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[6] Armand Robin, La Fausse Parole, Cognac, Le temps qu&amp;#39;il fait, (...)' &gt;6&lt;/a&gt;]. D&#233;sormais &#171; ce qui existe &#187; est l'exact contraire de ce qui est : le &#171; socialisme &#187; en lieu et place de la surexploitation des travailleurs, la &#171; r&#233;volution &#187; en lieu et place de la pire oppression qui soit, l' &#171; avenir radieux &#187; en lieu et place de la plong&#233;e dans les t&#233;n&#232;bres. Au vu de ce d&#233;sastre, Robin n'envisage d'autre t&#226;che plus urgente que celle de remettre le langage sur ses pieds en d&#233;codant, signe &#224; signe, ce lexique du mensonge g&#233;n&#233;ralis&#233;. Les colonnes du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libertaire &lt;/i&gt;lui offriront la possibilit&#233; d'entamer, sur ce point, une pr&#233;cieuse r&#233;flexion, qu'il prolongera &#8211; et d&#233;veloppera &#8211; par la suite dans celles de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Combat &lt;/i&gt; [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb6-7&quot; name=&quot;nh6-7&quot; id=&quot;nh6-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[7] Voir &#171; L&amp;#39;insolence du bourreau &#187;, en pp. 11-14 de ce (...)' &gt;7&lt;/a&gt;] et qui aboutira &#224; la publication de son chef-d'&#339;uvre : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Fausse Parole&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'autre th&#232;me qui domine, et de loin, la production de Robin dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;, c'est la lutte ouverte &#8211; et sans quartier &#8211; qu'il y m&#232;ne contre le Comit&#233; national des &#233;crivains (CNE). Initi&#233;e de mani&#232;re indirecte, &#224; l'&#233;t&#233; 1946, dans un article consacr&#233; &#224; Paul Eluard [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb6-8&quot; name=&quot;nh6-8&quot; id=&quot;nh6-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[8] &#171; Le cas Paul Eluard &#187; (article non sign&#233;), in Le Libertaire, n&#176; 36, 5 (...)' &gt;8&lt;/a&gt;] &#8211; dont Robin rappelle l'appartenance &#224; ce &#171; syndicat de litt&#233;rateurs bourgeois et de ge&#244;liers de l'esprit &#187; que repr&#233;sente, &#224; ses yeux, le CNE &#8211;, l'offensive contre cette institution devient frontale, &#224; l'automne, quand, calomnieusement mis en cause dans les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lettres fran&#231;aises, &lt;/i&gt;Robin r&#233;plique de mani&#232;re particuli&#232;rement cinglante &#224; son anonyme procureur. &#171; Le lecteur normalement intelligent, c'est-&#224;-dire non stalinien, indique Robin, aura remarqu&#233; que le plumitif malencontreux des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lettres fran&#231;aises &lt;/i&gt;ne me nomme nulle part. Suis-je donc tellement dangereux pour l'entreprise stalinienne d'asservissement des travailleurs que m&#234;me me nommer serait p&#233;rilleux ? J'en serais fort encourag&#233;. &#187; [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb6-9&quot; name=&quot;nh6-9&quot; id=&quot;nh6-9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[9] Armand Robin, &#171; De la maladresse des bourgeois staliniens dans la (...)' &gt;9&lt;/a&gt;] Le reste est &#224; l'avenant. Maniant tour &#224; tour la col&#232;re et l'humour, Robin pulv&#233;rise les perfidies colport&#233;es sur son compte par les &#171; bourgeois aragonis&#233;s &#187;. Au fait des tiraillements qui divisent l'inquisitrice assembl&#233;e, il persifle : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; para&#238;trait un beau matin avec cette manchette : &#8220;M. Jean Paulhan a emport&#233; la Tour Eiffel !&#8221;, il ne servirait &#224; rien que tous les Parisiens fassent remarquer que la Tour Eiffel est toujours l&#224; ; c'est la Tour Eiffel qui aurait tort de n'&#234;tre pas dans le bras de Jean Paulhan. &#187; Deux mois plus tard, en janvier 1947, Robin reprend la plume pour saluer la d&#233;cision de Paulhan de se d&#233;marquer &#171; compl&#232;tement &#187; du &#171; lamentablement c&#233;l&#232;bre &#187; CNE. &#171; Il faut rendre &#224; cet homme cette justice, &#233;crit-il, qu'il ne soutint cette entreprise que pendant l'Occupation, en un moment o&#249; il y avait du courage &#224; le faire. &#187; [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb6-10&quot; name=&quot;nh6-10&quot; id=&quot;nh6-10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[10] Armand Robin, &#171; &#201;pilogue d&amp;#39;une triste histoire &#187;, in Le (...)' &gt;10&lt;/a&gt;] Mais, au-del&#224; de l'hommage &#224; Paulhan, Robin tient &#224; rappeler, en ces heures o&#249; le CNE n'est plus que l'ombre de lui-m&#234;me, ce qui fonda sa propre d&#233;marche d'opposant d&#233;termin&#233; aux directeurs de conscience de l'&#233;poque. L'&#233;crivain, pr&#233;cise-t-il, doit s'imposer, en toute circonstance, un devoir sacr&#233; de solitude. Adh&#233;rer, m&#234;me petitement, &#224; une entreprise de contr&#244;le de la pens&#233;e, c'est se nier en tant qu'&#233;crivain, c'est devenir le porte-parole du Pouvoir. &#171; La litt&#233;rature de r&#233;sistance, &#233;crit-il, vaut tr&#232;s exactement ce que vaut la litt&#233;rature de collaboration, toutes deux &#233;tant au service d'oppresseurs d&#233;testables. [&#8230;] Ce qui est infiniment triste dans cette sombre histoire, c'est que bien des &#233;crivains que nous aimons (et que je continue &#224; aimer malgr&#233; tout) s'y sont compromis ; je pense ici, avec une amertume extr&#234;me, &#224; un v&#233;ritable po&#232;te comme Eluard, &#224; un v&#233;ritable esprit libre comme Paulhan. Ce qui est infiniment triste dans cette affaire, c'est que des r&#233;fractaires &#224; toute dictature, que des r&#233;sistants sinc&#232;res aient &#233;t&#233; salis par cette &#8220;litt&#233;rature&#8221; que nous renon&#231;ons &#224; injurier simplement parce que, contre elle, aucune injure ne serait assez forte. &#187; [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb6-11&quot; name=&quot;nh6-11&quot; id=&quot;nh6-11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[11] Ibid.' &gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D&#233;sert&#233; de ses principales figures, le CNE vivotera quelque dix ans de plus &#224; l'ombre stalinienne du PCF. Sans masque, il n'inspirera plus la crainte, mais le ridicule. Robin, le dernier &#171; ind&#233;sirable &#187; de sa liste noire, sera de nouveau admis &#224; &#233;crire dans la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;NNRF &lt;/i&gt;et dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Combat. &lt;/i&gt;Sa &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Fausse Parole &lt;/i&gt;sera m&#234;me &#233;dit&#233;e par une maison d'&#233;dition fond&#233;e dans la nuit noire de l'Occupation et qui fut longtemps consid&#233;r&#233;e comme une tribune officielle des &#233;crivains de la R&#233;sistance, les &#201;ditions de Minuit. Juste retour des choses pour ce Robin de toutes les incartades qui ne trempa sa plume dans le rouge que pour d&#233;noncer les tueurs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce relatif retour en gr&#226;ce, mais aussi sa totale immersion dans son &#233;puisant travail d'&#233;coute, distendront ses liens avec &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Libertaire. &lt;/i&gt;Il n'y collaborera plus que par amiti&#233;. L'anarchie, en revanche, continuera, comme voilure, &#224; le maintenir r&#233;ceptif &#224; toutes les figures de la domination et &#224; le tenir &#233;loign&#233; de tout ralliement &#224; l'une ou &#224; l'autre d'entre elles. Dans un texte sur l'anarchisme demeur&#233; malheureusement in&#233;dit et probablement inachev&#233;, Robin &#233;crira : &#171; Les anarchistes estiment que, dans l'ensemble, ce qu'on appelle &#8220;le monde occidental&#8221; n'a pas qualit&#233; pour livrer combat contre les assassins des &#226;mes ; il ne songe pas &#224; envisager les th&#233;rapeutiques mentales et morales indispensables et ne comprend pas de quelle sorte de lutte il est question. &#187; [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb6-12&quot; name=&quot;nh6-12&quot; id=&quot;nh6-12&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[12] Texte cit&#233; par Fran&#231;oise Morvan en notes de La Fausse Parole, op. (...)' &gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui, les &#171; assassins des &#226;mes &#187; et le &#171; monde occidental &#187; ont fini par s'entendre. Dans un univers d&#233;vast&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Gilles Fortin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh6-1&quot; name=&quot;nb6-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Maurice Joyeux, in &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Rue&lt;/i&gt;, n&#176; 1, mai 1968.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh6-2&quot; name=&quot;nb6-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Georges Brassens, &#171; Brassens t&#233;moigne &#187;, propos recueillis par Louis Nuc&#233;ra, in &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Agora&lt;/i&gt;, f&#233;vrier-mars 1985.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh6-3&quot; name=&quot;nb6-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] G&#233;o C&#233;dille, Gilles Colin, Charles Brens et Charles Malpay&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh6-4&quot; name=&quot;nb6-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] Aux dires de Fabrice Magnone, auteur d'un int&#233;ressant travail universitaire sur le sujet &#8211; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Libertaire (1917-1956).&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Autopsie d'un journal anarchiste&lt;/i&gt; &#8211;, partiellement mis en ligne sur http://libertaire.org/, c'est &#224; la suite d'une intervention du radical Edouard Herriot, alors pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e nationale, que les responsables du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libertaire&lt;/i&gt; purent obtenir le papier n&#233;cessaire &#224; sa publication. Le m&#234;me Herriot aurait, par ailleurs, d&#233;clar&#233; : &#171; La parution du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Libertaire&lt;/i&gt; est la marque infaillible que la d&#233;mocratie est r&#233;tablie. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh6-5&quot; name=&quot;nb6-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] La plupart des articles de Robin sont sign&#233;s de son nom, &#224; l'exception de deux textes sign&#233;s &#171; Sovieticus &#187;. Incluant deux de ses &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Po&#232;mes ind&#233;sirables&lt;/i&gt;, une de ses &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lettres ind&#233;sirables&lt;/i&gt; et trois traductions (Ady, Ess&#233;nine et Eisenstein), sa production de l'&#233;poque est beaucoup plus prolifique que celle des ann&#233;es suivantes. Entre 1949 et 1955, en effet, seuls quatre articles de Robin sont publi&#233;s dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh6-6&quot; name=&quot;nb6-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] Armand Robin, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Fausse Parole&lt;/i&gt;, Cognac, Le temps qu'il fait, 1985, in &#171; Au-del&#224; du mensonge et de la v&#233;rit&#233; &#187;, p. 77.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh6-7&quot; name=&quot;nb6-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] Voir &#171; L'insolence du bourreau &#187;, en pp. 11-14 de ce num&#233;ro.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh6-8&quot; name=&quot;nb6-8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-8&quot;&gt;8&lt;/a&gt;] &#171; Le cas Paul Eluard &#187; (article non sign&#233;), in &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;, n&#176; 36, 5 juillet 1946.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh6-9&quot; name=&quot;nb6-9&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-9&quot;&gt;9&lt;/a&gt;] Armand Robin, &#171; De la maladresse des bourgeois staliniens dans la calomnie &#187;, in &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;, n&#176; 57, 29 novembre 1946.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh6-10&quot; name=&quot;nb6-10&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-10&quot;&gt;10&lt;/a&gt;] Armand Robin, &#171; &#201;pilogue d'une triste histoire &#187;, in &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;, n&#176; 64, 16 janvier 1947.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh6-11&quot; name=&quot;nb6-11&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-11&quot;&gt;11&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh6-12&quot; name=&quot;nb6-12&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6-12&quot;&gt;12&lt;/a&gt;] Texte cit&#233; par Fran&#231;oise Morvan en notes de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Fausse Parole&lt;/i&gt;, op. cit., p. 136, note 18.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Au sommaire de ce trenti&#232;me num&#233;ro&#8230;</title>
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<category domain="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique54">N&#176;30 - Armand Robin, 1912 -1961 (avril 2008)</category>


		<description>ARMAND ROBIN, 1912-1961 &lt;br /&gt;Flagrant d&#233;lit d'absence, par Pol Le Droch &lt;br /&gt;Au pays des consciences traqu&#233;es, par Yannick Th&#244; &lt;br /&gt;&#171; En ces temps o&#249; je devins po&#232;te ouighour&#8230; &#187;, par Arlette Grumo &lt;br /&gt;L'insolence du bourreau, par Freddy Gomez &lt;br /&gt;Portraits crois&#233;s d'un homme sans nouvelle, par Victor Keiner &lt;br /&gt;Armand Robin au &#171; Libertaire &#187;, par Gilles Fortin &lt;br /&gt;Cerner le mal&#8230;, par Guy Beno&#238;t &lt;br /&gt;Armand Robin l'ind&#233;sirable : choix de textes &lt;br /&gt;Pr&#233;sentation &lt;br /&gt;Lettre &#224; la Gestapo &lt;br /&gt;Avant-propos des &#171; Po&#232;mes ind&#233;sirables &#187; &lt;br /&gt;Demande officielle pour obtenir d'&#234;tre sur (...)


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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique54" rel="directory"&gt;N&#176;30 - Armand Robin, 1912 -1961 (avril 2008)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_203 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;' &gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L329xH400/robin1-88c8b.jpg' width='329' height='400' alt=&quot;Armand Robin (B. Cleeve)&quot; title=&quot;Armand Robin (B. Cleeve)&quot; style='height:400px;width:329px;' class='' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;ARMAND ROBIN, 1912-1961&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Flagrant d&#233;lit d'absence, par Pol Le Droch&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Au pays des consciences traqu&#233;es, par Yannick Th&#244;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; &#171; En ces temps o&#249; je devins po&#232;te ouighour&#8230; &#187;, par Arlette Grumo&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; L'insolence du bourreau, par Freddy Gomez&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Portraits crois&#233;s d'un homme sans nouvelle, par Victor Keiner&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Armand Robin au &#171; Libertaire &#187;, par Gilles Fortin&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Cerner le mal&#8230;, par Guy Beno&#238;t&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;
Armand Robin l'ind&#233;sirable : choix de textes&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Pr&#233;sentation&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Lettre &#224; la Gestapo&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Avant-propos des &#171; Po&#232;mes ind&#233;sirables &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Demande officielle pour obtenir d'&#234;tre sur toutes les listes noires&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; &#192; propos de l'&#233;puration litt&#233;raire en URSS : l'assassinat des po&#232;tes&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Le sort attristant de Fran&#231;ois Mitterrand&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Outre-&#233;coute 1957&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;********&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; &#171; Je viens de la solitude &#187; : &#233;vocation d'un spectacle, par Monica Gruszka&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Rep&#232;res bibliographiques&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au pays des consciences traqu&#233;es</title>
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<category domain="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique54">N&#176;30 - Armand Robin, 1912 -1961 (avril 2008)</category>


		<description>&#171; &#192; l'origine, mes jours indiciblement douloureux en Russie&#8230; &#187; &lt;br /&gt;Armand Robin &lt;br /&gt;EN des temps de lyriques illusions, le jeune Armand Robin entreprit d'&#233;tudier la langue russe pour p&#233;n&#233;trer l'&#226;me d' &#171; un pays o&#249; le peuple [&#233;tait] roi &#187;. &#192; l'&#233;t&#233; 1933, profitant de ses vacances, il fit le grand saut vers l'&#233;toile rouge. Bien encadr&#233; par l'Intourist, il s&#233;journa &#224; Moscou. Sa br&#232;ve correspondance d'alors laisse percer un juv&#233;nile enthousiasme pour ce qu'il voit &#8211; ou voudrait voir. Mirage ? Possible, mais pas certain, car une autre (...)


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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique54" rel="directory"&gt;N&#176;30 - Armand Robin, 1912 -1961 (avril 2008)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &#192; l'origine, mes jours indiciblement douloureux en Russie&#8230; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;/i&gt;Armand Robin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;span class='spip_document_212 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;' &gt; &lt;img src='http://acontretemps.org/local/cache-vignettes/L189xH235/robin4-b8d48.jpg' width='189' height='235' alt=&quot;Dessin de Vlady&quot; title=&quot;Dessin de Vlady&quot; style='height:235px;width:189px;' class='' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;EN des temps de lyriques illusions, le jeune Armand Robin entreprit d'&#233;tudier la langue russe pour p&#233;n&#233;trer l'&#226;me d' &#171; un pays o&#249; le peuple [&#233;tait] roi &#187;. &#192; l'&#233;t&#233; 1933, profitant de ses vacances, il fit le grand saut vers l'&#233;toile rouge. Bien encadr&#233; par l'Intourist, il s&#233;journa &#224; Moscou. Sa br&#232;ve correspondance d'alors laisse percer un juv&#233;nile enthousiasme pour ce qu'il voit &#8211; ou voudrait voir. Mirage ? Possible, mais pas certain, car une autre hypoth&#232;se se dessine, plus accord&#233;e &#224; la suite de l'histoire. R&#233;p&#233;t&#233;e jusqu'&#224; la grandiloquence, la louange &#233;pistolaire n'aurait &#233;t&#233; qu'une mani&#232;re de se jouer des censeurs. Car le fait est l&#224;, &#233;chappant bient&#244;t &#224; ses guides, le jeune Robin ne s'en laissa en r&#233;alit&#233; pas conter. Il voyagea seul, se rendit en Ukraine, se m&#234;la au peuple et travailla pour subvenir &#224; ses besoins. La saison termin&#233;e, il rentra en France et se mura dans le silence. Aux nombreuses questions qu'on lui posa, il se contenta d'opposer un laconique : &#171; Tout n'est pas parfait. &#187; Deux ans durant, il n'en dira pas davantage.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La blessure contract&#233;e au pays de la grande promesse est, en r&#233;alit&#233;, ingu&#233;rissable. Car ce jeune homme de vingt ans tout acquis &#224; l'id&#233;al communiste ne s'arrange pas, comme d'autres, du d&#233;concertant mensonge qu'il y a d&#233;cel&#233;. S'il le tient &#224; distance, c'est qu'il doute encore de ses propres capacit&#233;s de jugement. C'est aussi qu'il mesure les cons&#233;quences que ce mensonge implique. Pour lui, pour les siens, pour l'id&#233;e m&#234;me qu'il se fait de la vie et de l'espoir des hommes. C'est enfin qu'il doit laisser d&#233;canter cette part de v&#233;rit&#233; qu'il porte en lui, comme une douleur. Pass&#233;e au tamis de sa solitude et &#224; d&#233;faut de s'estomper, il sait qu'elle va m&#251;rir et que, sa vie durant, il lui faudra la mettre en mots. D&#232;s lors, le sort de ce vaste peuple de sans-voix r&#233;duit au silence devient sa cause secr&#232;te, comme la langue russe &#8211; qu'il aima plus que toute autre &#8211; devient sa langue. Pour rester ind&#233;fectiblement li&#233; au sort des muets du bolchevisme stalinis&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plus tard, Robin le dira fortement, avec ces mots couperets dont il avait le secret : &#171; L&#224;-bas je vis les tueurs de pauvres au pouvoir [&#8230;] Ici revenu, je me retins l&#224;-bas. Muet, ratatin&#233;, hagard au souvenir du massacre des prol&#233;taires par les bourgeois bolcheviks&#8230; &#187; [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb8-1&quot; name=&quot;nh8-1&quot; id=&quot;nh8-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] La Fausse Parole, Cognac, Le temps qu&amp;#39;il fait, 1985, p. (...)' &gt;1&lt;/a&gt;] Muet il le demeure jusqu'au 18 juillet 1935 o&#249;, dans une lettre &#224; son ma&#238;tre Jean Gu&#233;henno, il d&#233;chire enfin le voile de son lourd secret : &#171; Il y a deux ans je suis all&#233; &#224; Moscou ; sans doute n'avais-je gu&#232;re &#224; me d&#233;placer beaucoup, pour me trouver l&#224;-bas, car depuis longtemps je ne voyais pas d'autre lieu possible pour la conscience des hommes. J'y suis all&#233; ; j'ai mis bien longtemps &#224; en revenir. &#187; [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb8-2&quot; name=&quot;nh8-2&quot; id=&quot;nh8-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Armand Robin, Lettres &#224; Jean Gu&#233;henno. Lettres &#224; Jules Supervielle, (...)' &gt;2&lt;/a&gt;] Deux ans durant, avoue-t-il &#224; Gu&#233;henno, il a tent&#233; de se mentir, de s'inventer des pr&#233;textes, de se persuader qu'il n'&#233;tait pas en droit de juger, avant de se convaincre, enfin, qu'il n'&#233;tait d'autre solution que de se conformer &#224; la v&#233;rit&#233; et de se la dire, &#224; lui-m&#234;me d'abord : &#171; Ce que tu as vu, poursuit-il, c'est la famine, ce sont des paysans qui depuis 18 mois n'ont jamais mang&#233; ni viande, ni pain ; ce que tu as vu, c'est un peuple &#224; bout de souffle, un peuple mort ; souviens-toi de ces visages d'affam&#233;s, de ces regards &#233;teints ; ce que tu as vu, ce sont des hommes qui &#224; force de souffrir b&#234;tement ont perdu jusqu'au sentiment de la souffrance, le plus pr&#233;cieux de tous. Ce que tu as vu, ce sont des consciences traqu&#233;es, des &#226;mes sans espoir, &#233;pouvant&#233;es des horreurs qu'elles ont travers&#233;es ; ce que tu as vu, c'est une jeunesse abrutie, persuad&#233;e que les Soviets ont invent&#233; l'&#233;lectricit&#233; et de bien autres choses. &#187; Une fois reconnue, cette v&#233;rit&#233; d&#233;limite, pour Robin, le cercle cauchemardesque d'un &#171; monde dans lequel tout sens de la dignit&#233; humaine est mort, traqu&#233; &#187;. Et s'il faut la dissimuler encore un peu &#8211; &#171; pour ne pas faire plaisir &#224; Deterding [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb8-3&quot; name=&quot;nh8-3&quot; id=&quot;nh8-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] Roi du p&#233;trole et grand admirateur du national-socialisme, Henri (...)' &gt;3&lt;/a&gt;] &#187; &#8211;, il ne saurait &#234;tre question, d&#233;sormais, de se faire, &#224; quelque &#233;chelon que ce f&#251;t, le complice d'un &#171; r&#233;gime qui a introduit sur terre le plus de malheur et le plus de barbarie &#187;. Il demande &#224; Gu&#233;henno de garder pour lui l'expos&#233; de ce d&#233;sastre : &#171; J'ai assez souffert de cette d&#233;sillusion pour avoir le droit d&#233;sormais de la consid&#233;rer comme un &#233;v&#233;nement purement intime. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si cet intime &#233;v&#233;nement va bouleverser la vie enti&#232;re de Robin, c'est que, deux ans avant celui de Gide, son retour d'URSS est non seulement, pour lui, l'occasion de percevoir l'&#233;tendue de cette catastrophique exp&#233;rience, mais plus encore d'en saisir l'extr&#234;me singularit&#233;. L&#224; o&#249;, partant d'autres &#233;l&#233;ments et fr&#233;quentant d'autres cercles, l'humaniste Gide sera naturellement choqu&#233; par le discours propagandiste des autorit&#233;s sovi&#233;tiques, Robin en est, lui, litt&#233;ralement &#233;pouvant&#233;. Il y voit la matrice d'une oppression infiniment sup&#233;rieure fond&#233;e sur le renversement d&#233;finitif du langage. Quand l'avenir radieux s'apparente aux t&#233;n&#232;bres et le socialisme &#224; la surexploitation des prol&#233;taires, les mots ne sont plus que des pi&#232;ges s'ajustant, sur ordre, au &#171; d&#233;cha&#238;nement scientifiquement calcul&#233; du mensonge &#187;. C'est l&#224; que s'op&#232;re, exp&#233;rimentalement, le pouvoir &#8211; que Robin sait infini &#8211; de la &#171; fausse parole &#187; et c'est &#224; partir de l&#224;, pressent-il, qu'elle va submerger le monde. Pour un arpenteur de langage comme l'est Robin, la r&#233;v&#233;lation est stup&#233;fiante. Elle implique, en tout cas, pour lui, de se mettre en &#233;tat de rupture d&#233;finitive avec l'illusion premi&#232;re du po&#232;te quant &#224; l'innocence de la parole et du militant quant &#224; sa n&#233;cessaire subversion.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme d'autres &#8211; tant d'autres &#8211;, Gu&#233;henno ne tiendra aucun compte des remarques de Robin. Il les oubliera &#171; pour ne pas faire plaisir &#224; Deterding &#187;. On conna&#238;t suffisamment, maintenant, le m&#233;canisme de la pens&#233;e binaire pour ne pas s'en &#233;tonner. Dans la g&#233;opolitique du malheur, il fallait choisir son camp. Pour l'intelligentsia fran&#231;aise de gauche, celui-ci s'apparentait &#224; l'antifascisme sous direction stalinienne. Gu&#233;henno mit donc ses r&#233;serves quant &#224; l'URSS sous le boisseau, du moins pour un temps. Comme d'autres &#8211; tant d'autres. L'&#233;poque fut d&#233;sastreuse pour les &#233;claireurs. Elle les plongea dans la plus extr&#234;me des solitudes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il fallut du courage &#224; Robin, et sans doute un penchant particulier pour la marge, pour revenir &#8211; publiquement, cette fois &#8211; sur le sort de ces laiss&#233;s-pour-compte de l'Octobre rouge. Il le fit, en septembre 1937, dans la revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Esprit, &lt;/i&gt;une des rares qui n'avaient pas tout &#224; fait c&#233;d&#233; au mirage sovi&#233;tique, &#224; travers une vaste m&#233;ditation sur la &#171; peine des hommes &#187;, simplement intitul&#233;e &#171; Une journ&#233;e &#187;. Nich&#233; dans le texte comme araign&#233;e dans sa toile, le souvenir de son s&#233;jour en &#171; vieille terre &#187; russe s'impose, cependant, comme constitutif de son refus de toute servitude. Et Robin de crier ce que tout un chacun refuse d'entendre : &#171; On pourrait &#233;num&#233;rer les fautes qui ont transform&#233; cet essai pour lib&#233;rer l'homme en un syst&#232;me pour l'opprimer davantage ; sans doute le fondement de la cit&#233; politique ne saurait &#234;tre que l'oubli, mais ici il n'y a pas seulement comme dans le cas du fascisme d&#233;faite de l'humanit&#233; mais encore chute de l'humanit&#233;, la plus lamentable qu'elle ait connue. &#187; Il pr&#233;cise : &#171; C'est au nom des pauvres qu'il faut condamner un syst&#232;me o&#249; en leur nom a &#233;t&#233; constitu&#233; d&#232;s le premier moment l'appareil le plus propre &#224; les ignorer. &#187; Il poursuit en pointant la responsabilit&#233; des bolcheviks dans ce d&#233;sastre pour avoir &#171; &#233;touff[&#233;] au nom de la r&#233;volution les r&#233;volutions les plus vraies &#187;. Il d&#233;monte le m&#233;canisme de constitution d'une nouvelle classe s'appuyant sur &#171; cette partie du prol&#233;tariat, souvent la plus fausse, toujours la plus vaniteuse &#187; &#224; qui &#171; l'on confiera le soin de d&#233;truire dans les derniers yeux populaires le dernier regard populaire &#187;. Choisie par le Parti et convaincue de &#171; l'infaillibilit&#233; de ses pelotons d'ex&#233;cution &#187;, elle exerce son pouvoir contre ses &#171; fr&#232;res de la veille &#187; &#171; avec une morgue et une cruaut&#233; sans &#233;gale &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On l'aura compris, Robin ne trouve aucune excuse conjoncturelle aux &#171; nouveaux ma&#238;tres &#187; de la Grande Russie. Leur pouvoir n'a rien de provisoire, &#224; ses yeux. &#201;coutons-le encore, cela vaut la peine : &#171; Quand on eut ravi aux pauvres leur effort, quand au sortir de leur victoire on se mit &#224; les traiter plus mis&#233;rablement qu'on ne traitait jadis au sortir de leur d&#233;faite les citoyens emmen&#233;s en esclavage, quand on eut &#233;rig&#233; en syst&#232;me le m&#233;pris de la dignit&#233; humaine et que pour la premi&#232;re fois dans l'histoire du monde on eut organis&#233; en pleine conscience une volont&#233; d'exploitation m&#233;thodique de l'homme, alors, apr&#232;s les ouvriers en gr&#232;ve mitraill&#233;s, les plaines les plus f&#233;condes d'Europe occup&#233;es par la famine, la d&#233;lation et l'infamie install&#233;es de force dans toute conscience, s'&#233;tendit sur une sixi&#232;me partie du globe le silence d'un peuple trop accabl&#233; de souffrances pour seulement se r&#233;jouir au claquement des coups de fusil qu'allait s'&#233;changer une aristocratie de tra&#238;tres. &#187; [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb8-4&quot; name=&quot;nh8-4&quot; id=&quot;nh8-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[4] Cette citation et les pr&#233;c&#233;dentes sont extraites du texte &#171; Une journ&#233;e (...)' &gt;4&lt;/a&gt;] &#201;crire que, ce disant, Robin se priva, &#224; jamais, de tout appui dans le petit monde de l'intelligentsia de gauche est tr&#232;s en de&#231;&#224; du vrai : il en devint, pour le reste de son existence, le pestif&#233;r&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Solitairement, mais invariablement, Robin ne cessa plus de se consid&#233;rer comme habit&#233; par cette infinie pr&#233;sence russe. &#171; Tel un plus fort vouloir dans mon vouloir, besoin me vint d'&#233;couter tous les jours les radios sovi&#233;tiques : par les insolences des bourreaux du moins restai-je li&#233;, traversant les paroles et comme les entendant sur leur autre versant, aux cris des tortur&#233;s. &#187; [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb8-5&quot; name=&quot;nh8-5&quot; id=&quot;nh8-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[5] Armand Robin, La Fausse Parole, op. cit., p. 33.' &gt;5&lt;/a&gt;] De cette &#233;trange pratique, contract&#233;e quelques ann&#233;es apr&#232;s son retour d'URSS, il fit m&#234;me un m&#233;tier.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais, pour l'heure et alors que tout s'agite autour de lui, Robin s'en tient au d&#233;gagement. Nulle pens&#233;e lib&#233;ratrice ne saurait se satisfaire de l'illusion et du faux-semblant. Ce sera sa route, d&#233;sormais, trac&#233;e &#224; vingt ans et quelque, et dont il ne changera pas. Au prix de l'incompr&#233;hension, parfois, souvent. On peut s'&#233;tonner d'une telle constance puis&#233;e dans un d&#233;sespoir de jeunesse. Il faut sans doute y voir l'apanage du po&#232;te et de son don de voyance. Car de cette Russie de toutes les louanges, il a per&#231;u, sans aucune aide ext&#233;rieure et en un seul s&#233;jour, la noirceur fondamentale. Plus tard, bien plus tard, il s'inscrira dans la lign&#233;e des vaincus de l'autre r&#233;volution, celle qui crut aux soviets contre le Parti, la libertaire, celle de l'&#233;pop&#233;e makhnoviste et de Cronstadt la Rouge [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb8-6&quot; name=&quot;nh8-6&quot; id=&quot;nh8-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[6] Commentant dans Combat du 13 mars 1948 les retomb&#233;es radiophoniques de (...)' &gt;6&lt;/a&gt;], mais avant il aura travers&#233; seul le d&#233;sert de la d&#233;sillusion.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faudra du temps, en effet, pour que la solitude de Robin se r&#233;chauffe &#224; la flamme d'autres dissidences et que la main tendue des anarchistes, en une &#233;poque o&#249; toutes les portes lui &#233;taient ferm&#233;es, lui permette de conjuguer sa singuli&#232;re d&#233;marche critique avec celle d'une collectivit&#233; d'individus libres de toute tutelle politique. Mise &#224; profit par &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Libertaire, &lt;/i&gt;sa connaissance de la r&#233;alit&#233; russe et son d&#233;sir d'en d&#233;coudre avec les staliniens livr&#232;rent quelques forts pamphlets &#8211; dont un tonitruant &#171; L'Union sovi&#233;tique, empire des bourgeois sauvages &#187;, o&#249;, en regard d'une carte des camps de concentration sovi&#233;tiques, Robin rappelait son s&#233;jour en URSS, &#224; l'&#233;t&#233; 1933, et concluait sur un vibrant : &#171; Nous sommes s&#233;cession ! Notre patrie &#224; nous, si tout devient camp de concentration, sera le camp de concentration. Notre destin &#224; nous, si le destin de tout esprit en vie est d'&#234;tre tu&#233;, sera d'&#234;tre tu&#233;. Nous ne nous refusons &#224; rien de ce qui nous fera souffrir les souffrances des plus malheureux de nos fr&#232;res. &#187; [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb8-7&quot; name=&quot;nh8-7&quot; id=&quot;nh8-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[7] Armand Robin, &#171; L&amp;#39;Union sovi&#233;tique, empire des bourgeois sauvages (...)' &gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, cette immersion de jeunesse en terre russe demeure, sans doute, le ressort le plus secret de l'&#339;uvre introuvable d'un po&#232;te vou&#233;, par d&#233;cision propre, &#224; l'in-appar-tenance. Qu'y a-t-il vu de si essentiel et de si bouleversant, pour que son jeune &#226;ge refuse &#224; jamais de s'en accommoder ? Nul ne le sait avec certitude. Ce qu'on sait, c'est qu'il a vu ce que tant d'autres refusaient de voir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Yannick Th&#244;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh8-1&quot; name=&quot;nb8-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Fausse Parole&lt;/i&gt;, Cognac, Le temps qu'il fait, 1985, p. 32.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh8-2&quot; name=&quot;nb8-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Armand Robin, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lettres &#224; Jean Gu&#233;henno&lt;/i&gt;. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lettres &#224; Jules Supervielle&lt;/i&gt;, Toulon, La Nerthe, 2006, pp. 36-43.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh8-3&quot; name=&quot;nb8-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Roi du p&#233;trole et grand admirateur du national-socialisme, Henri Deterding (1866-1939) repr&#233;sente, alors, l'ennemi de classe par excellence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh8-4&quot; name=&quot;nb8-4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] Cette citation et les pr&#233;c&#233;dentes sont extraites du texte &#171; Une journ&#233;e &#187;, in &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Esprit&lt;/i&gt;, septembre 1937, repris dans Armand Robin, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#201;crits oubli&#233;s I, Essais critiques,&lt;/i&gt; textes rassembl&#233;s et pr&#233;sent&#233;s par Fran&#231;oise Morvan, Rennes, &#201;ditions Ubacs, 1986, pp. 45-66.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh8-5&quot; name=&quot;nb8-5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] Armand Robin, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Fausse Parole&lt;/i&gt;, op. cit., p. 33.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh8-6&quot; name=&quot;nb8-6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] Commentant dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Combat&lt;/i&gt; du 13 mars 1948 les retomb&#233;es radiophoniques de la mort de Jan Masaryck, ministre des Affaires &#233;trang&#232;res tch&#232;que, Robin conclut sa chronique &#8211; intitul&#233;e &#171; Le cadavre utile &#187; &#8211; par une claire allusion &#224; ces deux &#233;v&#233;nements : &#171; Il ne s'est jamais trouv&#233; aucune radio pour faire &#233;cho &#224; la r&#233;volte des marins de Kronstadt ou &#224; l'&#233;crasement impitoyable des paysans et des ouvriers makhnovistes. Le monde actuel a beau se s&#233;parer en deux ; de part et d'autre des &#8220;cadavres utiles&#8221;, ses deux tron&#231;ons oppos&#233;s sont d'accord pour ne jamais &#233;voquer un certain nombre d'autres cadavres, pour &#233;tablir un m&#234;me silence sous le tintamarre des radios. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh8-7&quot; name=&quot;nb8-7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] Armand Robin, &#171; L'Union sovi&#233;tique, empire des bourgeois sauvages &#187;, in &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Libertaire&lt;/i&gt;, n&#176; 67, 6 f&#233;vrier 1947, p. 2.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Je viens de la solitude</title>
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<category domain="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique54">N&#176;30 - Armand Robin, 1912 -1961 (avril 2008)</category>


		<description>Adaptation et mise en sc&#232;ne : Monique Surel-Tupin &lt;br /&gt;Interpr&#233;tation : Nicolas Mourer &lt;br /&gt;Th&#233;&#226;tre de La Balancelle &lt;br /&gt;IL est difficile &#8211; ou vain &#8211;, on l'admet, d'&#233;crire sur une pi&#232;ce qui n'est plus &#224; l'affiche, mais, hormis le fait qu'il n'&#233;tait pas pensable de n'en point parler dans ce num&#233;ro consacr&#233; &#224; Robin, rien ne dit qu'en des temps de hasard, la vaillante compagnie de la Balancelle ne la sortira pas de nouveau de ses valises. Si, d'aventure, l'occasion se pr&#233;sentait, il faudra y aller. On ne sera pas d&#233;&#231;u. (...)


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&lt;a href="http://acontretemps.org/spip.php?rubrique54" rel="directory"&gt;N&#176;30 - Armand Robin, 1912 -1961 (avril 2008)&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Adaptation et mise en sc&#232;ne&lt;/strong&gt; :
Monique Surel-Tupin&lt;br /&gt;
Interpr&#233;tation&lt;/strong&gt; : Nicolas Mourer&lt;br /&gt;
Th&#233;&#226;tre de La Balancelle&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;IL&lt;/strong&gt; est difficile &#8211; ou vain &#8211;, on l'admet, d'&#233;crire sur une pi&#232;ce qui n'est plus &#224; l'affiche, mais, hormis le fait qu'il n'&#233;tait pas pensable de n'en point parler dans ce num&#233;ro consacr&#233; &#224; Robin, rien ne dit qu'en des temps de hasard, la vaillante compagnie de la Balancelle ne la sortira pas de nouveau de ses valises. Si, d'aventure, l'occasion se pr&#233;sentait, il faudra y aller. On ne sera pas d&#233;&#231;u. C'est une promesse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Prenons donc cette br&#232;ve chronique comme l'&#233;vocation &#224; la Perec d'un souvenir datant de d&#233;cembre 2006 et ayant pour d&#233;cor le bel &#171; Espace Louise Michel &#187;, situ&#233; dans la parisienne rue des Cascades. L&#224;, quelques jours durant, Nicolas Mourer, com&#233;dien inspir&#233;, restitua avec talent l'univers &#233;trange d'Armand Robin, mis en sc&#232;ne par Monique Surel-Tupin et sonoris&#233; par Isabelle Surel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je me souviens, donc, d'un com&#233;dien v&#234;tu de noir arpentant, entre diverses rang&#233;es de spectateurs, une &#171; non- sc&#232;ne &#187; de th&#233;&#226;tre faite de papiers &#233;parpill&#233;s, d'une chaise et de trois valises. Je me souviens de son jeu, entre retenue et v&#233;h&#233;mence. Je me souviens de sa gestuelle, pr&#233;cise et ma&#238;tris&#233;e. Je me souviens de ses d&#233;placements, entre glissements et saccades. Je me souviens de sa voix justement pos&#233;e sur un texte &#233;blouissant d'intelligence. Je me souviens d'une pr&#233;sence, en somme, irradiant du bonheur d'&#234;tre Robin, le temps d'un songe, le temps d'une repr&#233;sentation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'aventure n'allait pas sans risques. Elle &#233;tait m&#234;me parsem&#233;e d'&#233;cueils, tant est complexe, multiple et fascinante la figure de Robin. D'en surligner l'un des aspects au d&#233;triment des autres, de s'en tenir &#224; la th&#233;&#226;tralisation de ses excentricit&#233;s suppos&#233;es, de donner fausse coh&#233;rence &#224; son &#339;uvre &#233;parse et d&#233;sordonn&#233;e, d'en faire mati&#232;re &#224; r&#233;cital, c'&#233;tait risquer de passer &#224; c&#244;t&#233; de l'essentiel de cette existence de travailleur forcen&#233; et anonyme du Verbe.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Ces risques, Monique Surel-Tupin, qui a &#233;crit la pi&#232;ce, les &#233;vite haut la main. Son texte, parsem&#233; d'extraits de l'&#339;uvre &#233;clat&#233;e de Robin, s'attache &#224; explorer les diverses facettes d'une &#171; non-vie &#187; faite de toutes les vies et, plus encore, &#224; suivre le fil rouge de l'infinie qu&#234;te po&#233;tique &#224; laquelle, de &#171; non-traductions &#187; en &#233;coutes radiophoniques, se livra ce contempteur de la &#171; fausse parole &#187;. Il en ressort un portrait kal&#233;idoscopique d'une &#233;vidente richesse et d'une belle humanit&#233;, o&#249; Robin, &#171; po&#232;te sans &#339;uvre, aboli dans la po&#233;sie, se suicidant chant par chant &#187;, incarne, de cri en cri, une r&#233;sistance solitaire de tous les instants aux forces du n&#233;ant. Car si Robin vient de la solitude, il ne la quitte jamais, s'y accrochant r&#233;solument pour ne pas sombrer dans les machines &#224; d&#233;cerveler de la propagande aux mille visages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette irr&#233;ductible solitude, essentielle donn&#233;e du parcours singulier de Robin, Monique Surel-Tupin la rend infiniment visible par l'entremise du monologue. Le com&#233;dien, tour &#224; tour narrateur ext&#233;rieur et incarnation du po&#232;te, s'en fait le r&#233;ceptacle, portant sur ses &#233;paules tout le poids de la difficult&#233; de ne compter que sur soi-m&#234;me, y compris contre soi-m&#234;me ou contre les illusions de l'ego. Le reste est affaire de talent. Nicolas Mourer n'en manque pas, on l'a d&#233;j&#224; dit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je me souviens encore d'un condens&#233; d'&#233;motion quand, un peu plus d'une heure apr&#232;s le d&#233;but de la repr&#233;sentation, le com&#233;dien referme les trois valises vid&#233;es de l'existence de Robin avant de les recouvrir d'un ch&#226;le noir et d'une &#233;charpe rouge. Je me souviens enfin de cette chute en forme d'oraison fun&#232;bre emprunt&#233; &#224; Xavier Grall, po&#232;te breton d'une insoumission sans fronti&#232;re. Je me souviens de ses mots de feu faisant braise au fond de l'&#226;me :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Robin des nuits, Robin des bois et des rivi&#232;res &lt;br /&gt;
Je clamerai ta rime aux &#233;oliennes &lt;br /&gt;
Et le vent de la mer dira aux hommes et aux p&#244;les&lt;br /&gt;
&#171; En France, c'est s&#251;r, on aime les po&#232;tes&#8230; qu'assassin&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je me souviens d'un silence, de la lumi&#232;re revenant et des applaudissements d'un public conquis. C'&#233;tait en 2006, un dimanche de d&#233;cembre, entre Belleville et M&#233;nilmontant, dans ce quartier de Paris o&#249; r&#244;de encore, m&#234;me tr&#232;s estomp&#233;, le souvenir d'une Commune qui y leva, pour l'honneur, sa derni&#232;re barricade. L'allusion n'est pas sans fondement quand on sait que Monique Surel-Tupin, sp&#233;cialiste du th&#233;&#226;tre social de la Belle &#201;poque [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb9-1&quot; name=&quot;nh9-1&quot; id=&quot;nh9-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Avec Jonny Ebstein, Philippe Ivernel et Sylvie Thomas, Monique (...)' &gt;1&lt;/a&gt;] et animatrice de La Balancelle [&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nb9-2&quot; name=&quot;nh9-2&quot; id=&quot;nh9-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Contact : Th&#233;&#226;tre La Balancelle, 10, rue Laferri&#232;re 75009 (...)' &gt;2&lt;/a&gt;], a &#233;galement mont&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Commune de Noum&#233;ah, &lt;/i&gt;de Georges Cavalier, dit &#171; Pipe en bois &#187;, et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Coq rouge, &lt;/i&gt;de Louise Michel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis sa cr&#233;ation, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je viens de la solitude &lt;/i&gt;a &#233;t&#233; donn&#233;e sur quelques planches de province &#8211; essentiellement bretonnes &#8211;, recevant partout bon accueil. Reste &#224; souhaiter que, dans un proche avenir, la pi&#232;ce soit de nouveau mont&#233;e en quelque espace de ce Paris de toutes les col&#232;res, que Robin explora de long en large. En solitaire ind&#233;sirable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Monica Gruszka&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh9-1&quot; name=&quot;nb9-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 9-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Avec Jonny Ebstein, Philippe Ivernel et Sylvie Thomas, Monique Surel-Tupin a contribu&#233; &#224; l'&#233;dition d'une &#339;uvre monumentale, en trois volumes, sur le th&#233;&#226;tre social de la Belle &#201;poque : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Au temps de l'anarchie. Un th&#233;&#226;tre de combat. 1880-1914,&lt;/i&gt; pr&#233;face d'Alain Badiou, Paris, &#201;ditions S&#233;guier Archambaud, 2001.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://acontretemps.org/#nh9-2&quot; name=&quot;nb9-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 9-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Contact : Th&#233;&#226;tre La Balancelle, 10, rue Laferri&#232;re 75009 Paris.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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