Le Tonnerre (Ba Jin, 1933) : présentation

À contretemps, n° 45, mars 2013
dimanche 13 juillet 2014
par  F.G.
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Cette nouvelle, Le Tonnerre (Lei), fut composée par Ba Jin en octobre 1933, et publiée dans la revue Wenxue (Littérature) datée du 1er novembre suivant (vol. 1, n° 5). Recueillie d’abord en annexe à Dian (L’Éclair) – Shanghai, Liangyou tushu gongsi, mars 1935 –, le dernier volet de Aiqing de sabuqu (La Trilogie de l’amour)  [1], elle en forme depuis le préambule.

La version insérée dans les Ba Jin wenji (Œuvres de Ba Jin, Pékin, Renmin wenxue, vol. 3, 1958) présente quelques variantes, qui ne sont pas toutes d’ordre stylistique. Le texte ayant été revu en 1957, à l’époque du « mouvement anti-droitier », on ne s’étonnera pas que l’auteur ait jugé bon de gommer les allusions à Emma Goldman qui étaient venues jadis spontanément sous sa plume, et qu’il n’ait pas craint de maintenir celles qui concernaient Sofia Perovskaïa, figure qu’il adorait plus que tout en ce temps-là [2], même si son nom n’est jamais prononcé : l’héroïne du mouvement populiste n’avait-elle pas été célébrée par les bolcheviques, qui firent ériger deux statues d’elle [3]  ? (En revanche, son amant, Andrei Jeliabov, mentionné également dans la première version, disparaît à son tour de celle-ci.) C’est néanmoins cette version révisée qui constitue désormais la version définitive, et c’est à ce titre qu’elle est reproduite dans les Ba Jin quanji (Œuvres complètes de Ba Jin, Pékin, Renmin wenxue, vol. 6, 1988). Nous avons, quant à nous, préféré suivre ici la version originale, telle qu’elle est donnée dans la première édition en volume de Dian déjà mentionnée (pp. 263-312), sans pour autant signaler les passages modifiés ultérieurement.

Il n’existait jusqu’à présent qu’une seule traduction de ce texte, en langue castillane, fondée elle aussi sur la version originale : « Trueno », in : John Page, « Ba Jin : escritor anarquista », Estudios orientales, México, vol. IX, n° 1-2, 1974, pp. 219-242.

Nonobstant la référence à Emma Goldman, l’idéologie qui anime les personnages et la tendance politique de l’organisation étudiante à laquelle ils appartiennent ne sont jamais explicitement indiquées. On ignore, pareillement, à quel projet exact ils travaillent.– Angel Pino


[1Les deux autres volets sont Wu (Le Brouillard, 1931) et Yu (La Pluie, 1932). Il existe deux versions françaises du premier : Pakin, Brumes, traduit par Jean Monsterleet, dactylographié, thèse complémentaire pour le doctorat ès lettres, faculté des Lettres de l’université de Paris, s.d. [1947] ; Ba Jin, Le Brouillard, traduit par Ng Yok-soon, Paris, Les Cent fleurs, 1987.

[2C’est ce qu’il a déclaré bien plus tard. Voir sa postface, datée du 20 juin 1990, au volume 21 des Ba Jin quanji (Œuvres complètes de Ba Jin), Pékin, Renmin wenxue chubanshe, 1993, p. 640. Il a consacré à celle-ci une des notices biographiques qui composent son livre intitulé Eluosi shi nü jie (Dix héroïnes russes), Shanghai, Taipingyang shudian, avril 1930. Voir Ba Jin quanji, vol. 21, 1993, pp. 301-339 (avec en annexe, la traduction d’un chapitre du livre de Stepniak, La Russie souterraine : « Notes d’un voyage à Saint-Pétersbourg »).

[3L’une, dressée à Moscou à l’occasion du premier anniversaire de la prise du pouvoir par les bolcheviques, était l’œuvre d’Ivan Rakhmanov ; l’autre, installée à Pétrograd en décembre 1918, celle du sculpteur futuriste italien Orlando Griselli (1880-1958). Voir Anna N. Eremeeva, « Woman and Violence in Artistic Discourse of the Russian Revolution and Civil War (1917-1922) », traduit par Dan Healey, in : Shani D’Cruze and Anupama Rao, Violence, Vulnerability & Embodiment : Gender and History, Oxford, Blackwell Publishing, 2005, p. 241.